Culture Numérique de Dominique Cardon

Dominique Cardon compare l’apparition du numérique avec l’invention de l’imprimerie : un changement technique tel, qu’il impacte tous les pans de la société. Il s’agit là d’une rupture majeure dans la façon dont « nos sociétés produisent, partagent, et utilisent les connaissances » (p. 5). Pas de déterminisme technique ici : le sociologue rappelle à plusieurs reprises au cours de cet ouvrage que ce ne sont pas les progrès techniques qui modèlent nos comportements, mais ces derniers qui privilégient telles ou telles pratiques et un outil plutôt qu’un autre en fonction de nos besoins et de nos usages culturels. Six grands chapitres vont lui permettre de balayer tous les champs de cette nouvelle culture numérique. D’abord plutôt chronologique et historique dans les trois premières parties qui retracent l’apparition d’Internet, puis du Web et enfin du Web 2.0, le plan de l’ouvrage bascule ensuite dans trois chapitres plus thématiques : l’un sur la dimension politique et médiatique avec les nouvelles formes de démocratie participative ; un chapitre sur l’économie des plateformes ; enfin une dernière partie sur les algorithmes qui rejoint le contenu du précédent livre de l’auteur1.

Internet ou l’ambivalence de la culture numérique

Revenir sur les origines historiques d’Internet permet à Dominique Cardon de mettre l’accent sur la tension qui existe depuis sa création entre l’idéologie utopique des pionniers de l’informatique qui souhaitaient « rendre le monde meilleur » et la récupération marchande presque immédiate par quelques entreprises privées des logiciels et des outils créés. La culture numérique telle que la définit ici l’auteur est « la somme des conséquences qu’exerce sur nos sociétés la généralisation des techniques de l’informatique » (p. 18). Il rappelle donc que l’informatique, qui se trouve au cœur de la révolution numérique actuelle, a une longue histoire, qui commence sans doute avec la machine à calculer de Pascal, se poursuit avec Ada Lovelace, la première femme programmatrice, puis avec le langage inventé par Georges Boole (les opérateurs booléens que nous connaissons bien en documentation), et bien sûr la fameuse machine de Turing. La transformation d’un signal analogique, continu, en signal numérique constitué de séries de 0 et de 1, qui ne se dégradent pas après copie et sont interopérables et transférables à l’infini, constitue l’étape majeure du développement de l’informatique et des premiers ordinateurs.

Tim Berners-Lee à gauche et Vint Cerf à droite : les deux inventeurs, l’un du Web, l’autre d’Internet. Source de l’image : https://www.pinterest.fr/pin/544161567459895152/
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Une distinction importante est ici soulignée, gommée depuis longtemps dans le langage courant, et dommageable pour la compréhension des mondes numériques : Internet n’est pas la même chose que le Web. Ce dernier est l’un des réseaux parmi d’autres issus d’Internet, plus récent et inventé par Tim Berners-Lee, en langage HTML. Le premier protocole d’Internet, TCP-IP (Transmission Control Protocol – Internet Protocol), a lui été inventé dans les années 60 par Vint Cerf et Robert Kahn. Lié à la fois à la contre-culture américaine libertaire des années 70, et à l’Armée qui le développe avec ses ingénieurs, Internet « est un outil collaboratif inventé de façon coopérative » (p. 37), issu d’éléments technologiques créés par des personnes différentes, et améliorés au fur et à mesure.
Arrêtons-nous un instant sur les trois formes possibles de réseaux conceptualisées par l’ingénieur Paul Baran dont Dominique Cardon nous présente trois schémas simples mais très pédagogiques (p. 31).

Le réseau centralisé fait tout passer par le centre  : il est souvent national, monétisé, le centre y est « intelligent » et la périphérie « idiote », puisque c’est le noyau central qui concentre toutes les informations puis les redistribue. C’est le modèle de réseau du téléphone fixe ou du Minitel.
Le réseau distribué utilise une communication par paquets : le message y est découpé et peut prendre plusieurs chemins différents. Il est le plus souvent gratuit, sans frontière, et ne présente pas de contrôle centralisé. À l’inverse du premier réseau, « le centre est idiot et la périphérie intelligente ».
Enfin, le réseau décentralisé est celui qui est utilisé dans le cas d’Internet : c’est un intermédiaire entre les deux autres formes, puisque certains nœuds y ont plus d’importance que d’autres et ce sont plusieurs petits centres qui distribuent l’information.

Dès l’origine, c’est l’éthique du « hacker » qui prévaut dans l’élaboration d’Internet, « hacker » étant à entendre dans le sens de « bidouilleur », « bricoleur », et non pas de « pirate » comme on le dit souvent aujourd’hui. Cette culture du hacking développe des valeurs comme la curiosité – les férus d’informatique aiment explorer le fonctionnement interne des programmes – ou la liberté – l’information doit circuler sans contrainte ni censure, elle est le « carburant de la coopération ». On verra que cette dimension est extrêmement importante dans l’idée de logiciel libre. La culture des hackers se veut par ailleurs méfiante envers l’autorité et toute forme de centralisation. La notion de mérite et de reconnaissance par les pairs y est plus forte que tout diplôme ou statut social : c’est ce qui sous-tend encore le classement du PageRank de Google. Enfin, l’informatique est considérée comme un art et elle doit rendre le monde meilleur.

La forme même d’émergence et d’amélioration du protocole d’Internet à ses débuts illustre bien ces valeurs de liberté et de coopération. En effet, c’est grâce à des textes courts et contributifs, les RFC (Request for Comments) que les éléments informatiques sont modifiés entre chercheurs et ingénieurs encore aujourd’hui, via le IETF (Internet Society), un collectif qui s’occupe des couches basses du réseau.

Trois communautés ont convergé pour créer Internet : les militaires et ingénieurs employés par l’armée, les chercheurs universitaires avec notamment le réseau ARPANET qui reliait quatre universités américaines, et enfin les hackers hippies passionnés et libertaires. C’est l’alliance somme toute improbable de ces trois sphères qui a permis l’émergence du réseau connecté et de la souris d’ordinateur, créés par Doug Engelbart en 1968 puis du protocole TCP-IP, fixé définitivement en 1983. On retrouve bien cette ambivalence dans l’idéologie diffusée en 1985 lors du premier forum Internet baptisé The Well (The Whole Earth ‘Lectronic Link). Il regroupe les membres de la culture hippie des années 70. S’y développe l’idée que le monde virtuel serait un milieu idéal, égalitaire, plus solidaire que la vie réelle, où l’on peut réinventer entièrement les relations sociales. Dominique Cardon montre bien qu’il y a en réalité un fort décalage entre cette utopie et l’homogénéité socio-culturelle des participants du forum, majoritairement des hommes blancs californiens, cultivés. Ainsi, et cette idée est fondamentale pour la compréhension du monde numérique, le virtuel reste toujours « la prolongation numérique des rapports sociaux ordinaires », un reflet du réel malgré tout ce qu’on voudrait qu’il ne soit pas.
Gardons bien en tête ces idéologies diverses et parfois contradictoires qui ont bâti Internet : les pionniers voyaient ce dernier comme un outil d’émancipation individuelle, un mode d’empowerment accessible à tous, qui permet aux individus de faire changer les choses en se passant du pouvoir politique et en impulsant les changements par la base. L’échange et l’égalité sociale y sont valorisés grâce à l’anonymat, aux avatars, aux multiples identités virtuelles. Côté ingénieurs et chercheurs, c’est plutôt l’utopie d’un pouvoir « salvateur » du numérique sur la société qui reste prégnante dans le développement actuel de l’Intelligence Artificielle. Enfin, à l’idée première de liberté et de gratuité, viendra s’ajouter ensuite la liberté économique qui conduira, nous le verrons, aux GAFAM et à l’extrême marchandisation du numérique.

Le Web : bien commun ou produit marchand ?

L’invention du Web, « toile » en anglais, en 1996, marque la fin de la période des pionniers d’Internet. Le changement fondamental qui accompagne l’apparition du Web est celui du lien hypertexte, ce « réseau de liens qui créent des routes entre les pages des différents sites » (p. 78). C’est une nouvelle manière de classer les informations qui se fait jour et qui remet en cause l’ordre documentaire tel qu’il était défini jusqu’ici. Plus de classement alphabétique comme dans un dictionnaire. Avec les liens hypertextes, c’est l’auteur du site qui décide de relier son contenu à celui d’autres sites : « ce sont les documents eux-mêmes – donc ceux qui les écrivent – qui décident de leur classement » (p. 79). Cette manière d’ordonner les connaissances en laissant totale liberté aux concepteurs des sites montre l’héritage de l’esprit libertaire d’Internet sur le Web. Tim Berners-Lee pose le principe du lien hypertexte au CERN en 1989-90, en ayant l’idée de relier les pages créées les unes avec les autres grâce à des adresses URL.
On retrouve ici l’utopie de la bibliothèque universelle qui sous-tend le projet du Mundaneum de Paul Otlet et Henri La Fontaine à Bruxelles. Pour rappel, les documents y étaient organisés par rapport à leur contenu, à l’aide de fiches dépouillées regroupées par thème dans des tiroirs, classées en CDU, classification créée pour l’occasion. Des trous dans les fiches perforées permettaient à des tiges de récolter dans un même geste les fiches des livres traitant du même sujet. Dominique Cardon voit là l’ancêtre du lien hypertexte, une manière de relier par association d’idées des contenus différents. De même, la Mondothèque était une machine connectée, qui visait à relier les savoirs, une sorte d’anticipation du Web au début du XXe siècle.

Si Internet était au départ un outil créé pour un tout petit nombre d’utilisateurs, le succès fulgurant du Web va ouvrir cette innovation au plus grand nombre avec la norme http, le langage HTML puis les premiers navigateurs. On passe ainsi de 130 sites web en 1993 à 230 000 sites en 1995 ! Jamais une technologie au cours de l’histoire ne s’est propagée à l’ensemble de la population aussi vite : en 20 ans, 85% de la population française est devenue connectée, ce qui représente une démocratisation de l’outil bien plus rapide que l’arrivée de l’électricité ou de la télévision.
À noter également, toujours dans la veine de l’esprit des pionniers, qu’en 1993, le CERN renonce à ses droits sur le langage HTML et le verse au domaine public. Le lien hypertexte fait désormais partie du bien commun, ce qui n’est pas le cas du like de Facebook par exemple.
La première phase d’expansion du Web, entre 1995 et 2000, s’achève avec l’éclatement de la bulle spéculative des premières entreprises du numérique. Après 1995, l’accès au réseau devient payant via des fournisseurs d’accès. Des entreprises comme Amazon, Yahoo!, Ebay ou Netscape se développent. On est là dans une simple transposition du modèle économique traditionnel appliqué au numérique. Après 2001, et surtout à la suite du développement du Web 2.0 à partir de 2005, de nouvelles formes économiques se mettent en place avec la multiplication des plateformes numériques (cf. chapitre 5).
Il est étonnant de constater que les idées innovantes qui se développent sur le web sont toutes ascendantes : elles viennent de la base des internautes et sont souvent créées au départ pour répondre à un besoin personnel de leur concepteur. C’est le cas par exemple pour Wikipédia, Facebook ou Google. Sans étude de marché, sans business plan, ces inventions issues de « geeks » ont connu un succès mondial. Elles ont ensuite, pour certaines d’entre elles, été largement monétisées.

Pour revenir sur la notion de Bien commun qui est au centre du Web, les premiers communs du monde numérique ont été, on l’a dit, les liens hypertextes, qui ont ensuite permis le développement de l’open source et des logiciels libres. Ceux-ci garantissent quatre libertés : les libertés d’utilisation, d’étude, de modification et de distribution, grâce à l’accès au code source du logiciel et à la création de licences spécifiques dites libres, comme le copyleft. L’idée ici au-delà du principe libertaire, est qu’un programme conçu à plusieurs et librement modifié, c’est-à-dire amélioré par le plus grand nombre, sera plus fiable et performant qu’un logiciel construit par une seule personne. On rejoint un fonctionnement du travail basé sur la méritocratie et la reconnaissance entre pairs, sans hiérarchie, comme chez les concepteurs d’Internet. La communauté des amateurs éclairés et passionnés fait naître la notion de communs numériques, à l’œuvre dans Wikipédia ou Openstreetmap par exemple, puis par la suite dans toutes les bases de données en Open Data. En prolongement, Lawrence Lessig, un juriste américain, crée les licences Creatives Commons (CC), qui permettent de fixer précisément les conditions d’utilisation des documents (libre diffusion sans modification/citation de l’auteur/interdiction de diffuser à des fins commerciales2, etc.) C’est une révolution en matière de droit d’auteur et de propriété intellectuelle.

Un autre exemple intéressant de site participatif au succès incroyable est celui de Wikipédia. Dominique Cardon nous en rappelle les prémices. Nupédia, ancêtre de Wikipédia, est créé en 2000 par Jimmy Wales. Il demande à des universitaires des contributions pour alimenter le site, mais ceux-ci ne sont pas d’accord pour publier des articles gratuitement. Il a alors l’idée d’utiliser la technologie du wiki, qui « permet à quiconque d’écrire, d’effacer, et de corriger des pages du web à partir d’une utilisation ingénieuse du lien hypertexte » (p. 123) au départ seulement pour discuter entre internautes des articles écrits par les experts. Or, le site du grand public devient vite beaucoup plus vivant et fourni que les contributions universitaires et finit par se substituer à lui. On voit là que, sur le Web, ce n’est pas la compétence ou le diplôme qui détermine la qualité et la valeur des contenus, mais la validation des pairs. Wikipédia, « encyclopédie des ignorants », devient le site le plus consulté, qui arrive en premier résultat sur les moteurs de recherche, quel que soit le mot-clé, alors que son contenu est rédigé par des amateurs certes éclairés, mais non spécialistes. Dominique Cardon nous livre ici bien à propos la mention d’une enquête de la revue scientifique Nature de 2005 qui montre que les articles de Wikipédia sont globalement fiables3 par rapport à ceux de l’encyclopédie Britannica pour les entrées scientifiques, à savoir qu’il y a un nombre quasiment équivalent d’erreurs dans les deux.
Le succès de Wikipédia repose sur le principe de l’intelligence collective et sur les modes d’auto-régulation de la communauté, qui correspondent aux huit règles d’auto-gouvernance rédigée par la prix Nobel d’économie Elinor Ostrom. On peut donner en exemple la règle 3 : « Les individus affectés par la règle collective doivent pouvoir participer à la modification de cette règle », ou encore la règle 4 : « Les individus qui surveillent la ressource commune doivent être choisis localement et être responsables devant la communauté » (p. 128). Les pages « Discussions » de Wikipédia sont l’illustration de ce contrôle local, en interne. Les conflits sont réglés de façon transparente par le débat argumenté, sauf en cas de problème plus conséquent, où intervient un médiateur extérieur. Le savoir s’affine ainsi grâce aux conversations entre pairs, basées sur l’émulation intellectuelle.

