Des Crayons et une Femme

De quand date votre première rencontre avec le roman de Steinbeck ? Qu’avez-vous ressenti à sa lecture ?

Je me souviens avoir découvert le roman de Steinbeck alors que j’étais adolescente, vers l’âge de 13 ou 14 ans, d’avoir beaucoup pleuré à la première lecture, et d’avoir repris le roman à de nombreuses reprises, avec le plaisir de connaître à l’avance le chagrin que j’allais éprouver, toujours plus tôt dans les chapitres, mais aussi en passant sans doute complètement à côté de l’aspect historique du roman, par méconnaissance à l’époque de l’histoire américaine et de la crise qu’avait vécu ce pays dans les années 30.

Pourquoi choisir d’illustrer, aujourd’hui, ces portraits de laissés-pour-compte ? Est-ce un écho à l’Amérique d’aujourd’hui ?

Avec mes éditeurs, nous étions à la recherche d’un nouveau roman, après la première collaboration que nous avions eue autour de Soie d’Alessandro Baricco, un roman court, fort et mythique. Nous avons pensé ensemble que Des souris et des hommes évidemment répondait à tous nos critères. C’est aussi un roman qui laisse de la place pour l’illustrateur, il y a de grands espaces, des personnages forts, des gueules, de la violence, du sang, des paysages, des animaux, de la sensualité, de l’érotisme… Avec la possibilité pour moi d’explorer cette ambiance et ce folklore des années 30 aux États-Unis. Les hommes en salopette, Ies vieilles Ford, les publicités de l’époque, et toutes les références photographiques que j’ai toujours aimées : Dorothea Lange et Walker Evans, par exemple. C’était aussi pour moi l’opportunité de m’exprimer dans un registre nouveau, pour adultes, très masculin. Bref de me renouveler et de prendre des risques.

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

Aviez-vous vu, avant d’entamer cet album, les adaptations cinématographiques de Lewis Milestone en 1939 et de Gary Sinise en 1992 ?

J’ai vu le film des années 90, je n’en avais pas un souvenir très ému. Il m’a paru lisse et un peu trop sage. Je n’ai pas eu envie de le voir de nouveau avant de me mettre au travail. J’avoue ne pas connaître le film de 1939, mais en général, quand je m’attaque à une histoire classique qui a déjà fait l’objet d’adaptations cinématographiques théâtrales ou picturales, je m’abstiens plutôt de me les mettre en tête pour pouvoir proposer une version personnelle, sans être trop influencée.

Une référence au cinéma que l’on retrouve, me semble-t-il, dans les doubles pages particulièrement travaillées, cadrées en plan large, ouvrant chacun des six chapitres.

Chaque chapitre s’ouvre en effet sur une double page plus travaillée techniquement. Mes références sont plus photographiques que cinématographiques, je citerai une fois de plus le travail de Dorothée Lange, mais aussi les portraits de Mike Disfarmer par exemple. Toutes ces photos anonymes de personnages qui ont vécu cette époque et qui ont été pris de façon fortuite en train de travailler dans les champs, ou errants au bord de la route… Dans ces doubles pages « photographiques » les personnages représentés ne sont pas les personnages du roman lui-même, mais des personnages de passage, bel et bien anonymes.

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

Les nombreux dialogues du roman vous ont-ils posé problème ? Avez-vous pris le parti d’une mise en scène presque théâtrale ?

Le roman, en effet, se compose aux quatre cinquièmes de dialogues. C’est au contraire un atout pour un travail d’illustration qui s’approche de la bande dessinée. Les dialogues du texte sont comme ceux d’une pièce de théâtre effectivement. J’ai donc souvent mis en scène des personnages comme sur une scène, en travaillant leur interprétation de leur texte, comme s’ils avaient été les acteurs de la pièce. Je n’ai donc pas été gênée par les descriptions de l’auteur qui auraient pu me limiter dans mon interprétation du jeu des personnages.

Vos cases, quant à elles, ressemblent souvent par leur arrondi et leurs couleurs aux vieilles photos sépia conservées dans les albums familiaux. On y retrouve des paysages, des portraits de couple… Quelle est l’influence de la photographie sur votre travail ?