Pour finir avec ce chapitre sur le Web, Dominique Cardon explicite la tension qui existe entre marché et bien commun sur le réseau. Il rappelle à cette occasion deux notions d’économie. L’information numérique est un bien non rival, c’est-à-dire qu’elle existe toujours après avoir été « consommée » par quelqu’un, contrairement à un bien rival, qui disparaît après consommation. Deuxième notion : l’externalité. Le Web produit des externalités positives importantes, ce qui veut dire qu’il a des répercussions importantes dans différents domaines économiques. Le web non marchand des contributeurs bénévoles produit de l’attractivité, du clic, des visiteurs, pour le web marchand. Google, par exemple, est un énorme bénéficiaire des contenus créés non par lui mais par les internautes. Si on le traduit en termes économiques, cela revient à dire : « En produisant des liens hypertextes, c’est-à-dire un bien informationnel non rival, accessible par tous, les internautes produisent une externalité positive que Google transforme en intelligence collective » (p. 136) et j’ajoute, qui lui permet de gagner beaucoup d’argent. Si les revenus récoltés par les plateformes numériques à partir des contributions des internautes leur sont en partie reversés, le modèle économique est dit génératif, comme c’est le cas dans les communautés numériques, l’open source, l’innovation ascendante. Lorsque l’argent n’est pas reversé mais capturé uniquement par les plateformes, le modèle est dit extractif et nourrit les GAFAM et tous les services numériques payants. Deux modèles s’affrontent donc en permanence sur le Web et témoignent de la tension originelle entre principes libertaires et économie de marché.

Les réseaux sociaux numériques : transformation de l’espace public et typologie des identités en ligne

Le fil rouge de ce chapitre sur les réseaux sociaux que nous propose Dominique Cardon est d’adopter une grille de lecture sociologique, en réalisant à chaque étape des typologies spécifiques : l’ensemble peut se révéler complexe mais il est au final très éclairant sur les comportements en ligne, et la finesse de l’analyse de l’auteur sera sans nul doute très utile aux enseignants de SNT, professeurs documentalistes et autres.
Commençons par les quatre formes de prise de parole publique que distingue Dominique Cardon. Il y place trois éléments : le locuteur, le sujet du discours et l’espace public. Concernant le locuteur, on est passé d’un groupe restreint de locuteurs professionnels (auteurs, scientifiques, journalistes, politiques, professeurs, etc.) à une foule de locuteurs amateurs sur le Web. De même, le type de sujets abordés opère un glissement entre une focalisation sur des personnalités publiques et des sujets généraux, et une palette de sujets qui parlent de notre vie quotidienne et de personnes connues de nous seuls. D’où la formule : « N’importe qui peut prendre la parole sur n’importe quoi ».
La forme traditionnelle de l’espace public était jusqu’à la fin du XIXe siècle celle d’une sphère publique restreinte, où les locuteurs professionnels parlent seulement des personnalités publiques. Les gatekeepers, c’est-à-dire les journalistes, éditeurs, auteurs et médias « classiques », se font les intermédiaires entre l’information et le public et filtrent les connaissances. Cette forme évolue au début du XXe siècle avec l’apparition des médias de masse : les sujets s’élargissent aux faits divers, à la vie quotidienne et touchent un plus grand nombre de personnes. L’espace public y est défini à la fois comme ce qui se passe sous les yeux de tous, la rue, la place publique par opposition au foyer, à la maison qui relève de la sphère privée, mais aussi comme l’espace de diffusion des informations qui concernent tout le monde. En leur donnant de la visibilité, les journalistes donnent aussi de l’importance à cette information. La visibilité coïncide avec l’importance de l’information.
Avec le numérique et la massification des locuteurs sur le Web, l’espace public se transforme et devient participatif. Il n’y a plus aucun filtre avant publication, et ce qui est visible n’est pas forcément important. D’ailleurs, 1 % des contenus attire 90 % de l’attention. « Le Web est un cimetière de contenus » (p. 98). Le filtre se fait après la publication, par l’absence de visibilité du contenu, notamment dans la hiérarchisation des résultats sur Google. Ce sont les internautes qui deviennent les gatekeepers du Web, puisque le PageRank calcule le nombre de liens qui renvoient d’un site à l’autre. Enfin, la quatrième forme d’espace public définie par l’auteur est le Web en clair-obscur, où la majorité des internautes anonymes parle de quidams connus par eux seuls sur les réseaux sociaux.

Pour dresser une typologie des réseaux sociaux numériques, Dominique Cardon commence par nous en donner une définition : « L’internaute dispose d’une page personnelle et il s’abonne à d’autres utilisateurs avec qui il peut interagir » (p. 153). Il entend ensuite combiner deux variables : le type d’identité numérique et le degré de visibilité du profil, plus ou moins public ou privé. Étudions avec lui les quatre types d’identité numérique qu’il a déterminés.
La première est l’identité civile, constituée des informations factuelles, état civil, profession, etc. Notre « être réel » s’y dévoile progressivement, car sur les réseaux sociaux qui correspondent à ce modèle, on se cache pour mieux se voir, on découvre les personnes au fur et à mesure des conversations, pour ensuite se rencontrer en vrai. La visibilité y est de type « paravent » comme sur Meetic ou Tinder, ou d’autres sites de rencontre. L’accès à l’information s’y trouve sous la forme de l’appariement ou du matching : on cible quelqu’un en fonction de critères précis, déterminés à l’avance, il n’y pas de place pour le hasard.
Deuxième forme d’identité numérique qui coïncide avec un autre groupe de réseaux sociaux : l’identité narrative. On y raconte notre vie quotidienne, nos humeurs, nos centres d’intérêt, on partage nos photos, mais la plupart du temps, uniquement avec nos amis, les personnes que l’on connaît déjà dans la vie réelle. L’auteur nomme ce type de visibilité le « clair-obscur », car on se montre en se cachant, puisque l’on ne s’adresse qu’à ses propres amis. C’est la famille de réseaux la plus développée, avec Facebook, Whatsapp, Snapchat, Messenger. Le bonding y est le plus présent, c’est-à-dire le fait de resserrer des liens déjà existants. L’information s’y concentre en clustering, c’est-à-dire en un ensemble d’interconnexions sur un petit nombre de personnes, puisque nos amis sont souvent également amis entre eux.
L’identité agissante constitue la troisième grande famille, avec des réseaux comme Twitter, Youtube, Instagram. La visibilité de type « phare » signifie qu’on y est très exposé, tout y est public, on se montre entièrement pour se mettre en avant et faire des ponts avec des personnes qui nous sont inconnues, mais avec lesquelles on peut se trouver des centres d’intérêt communs (bridging). Plus que des discussions sur soi, on y partage du contenu, des liens, autour d’un thème particulier. La dérive de ce type de réseau est illustrée par les influenceurs qui font de leur vie une marque ou un centre d’intérêt en soi.
Enfin, le quatrième et dernier type de réseau s’apparente à l’identité virtuelle : le moi y est caché, déguisé entièrement sous la forme d’un avatar, d’une projection imaginaire et théâtralisée de la personnalité. Dans ces mondes virtuels, on se voit mais caché, comme dans les jeux vidéo tels Second Life ou World of Warcraft, les fanfictions ou les contenus auto-produits. Dans ces deux derniers types de réseaux, l’accès à l’information présente un très faible clustering, car il s’agit de réseaux comportant un grand nombre de personnes où peu d’entre elles se connaissent.
Ces quatre familles de visibilité invitent chaque individu à moduler son identité numérique aux types d’interactions et aux publics différents qui y sont rencontrés. Chaque réseau propose des paramètres qui permettent de décider en toute conscience de ce que l’on veut montrer ou non, à condition d’en comprendre les rouages et d’y faire attention. Les réseaux sociaux ne modifient pas en profondeur le lien social, contrairement à ce que l’on entend souvent. On est amis en ligne avec ses proches et sa famille, comme dans la vie réelle. En revanche, ils ont un effet sur les liens faibles, les personnes que l’on a perdues de vue ou les simples connaissances : dans ce cas, les réseaux sociaux numériques densifient le lien social.

Ces formes d’identité, si elles ne modifient pas fondamentalement le lien social, créent de nouvelles normes, comme celle de devoir absolument exister en ligne. La vie privée n’a pas disparu, tout est une question de frontière et de contexte ; « Sur le web, l’exposition de soi est une technique relationnelle  ». Ce n’est pas par pur narcissisme que l’on expose photos et récits de soi, mais davantage pour recevoir de l’amour et de la reconnaissance de la part des autres. Nos profils sont « des petits théâtres dans lesquels chacun conforte son estime de soi », à grand renfort de like et de smileys cœur. On montre de soi ce que l’on sait que les autres vont apprécier. Les études montrent que les sentiments de tristesse et de colère sont largement sous-représentés sur Facebook par exemple. On sélectionne les moments festifs, qui nous mettent à notre avantage plutôt que de mettre en avant les moments plus difficiles. De même, l’ensemble des informations, nombre d’amis, niveau de langue, voyages, contenus partagés etc. reflètent notre niveau socio-culturel. « La fabrication de la personnalité en ligne passe par une injonction paradoxale : bien que construite, elle doit paraître naturelle et authentique  » (p. 182). Le geste du selfie en est le symbole : celui qui prend la photo est aussi celui qui se regarde, qui jauge et contrôle la construction de l’image produite et du récit de soi qui en sera fait en une mise à distance de sa vie pour mieux la raconter sur les réseaux. D’un point de vue sociologique, le selfie est très intéressant à étudier comme en témoigne l’enquête Selfiecity.net4 qui montre, entre autres, que les filles sourient beaucoup plus sur les photos que les garçons.
Le boom des pratiques artistiques et créatives sur le Web valorise une petite élite de producteurs qui focalisent l’attention, comme sur Youtube avec l’émergence d’un nouveau système de notoriété. Toutefois, les youtubeurs émergents réintègrent ensuite le circuit médiatique traditionnel en allant à la radio ou à la télévision. On retrouve d’ailleurs dans ce cercle restreint les différences socio-culturelles traditionnelles, à savoir que ce sont les individus les plus cultivés, diplômés, bien intégrés socialement et disposant d’un bon réseau de contacts, qui perceront plus facilement que les autres.

Enfin, Dominique Cardon conclut ce chapitre en essayant de tordre le cou à une idée reçue : les réseaux sociaux seraient une zone de non-droit et un outil d’aliénation, en raison de la dérégulation des propos et de la violence des insultes. Il rappelle que des régulations juridiques existent déjà et régissent, certes de façon imparfaite, chaque type de réseau. Dans la sphère publique restreinte des médias traditionnels, c’est le droit de la presse qui prime. Dans l’espace public, c’est le droit au respect de la vie privée : droit à l’image et droit des individus. Sur le web participatif, ce sont les limites de la liberté d’expression qui s’appliquent. Enfin, dans le tout-venant des conversations numériques, on peut tabler sur une régulation par l’éducation.
Avec la notion de droit à l’oubli et plus globalement les cas nombreux où il est demandé aux hébergeurs de retirer des contenus, on assiste à un phénomène d’extra-judiciarisation, c’est-à-dire que l’application du droit se fait en dehors de la justice. En effet, on peut obtenir que Google déréférence certains contenus qui nuisent à une personne, mais ces derniers ne sont pas supprimés, ils disparaissent simplement des pages de résultats. Le principe de séparation entre la responsabilité juridique de celui qui publie et celle de l’hébergeur est devenu « la colonne vertébrale du droit du numérique » (p. 207). Toutefois, l’hébergeur devient coupable s’il ne retire pas un contenu « signalé ». Des algorithmes et des métiers spécifiques sont désormais créés pour contrôler et retirer des contenus, mais, là encore, ce sont les plateformes qui jugent de la pertinence de ces retraits et non la justice. Pour conclure, on peut mettre l’accent auprès des élèves sur les différents paramétrages de visibilité des informations et leur faire prendre conscience de la nécessité de réfléchir avant de publier quelque chose en ligne.

Un système médiatique à deux vitesses

L’espace public est reconfiguré par le Web qui est « descendu » dans la société et lui permet de discuter avec elle-même. Pourtant, nous n’assistons pas à la fin des médias, des partis politiques ou des institutions : il n’y a pas à l’heure actuelle de démocratie horizontale totale, mais trois espaces refondus sur lesquels le numérique a des impacts différents.
L’effet du Web est somme toute relativement limité sur les instances de la démocratie représentative. Il a un impact relatif et incertain sur les modes de démocratie participative. En revanche, sur ce que l’auteur nomme la « Démocratie Internet », l’effet est nouveau et perturbant. Dans la « société des connectés », les formes politiques présentent trois caractéristiques : d’une part, la singularité des individus et leur pluralité d’opinions personnelles sont mises en avant et prévalent sur le Nous collectif. Deuxièmement, il n’y a pas de leader, ce qui, dans le mouvement Anonymous par exemple, conduit même à l’invisibilité totale de ses membres comme garantie d’égalité. Enfin, il n’y a pas non plus de programme : les discussions portent souvent sur les procédures, sur la forme, davantage que sur le fond. Cette « démocratie Internet » génère une masse de conversations politiques qui s’insinuent dans toutes les strates du Web, à l’image des hashtags. « Le hashtag est le drapeau que l’on plante dans le brouillard du Web ». Ces phénomènes viraux inventés par le « bas » sans que l’inventeur n’en ait anticipé l’impact, représentent des agrégateurs qui polarisent l’attention sans l’avoir réellement demandée, et qui d’une certaine manière « centralisent sans commander » (p. 244). La mobilisation naît alors autour d’un contenu ou d’un slogan et constitue une « communauté imaginée » qui surgit en dehors du filtre des gatekeepers traditionnels.

Qu’en est-il des médias dans ce contexte ? Si en France le milieu médiatique perd environ 600 journalistes par an, il n’en reste pas moins une demande forte d’informations rédigées par des professionnels, comme en témoigne la fréquentation du Monde.fr qui tourne autour de 1.5 à 2 millions de lecteurs par jour. La fin du journalisme n’est pas pour aujourd’hui : Dominique Cardon prend pour exemple l’échec relatif des initiatives hybrides de citoyens journalistes comme Agoravox ou Rue89. Le « tous journalistes » n’existe pas de façon effective. L’auteur voit d’ailleurs dans les commentaires incessants des articles sur le Web des effets à la fois positifs et négatifs. D’un côté, cette vigilance citoyenne et critique conduit à une amélioration de l’exactitude factuelle des articles et à des débats argumentés plus riches. D’un autre côté, les campagnes de dénigrement, les attaques de troll ou encore les polémiques puériles se multiplient.
Mais c’est surtout en matière d’accès à l’information que le changement est le plus marquant. Les médias ont en effet « perdu la maîtrise de la manière dont l’information est reçue, organisée, et hiérarchisée par les internautes » (p. 250). Chez les 18-24 ans, ce sont bien les réseaux sociaux et les médias numériques qui constituent le principal accès à l’information. Or, dans ces derniers, la publicité en ligne génère beaucoup moins de revenus que dans les éditions papiers. Et c’est cette course à l’argent qui fait baisser la qualité de l’information produite. Les médias vont alors privilégier les informations aguichantes, drôles ou douteuses pour générer des clics (comme sur les sites Buzzfeed ou Vice).
Arrêtons-nous un instant avec Dominique Cardon sur quelques chiffres impressionnants. La moitié des événements couverts sont repris dans les médias en moins de 25 minutes. Une étude de 2013 montre que 64 % de l’information publiée dans les médias en ligne français est un simple copier-coller. On assiste donc à une multiplication des articles sans aucune plus-value, et à une folle accélération du rythme d’écriture qui se cantonne parfois à de simples transferts de dépêches. Les médias tendent même à mesurer en direct l’audience des articles et informations diffusées avec des outils comme Chartbeat qui donnent des statistiques en temps réel du nombre de consultations.
À l’inverse, la réintroduction d’offres payantes sur abonnement chez les médias numériques de qualité, tels Arrêts sur Image, Les Jours ou Médiapart, redonne de la vitalité économique à ce type de journalisme. D’autre part, l’essor du data journalisme permet de mener des enquêtes de grande ampleur en analysant les gisements de données publiques en opendata. De même, les leaks ou fuites des données cachées ont généré des scandales importants relayés massivement par les médias, voire dévoilés par eux comme pour les Paradise Papers issus d’un consortium international de journalistes.
On constate donc une nette fracture entre deux formes de journalisme assez irréconciliables : par le « haut », un renforcement du journalisme de qualité, payant, fortement éditorialisé et développant des formats variés et originaux ; par le « bas », des contenus médiatiques qui se transforment en « info-à-cliquer » parmi lesquelles sont véhiculées beaucoup d’informations peu fiables.

Dominique Cardon analyse ensuite le phénomène des fake news de façon rigoureuse, l’approche sociologique se révélant ici particulièrement intéressante. Il revient sur le fameux épisode où Orson Welles fit croire, en 1938 à la radio, à une invasion martienne. Or, c’est la panique que ce canular a suscitée qui est un mythe, ou dirait-on aujourd’hui, une fake news. Cette supposée panique a été à l’époque montée en épingle par les opposants à ce nouveau média qu’est la radio pour la discréditer et en montrer les effets hypnotiques. Cet épisode témoigne en profondeur de deux approches sociologiques différentes sur les effets des médias. Hadley Cantril théorise que la radio et plus globalement les médias, ont un « effet fort » sur les esprits, en annihilant la raison et en manipulant les comportements. Son contemporain, Paul Lazarfeld, propose quant à lui un autre modèle : celui « d’effets limités » ou faibles des médias, passant par deux niveaux de communication. Le contenu médiatique est en effet reçu par le destinataire mais il est également socialisé : il fait l’objet de conversations informelles, de critiques, de détournements qui ont tout autant d’influence sur le public.
On assiste avec les actuelles fake news au retour de cette première théorie de l’effet fort qui manipulerait les consciences. Dominique Cardon atténue nettement leur impact en montrant qu’elle constitue une hypothèse non prouvée qui relèverait d’ailleurs d’une forme de déterminisme technique. Ainsi, pour appuyer ce point de vue, il remet en perspective la proportion des fake news lors de l’élection de Trump : les 20 fake news les plus partagées sur Facebook représentent 0.006 % des vues des utilisateurs du réseau. Par ailleurs, il semble très difficile de mesurer l’impact réel de la lecture d’une information sur un comportement : ce n’est pas parce qu’on lit une fake news qu’on y adhère automatiquement. Enfin, on consulte les fausses informations qui confortent une opinion préexistante : pour une élection, en l’occurrence, cela ne fait que confirmer notre point de vue antérieur sans le modifier.
L’auteur propose comme garde-fous que les médias traditionnels ne relaient pas les fake news : ne leur accorder aucune visibilité atténuerait considérablement leur impact. Les sites de fact-checking, même s’ils touchent les personnes déjà convaincues, permettent néanmoins de réguler les médias « centraux ». Enfin, ce sont finalement dans les conversations informelles que circulent de la façon la plus diffuse les bullshit news mais cela est valable sur le Web comme dans la vie quotidienne. Nous sommes beaucoup moins exigeants dans nos conversations courantes et c’est là qu’est le vrai danger de propager des informations douteuses et non vérifiées.

Publicités numériques et digital labor

Alors qu’en 2006, seul Microsoft figure dans le top 10 des entreprises les plus cotées en Bourse, en 2016 les cinq entreprises dites des GAFAM y sont en très bonne place. Les rachats successifs, Youtube absorbé par Google, Instagram et Whatsapp par Facebook, leur procurent des bénéfices incommensurables, complètement disproportionnés par rapport au faible taux d’emploi qu’ils génèrent. L’économie numérique suit trois lois : la première est celle des rendements croissants. Plus il y a de clients, plus l’entreprise est productive. La loi des effets de réseau y joue également à plein : plus il y a d’utilisateurs, plus le service prend de la valeur et de l’utilité. Enfin, « winners take it all », c’est-à-dire que le leader gagne l’ensemble de la mise, plaçant en position quasi monopolistique les entreprises du numérique et favorisant ainsi la concentration.
Dans ce modèle économique de la plateforme numérique, il y a deux types d’effets de réseau. L’un procure des effets directs : l’utilité rejaillit sur tous les utilisateurs qui se connectent ; l’autre a des effets indirects lorsqu’il y a des acheteurs et des vendeurs multiples. Dans le cas de Google, le marché est dit « biface » car d’un côté les usagers ont accès à un service gratuit alors que de l’autre, les annonceurs paient pour avoir accès aux données personnelles et gagner de la visibilité.

La problématique de la publicité est intimement liée au traçage des données. Si Google et Facebook récupèrent à eux seuls 61 % des revenus de la publicité numérique et même 90 % de la publicité sur les smartphones, c’est qu’ils ont mis en place, outre les affichages publicitaires en bannière, un système de récolte des données très performant. Ainsi, le cookie, créé en 1994, « super espion » ne garde pas seulement en mémoire le passage sur un seul site5. S’il est « tiers », il envoie l’info de navigation à tous les sites web liés à la même régie publicitaire. L’automatisation de la publicité, gérée par des robots qui analysent nos traces pour proposer des publicités ultra ciblées, se fait donc désormais en temps réel.
Par ailleurs, les liens sponsorisés, qui apparaissent en tête des résultats sur Google, se présentent sous la forme de lien HTML qui ne les différencient en rien des autres résultats et donc de l’information. L’annonceur ne paie Google que si quelqu’un clique sur le lien : c’est le coût par clic. Pour chaque mot-clé ont lieu des enchères automatiques qui permettent aux annonceurs de remonter dans la liste des résultats.

Une autre transformation est l’ouverture des données des administrations et des collectivités au grand public. Le portail Data.gouv.fr a été créé en 2011. Les open data nécessitent de rendre les données interopérables, manipulables, au format identique, ce qui représente un travail important pour les administrations. Mais la volonté politique est forte pour impulser un « service public de la donnée ». Ainsi, plusieurs API (Application Protocol Interface) ont été créées pour donner accès sur des interfaces uniques à ces bases de données : Openfisca, Adresse Nationale, Entreprise, etc. Ceci étant, l’interprétation de ces données « brutes » est très compliquée pour le grand public. D’ailleurs, Dominique Cardon rappelle que l’idée d’une donnée « brute » est une fiction : celle-ci est toujours liée à un contexte de production particulier et nécessite curation et agrégation avec d’autres données.

Enfin, pour clore cette partie sur l’économie des plateformes, on ne peut occulter la notion de digital labor. Derrière le slogan bien connu, « si c’est gratuit, c’est toi le produit », se cache un « capitalisme de la surveillance », alimenté par la récolte des données mais également par une nouvelle main d’œuvre sous-payée qui réalise des micro-tâches6. C’est le cas chez Amazon Mechanical Turk, qui demande à des personnes souvent exploitées de faire des HITS (Human Intelligent Tasks), des actions qui ne peuvent pas être réalisées par des machines mais qui vont permettre d’alimenter les calculs de l’Intelligence Artificielle : étiqueter des photos, cliquer sur des likes, écrire des avis, créer des playlists, etc. Le besoin est donc urgent de proposer des régulations pour protéger ces travailleurs du clic invisibles.

Données personnelles et algorithmes : transparence et surveillance

Le Big Data peut-être vu comme une métaphore similaire à celle de la Bibliothèque de Babel chez Borgès. Cette bibliothèque qui contiendrait tous les livres possibles à partir de toutes les combinaisons existantes de lettres aurait la forme d’un contenu incommensurable et incohérent. De même, le Big Data représente une masse incroyable de données, mais comment en extraire du savoir ? Les outils de calcul des algorithmes informatiques lui sont intrinsèquement liés pour en tirer de la connaissance. Si les algorithmes sont vus comme une puissance occulte, c’est qu’ils sont devenus les nouveaux gatekeepers : les calculs informatiques filtrent et hiérarchisent l’information numérique. Nous naviguons en réalité sur un « nano espace informationnel » puisque 95 % de nos navigations concernent 0.03 % des contenus du web.

Dominique Cardon revient ici sur les quatre grandes familles d’algorithmes numériques7 : à côté du web, mesurant la popularité et les clics ; au-dessus du web, l’autorité et les liens ; dans le web, la réputation et les likes ; au-dessous du web, la prédiction et les traces.

Approfondissons l’algorithme de Google, le PageRank, basé sur l’autorité des sites, à savoir le nombre de liens qui renvoient vers eux. Au départ, les tout premiers moteurs de recherche classaient leurs résultats en fonction du nombre d’occurrences du mot-clé dans la page. Avec le PageRank, on passe d’une analyse du texte à une analyse du réseau : qui cite qui ? Sur la page de résultats, « les mondes ne se mélangent pas » (p. 367) : si tout est sous forme de liens HTML, les Google Ads, sponsorisés et donc payants, sont séparés des sites issus du mérite et du « référencement naturel ». Sur Google, « la visibilité s’achète ou se mérite ».

En ce qui concerne les algorithmes de réputation des réseaux sociaux, plusieurs caractéristiques méritent d’être soulignées. Tout d’abord, les informations y sont hiérarchisées en fonction d’un écosystème informationnel différent pour chacun, puisqu’il est déterminé par nos centres d’intérêt et nos amis. D’autre part, les informations qui y sont partagées participent à l’identité numérique et à ce que l’on veut montrer de soi. Enfin, la mesure de la réputation sur les réseaux sociaux est apparente et relève souvent d’une stratégie de communication. Dominique Cardon, comme dans son ouvrage précédent, relativise l’effet des bulles de filtre car nous ne sommes pas exposés seulement aux réseaux sociaux : les canaux de communication sont multiples et diminuent largement le poids de l’exposition sélective à un même type d’informations.

Les algorithmes ayant la plus grande puissance de calcul sont actuellement ceux du deep learning, reproduisant un réseau de neurones, ce qui a valu la réintroduction dans le langage courant du terme Intelligence artificielle. L’auteur analyse à juste titre l’influence de cette expression sur nos représentations imaginaires qui prennent la forme d’androïdes, du HAL de 2001, l’odyssée de l’espace, ou encore de la Samantha du film Her, qui n’ont tous pas grand-chose à voir avec le deep learning actuel. Dominique Cardon revient donc sur l’histoire du développement de cette technologie qui a connu plusieurs vagues et a également été au point mort plusieurs fois. Il explique les deux modèles régissant les expérimentations en matière d’IA : celui d’une machine que l’on chercherait à faire raisonner et le modèle actuel basé sur un volume très important de données en entrée dans la machine, avec un objectif final, qui lui permet de faire des corrélations toute seule.

Dans ce contexte, la régulation des algorithmes est absolument nécessaire : nous devons collectivement décider quels sont les domaines que nous souhaitons rendre calculables de cette manière et quels sont les enjeux de société qui doivent rester hors de ces modes de calcul. Transparence et neutralité du Web en sont les deux maîtres mots : le RGPD européen demande « l’explicabilité des décisions algorithmiques ». Il faut à ce stade garder en tête que l’algorithme est « idiot », il suit des procédures et traite des données, mais sans en comprendre le sens, ce qui peut aboutir à des erreurs et à des failles dans les calculs et les réponses.

D’autre part, les plateformes numériques optimisent leurs algorithmes pour maximiser le temps passé sur le Web : en récoltant nombre de données sur l’utilisateur, les recommandations personnalisées sur Youtube par exemple ou la hiérarchisation des informations du fil d’actualité sur Facebook visent surtout à garder captif et addict l’utilisateur en collant au plus près de ses attentes8. Il semble donc nécessaire de pouvoir reprendre la main de façon individuelle et, pourquoi pas, de configurer soi-même les objectifs des algorithmes sur les plateformes.

Dominique Cardon nous propose pour éclairer cette question un tableau de synthèse très intéressant (p. 404). Je vous le reproduis ici pour une meilleure compréhension du propos en y ajoutant les exemples complémentaires que l’auteur développe dans son raisonnement.