J’aime beaucoup la photographie. J’ai effectivement tenté d’évoquer « l’objet photographie » en peignant des petites vignettes détaillées aux coins ronds, Et je les ai réservées très souvent au moment où l’auteur décrit les lieux où se déroule chaque chapitre, ou aux quelques passages qu’il consacre à des personnages d’un temps révolu de l’histoire, comme autant de photos d’un album de souvenirs.

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

Le texte de John Steinbeck est conservé dans son intégralité. Comment s’est passé son découpage pour y intégrer vos images ?

J’ai voulu réaliser un livre avant tout d’images mais nous étions d’accord avec les éditeurs pour publier l’intégralité du texte. Pas une virgule n’a été oubliée. J’ai donc dû « étaler » le texte sur plus de 400 pages pour laisser beaucoup d’espace à l’image, tout simplement. J’ai donc coupé le texte par petits paragraphes le plus judicieusement possible pour regrouper les informations susceptibles de générer une même illustration.

Pourquoi avoir ôté toute pagination et avoir gardé en arrière-fond, des mots ou des phrases en anglais, comme une petite musique en version originale ?

Je ne suis pas sûre que la pagination soit indispensable dans ce genre de livre. C’est un choix aussi des éditeurs. J’ai également choisi d’apposer des bribes de façon manuscrite du texte en anglais pour pouvoir donner une idée de la saveur de la langue originale comme on regarderait un film en VO avec les sous-titres.

 

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

Vous travaillez à l’ancienne, sans avoir recours au numérique, pouvez-vous décrire les différentes étapes de votre création ?

C’est étrange de dire que je travaille à l’ancienne parce que je travaille à la main ! Je ne crois pas que l’outil main soit un outil dépassé. Je pense même que c’est le seul outil qui ne se démodera jamais. Nous sommes encore nombreux à le pratiquer, heureusement !
Par ailleurs, je ne pourrais pas produire la variété des techniques et des textures que vous avez dans ce livre de façon digitale, je n’ai même pas envie d’essayer, je pense tout simplement que je ne saurais pas le faire ! Et l’ordinateur ne peut pas tout ! La main me semble tellement plus maligne que mon clavier si vous saviez ! J’ai donc eu besoin de 16 mois de travail très intense pour réaliser les 212 doubles pages qui composent ce livre. J’ai tendu 212 fois ma feuille sur ma planche, je n’ai fait aucun croquis, aucune esquisse, j’ai choisi de laisser apparaître le repentir de mes crayonnés sur mes originaux, et de compléter les planches comme je l’aurais fait d’un carnet de croquis, avec les défauts, les accidents, les taches qui pouvaient m’arriver. J’ai travaillé avec de la gouache pour les illustrations couleur, mais aussi parfois avec de l’encre, de la mine de plomb, du crayon, de l’encre de Chine, des collages… J’ai choisi ma technique, bien entendu, en fonction du contenu du texte. Et j’ai mis le style au service des passages de l’histoire évidemment. Je me suis aussi préoccupée du rythme de la lecture du livre, j’ai essayé d’aménager des surprises pour le lecteur, de lui donner envie de tourner la page, tout en restant au service des émotions qu’avait voulu transmettre Steinbeck.

Les animaux tiennent une place importante dans votre œuvre. Vos deux derniers livres ont pour héros un lapin, Jacominus Gainsborough, et la dernière image de cet album est également un lapin. Dans le roman, on rencontre également un héron, une mouche, un poisson, des poules et bien d’autres animaux… Sans compter les souris ! Qu’est-ce qui vous plaît dans le dessin animalier ?

C’est vrai que j’aime bien dessiner les animaux ; pour dire les choses très simplement, je crois que c’est beaucoup plus simple que de dessiner les êtres humains ! Et c’est beaucoup plus varié !

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

La fabrication de ce livre a été particulièrement soignée. Couverture solide et cartonnée, papier opaque et résistant, typographie soignée, tranche bleutée. Comment avez-vous rencontré ce petit éditeur Tishina et pourquoi l’avoir choisi ?

J’ai rencontré les éditeurs Des souris et des hommes pour la première fois alors qu’ils m’avaient proposé d’illustrer le roman Soie d’Alessandro Baricco. Ils étaient alors très jeunes, pleins d’enthousiasme, de volonté et d’énergie, mais sans maison d’édition ! Ils m’ont convaincue après quelques années de discussion de réaliser un premier live avec eux et m’ont démontré qu’ils étaient capables de faire un très beau travail. J’ai eu plaisir à imaginer une seconde collaboration avec eux. Leur politique est de publier un nombre très réduit de livres, mais de les soigner dans le moindre détail. C’est donc très agréable pour un auteur de se trouver entre leurs mains !