La première ligne du tableau correspond aux algorithmes auxquels la plateforme a fixé des objectifs, tout l’enjeu étant ici de pouvoir livrer de la façon la plus transparente possible ces objectifs aux utilisateurs pour qu’ils puissent éventuellement les contester ou les modifier. Ainsi, les trending topics sur Twitter sont régis par un algorithme qui met en avant les hashtags à forte viralité, ce qui conduit à une sur-représentation des événements très populaires et a contrario à une moins bonne visibilité des informations se déroulant sur le long terme.

La deuxième colonne du tableau présente les algorithmes dont les effets sont cachés à l’utilisateur. L’auteur cite ici les démêlés judiciaires qu’a connus Google pour avoir placé en priorité dans Google Shopping des restaurants affiliés à ses services, plutôt qu’une liste de restaurants correspondant aux critères habituels du PageRank. Dans ce cas précis, c’est la rétro-ingénierie, c’est-à-dire « l’ingénierie inversée », partir de l’analyse de l’outil technique pour remonter vers les résultats, qui a permis de se rendre compte de cette forme de manipulation de la part de Google.

La deuxième ligne de ce tableau pointe quant à elle les effets indésirables des algorithmes qui n’ont pas été anticipés par les plateformes. L’auto-complétion sur Google par exemple est basée sur le nombre d’occurrences statistiques dans l’association des différents mots clés, ce qui peut produire des expressions apparaissant automatiquement et relevant du racisme ou de l’antisémitisme (comme lorsque l’on voit un nom de personnalité affublé du mot « juif » systématiquement). L’effet produit par l’algorithme doit donc être régulé par la vigilance publique et médiatique, voire par une régulation législative si besoin.

Enfin, la dernière partie du tableau met l’accent sur les conséquences qui sont à la fois involontaires de la part des concepteurs et invisibles pour le public. C’est le cas de tous les types de discriminations liées à l’utilisation massive de données qui reproduisent elles-mêmes, hélas, les discriminations sociales et culturelles en cours dans la société. Les enjeux de régulation sont ici énormes et n’en sont encore qu’à leurs balbutiements politiques et citoyens. C’est pourquoi Dominique Cardon propose un audit des données en tant que telles grâce, notamment, à la rétro-ingénierie et à l’action des ONG.

Pour terminer cette partie sur les données et les algorithmes, l’auteur évoque rapidement la problématique de la surveillance, qu’il identifie sous trois formes : celle du marché, des autres individus et de l’État. La surveillance du marché, comme on l’a vu, cherche à tracer au maximum les personnes pour leur proposer des services qui correspondent de façon presque « magique » à leurs centres d’intérêt et à leurs besoins. Mais au-delà de cette logique, « c’est un projet de guider les comportements grâce aux données des utilisateurs » qui se dessine. La surveillance interindividuelle se fait jour quant à elle sur les réseaux sociaux et dans les systèmes de notations et d’avis généralisés. Enfin, la surveillance d’État est apparue au grand jour lors des révélations d’Edward Snowden puisqu’il a été avéré que la NSA, entre autres, écoutait massivement toutes les communications du grand public. De même, c’est cette logique d’écoute et de stockage de données qui sous-tend la loi relative au renseignement de 2015. L’auteur y voit l’entrée dans « la société de contrôle » décrite par Gilles Deleuze, puisqu’au-delà de la surveillance étatique, les trois formes de surveillance qui se mettent en place avec le numérique n’ont soulevé que peu de protestations dans l’opinion publique. Au nom du « je n’ai rien à cacher », ou du « je sais qu’on récolte mes données mais l’outil est tellement pratique », chacun accepte de faire des compromis et de rogner la notion de vie privée. Dominique Cardon propose ici, de façon tout à fait pertinente, de « cesser de penser individuellement la vie privée, de cesser de la considérer comme un arbitrage que chacun serait amener à faire […] mais plutôt d’y réfléchir comme à un droit collectif par lequel, même si nous n’avons rien à cacher, il est aussi dans l’intérêt de tous de vivre dans une société où certains – journalistes, militants, ONG – puissent avoir des choses à cacher ».

 

 

En conclusion, Dominique Cardon montre le glissement dans les esprits et les représentations d’une utopie euphorique des débuts d’Internet à une société numérique de surveillance, dominée par des algorithmes froids, le Web étant vu comme un objet d’aliénation et d’addiction. Profondément technophile et optimiste, le sociologue, à chaque étape du raisonnement, remet l’humain au centre des décisions en nous rappelant en permanence que c’est à nous de dicter les usages du numérique et d’en proposer des régulations. « Nos usages du Web restent très en-deçà des potentialités qu’il nous offre. Le Web se ferme par le haut, mais toute son histoire montre qu’il s’imagine par le bas » (p. 421). Il n’en reste pas moins critique vis-à-vis des GAFAM, appelant à plusieurs reprises à une législation rigoureuse de cadrage. Plusieurs idées reçues, souvent présentées de façon réductrice dans les médias, sont ici décortiquées avec pertinence, comme l’impact des bulles de filtre ou des fake news sur l’opinion publique. Un des impacts majeurs du numérique n’est toutefois pas du tout abordé dans cet ouvrage : il s’agit de toutes les conséquences environnementales qu’il génère.

Si l’on en revient à la dimension pédagogique, ce livre nous confortera dans l’idée que l’appropriation de la culture numérique passe par les deux injonctions parallèles et nécessaires que sont « coder et décoder » : « comprendre en faisant », en programmant mais aussi « faire en comprenant », en analysant et en développant la littératie numérique.

 

Acteurs de demain

La crise épidémique vécue depuis mars dernier est un choc social majeur, une épreuve collective terrible puisqu’elle touche l’ensemble de la planète. Confinement quasi général des populations, arrêt de l’activité économique du pays, fermeture des établissements scolaires… une situation jamais vue.
Une catastrophe de ce niveau, d’ampleur mondiale, conduit à repenser l’ensemble des valeurs qui prédominent et dirigent le monde depuis des dizaines d’années, sinon plus. Chacun d’entre nous est appelé à être acteur du relèvement. Et demain commence dès aujourd’hui. Nous sommes nombreux à attendre un changement de paradigme : l’humain, la nature, les biens communs doivent être des priorités.

Aussi ce numéro d’Inter-CDI, très riche, vous permettra d’aller plus avant dans la connaissance de notre univers professionnel et de la nécessité de changements radicaux.

L’article critique de Kaltoum Mahmoudi en est la parfaite illustration : troisième assemblée de la République après l’Assemblée nationale et le Sénat, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié en décembre 2019 un avis portant sur « Les défis de l’éducation aux médias et à l’information ». L’EMI y est proclamée « Grande cause nationale », mais on cherchera en vain les enseignants du secondaire, leurs actions dans les propos de la rapporteure de l’avis. Parmi les 34 personnalités auditionnées aucun professeur documentaliste, un seul représentant de l’enseignement secondaire : un proviseur de lycée ! Comment peut-on à ce point ignorer l’engagement et le travail mené par les enseignants ? Kaltoum Mahmoudi s’appuie sur une méticuleuse analyse lexicologique pour montrer combien l’expression « éducation à l’information » est peu formulée en regard de celle des « médias ». Claude Baltz l’affirmait : « pas de société de l’information sans culture informationnelle », d’abord ! En conclusion elle fait le constat d’un manque de visibilité, voire d’une forme de méfiance vis-à-vis des actions d’EMI et propose une orientation différente de l’exercice professionnel offrant une garantie plus assurée à notre avenir pédagogique. À chacun d’en juger.
Florie Delacroix consacre une importante note de lecture au livre « Culture numérique » de Dominique Cardon, professeur de sociologie à Sciences Po. Cette somme très complète constitue une grande partie des connaissances que doivent maîtriser les professeurs documentalistes en matière d’EMI et particulièrement pour le programme de SNT. Les origines historiques d’Internet… de l’idéologie utopique des pionniers à la récupération marchande des GAFA. Les réseaux sociaux numériques et les comportements en ligne, une typologie… qui sont les youtubeurs ?… le droit à l’oubli… les élèves et le paramétrage de visibilité des informations publiées… le système médiatique, médias et journalistes aujourd’hui… les fausses informations… les lois de l’économie numérique. Données personnelles et algorithmes, le Big Data, l’Intelligence Artificielle, quelle régulation face à une « société de contrôle » ? Florie Delacroix souligne, dans ce livre, l’absence de l’évocation des conséquences environnementales générées par Internet.
Gabriel Giacomotto et Jean-Marc David ouvrent notre curiosité sur les Punks, un mouvement culturel underground d’origine anglo-saxonne des années 1970-80. Expression de la vitalité d’une jeunesse contestataire rejetant la société mercantile, à la recherche de plus de simplicité et de modes de vie alternatifs dans une société en crise. C’est l’hiver du mécontentement, les grandes grèves au Royaume-Uni, les pénuries, l’ascension de Margaret Thatcher et celle de Ronald Reagan, l’essor du néo-libéralisme. Musique, mode, graphisme, le « faire soi-même », la contre-culture britannique a infusé les milieux créatifs des années 70. Nombre de références proposent des pistes pédagogiques d’études en langue, en philo sur le nihilisme… l’art peut-il être un contre-pouvoir ?

Veille numérique 2020 N°3

Effet confinement

Covid-19 – Détox

Les grands organismes scientifiques ainsi que la cité des sciences apportent tous leur contribution à la lutte contre les fausses informations concernant l’épidémie de coronavirus (Covid-19).
 http://www.cite-sciences.fr/lascienceestla/exposition-coronavirus/
 https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/coronavirus-canal-detox-coupe-court-fausses-infos
 https://www.pasteur.fr/fr/coronavirus-attention-aux-fausses-informations-covid-19-circulant-reseaux-sociaux
 http://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/coronavirus-sur-le-front-scientifique

Visioconférence de “nos données”

L’installation d’applications d’appels vidéo en réunion, en raison du confinement, a connu un boom fulgurant. Néanmoins, l’utilisation de l’appli Zoom à grande échelle a fait apparaître des failles de sécurité et a révélé le partage des données avec Facebook. Quant à Houseparty, qui se réserve le droit d’utiliser les contenus des communications, sa politique de gestion des données personnelles est très critiquée par les internautes. Sans compter toutes les applis des géants du web (Skype, Teams, Meet, Rooms, WhatsApp) qui utilisent les données dans leur propre intérêt… Parmi tous ces flux de données personnelles, le logiciel libre Jitsi Meet tire son épingle du jeu car il est installable sur tous les supports et ne nécessite pas d’ouverture de compte.

Musée à portée de doigt

La plupart des musées ont mis en place des visites virtuelles gratuites des collections permanentes et temporaires pendant le confinement. Pour certains musées, ces visites, parfois payantes, existaient déjà avant la pandémie du coronavirus. Il est fort probable qu’après le déconfinement, ce type de visite prendra de l’ampleur dans tous les musées du monde.

Géolocalisation des malades

Lors de chaque crise, les droits des individus se restreignent. Après les attentats et les gilets jaunes, c’est au tour du Covid-19. Selon le gouvernement, la solution contre la pandémie sera, entre autres, de géolocaliser “anonymement” les malades ! Quid de la protection de la vie privée ? Tout comme la Chine, la Corée du Sud, Singapour et l’Allemagne, la France songe sérieusement à instaurer un tel dispositif au moyen de l’application Stopcovid. Par ailleurs, Google et Orange n’ont pas hésité à diffuser les données “anonymisées” des déplacements individuels depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus…

éducation

Caricature et violence de l’Histoire

L’exposition virtuelle réalisée avec les collections de la BnF et de La contemporaine se concentre sur la caricature moderne dans la presse du 19e au 21e siècle. Une chronologie divise l’histoire de la satire graphique en 4 périodes allant de 1830 à nos jours. Le parcours thématique donne l’occasion aux visiteurs de choisir parmi un large panel d’entrées (parodies culturelles et artistiques, genres de la caricature, contrôle de la presse, violences légales…). L’onglet “Voir aussi” met à disposition une bibliographie riche en références avec pour certaines des liens externes (Gallica ou autres).
 http://hirim.sociodb.io/accueil

Elix : Dico de langue des signes

Le dictionnaire de langue des signes française est à destination des personnes en situation de handicap auditif et des entendants. Plus de 18 000 définitions traduites en LSF et plus de 14 500 signes accessibles sur l’application mobile Elix ou sur le navigateur d’un ordinateur avec l’extension “La bulle Elix”. Cet outil a été réalisé par l’association Signes de sens.  https://dico.elix-lsf.fr/

Un générateur de mots enluminés

L’application Pictor génère des mots enluminés grâce à la numérisation des lettrines de la Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux et de Limedia Galerie. Il suffit de saisir les mots voulus pour qu’une proposition enluminée soit générée de façon aléatoire. Options de récupération : télécharger ou envoyer par mail en vue d’un partage sur les réseaux sociaux ou pour fabriquer des marque-pages. À terme, il est prévu que l’on puisse choisir le type de lettre ou le siècle.
 http://pictor.irht.cnrs.fr/fr

Google Arts et Culture

L’application Art Transfer de Google Arts et Culture transforme les images en utilisant les codes graphiques de peintures célèbres. L’appli s’appuie sur l’IA pour convertir les photos en œuvre d’art. Pour cela, il faut choisir parmi les styles proposés puis appliquer à tout ou partie d’une image. Cette nouveauté fait suite à l’appli Art selfie de 2018, son double en peinture de maître.
 https://artsandculture.google.com/camera/art-transfer

Musée art ludique

“Hors les murs” depuis 2018, le musée s’installe durablement au sein de la gare Saint-Lazare dès 2021. Consacré aux industries créatives, ce nouveau lieu de connexion entre Paris et la province sera l’occasion de mettre en avant des expositions issues des créateurs d’univers du jeu vidéo, de la bande dessinée, du film d’animation et plus largement du design au cinéma. Le numérique utilisé par les artistes met en valeur le matériel informatique comme outil de création artistique.
 https://artludique.com/


Lecture numérique

BDnF, la fabrique à BD

À l’occasion de l’année de la bande dessinée (2020), la BnF propose une application gratuite pour réaliser un roman graphique, un album ou tout autre récit associant illustration et texte. L’atout principal est la mise à disposition de très nombreux documents graphiques issus des collections patrimoniales de la Bibliothèque. L’outil, qui vise principalement un public scolaire et amateur, est téléchargeable sur PC, tablette et smartphone.
https://bdnf.bnf.fr/index.html

Format DiViNa

Le laboratoire européen du livre numérique et l’éditeur H2T (Pika) ont développé un format standard simple, économique pour les éditeurs, facile d’utilisation par les auteurs et dynamique pour les lecteurs. L’EDRLab met au point le format DiViNa en étroite collaboration avec le W3C qui supervise les standards du web. Pour les auteurs, le logiciel de montage DiViNa Creator proposera d’autres formats exportables.

La lecture en réalité virtuelle

Le projet Los360° VR immerge le lecteur dans un univers virtuel à 360°. Avec un livre, un casque VR et une technologie innovante, les concepteurs, Roman Vital et Sandro Zollinger, ont créé une expérience inédite qui allie littérature et technologie. Tout en lisant un ouvrage, le lecteur est plongé dans des lieux et des ambiances sonores en lien avec l’histoire. Ce procédé enrichit à l’évidence le texte mais réduit la part d’imaginaire.
https://www.losvr.ch/

Droit et données personnelles

Fin des cookies sur Google !

Le géant du web a annoncé que son navigateur Chrome n’acceptera plus les cookies (traceurs pour cibler les publicités) d’ici deux ans. En réaction, les adtech (sociétés de technologies pour la publicité) cherchent à inventer de nouveaux produits, probablement plus insidieux, pour cibler la publicité. Protection de la vie privée des internautes ou meilleur contrôle de la publicité sur son navigateur ! Google a ses raisons.

Bibliothèque libre par RSF sur Minecraft

L’ONG Reporters sans frontières a dévoilé sa bibliothèque libre dans le jeu multijoueurs Minecraft, lors de la journée mondiale de lutte contre la cybercensure du 12 mars 2020.
24 joueurs du monde entier ont travaillé durant 250 heures à la construction de cette bibliothèque virtuelle en ligne. Ce projet rend accessible l’ensemble des écrits censurés de cinq pays dans lesquels la liberté d’expression est bâillonnée (Égypte, Mexique, Arabie Saoudite, Russie et Vietnam).
https://uncensoredlibrary.com/en

Biblothèque libre – Minecraft

Technologie

Jeu vidéo par la pensée

Lors du salon électronique de Las Vegas (CES 2020), La start-up française Nextmind a présenté un prototype sous la forme d’un bandeau à électrodes placé sur la tête qui donne la possibilité de jouer sans utiliser un clavier, une manette ou une souris. Uniquement par la pensée, il est possible, par exemple, de tirer sur une cible mouvante dans un jeu électronique. Cette innovation s’ajoute aux alternatives existantes dans le même domaine tels que le bracelet qui détecte les signaux de commande voyageant du cerveau à la main ainsi que les dispositifs de commande par le mouvement des yeux.

Les Chatons contre les GAFAM

Framasoft, l’association française de défense du logiciel libre change de stratégie contre les géants du web en favorisant la décentralisation des nouveaux projets selon un système de fédération. Les Chatons (Collectif des hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires) fonctionnent avec leurs propres règles, tout en communiquant les uns avec les autres. Après la période « Dégooglisons », Framasoft entre dans l’ère « Contributopia ».

Collectif des hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires

Médicament conçu par une IA

Un laboratoire pharmaceutique japonais a dévoilé fin janvier 2020 le premier médicament conçu par une intelligence artificielle.
Ce médicament a été créé en seulement 12 mois pour les personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs (T.O.C.).
Ce supercalculateur (ou IA, selon les concepteurs), sera-t-il utilisé pour trouver un remède contre le Covid-19 ?

écologie

Écologie du livre

De façon tardive, la chaîne du livre se penche sur les questions écologiques. L’Association pour l’écologie du livre veut penser l’avenir du livre et de la lecture en réduisant son impact sur l’environnement. Les pistes évoquées sont liées à la surproduction, l’acheminement, le traitement de la mise au pilon, la réduction des taux de retour. L’association récapitule ces problématiques dans un ouvrage : Le Livre est-il écologique ? Wildproject, 2020.

CCC pour la préservation de la planète

Pour la première fois, lors de la 36e édition du Chaos Communication Congress à Leipzig, le thème du congrès était l’environnement. Des organismes qui militent pour le climat tels que Fridays for Future ou Extinction rebellion ont participé à ce rassemblement autogéré de militants anarcho-hackers sur la sécurité informatique. Les principaux sujets abordés ont été la sécurité des centrales électriques, l’impact énergétique d’Internet et l’alliance de la vie privée et de l’environnement.

No future…

La tyrannie du filtre

Une tendance se banalise chez les jeunes : mettre en avant, dans toutes les correspondances, un visage augmenté sur les réseaux sociaux (Snapchat, Instagram…) Pour réaliser ces retouches, de très nombreuses applications (FaceApp, FaceTune, VSCO, BeautyPlus, Perfect Me, WowFace, InstaBeauty…) ont vu le jour, afin que chacun puisse remodeler son visage, selon l’envie du moment. Conséquences possibles chez les jeunes : dysmorphophobie et irrésistible envie de ressembler à son avatar en passant par un scalpel bien réel…

 

Anarchy in the CDI

Avant nos cheveux retombaient en boucles harmonieuses sur nos épaules.
Maintenant collés à l’eau sucrée, ils se dressent au-dessus de notre crâne rasé.

Avant nous portions des colliers de fleurs, des tuniques chamarrées et des vestes qui sentaient la chèvre.
Maintenant : Tee-shirt déchiré retenu par une épingle à nourrice, perfecto usé, jupe écossaise,
jean retroussé sur des Doc Martens éculées.

Avant nous sentions le patchouli, l’encens et les herbes venues du Riff ou d’Afghanistan.
Maintenant : la bière, le vomi et l’Eau écarlate.

Avant nous écoutions mollement allongés sur des cousins de la musique planante qui durait une éternité.
Maintenant nous écoutons des chansons d’une minute les doigts enfoncés dans une prise électrique.

Avant nous dansions pieds nus, en nous tenant la main dans des rondes fraternelles.
Maintenant nous sautons en l’air, fracassant notre voisin à coups d’épaule, lui écrasant les pieds avec nos Docs.

Avant nous rêvions d’un monde meilleur en tendant aux militaires des fleurs.
Maintenant nous attendons l’Apocalypse en balançant des canettes sur la police.

Nous avons remplacé nos colombes par des rats.

Avant nous étions des hippies.
Maintenant nous sommes des PUNKS !

 

Rejoignez-nous dans les pages de l’ouverture culturelle…

 

 

Note de lecture : À l’école du partage les communs dans l’enseignement d’Hélène Mulot et Marion Carbillet

Avec la parution de leur ouvrage chez C&F éditions, Marion Carbillet et Hélène Mulot nous livrent une réflexion engagée et aboutie sur leur posture professionnelle de professeures documentalistes, imprégnée de la théorie des communs. « Ressources gérées collectivement par des communautés qui en négocient elles-mêmes les règles d’usage de façon à en assurer la pérennité » (p. 12), les communs s’appliquent également à la connaissance et à son traitement en milieu scolaire. Le livre se compose de cinq chapitres, principalement thématiques, même si une cohérence d’ensemble s’en dégage au final, chaque chapitre se divisant en une partie théorique et une partie pratique.
« Le web et les nouveaux modes de partage de l’information » retrace l’histoire du web depuis le milieu des années 1990 et expose ses enjeux actuels en lien avec les plateformes numériques. Certaines, comme YouTube, sont très utilisées par les adolescents sans qu’ils soient informés des enclosures, c’est-à-dire des « tentatives de captation ou de rétention des ressources par un tiers » (p. 30) qui sous-tendent leur fonctionnement, comme par exemple celle concernant les données personnelles1. L’enseignement du web se concrétise alors par des séances identifiant ses acteurs, la diversité des données collectées par ces derniers et les raisons du succès de certains services populaires.
Le bouleversement provoqué par l’arrivée du web dans la production et la diffusion de l’information, et ses enjeux, notamment concernant sa validation, est longuement décrit dans le deuxième chapitre. L’enjeu éducatif est évident : « Les élèves d’aujourd’hui sont les citoyens de demain et ce sont eux qui choisiront le monde informationnel dans lequel ils voudront vivre » (p. 67). Se préoccuper de la qualité de l’information implique alors, selon les auteures, qu’on se préoccupe de l’univers informationnel des élèves et que l’on contribue à l’élargir en leur enseignant par exemple l’histoire des entreprises de presse. Le travail sur les controverses permet également aux élèves d’appréhender la diversité des points de vue, de débattre sur des sujets complexes et de trouver des points de consensus. L’influence de Louise Merzeau, professeure en sciences de l’information et de la communication avec laquelle elles ont collaboré2, est perceptible dans leur réflexion. Celle-ci propose en effet de répondre à la question de la qualité de l’information en la pensant « comme un commun »3.
« La copie : au cœur du patrimoine culturel » revient sur l’importance de la copie dans la transmission du patrimoine culturel ainsi que sur l’élaboration d’une culture commune et son évolution avec la numérisation et la diffusion des œuvres du domaine public sur le web. Cependant, certaines institutions culturelles en restreignent l’usage lors de la numérisation en créant de nouveaux droits de propriété intellectuelle. Face à ces nouvelles enclosures, Marion Carbillet et Hélène Mulot appellent à porter un regard nouveau sur la question de la copie, proposant de revaloriser son acte. Il s’agit d’une part d’accompagner la construction d’une culture transformative ou du remix chez les élèves, c’est-à-dire l’appropriation et la transformation de contenus audiovisuels, ce qui participe de fait à la diffusion et à l’appropriation de la culture. Et d’autre part, de proposer d’allouer à la copie un rôle dans le processus de construction des connaissances avec le document de collecte.
Le quatrième chapitre, « Les savoirs au cœur des relations sociales », présente la construction des savoirs comme le résultat d’un travail collectif et dans lequel l’espace peut avoir un rôle facilitateur. Faire participer les élèves à Wikipédia permet de leur montrer que les savoirs sont un objet construit collectivement, un bien commun. Des espaces, comme les bibliothèques « troisièmes lieux », les fablabs ou les makerspaces, se renouvellent en plaçant les savoirs au cœur du lien social. C’est cette perspective inclusive qui inspire la vision qu’ont les auteures des CDI comme « espaces culturels de construction collective des savoirs, de participation et d’échanges pour que tous les élèves se sentent concernés et légitimes à fréquenter ce type de lieux » (p. 284).
« À l’école du pouvoir d’agir », est le dernier chapitre du livre. Ici, Marion Carbillet et Hélène Mulot font de l’autoformation l’un des leviers d’un « pouvoir d’agir », et des CDI de collèges et lycées, entre autres, des espaces « capacitants » favorisant une démarche « apprenante ». Il s’agit de développer chez les élèves la curiosité, la motivation et la persévérance par la multiplication des expériences dans des espaces (re)pensés pour permettre ce développement (par exemple, grâce à une démarche de CDI-remix)4.
Synthèse de leurs pratiques de professeures documentalistes, le livre de Marion Carbillet et Hélène Mulot présente une posture professionnelle centrée sur les communs de la connaissance. Celle-ci est la résultante d’une réflexion pédagogique et didactique finalisée par un « projet d’enseignement », celui d’une « école du partage » cherchant à développer chez les élèves un pouvoir d’agir qui soit à la fois individuel et collectif, réflexion qui se matérialise dans l’ensemble des activités du professeur documentaliste. Généraliste, l’ouvrage n’en reste pas moins dense et la présence d’un glossaire ou d’un index pourrait être une aide pour les lecteurs les moins familiers préparant les concours de la documentation. Cependant, la multiplication des exemples concernant l’application de la théorie des communs à différentes situations pédagogiques, qui fait l’originalité de ce travail, en fait une extraordinaire boîte à idées. Pour poursuivre leur réflexion, les professeurs documentaliste pourront lire avec profit l’ouvrage collectif Communs du savoir et bibliothèques5.

 

 

Du mode d’existence des savoirs

À un moment où le système éducatif traverse une zone de turbulences, souvent passées sous silence dans les médias, comme le met en évidence Céline Millet dans sa tribune, alors que le monde enseignant se trouve bousculé dans ses propres pratiques, ce nouveau numéro d’Inter-CDI vous invite à une réflexion sur les modes d’existence des savoirs et leur circulation dans les CDI. Est mise en avant l’idée d’une école du partage, ouverte sur le monde et dont les professeurs documentalistes seraient les éléments moteurs, avec un focus sur les savoirs de l’information-documentation, considérés dans un sens large, entre savoirs savants, savoirs quotidiens, savoirs d’action, prenant corps dans les usages et les pratiques, qu’ils soient formels ou non formels.
Le CDI, un espace autre, lieu participatif et de créativité ? Raribah Gatti et Florence Michet abordent cette question, chacune à sa manière, insistant toutes les deux sur la place de l’humain dans le processus d’appropriation des savoirs : retenant une entrée « lieu de savoir » (Jacob, 2014) pour la première, convoquant les savoirs de la réflexivité et de l’altérité comme analyseurs des dynamiques de flux et de circulation des savoirs ; pensant la reconfiguration des espaces dans un rapport souple aux savoirs pour la seconde, articulant lieu de vie et espaces d’apprentissage, favorisant à la fois bien-être, convivialité, acquisition de savoirs et expression de la créativité.
C’est cette même idée de savoir, un bien commun « au cœur du lien social », que développe Timothée Mucchiutti dans la note de lecture consacrée aux « Communs dans l’enseignement » : le rôle facilitateur du CDI y est souligné, en ce qu’il se prête à des initiatives diverses en tant qu’espace culturel de construction collective des savoirs, de participation, de partage et d’échanges.
Éducation du regard par Corinne Paris, immersion dans l’univers sandien avec Jean-Marc David, plongée dans des histoires de jumeaux avec Violaine Beyron, mais aussi pauses de déconnexion par Florie Delacroix, sont quelques-unes des nombreuses autres pistes explorées dans ce parcours au cœur des savoirs.