Vous dessinez depuis une vingtaine d’années, ce livre est-il un tournant dans votre œuvre et quel nouveau chemin annonce-t-il ?

Oui, ce livre a été une expérience particulière pour moi. Il m’a permis de tester des styles graphiques nouveaux, et surtout une combinaison de registres particulière. Il m’a permis de m’exprimer dans des ambiances que je ne connaissais pas. De façon générale j’essaie toujours de me renouveler mais il est certain qu’avec cet album, le renouvellement a été radical ! Il n’est pas question non plus d’abandonner ce que j’aime faire dans l’édition enfantine, je travaillerai l’an prochain de nouveau avec mon personnage Jacominus, mais je compte bien pour le livre suivant retravailler un roman graphique de ce genre, avec un texte original cette fois-ci !

En vous attaquant à ce travail titanesque d’une mise en images au plus près du texte, demandant des centaines de dessins, voulez-vous contredire le vers de Robert Burns : « Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas » à l’origine du titre de Steinbeck ?

C’est vrai que je suis venue à bout de ce travail très lourd et très long ! Je suis assez fière d’avoir atteint mon but ! Il n’y a rien de comparable dans cette difficulté évidemment avec la misère qu’ont vécue les hommes de cette époque, ça fait sûrement toujours du bien de s’en souvenir.

Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina
Steinbeck, John ; Dautremer, Rebecca. – Des souris et des hommes. – Tishina

La mer de tous les possibles

Expositions, Archives, musées, Événements

Musée Mer Marine de Bordeaux
La collection du Musée couvre plusieurs millénaires d’histoire de la navigation, et évoque l’épopée des océans, depuis les temps géologiques jusqu’aux préoccupations environnementales du 21e siècle.
https://www.mmmbordeaux.com/

Musée de l’Éphèbe au Cap d’Agde
Le musée de l’Éphèbe et d’archéologie sous-marine présente les richesses du patrimoine agathois. Il s’agit de l’unique musée français consacré à l’archéologie sous-marine.
https://www.museecapdagde.com/le-musee

Cité de la mer à Cherbourg
Musée maritime, expositions et aquarium. La cité de la mer est un parc scientifique et ludique.
https://www.citedelamer.com/

Musée national de la Marine
Constitué en réseau, le musée national de la Marine est présent à Paris, Brest, Port-Louis, Rochefort et Toulon.
http://www.musee-marine.fr/

Mucem à Marseille : Connectivités
Exposition permanente : une histoire des grandes cités portuaires de la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles – Istanbul, Alger, Venise, Gênes, Séville et Lisbonne.

Cité des sciences et de l’industrie à Paris : Sous l’océan
Ce parcours permanent propose d’explorer les fonds marins dans un parcours en trois temps, sous l’angle scientifique, technologique et géopolitique
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-permanentes/sous-locean/lexposition/

Expéditions MED : Océans et mers plastifiés
Exposition temporaire itinérante sur les déchets plastiques en mer, les impacts et les solutions. Questembert, Arcachon et Nanterre en 2021
http://www.expeditionmed.eu/fr/oceans-plastifies/
Version numérique de l’exposition :
https://oceansetmersplastifies.fr/

Bibliothèque nationale de France : La Mer, terreur et fascination
Exposition virtuelle organisée par la BNF et la ville de Brest (2005). Au programme : la mer inconnue, les colères de la mer, les merveilles de la mer, mer et création, menaces contemporaines. Suivis de gros plans (dieux et héros grecs, monstres marins, etc.), des ateliers (d’écriture, graphique, sur Moby Dick) des ressources pédagogiques
http://expositions.bnf.fr/lamer/

Bibliothèque nationale de France : L’Âge d’or des cartes marines
Exposition virtuelle : Quand l’Europe découvrait le monde
http://expositions.bnf.fr/marine/index.htm

Museum national d’histoire naturelle : Océan, une plongée insolite
Exposition terminée mais documents en ligne pour explorer l’océan à la rencontre de sa biodiversité
https://www.jardindesplantesdeparis.fr/fr/programme/galeries-jardins-zoo-bibliotheques/ocean-plongee-insolite-3681