Après la lecture de ce numéro, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas…

Appel à contributions : Oralité(s)

L’introduction d’un Grand oral terminal aux épreuves du nouveau Baccalauréat, dès 2021, met en avant l’importance de la maîtrise de l’oral, levier pour « faciliter la réussite scolaire, l’insertion sociale et le développement professionnel », elle est à ce titre perçue comme la maîtrise d’« une parole juste, soucieuse de l’autre et de sa propre singularité, expression d’une culture étayée et bien appropriée, nécessitant un apprentissage et une formation pour développer la confiance en soi et la capacité à interagir avec les autres » (Séminaire du Plan National de Formation, mai 2019). Alors qu’une réflexion se met en place autour des questions de cet « art de parler », le rôle de l’école est souvent pointé. « Parler reste une activité fondamentale » écrivait Jack Goody en 2007, précisant : « Parler est toujours une activité qu’il est important de cultiver, même dans les écoles où l’objectif premier est d’apprendre à écrire ». Certains rapports et/ou articles récents évoquent un positionnement biaisé par le développement d’une culture de l’écrit, l’écrit restant souvent associé à la culture savante, tandis que l’oralité relèverait plutôt de la culture populaire. Comment, dès lors, concilier l’oralité première de situations de communication « ordinaire » et l’oralité seconde encouragée et travaillée par l’écrit, médiatisée ?

Ce dossier intitulé Oralité(s) vous invite à faire part de vos réflexions et de vos retours d’expériences, qu’ils relèvent de l’expression orale et des compétences associées ou encore des apprentissages propres à l’oralisation de l’écrit au sein de dispositifs info-communicationnels singuliers liant l’oral aux littératies informationnelles : éloquence, oral réflexif du débat par exemple, gestes de l’oral, espaces, murs de parole, silences… Les pratiques enseignantes doivent être abordées avec nuance, notamment, entre le fait d’enseigner « l’oral » et celui d’enseigner « des oraux ». Cette problématisation éclaire une didactique de la communication au cœur des préoccupations info-documentaires et du développement de la culture informationnelle. Vos contributions pourront nourrir les réflexions portant entre autres sur :

• Parler, s’exprimer, écouter et débattre pour apprendre : la culture de la rhétorique, l’art de parler, d’argumenter, l’éloquence.
• Les différentes formes d’oral et de communication.
• La maîtrise de la langue comme instrument de pouvoir.
• Un art plutôt qu’un don ? Existe-t-il des clés pour cela ? Quelles méthodes ? Quels outils et dispositifs support ?
• Une littératie avec ses codes : compétences orales et compétences littéraciques inscrites dans la culture informationnelle
• Le corps, la voix, les émotions.
• Diversité des ressources, dispositifs et activités : lecture à voix haute, web radio, Web TV, théâtre, concours, chant, chorale ; podcasts, livre audio, clip sonore, video, webdoc, booktubes…

Photographie d’actualité : Devenir acteur de son regard

Institutions, associations, musées

Le CLEMI Centre pour l’éducation aux médias et à l’information. https://www.clemi.fr/

MEP (Maison européenne de la photographie). https://www.mep-fr.org/

La MAP (médiathèque de l’architecture et du patrimoine), département de la photographie : elle conserve l’un des plus grands ensembles de fonds photographique d’Europe. Environ cinq cents photographes, agences ou administrations y ont déposé des documents qui permettent d’éclairer leur travail, depuis la prise de vue jusqu’aux différents états de l’image photographique : archives papier, négatifs, planches-contacts, diapositives, autochromes, tirages d’expositions, publications. Plus de 800 000 images sont accessibles sur la plateforme ouverte du patrimoine POP, dans la base Mémoire. https://mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/rechercher/photographies

LE BAL : plateforme indépendante d’exposition, d’édition, de réflexion et de pédagogie, dédiée à l’image contemporaine sous toutes ses formes : photographie, vidéo, cinéma, nouveaux médias. Créé en 2010 par Raymond Depardon et Diane Dufour grâce au soutien de la ville de Paris, LE BAL est une association à but non lucratif. http://www.le-bal.fr/

FreeLens : Site d’actualités photo. Espace d’échange et de réflexion entre les chercheurs, les penseurs, les enseignants, les professionnels de l’image et le grand public ; laboratoire à idées, d’accompagnement, de valorisation et de transmission des patrimoines et des connaissances. http://www.freelens.fr/

Musée de la photographie – collection numérisée. http://collections.photographie.essonne.fr/board.php

Reporters sans Frontières : défend la liberté d’expression et d’information des journalistes à travers le monde. https://rsf.org/

World Press Photo. Fondation qui défend un photo-journalisme de qualité. https://www.worldpressphoto.org/

Centre international du photojournalisme – Arche de la Défense. Nouvel espace dédié au photojournalisme. https://www.lagrandearche.fr/le-photojournalisme

Le prix Albert Londres : le prix couronne chaque année un grand reporter francophone.
http://www.scam.fr/PrixAlbertLondres/Sommaire

Albert Londres 1923

Dans les programmes

Collèges

Notons d’abord que le Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture rappelle dans le thème 5 « La culture humaniste » la capacité des élèves à analyser l’image. BO n°11 du 26 novembre 2015   http://cache.media.education.gouv.fr/file/MEN_SPE_11/35/1/BO_SPE_11_26-11-2015_504351.pdf

Cycles 2, 3 et 4
EMC
Dans le programme d’EMC, on repérera le thème : Exercer son jugement, construire l’esprit critique avec l’axe : → observer, lire, identifier des éléments d’informations sur des supports variés (ex : images fixes). Et les notions d’objectivité et de subjectivité. Arrêté du 17-7-2018 – J.O. du 21-7-2018. https://eduscol.education.fr/cid133693/l-emi-et-le-programme-d-emc.html

Cycle 4
EMC
Le thème de « L’engagement ou les engagements » est une entrée pour construire une séquence pédagogique sur le photographe de presse, grand reporter et reporter de guerre.
Bulletin officiel n° 30 du 26-7-2018. https://cache.media.education.gouv.fr/file/30/73/4/ensel170_annexe_985734.pdf

Français : Agir sur le monde
La compétence « Lire des Images » dans le cadre de cette grande thématique, nous ouvre des portes pour travailler sur la photographie de presse, ainsi que sur les notions de subjectivité et de vérité.
Avec l’axe, « Informer, s’informer, déformer ? », on pourra faire travailler les élèves sur :
– Lire des images d’information sur des supports et dans des formats divers, se rapportant à un même événement, à une question de société, ou à une thématique commune.
– Le pouvoir de l’information : une des modalités d’action dans le monde.
– Informer : donner une forme au réel – choix et conséquences sur les représentations du monde véhiculées.
– La question : à partir de quand l’information devient-elle déformation ? Aiguiser l’esprit critique.
Voici d’autres problématiques possibles :
– Place et rôle du journaliste.
– L’image est-elle un gage de vérité ?
– Quels intérêts se cachent derrière la manipulation de l’image ?
– La presse et les médias d’information agissent-ils sur le monde ? Exemple des images qui ont marqué l’histoire.
– Images et pouvoir : comment le pouvoir se sert-il de l’image médiatique ?
– Pourquoi témoigner du monde en images : faire voir est-ce savoir ? Le photojournalisme a-t-il le pouvoir de raconter le monde ?
Ressources d’accompagnement du programme de français au cycle 4 : agir sur le monde, 2016.
https://eduscol.education.fr/cid99195/ressources-francais-c4-agir-sur-le-monde.html#lien2

Arts plastiques
Les compétences suivantes doivent permettre de monter une collaboration avec un professeur d’arts plastiques :
→ Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique.
→ Porter un regard curieux sur la diversité des images.
→ Faire preuve d’esprit critique, de responsabilité, d’engagement.
En 5ème, on pourra mettre l’accent sur : appréhender la diversité des statuts des images (notamment l’image de presse) ; en 4ème, on pourra travailler sur la typologie des images, le vocabulaire spécifique à ce média.
Texte consolidé à partir du programme au BOEN spécial n° 11 du 26 novembre 2015, des nouvelles dispositions publiées au BOEN n°30 du 26 juillet 2018.
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/programmes_2018/20/4/Cycle_4_programme_consolide_1038204.pdf

Histoire-Géographie
En histoire-géographie, la compétence « Analyser et comprendre un document » sera bien pratique pour construire une séquence autour de l’image d’actualité.
https://eduscol.education.fr/histoire-geographie/enseigner/ressources-par-competence-du-socle/cycle-4.html

Lycées

Seconde
SNT : Thème 7 : La photographie numérique.
Repères historiques ; impacts sur les pratiques humaines. La gratuité et l’immédiateté de la réplication des images introduisent de nouveaux usages de la photographie ; contenus et capacités attendues : Distinguer les photosites du capteur et les pixels de l’image en comparant les résolutions du capteur et de l’image selon les réglages de l’appareil. Retrouver les métadonnées d’une photographie. Rôle des algorithmes dans les appareils photo numériques.
BO spécial du 22 janvier 2019.
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/71/3/PPL18_Sciences-numeriques-technologie_COM_2e_1025713.pdf

Première
Enseignement de spécialité Histoire Géographie, Politique et Science Politique
Thème 4 : S’informer : un regard critique sur les sources et modes de communication.
Ce thème a un double objectif : aider les élèves à saisir les enjeux de l’information (liberté, manipulation, contrôle), et les amener à réfléchir sur leur propre manière de s’informer. Il s’agira de faire comprendre aux élèves comment les progrès techniques ont renforcé depuis le XIXe siècle la place de l’information dans notre quotidien, de leur montrer le rôle décisif d’une information libre pour éclairer l’opinion et de leur faire prendre conscience de l’ensemble des enjeux autour de l’information (liberté, contrôle, manipulation).
Deux axes : → construction de l’information, production et diffusion, réception (entre liberté, contrôle, influence et manipulation).
→ les grandes révolutions technologiques de l’information.
BO spécial du 22 janvier 2019.
http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/15/0/1e_HG-geopolitique-SP_Specialite_Voie_G_1027150.pdf

CAP
Programme Arts appliqués et cultures artistiques en CAP, option « arts visuels » : on y retrouve le thème de l’image, fixe ou animée, artistique, d’information, de publicité ou de propagande. Il s’agit, entre autres, de favoriser l’observation de l’actualité immédiate et d’aiguiser le regard critique.
Arrêté du 8-1-2010 – J.O. du 2-2-2010

1er Leica d’Henri Cartier-Bresson

Pistes pédagogiques

Analyse critique d’images qui ont marqué l’histoire.

Photographies iconiques de presse.

L’image dans la construction de l’information.

Lire la photographie de presse.

L’ambiguïté de l’image de presse.

L’image à la Une.

Images de presse et légendes.

Compte-rendu d’une visite d’exposition ou d’un festival de photos d’actualité.

Effectuer des recherches sur l’histoire d’une photographie symbole (conditions de prise de vue, contexte historique, diffusion, discours autour de cette image, etc.). Ce sera l’occasion de réactiver les méthodes de recherche documentaire.

Portraits de photo-reporters célèbres (leur parcours, leur conception de la photographie) : Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, André Kertész, Brassaï ou encore Willy Ronis. Plus contemporains, Gilles Caron, Reza, Depardon ou Olivier Rebbot pourront faire l’objet de recherches.

Femmes grands reporters (travail de recherche à associer par exemple à la journée du 8 mars sur les droits des femmes).

Dans le cadre de la semaine de la presse, inviter un photojournaliste (contacter l’association « prix Albert Londres »).

Réaliser un journal scolaire sur l’actualité version papier ou en ligne pour une réflexion sur le choix des photos et des légendes.

Rechercher la source d’une photo numérique avec Tineye, données EXIF, google images.
Utiliser le site Les Observateurs (France 24) et leur dossier « Comment vérifier les images des réseaux sociaux ? »

Concours

Photo Focus : il s’agit d’un concours photo proposé par la Daac de Créteil, qui est ouvert aux écoles, collèges et lycées de l’académie de Créteil, mais aussi aux autres académies et au réseau des lycées français à l’étranger. Il est organisé en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, le Jeu de Paume, la Maison de la photographie Robert Doisneau-le Lavoir numérique, la Maison européenne de la photographie et le Clémi-Créteil. Les inscriptions sont ouvertes en décembre pour une production à rendre début avril. http://daac.ac-creteil.fr/Lancement-de-la-17e-edition-du-concours-photo-propose-par-l-academie-de-Creteil

Prix Médiatiks du reportage photo – Vues de chez Nous 2020
Depuis 2018, le CLEMI propose, en partenariat avec ImagesSingulières un prix Médiatiks du reportage photo. Il s’agit pour les équipes participantes de produire un reportage de photographie documentaire, composé d’un maximum de 15 photos légendées sur le sujet de leur choix.
Ce prix est ouvert à tous les établissements (écoles, collèges, lycées et autres établissements). Il peut y avoir plusieurs contributions par établissement (dans ce cas chaque reportage photo doit faire l’objet d’une inscription spécifique).
Les inscriptions se font en ligne, dans le cadre des concours Médiatiks académiques.
https://www.clemi.fr/fr/vuesdecheznous.html


Festivals

Images singulières. Rendez-vous de la photographie documentaire (20 mai -7 juin 2020). http://www.imagesingulieres.com/

Festival photo La Gacilly. (1er juin – 30 septembre 2020). https://www.festivalphoto-lagacilly.com/

Rencontres d’Arles. (29 juin-20 septembre 2020). https://www.rencontres-arles.com/

Perpigan – Visa pour l’Image (août- septembre 2020). https://www.visapourlimage.com/

Prix Bayeux des correspondants de guerre (décembre 2020 – sous réserve). http://www.prixbayeux.org/

Prix Carmignac du photojournalisme (septembre 2020). En 2009, face à une crise des médias et du photojournalisme, Édouard Carmignac a créé le Prix Carmignac du photojournalisme, afin de soutenir les photographes sur le terrain. Ce prix soutient la production d’un reportage photographique et journalistique d’investigation sur les violations des droits humains dans le monde et les enjeux géostratégiques qui y sont liés. En ligne, des extraits des reportages photos gagnants. https://www.fondationcarmignac.com/photojournalisme/

Biennale internationale de l’image. http://biennale-nancy.org/nouveau_site2015/index.htm

 

Expositions virtuelles, Portfolios

100 photos qui ont marqué l’histoire, par Time. Incontournable. http://100photos.time.com/

Site de la BNF : très riche
• Exposition « La presse à la Une » de la BNF qui présente une partie sur l’AFP. http://expositions.bnf.fr/afp/index.htm
• Exposition consacrée aux photographes de l’agence Magnum, « Essais sur le Monde », toujours sur le site de la BNF. http://expositions.bnf.fr/essais/index.htm
• Exposition « La photographie humaniste » sur le site de la BNF. http://expositions.bnf.fr/humaniste/index.htm
• Exposition « Capa connu et inconnu » sur le site de la BNF. http://expositions.bnf.fr/capa/index.htm

Expositions virtuelles de photographies de l’agence Contact Press Images. On notera notamment l’exposition sur le 11 septembre 2001, mais aussi « War never ends ». Ou encore le travail de Gilles Caron, disparu au Vietnam en 1970 et de Olivier Rebbot, décédé à la suite de ses blessures lors d’un reportage au Salvador en 1981. http://www.contactpressimages.com/archive.html

Reza. Exposition «Destins croisés» de Reza, qui a eu lieu au jardin du Luxembourg, à Paris, du 1er juin au 30 septembre 2003. http://www.destinscroises.org/

Marc Riboud. Portfolio des images iconiques du célèbre photographe. http://marcriboud.com/portfolio/

Koudelka. Portfolio. http://coopimage.com/histoire/koudelka.html

Akakurdistan : « Kurdistan in the shadow history » ; photographies en ligne de la photographe Susan Meiselas sur le peuple kurde et sa lutte. http://www.akakurdistan.com/kurds/exhibit/

Agences de presse photo

AFP. L’Agence France-Presse est une agence de presse « dont la mission est de fournir à tout instant une information exacte, impartiale et digne de confiance sur l’actualité du monde entier ». On lira avec intérêt sa charte déontologique. https://www.afp.com/

 

Magnum : L’agence Magnum Photos se distingue par un fonctionnement original de coopérative détenue exclusivement par ses photographes. Cette indépendance permet une grande liberté dans le choix et le traitement des reportages. Créée en 1947 par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger et David Seymour, Magnum Photos rassemble aujourd’hui soixante photographes devenus membres par cooptation. Les archives de Magnum, largement numérisées, comptent un million de documents depuis les années 30. https://www.magnumphotos.com/

Riva Press. http://www.riva-press.com/

Gamma-Rapho : agence française indépendante. https://www.gamma-rapho.com/fr/user/home

Agence VU. https://www.agencevu.com/

VII Photo : petite agence indépendante dont les membres abordent les questions politiques, environnementales et sociales complexes d’aujourd’hui. http://viiphoto.com/

Rue des Archives : agence française dont le fonds photographique provient de l’agence Agip, fondée en 1935 à Paris. En plus des quelques 3 000 000 d’images provenant d’Agip, Rue des Archives diffuse aussi de nombreux photographes spécialisés. http://www.rue-des-archives.com/fr/

Sipa : L’agence Sipa est créée en 1973 à Paris par le photoreporter turc, Gökşin Sipahioğlu (1926 – 2011) qui est une des grandes figures du photojournalisme. http://www.sipa.com/fr

Éducation à l’image

Observer-Voir : La plateforme pédagogique des rencontres d’Arles. Un portfolio d’images permet d’aborder de nombreuses notions et de découvrir des photographes et leur travail. Site https://observervoir.rencontres-arles.com/

Sur L’image : Écrits sur l’image (Qu’est ce qu’une image ? De la couleur dans l’image  ; De la perspective dans l’image, Le temps dans l’image, etc.), ressources et analyse par J-P Achard, docteur en sciences de la Communication. http://www.surlimage.info/

Decryptimages : un site d’éducation aux images très riche qui permet d’analyser les images, de s’initier à l’histoire du visuel, de décrypter les photos ou encore de se pencher sur la manipulation des visuels. https://www.decryptimages.net/

Ersilia : plateforme collaborative d’éducation à l’image pour les jeunes, les enseignants et les artistes. C’est un outil transdisciplinaire qui veut aider à porter un regard construit et citoyen sur les pratiques actuelles des images.
Son principe est « d’établir des liens entre différents types d’images (art, presse, science, publicité, etc.) issues de différents contextes (presse, internet, musée, salle de projection, espace public, etc.) et moments historiques, pour saisir les enjeux et profonds bouleversements qui traversent notre société. » On pourra s’interroger avec les élèves sur le contexte de production des images, sur leur diffusion ou encore sur leur portée. https://www.ersilia.fr/

Lire la photo avec l’AFP. Un cédérom réalisé en partenariat avec le CLEMI, le CRDP de Versailles et le CDDP du Val d’Oise. Outil pour apprendre à décrypter la photo d’actualité. 20 clichés ont été choisis, accompagnés d’une légende qui répond aux questions Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? https://dornsife.usc.edu/assets/sites/39/docs/Flyers/20102011_Anne/documents_clemi/CLEMI-LirelaphotoAFP.pdf

Fondation Images et Société : promotion du décodage et de l’analyse des images, ainsi qu’encouragement au questionnement sur les valeurs qu’elles véhiculent. http://imagesetsociete.org/

La Fabrique du regard : pôle pédagogique du BAL, « La Fabrique du Regard forme les jeunes à et par l’image ». Depuis sa création en 2008, 22 000 jeunes ont été formés ainsi que 3 200 enseignants du primaire au lycée. Intéressant si on se trouve en Ile-de-France. Site : http://www.le-bal.fr/la-fabrique-du-regard

Le CIP. Centre international du photojournalisme de Perpignan. Le fonds photographique du CIP héberge des œuvres originales et ayant une valeur historique de photojournalistes du monde entier. La base de données permet d’accéder en ligne aux images et autres documents déposés dans ce fonds, ainsi qu’aux expositions créées par le Centre, aux diaporamas présentés aux soirées de projection Visa pour l’Image et aux documents multimédia collectés et/ou produits dans le cadre du Festival. http://photo-journalisme.org/fr/centre-international-photojournalisme-home/

France24 : comment vérifier les images des réseaux sociaux ? 2015 https://observers.france24.com/fr/20151106-comment-verifier-images-reseaux-sociaux

Images d’actualité

20 minutes – diaporama de photos d’actualités qui peuvent servir de ressources pour un travail sur la photo d’actualité. https://www.20minutes.fr/societe/diaporama-78-24-heures-images

Le Monde en images – rubrique entre actualité et photo artistique. https://www.lemonde.fr/en-images/

Libération, l’actu en images, peu renouvelé : https://www.liberation.fr/photo-news,100336

Images d’actualité grand format du Boston Globe. https://www3.bostonglobe.com/news/bigpicture?arc404=true

Lens. Le blog photo du New York Times. Le « meilleur » du reportage visuel sous toutes ses formes (multimédia, photo, vidéo, diaporamas) par les photographes du Times. https://www.nytimes.com/section/lens

Masters Of Photography. Propose les archives de maîtres de la photographie tels Sebastiao Salgado, Walker Evans, J-H Lartigue, Robert Doisneau ou encore André Kertesz. Plus de mille clichés disponibles. http://masters-of-photography.com/

Reuters. Images d’actualité grand format. https://www.reuters.com/news/pictures

BBC In Pictures. Tous les jours, une sélection des meilleurs clichés pour illustrer l’actualité mondiale de la journée. https://www.bbc.com/news/in_pictures

Slate. Une semaine dans le monde en 7 images. http://www.slate.fr/grand-format/

Agence Getty Images : banque d’images d’actualité.
https://www.gettyimages.fr/editorial-images

Actuphoto. Toute l’actualité de la photo (expositions, festivals, informations, concours…). https://actuphoto.com/

RDV Photos. 1er pureplayer du photojournalisme. https://www.rdv-photos.com/

Jumeaux et jumelles

Trouver son identité propre

Si l’adolescence est la période propice aux interrogations et à l’affirmation de son identité, cela est d’autant plus vrai pour les jumeaux et jumelles. Ils et elles font en effet face à une exigence supplémentaire, celle de devoir se construire et s’affirmer en même temps que l’autre, parfois en concurrence avec l’autre, parfois dans l’ombre de l’autre et parfois parallèlement à une relation fusionnelle.
Selon les romans, cette quête de soi passe plus ou moins par la confrontation. Edward et Meg, par exemple, les deux protagonistes du roman de Avi et Rachel Vail Rien à faire, décident de modeler leurs personnalités en opposition l’un à l’autre. Tandis que Meg, studieuse, fait tout pour intégrer l’élite de son lycée, Edward, sans ambition aucune, se met en tête de lui barrer la route. Sa méthode : créer un groupe de rock qui lui permettrait d’humilier sa sœur. Comme on s’y attend, cette supercherie va finalement se révéler une réussite, et conduire le lecteur à découvrir deux personnages pas si différents l’un de l’autre.
Cette distinction entre le jumeau studieux ou réservé et le jumeau oisif ou extraverti se retrouve dans un nombre très important de récits. C’est le cas notamment du roman Dans l’ombre de Lena de Katarina von Bredow qui met en scène deux sœurs que tout oppose et le combat de l’une d’elle, Elsa, pour s’affranchir de l’imposante présence de sa sœur Lena.
Dans Fan girl de Rainbow Rowell, la séparation survient à l’entrée à l’université, à l’initiative de Wren quand elle décide de ne pas partager la chambre de sa sœur Cath. À ce symbole du passage à l’âge adulte s’ajoute le choix de la première de délaisser leur passion commune, l’écriture d’une fanfiction autour de leur roman préféré. Cette sorte de rupture sera l’occasion pour Cath de découvrir sa personnalité propre et de nouer une nouvelle relation avec sa sœur.
Clémentine Beauvais, avec Comme des images, ne déroge pas à cette représentation : Léopoldine et Iseult sont jumelles, presque indissociables physiquement, mais à l’opposé l’une de l’autre en ce qui concerne leurs caractères. La première est populaire et affiche une grande confiance en elle, tandis que la seconde est perçue comme solitaire et renfermée. D’ailleurs, lorsqu’une vidéo compromettante de Léopoldine est diffusée sur internet, celle-ci, sûre de la maîtrise de son image, ne s’inquiète pas outre mesure de l’image qu’elle renvoie auprès de ses camarades. Mais le cœur du récit tient justement à cette confusion de la représentation des deux sœurs. Comme l’explique Iseult à la fin de l’œuvre, le jeu qu’elles ont joué toute leur vie en cherchant à ce qu’on les confonde s’est retourné contre elles, en les plaçant « en permanence au cœur des conversations, sauf que ce n’est jamais [d’elles] que l’on parle. […] Il y a toujours erreur. […] C’est une grande comédie des erreurs » (p. 179-180).
De son côté, Jandy Nelson nous présente la relation des jumeaux de son roman Le soleil est pour toi en deux étapes : avant et après le drame qui touche leur famille. Dans la première partie, ils sont très proches, bien que très différents : Noah est introverti et solitaire, tandis que Jude est ouverte et populaire. Ils se retrouvent dans leur passion commune pour l’art et dans l’admiration qu’ils portent à leur mère. La deuxième partie de leur histoire voit les rôles s’inverser et une querelle profonde se dessiner. Le récit, construit sur l’alternance de leurs points de vue, permet de mettre au jour les raisons de ce changement, les incompréhensions, mais aussi les trahisons.
The rule of one de Ashley et Leslie Saunders fait le lien entre cette partie et la suivante. En effet, il met en scène dans un univers dystopique deux jumelles qui partagent la même vie et ne font qu’une aux yeux du reste du monde, alors que la règle de l’enfant unique fait loi. Lorsqu’elles sont découvertes, elles fuient et commencent alors leur existence, en tant qu’individu devant découvrir leur identité propre. C’est aussi l’occasion pour elles de s’allier et de faire équipe, envers et contre tout, pour tenter de mettre à mal l’ordre établi.

Faire équipe, envers et contre tout

Avoir un jumeau ou une jumelle, c’est aussi la possibilité d’affronter les épreuves de la vie à deux, d’avoir toujours un partenaire fiable, de ne pas se sentir seul. Nombre de ces romans s’attachent à placer leurs protagonistes dans une situation compliquée dans le but d’observer la manière dont ils cherchent ensemble à s’en sortir.
Ces récits de solidarité s’inscrivent dans différents registres littéraires. Le roman historique peut être représenté par L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges de Davide Morsinotto, qui nous emmène en Union Soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de l’évacuation des civils précédant l’invasion par l’armée allemande. C’est au cours de cet événement que les jumeaux Viktor et Nadia sont séparés. Ils vont alors parcourir le pays, vivre de grandes aventures et rencontrer de nombreux dangers pour essayer de se retrouver.
À l’inverse, Solar Blast, proposé par Delphine Laurent, se déroule dans un temps futur, alors qu’une tempête solaire menace l’hémisphère Nord, menant à une coupure totale d’électricité. Dans ce contexte, le récit suit les passagers d’un avion contraint de se poser dans le Grand Nord canadien. Deux jumeaux Laly et Sam, font partie de ce groupe, et ont bien sûr un bien plus grand rôle à jouer dans cette histoire qu’ils ne pouvaient l’imaginer.
Parmi les romans policiers pour la jeunesse, nous pouvons évoquer Brothers de Sylvie Allouche, qui relate l’histoire de Ben et Bruno qui, en s’essayant au trafic de voiture dans le but de sortir leur famille de leur situation précaire, se retrouvent accusés de kidnapping. Outre les enjeux sociaux présentés ici, c’est aussi la description de l’entente parfaite des deux frères qui nous intéressera.
Avec Mauvais plans, c’est au roman d’aventure que s’essaie C.J. Skuse avec ses personnages, les jumeaux Beau et Paysley, qui partent à travers les Éats-Unis sur les traces de leur père, en braquant des confiseries pour financer leur road trip. De même, Jean-Marie Charron, dans Embrouilles, fripouilles et compagnie… en Albanie, envoie Loren à travers l’Europe à la recherche de sa sœur jumelle mystérieusement kidnappée. À noter que ce roman explore une thématique sociale forte, en abordant le sujet du trafic d’êtres humains et de l’immigration.
Autre forme de drame, la maladie de l’un des jumeaux est aussi racontée par certains auteurs d’ouvrages pour adolescents. Dans l’Histoire du garçon qui courait après son chien qui courait après sa balle d’Hervé Giraud, par exemple, le jeune narrateur, dont la sœur jumelle tombe gravement malade, se persuade lui-même que retrouver leur chien pourra la sauver. Le roman relate alors cette quête insensée, dans laquelle le garçon met toute son énergie et son désespoir.
Le rapport à la maladie est également abordé par Tom Avery, dans Le sourire étrange de l’homme-poisson, qui revêt un caractère fantastique. Ned, atteint de mucoviscidose, est accompagné dans cette épreuve par son frère jumeau Jamie. L’homme-poisson dont il est question dans le titre, avec lequel Ned se lie et que Jamie commence à considérer comme le potentiel sauveur de son frère, apparait en réalité comme la métaphore de la mort à venir et se révèle être le moyen trouvé par les deux frères pour accepter l’inéluctable.