Institut du monde arabe – Naviguez vers le pays de votre choix
Exposition virtuelle artistique réalisé par Christine Coulange. Elle permet de présenter aux élèves les ports « de la Méditerranée à l’océan Indien », à l’aide de cartes interactives, d’images sonores, dans une vision contemporaine
https://les-ports.sisygambis.webdoc.imarabe.org/#fr/carte

LES FESTIVALS

Festival Septembre en Mer – Marseille – Septembre
Nombreuses manifestations pour faire connaître le monde maritime : sports nautiques, culture et gastronomie au programme
+ Marseille, capitale de la mer, 1re édition à l’automne 2021
https://officedelamer.com/fr/septembre-en-mer/

Festival des Aventuriers de la mer – Lorient – Octobre
Rendez-vous maritime « pour défendre la nécessité des transitions environnementales, favoriser les initiatives et les innovations, et rappeler le besoin de solidarités en mer »
http://aventuriersdelamer.fr/

LES JOURNÉES

Nombreuses journées (dates sous réserve) qui peuvent donner lieu à des manifestations sur la découverte et la protection des océans et de leur biodiversité.

• 3 Mars : Journée mondiale de la vie sauvage
• 18 Mars : Journée mondiale du recyclage
• 22 Mars : Journée mondiale de l’eau
• 22 Avril : Jour de la Terre
• 11 Mai : Journée mondiale des espèces menacées
• 20 Mai : Journée européenne de la mer


• 22 Mai : Journée mondiale de la biodiversité
• 30 mai – 05 Juin : Semaine européenne du développement durable
• 5 juin : Journée mondiale de l’environnement
• 8 juin : Journée mondiale de l’océan


• 19 Septembre : World cleanup day : nettoyons la planète en un jour
• 24 Septembre : Journée mondiale de la mer
• 07 au 11 Octobre : Fête de la nature

Les parcours éducatifs

Le Parcours citoyen. Circulaire du 23/06/2016. Éducation à la citoyenneté dont l’Éducation à l’environnement et au développement durable – BO n° 31 du 29 août 2019.

Le Parcours Avenir : Arrêté du 1er juillet 2015 – JO du 7 juillet 2015 : découvrir le monde économique et professionnel.

Le Parcours éducatif de santé. Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, réaffirmé par la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé ; structuré autour de trois axes : l’éducation à la santé ; la prévention ; la protection.

les associations

BLOOM
Association dont les objectifs sont de protéger l’océan et les espèces marines tout en maximisant les emplois durables dans la pêche et l’aquaculture. Publie des guides (sur le climat, la consommation de poissons) des enquêtes.
http://www.bloomassociation.org/

Expédition Septième continent
Association luttant contre la pollution maritime.
http://www.septiemecontinent.com/
Voir aussi Plastic Odyssey https://plasticodyssey.org/

Fondation de la Mer
La Fondation de la Mer contribue à l’étude et à la protection de l’océan.
Programmes de protection de la biodiversité, lutte contre les pollutions, soutien à la recherche, éducation et sensibilisation…
http://www.fondationdelamer.org/

Fondation Tara Expéditions
Nombreuses ressources pédagogiques sur les thématiques de la Fondation (corail, plancton, déchets plastiques et Arctique).
https://oceans.taraexpeditions.org/

Sea Sheperd
La mission de Sea Shepherd est de lutter contre la destruction de la vie et de l’habitat marin dans son ensemble… Actualité de ses campagnes sur leur site.
https://www.seashepherd.fr/

Water Family
Anciennement connue sous le nom Du Flocon à la Vague. Ressources en direction des enseignants (programme Water Responsables, fiches pédagogiques, jeux).
https://waterfamily.org/

WWF
Pour préserver les mers et les océans, le WWF utilise différents leviers d’action : le déploiement et la bonne gestion des Aires Marines Protégées, la promotion d’une économie bleue compatible avec la bonne santé des écosystèmes marins et l’accompagnement de la filière pêche et aquaculture vers plus de durabilité.
À noter : le développement de Mobi, une application pour recenser les cétacés. Ou encore le Consoguide poisson, destiné à faire diminuer la pression exercée sur les espèces maritimes.
https://www.wwf.fr

Dans les programmes

Collège

Histoire, Cinquième
Thème 3 – Transformations de l’Europe et ouverture sur le monde aux XVIe et XVIIe siècles
3e sous-thème : le monde au temps de Charles Quint et de Soliman le Magnifique
Étude d’un cas de piraterie en mer Méditerranée entre le VIe et le XIIIe siècle

Histoire, Quatrième
Étude de cas de piraterie à travers la thématique du commerce à l’époque moderne

Histoire, Troisième
Enjeux et conflits dans le monde après 1989 (lien avec l’EMC)
Thème 1 : L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales. La mer, théâtre des guerres totales (1914-1945)
Thème 2 : Le monde depuis 1945. Les océans, enjeux et conflits
BO spécial n° 11 du 26 novembre 2015

Géographie, Sixième
Thème : Habiter les littoraux.
BO spécial n° 11 du 26 novembre 2015

Cycle 4, Quatrième
Thème : Des espaces transformés par la mondialisation :
Mers et océans : un monde maritimisé.
BO n° 31 du 30 juillet 2020

Cycle 4, Troisième
Thème 2 : « Pourquoi et comment aménager le territoire ? » – Entrée : « Les territoires ultramarins français : une problématique spécifique »
Thème 3 : La France et l’Union européenne. La puissance française et la mer/un territoire dans la mondialisation
BO spécial n° 11 du 26 novembre 2015

Français, Sixième
Le récit d’aventure : « Pourquoi lire ou écrire des récits d’aventure ? »
BO n° 30 du 26 juillet 2018. Arrêté du 17 juillet 2018

Français, Cycle 4, Cinquième
Se chercher, se construire. Le voyage et l’aventure : pourquoi aller vers l’inconnu ?
BO n° 31 du 30 juillet 2020

Langues et Cultures de l’Antiquité, Cycle 4
Le monde méditerranéen antique
Arrêté du 8-2-2016 – J.O. du 1-3-2016

Sciences de la vie et de la terre
Circulaire n° 2019-121 du 27-8-2019 : généralisation de l’éducation au développement durable. Permet de multiples entrées pour enseigner la mer et le monde marin.

SVT, Sixième
Thème : La planète Terre. Les êtres vivants dans leur environnement

SVT, Cycle 4
Thème : La planète Terre, l’environnement et l’action humaine
Sous-thèmes :
Les risques naturels et ceux liés aux activités humaines et les mesures de prévention, de protection, d’adaptation ou d’atténuation
Les principaux enjeux de l’exploitation d’une ressource naturelle par l’être humain et les grandes questions de société
Les choix en matière de gestion de ressources naturelles à différentes échelles
BO spécial n° 11 du 26 novembre 2015

Lycée général et technologique

Histoire, Seconde
« Grandes étapes de la formation du monde moderne »
Thème 1 : Le monde méditerranéen : empreintes de l’Antiquité et du Moyen Âge
Thème 2 : XVe-XVIe siècle : un nouveau rapport au monde, un temps de mutation intellectuelle (11-12 heures) Chapitre 1. L’ouverture atlantique : les conséquences de la découverte du « Nouveau Monde »
BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019

Géographie, Seconde
Thème 1 : Sociétés et environnements : des équilibres fragiles
Thème 3 : Des mobilités généralisées. Questions : Les migrations internationales. Les mobilités touristiques internationales. Étude de cas possible : La mer Méditerranée : un bassin migratoire
BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019

Géographie, Première
Thème 2 : Une diversification des espaces et des acteurs de la production
Question : Métropolisation, littoralisation des espaces productifs et accroissement des flux
BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019

Géographie, Terminale
« Les territoires dans la mondialisation : entre intégrations et rivalités »
Thème 1 – Mers et océans : au cœur de la mondialisation
BO du 25 juillet 2019

Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, Première
Thème 3 : Étudier les divisions politiques du monde : les frontières – Axe 2 Les frontières en débat (Dépasser les frontières : le droit de la mer -identique sur l’ensemble des mers et des océans, indépendamment des frontières-)
Bulletin officiel spécial n° 1 du 22 janvier 2019

Lycée professionnel

Français, Terminale
Objet d’étude de la classe terminale « Vivre aujourd’hui : l’humanité, le monde, les sciences et la technique » (axe de réflexion : La beauté de la nature)
BO spécial n° 5 du 11 avril 2019