Survivre à son jumeau

Ce dernier roman nous amène au scénario le plus dramatique qui peut être écrit autour de personnages jumeaux, à savoir la disparition de l’un d’eux. Quelques auteurs pour la jeunesse se sont saisis de cette thématique et il en ressort plusieurs récits particulièrement poignants.
Le premier d’entre eux, Point de côté d’Anne Percin n’est pas le plus récent puisqu’il date de 2006, mais demeure particulièrement marquant. La narration est construite à partir du point de vue de Pierre, un adolescent qui a perdu son frère jumeau sept ans auparavant et dont la seule raison de vivre est le projet de mettre fin à ses jours exactement dix ans après ce drame. C’est aussi cet objectif qui le pousse à commencer la course à pied, en adoptant un comportement quasi suicidaire et en s’imposant les conditions les plus extrêmes. Évidemment, le roman va au-delà de ce sentiment de désespoir profond, puisque Pierre va découvrir un nouveau sens à sa vie, mais la construction de ce personnage déterminé au départ à ne pas atteindre l’âge adulte est saisissante.
Après la vague, d’Orianne Charpentier, retranscrit d’une autre manière le sentiment de culpabilité du survivant. Ici, nous suivons Max dont la sœur Jade est morte, emportée par un tsunami pendant leurs vacances, alors qu’elle était restée avec lui sur la plage pour lui faire plaisir. Encore une fois, le lecteur suit les différentes étapes du deuil de Max, et le voit renaître en quelque sorte, au gré des rencontres qu’il va faire et de l’acceptation du drame qu’il vit.
De la même manière, le narrateur d’À la rencontre des cygnes de Aurélien Loncke, Timothée fait face à la mort accidentelle de son frère jumeau Amblin et sa douleur est insurmontable. Cette fois-ci, son salut viendra d’une nouvelle passion, celle des cygnes pour lesquels son frère avait une affection particulière, jusqu’à ce que sa route croise celle de la personne qui va lui redonner le goût de vivre.
Bien que causée par un accident de voiture, la mort brutale de Jack dans Plus qu’une vie de Kate Kae Myers demeure entourée de mystère. En effet, sa sœur jumelle, Jocelyne, qui ne se remet pas de cette épreuve, reçoit un message crypté qu’elle pense être envoyé par son frère. Entre roman d’action, roman policier et drame, ce récit entraîne le lecteur sur les traces d’une adolescente qui ne peut accepter le drame qu’elle vit.
Mais la mort d’un frère ou d’une sœur n’est pas toujours accidentelle, et peut être le résultat d’une violence subie. Dans Des bleus au cœur, écrit par Louisa Reid, les sœurs jumelles Hephzi et Rebecca sont l’objet de lourde maltraitance par leurs parents. Ceux-ci sont des membres respectés d’une communauté religieuse rigoriste : ils imposent à leurs filles une vie cloîtrée et leur infligent de nombreux sévices. Alors que Rebecca tente de vivre sa jeunesse, couverte par sa sœur, elle meurt. Rédigé en narration alternée, le récit donne d’une part voix à Rebecca avant ses funérailles et d’autre part à Hephzi après la mort de sa sœur, alors qu’elle va tenter de comprendre le mystère de cette disparition.
Enfin, il fallait bien aborder aussi la question du suicide, ce que fait Hélène Duvar dans Mon Eden. L’Eden éponyme, la sœur jumelle du personnage principal Erwan, a mis fin à ses jours. Le roman s’attache, avec sensibilité et réalisme, à mettre des mots sur cet acte, tandis qu’Erwan se reproche de ne pas l’avoir vu venir alors qu’il entretenait avec sa sœur une relation fusionnelle.

 

À la lecture de ce corpus, nous pouvons constater que la présence de personnages jumeaux dans la littérature pour adolescents est toujours l’occasion pour les auteurs et autrices (parfois jumeaux eux-mêmes) de véhiculer des valeurs de solidarité et d’amour, même quand la situation de départ est présentée comme conflictuelle. De même, alors que la perte de son jumeau ou de sa jumelle pourrait constituer l’une des épreuves les plus insurmontables qui soit, les auteurs font toujours le choix, en cohérence avec le fonctionnement de la littérature pour la jeunesse en général, de miser sur une fin remplie d’espoir et sur la renaissance du survivant.

 

 

Une expérimentation dans le cadre des TraAM documentation : « La bulle du CDI »

Le TraAM documentation 2017-2018

Le thème du TraAM documentation pour l’année scolaire 2017-2018 était « repenser l’espace existant du CDI pour mieux répondre aux besoins des usagers face aux évolutions des pratiques culturelles, informationnelles et pédagogiques » avec cette problématique : « Comment repenser l’espace existant du CDI pour répondre aux besoins des usagers (élèves, professeurs, personnels) ? » 2 La réflexion était axée sur le CDI comme lieu de créativité, la question des 3C, les espaces participatifs au CDI, le Fablab, le CDI tiers lieu, le CDI « virtuel », le design thinking. Je me suis rapidement positionnée du côté du CDI tiers lieu, lieu de créativité et participatif.

La mise en place du projet

Cette expérimentation est née d’un constat fait depuis quelques années dans le CDI où j’exerce : beaucoup d’élèves viennent au CDI sans projet précis, pour attendre l’heure de cours suivante ; ne sachant souvent que faire, ils cherchent un endroit plus calme que la salle d’étude (selon leurs dires). Il n’existe aucun espace de type foyer au collège pour décompresser. Certains colorient, dessinent. J’avais déjà proposé des coloriages anti-stress mais j’avais dans l’idée de créer un environnement plus agréable pour s’adonner à ce genre d’activité avec un sentiment de participation et d’appropriation de la part des élèves. Le TraAM m’a aidée à formaliser cette idée. Je suis partie de la définition du tiers lieu donnée par Mathilde Servet en référence à la thèse de Ray Oldenburg « le tiers-lieu est un espace physique répondant aux besoins d’une communauté présente en ce lieu. Chaque tiers-lieu aura donc une personnalité qui lui est propre et directement rattachée à son endroit d’implantation. L’ambiance du troisième lieu est généralement joyeuse, vivante, marquée par la curiosité, l’ouverture et le respect de l’autre propice à un échange. Il permet de rompre la solitude ou de contrer l’ennui. Leur environnement est marqué par la simplicité, mettant les gens à l’aise, les invitant à s’approprier le lieu facilement. Ils offrent un cadre confortable et douillet, dans lequel les individus ont envie de séjourner plus longuement, un lieu d’habitués. La convivialité y règne et rapproche leur atmosphère de celle du foyer. Le troisième lieu est véritablement composé par ses usagers qui lui donnent sa richesse »3. Le tiers lieu dans un environnement scolaire peut être aménagé pour l’accueil de petits groupes d’élèves qui peuvent travailler ensemble ou non. J’ai donc créé cet espace dans un environnement sympathique avec un sentiment d’appropriation de la part des élèves.

Les objectifs

Nous avons défini des objectifs précis de départ  : diversifier les activités du CDI, laisser s’exprimer la créativité des élèves, leur donner plus d’autonomie, leur permettre de participer plus activement à la construction et à l’organisation de l’espace, éviter de se disperser dans les activités dans l’espace travail du CDI, dédier certaines activités à cet espace et favoriser les apprentissages numériques sur tablettes. Ces activités ne font pas pour l’instant l’objet d’une progression identifiée mais font intervenir des compétences transversales reprises dans la synthèse inter-académique4 intitulée « valorisation des compétences au sein des tiers lieux ».

Dans quel espace du CDI ?

Le CDI du collège Paul Cézanne est doté de trois salles de travail vitrées et c’est une chance. L’une d’elles a une trop petite surface pour un travail en groupe et jusqu’à maintenant sa destination était peu définie. Cette salle donne sur un patio intérieur accessible. J’ai donc procédé à la réorganisation et à la décoration de cette petite salle avec l’aide des élèves. Nous avons utilisé le matériel à notre disposition au CDI : des chauffeuses, des tables et décoré les murs avec des affiches, des dessins et des mots dispersés (penser, rêver, créer…) pour égayer l’ensemble. Nous avons installé du matériel de dessin, des coloriages, des jeux, des livres et un poste de musique (photos n° 1, 2, 3).
Dans cet espace les élèves peuvent réaliser des créations artistiques (dessins, coloriages…) ou des créations numériques (tablettes), se servir des livres jeux à disposition (labyrinthes, livres « cherche et trouve », jeux de maths, illusions d’optique, énigmes…), résoudre des casse-têtes, faire des jeux (tangram, questions/réponses), utiliser les tablettes, écouter de la musique douce (relaxation). Ils sont informés lorsqu’ils viennent au CDI de la possibilité de s’installer dans la salle, sous réserve de l’adoption d’un comportement acceptable et avec un maximum de sept en même temps. J’ai dû aussi rédiger un règlement spécifique à cet espace (règlement bulle, figure 4).

Figure 4

 

Des tablettes au CDI

J’ai toujours pensé cet espace en liaison aussi avec le numérique et il a fallu faire l’acquisition de tablettes. Elles ont été mises en service après les vacances d’hiver et sans accès au wifi : j’ai donc dû mettre en place une organisation ; j’ai décidé de donner des destinations d’utilisation à chaque tablette, au nombre de 5, pour simplifier le téléchargement des applications (que je fais chez moi avec une mise à jour régulière) grâce à l’achat de 5 étuis de couleurs différentes. Ainsi les élèves ont la possibilité d’utiliser :
Une tablette pour réviser (noire) : réviser différentes matières par niveaux, pour le DNB…
Une tablette pour créer (verte) : dessiner, colorier, apprendre à dessiner, créer des bandes dessinées…
Une tablette pour réfléchir (bleu ciel) : jeux de réflexion, devinettes, quizz…
Une tablette pour se cultiver (bleu foncé) : lire des livres numériques, jeux de culture générale…
Une tablette pour jouer (rouge) : jeux d’échecs, cartes…
Les élèves en accès libre au CDI demandent l’autorisation de prendre une tablette et s’inscrivent, s’engageant à respecter la charte informatique du collège et la charte d’utilisation des tablettes au CDI que j’ai aussi créée pour la circonstance. Comme il s’agit de tablettes Android, pour télécharger les applications dans le Playstore j’utilise le compte Gmail du CDI.

Choix du nom «la bulle du CDI»

Donner un nom à l’espace était primordial. « Être dans une bulle » veut dire se replier sur soi pour éviter le stress créé par les autres ou l’environnement direct, s’enfermer. En oubliant ce sens négatif d’enfermement, j’ai pensé, en attribuant ce nom, que les élèves pourront aller dans cette salle vitrée (comme un aquarium) parce qu’ils recherchent le calme, veulent être protégés et se retrouver éventuellement avec d’autres qu’ils connaissent ou non et peut-être ainsi faire de nouvelles connaissances. « Être comme un poisson dans l’eau », se sentir bien dans cet espace, tout simplement.

Et le budget…

La première difficulté a été l’achat des cinq tablettes. J’ai donc monté un projet «Des tablettes au CDI» et je l’ai soumis au chef d’établissement qui a tout de suite donné son accord. J’ai choisi des tablettes basiques mais suffisantes pour l’utilisation que nous allions en faire. Ensuite il fallait équiper l’espace. J’ai réuni tous les documents du CDI susceptibles d’intéresser les élèves dans ce cadre : livres d’illusions d’optiques, d’énigmes, de magie, livres de dessin… J’ai aussi réuni du matériel pour dessiner, récupéré des boîtes et tiroirs pour ranger et décorer. Ensuite j’ai consacré une partie du budget du CDI à l’achat de matériel pour cette salle : jeux, livres d’énigmes et de devinettes… Mais la dépense était minime et correspondait à une réaffectation du budget, le CDI ayant déjà un fonds intéressant.
Pour animer l’espace, tous les lundis je propose aussi une énigme à résoudre. Elle est affichée au tableau dans la salle, et ils peuvent répondre avec des bulletins à me remettre. Il s’agit soit de devinettes, soit de problèmes de maths simples, soit de rébus… J’affiche le résultat le vendredi à 12h et les noms des gagnants. Ils ont droit à une petite récompense. Certains élèves ont pris l’habitude de venir pour répondre à ces énigmes, y compris des élèves de 3ème. Cela a permis à beaucoup de découvrir l’espace. Pour les créations artistiques je propose un thème différent chaque mois. Ils peuvent ainsi décorer l’espace avec leurs dessins ou créations sur ce thème (fête, métiers, gourmandise…).

Bilan de l’expérimentation

La mise en place des tablettes a vite été un succès. Les élèves les ont utilisées régulièrement sauf la tablette noire « pour réviser » ; je vais devoir réfléchir à sa modification pour la rendre plus attractive. Ils les utilisent toujours dans la salle, le plus souvent confortablement installés dans les chauffeuses. À certaines «heures de pointe», souvent au moment de la demi-pension, je suis obligée de gérer les priorités.
J’ai interrogé les élèves qui fréquentent régulièrement cet espace sur ce qu’ils apprécient et aiment y faire et ils ont répondu : être au calme et profiter du côté confortable et lumineux, s’adonner à des activités proposées différentes de celles qu’ils ont l’habitude de faire au CDI, écouter de la musique calmement, faire des jeux à plusieurs, dessiner, utiliser les tablettes. J’espère prolonger ce travail sur la valorisation de cet espace en y associant les enseignants qui désirent proposer aux élèves des moments de lecture calme par exemple. Je souhaite également développer le côté créatif avec la mise en place d’un club où les élèves pourraient réaliser des escape games ou faire de la vidéo sur des thèmes précis. Participer aux TraAM est une expérience enrichissante. J’espère aussi obtenir enfin l’autorisation d’utiliser le Wifi au CDI pour connecter les tablettes et optimiser leur utilisation.
S’engager dans les TraAM permet de se remettre réellement en question, d’innover, de réfléchir à ses pratiques et je recommande vivement l’expérience dans une carrière d’enseignant. Les échanges sont enrichissants, impulsent des projets bénéfiques pour nous et surtout pour nos élèves. Le bilan complet des TraAM documentation pour l’académie de Nice est visible à cette adresse : https://www.pedagogie.ac-nice.fr/docazur/index.php/traam/traam-documentation/1513-traam-documentation-2017-2018-synthese-de-l-academie-de-nice.