Histoire, Seconde
Premier thème : L’expansion du monde connu (XVe-XVIIIe siècle) – Notions et mots-clés : Colonisation, traite atlantique, routes maritimes, etc.
BO spécial n° 5 du 11 avril 2019

Géographie, Terminale
Thème 1 : L’accès aux ressources pour produire, consommer, se loger et se déplacer (notions clés : accès aux ressources, objectifs de développement durable)
BO spécial n° 5 du 11 avril 2019

Prévention santé environnement, Première
Module B4 : « L’eau et le développement durable » en classe de première
BO spécial n° 5 du 11 avril 2019 – arrêté du 3 février 2020 publié au BO spécial n° 1 du 6 février 2020

Pistes pédagogiques

Développer une véritable culture maritime chez les professeurs et les élèves en assurant une veille autour de la mer.
Réaliser une galerie collective de portraits par des interviews de professionnels de la mer et d’acteurs locaux sur des supports variés, constructions de fiches métiers et d’articles. Chaque portrait peut être associé à un paysage, à une chanson ou à un support sensible.
Projet pouvant être intégré au parcours Avenir, associant Lettres-histoire-géographie-EMC / technologie et formation professionnelle / sciences / découverte professionnelle / arts plastiques.

Réaliser une exposition sur la piraterie d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation de panneaux d’exposition à partir des ressources numériques collectées. Réalisation d’audio-guides par les élèves permettant une visite ultérieure en autonomie (en français et/ou en langue vivante).

Réaliser des récits et carnets de voyages. Associer Lettres – H-G – Arts plastiques.
Étudier un procès de piraterie (E.M.C. Le droit et la règle : travail sur la justice -étude d’un procès de piraterie-).

Faire une « lecture en réseau » autour de cette thématique, avec le professeur de Lettres, aussi bien en collège qu’au lycée professionnel (CAP).

Dans le cadre du parcours santé : Prévention face aux risques (liés à la mer). Nutrition et activités physiques. Étude des rythmes biologiques et des besoins corporels (question de sommeil, d’hygiène, d’alimentation à travers l’exemple des navigateurs, etc.). Des projets à mettre en œuvre avec les professeurs de SVT, mais aussi d’EPS.

Dans le cadre du parcours citoyen, mettre en œuvre des projets avec les professeurs principaux, les CPE, les professeurs d’histoire-géographie, de SVT en utilisant par exemple, les journées mondiales consacrées au développement durable.

Radio

Les Écrivains maritimes, Les têtes chercheuses, France Culture, 11/07/2015, 59 min.
https://www.franceculture.fr/emissions/les-tetes-chercheuses/les-ecrivains-maritimes-avec-riff-reb-sjournaliste

La Mer dans la littérature française, la Compagnie des Auteurs, Matthieu Garrigou-Lagrange France Culture, 27/06/2019, 58 min.
https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/la-mer-dans-la-litterature

Sitographie

Le Grand Orchestre des Animaux
Site Web crée dans le prolongement de l’exposition Le Grand Orchestre des Animaux présentée (Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2016).
Propose une expérience interactive pour découvrir l’écologie du paysage sonore et ses ressorts. Une niche sonore sur les océans est accessible.
https://www.legrandorchestredesanimaux.com/fr/oceans

Vingt mille lieues sous les mers, un voyage dans les profondeurs du monde marin et de l’âme humaine. Dossier – Lumni
4 thématiques :
Le Nautilus : monstre marin archaïque, merveille technologique
Jules Verne : Vingt mille lieues sous les mers, une fabuleuse odyssée sous-marine
Le capitaine Nemo, personnage de fiction de Vingt mille lieues sous les mers
Le capitaine Nemo, vengeur inflexible
https://www.lumni.fr/dossier/jules-verne-vingt-mille-lieues-sous-les-mers

Archéologie sous-marine
Un site du ministère de la Culture qui propose un aperçu des techniques de prospection des sites et de fouille des épaves, des méthodes de restitution, d’analyse et de conservation de ces vestiges via des cartes, des films (La Route des abysses, Le Temps des pionniers…), etc.
https://archeologie.culture.fr/archeo-sous-marine/fr

Médiathèque de la mer de Cherbourg
Annuaire des liens sur tout l’univers maritime : faune, flore, histoire, métiers etc.
https://mediathequedelamer.com/les-ressources/annuaire-de-liens/

Ifremer
L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) se consacre à la connaissance des océans et de leurs ressources, la surveillance du milieu marin et du littoral et au développement durable des activités maritimes. Il offre des ressources utiles pour étudier les océans.
https://wwz.ifremer.fr/

GéoImage
Le site du CNES met en ligne 280 dossiers sur la thématique « Mers et océans » en lien avec les programmes scolaires. Les images satellites permettent de changer la perspective en apportant des informations sur des espaces et territoires souvent inaccessibles.
https://geoimage.cnes.fr/fr

L’atlas européen des mers
Il fournit des informations sur le milieu marin en Europe. Des cartes prédéfinies et prêtes à l’emploi sont mises à la disposition des utilisateurs : sur la nature, le tourisme, la sécurité, l’énergie, le transport de passagers, les fonds marins, les stocks de poissons et les quotas de pêche, l’aquaculture, etc. L’« Espace Enseignants » propose des exercices et des outils de communication. Réalisé par la Commission européenne.
https://ec.europa.eu/maritimeaffairs/atlas_fr

Atlas Transmanche – Espace Manche
Depuis plus de 20 ans, l’Atlas Transmanche – Espace Manche donne à voir et à comprendre un espace transfrontalier maritime majeur.
http://atlas-transmanche.certic.unicaen.fr/fr/

Shipmap
Le planisphère montre les itinéraires empruntés par les navires marchands du monde entier. Grâce à leur GPS, leur localisation est enregistrée en permanence, ce qui permet de cartographier leurs voyages et les circulations maritimes mondiales.
https://www.shipmap.org/

Câbles sous-marins
Le site propose une carte interactive et actualisée des câbles sous-marins dans le monde.
https://www.submarinecablemap.com/

Trafic maritime
En utilisant le site de Marine Traffic, vous pouvez cliquer sur les navires et obtenir en direct des informations sur les navires du monde entier (photos, plan de navigation, cargaison, etc.).
https://www.marinetraffic.com/en/ais/home/centerx:-12.0/centery:25.0/zoom:4

Représentations artistiques

Peinture

Caspar David Friedrich, Le moine au bord de la mer, 1808-1810 (peinture de paysage de bord de mer – romantisme)

William Merritt Chase, Au bord de la mer, 1892

Claude Monet, Mer agitée à Étretat, 1883 (impressionnisme)

Paul Signac, La Bouée rouge, 1895 (pointillisme)

Henri-Edmond Cross, Les Îles d’Or, 1891-1892 (pointillisme)

Mandy Barker, Snowfall On Christmas Island, Commissions, 2016 (Mandy Barky, utilise les débris en plastique retrouvés dans la mer ou sur la plage dans ses œuvres d’art)

Joost Wensveen, Le Grand Saut, 2017 (photographe utilisant les techniques de superposition photographique)

Performance

Lina Lapelyte, Vaiva Grainyte and Rugile Barzdziukaite, Sun & Sea (Marina), 2019 Pavillon lituanien-Biennale de Venise 2019. Lina Lapelyte, Vaiva Grainyte et Rugile Barzdziukaite ont conçu une plage fictive. L’opéra-performance propose aux spectateurs de vivre une expérience immersive (bruits, odeurs, voix, etc.). Lion d’or pour la meilleure participation nationale.

Musique

Les Hébrides de Mendelssohn, inspirée par la grotte de Fingal en Écosse (1830)

Symphonie n° 2 « Océan » de Rubinstein (1851)

Suite symphonique Shéhérazade de Rimski-Korsakov (1888)

La Mer de Debussy (1905)

Suite orchestrale The Sea de Frank Bridge (1911)

Les Océanides de Sibélius (1914)

Dessins, Estampes

Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, 36 dessins (1866) publiés dans le roman éponyme

Hokusai, La Grande Vague de Kanagawa (1830 ou 1831)

 

 

 

Représentation des minorités dans les littératures de l’imaginaire contemporaines

Historiquement, certaines branches des littératures de l’imaginaire ne sont pas dénuées de représentations diverses. Nous pensons notamment aux premiers romans de vampires du XIXe siècle dans lesquels les lecteurs et lectrices pouvaient retrouver des personnages homosexuels. Nous pouvons par exemple citer des œuvres comme Carmilla, de Sheridan Le Fanu, dans laquelle le protagoniste principal éponyme séduit Laura avant d’en faire sa victime. De même, la relation de deux des personnages secondaires du Dracula de Bram Stocker, Mina et Lucy, peut être lue comme une relation amoureuse, même si cela n’est pas dit explicitement.
De manière contemporaine cependant, les littératures de l’imaginaire, comme la fantasy ou la science-fiction, ne sont pas réputées pour la diversité de leurs figures héroïques. Au contraire, il leur est souvent reproché la prédominance de personnages masculins et les rôles très secondaires et stéréotypés accordés aux personnages féminins, ainsi que l’absence de protagonistes issus de minorités. Néanmoins, une nouvelle génération d’auteurs, et surtout d’autrices, s’attache désormais à combler ce manque. Toutes les œuvres proposées ici sont donc principalement axées autour d’héroïnes et comptent toutes un ou plusieurs personnages LGBT+, non-blancs et/ou porteurs d’un handicap.

Les récits fantastiques : une autre manière de représenter le réel

Le roman fantastique a pour caractéristique de proposer des intrigues se déroulant dans un monde réaliste et souvent contemporain, tout en introduisant des faits et/ou des personnages surnaturels. Ainsi, les contextes et les normes sociétales que l’on trouve dans ces récits ne sont pas créés de toutes pièces par l’auteur et correspondent à ce que connait le lecteur, même si d’autres éléments relèvent de l’imaginaire. C’est donc un bon outil pour introduire dans un texte une dimension de diversité et pour reproduire la société telle qu’elle est vraiment, que cela joue ou non sur l’intrigue.
Plusieurs auteurs proposent notamment des personnages principaux porteurs d’un handicap. Si ce handicap peut parfois avoir un rôle dans l’aventure qui se déroule dans le roman, puisqu’il peut par exemple être considéré comme un obstacle de plus à dépasser ou générer une compétence supplémentaire, il faut avant tout s’attacher à la notion de représentation des personnes handicapées. Celles-ci demeurent en effet extrêmement peu visibles dans la fiction en général, et d’autant plus lorsque le handicap n’est pas le sujet central de l’œuvre. Dans Les Entremondes, de Sean Easley, les jumeaux Cameron et Cassia ont été abandonnés par leur père qui ne leur a laissé en héritage qu’un médaillon chacun. Grâce à ces petits objets, Cameron va parvenir à se déplacer dans le monde entier en un clin d’œil, atterrissant dans des univers plus féériques les uns que les autres. Si Cassia, en fauteuil roulant à cause d’une maladie génétique, n’a pas un rôle de premier plan dans ces aventures, elle tient tout de même une place importante dans le récit. Dans Alana et l’enfant vampire, à l’inverse, c’est bien le personnage principal qui est porteur de handicap. Alana est issue d’une famille de chasseurs de vampires, mais son jeune âge la condamne à poursuivre sa scolarité au collège pendant que ses parents et sa sœur partent en mission… jusqu’à ce que sa route croise celle d’un jeune vampire et qu’elle se lance elle-même dans l’aventure. Ainsi, Alana souffre de douleurs chroniques, ce qui permet à l’autrice de mettre au jour les handicaps invisibles. Par ailleurs, ce roman s’intéresse également aux thématiques de genre avec un personnage important non-binaire, tout comme aux orientations sexuelles minoritaires, puisque la sœur d’Alana est lesbienne. De plus, les lecteurs et lectrices apprécieront également que tous les personnages ne soient pas blancs.
Les thématiques LGBT+, justement, sont présentes dans plusieurs romans fantastiques, souvent sous la forme de romances entre deux personnages du même genre. C’est le cas par exemple de Passing Strange, d’Ellen Klages, un roman historique qui se déroule dans le San Francisco des années 1940 et qui s’attache aux destins de six femmes homosexuelles, tout en y associant une ambiance magique. Dans un registre plus merveilleux, nous pouvons également citer À la tombée du ciel, de Sophie Cameron, dont la protagoniste principale, Jaya, d’origine srilankaise, tente de surmonter le décès de sa mère. Dans le même temps, le monde fait face à un phénomène étrange : des créatures angéliques, que Jaya et ses amis vont tenter de protéger, tombent du ciel. Dans ce contexte, l’homosexualité de Jaya est abordée via la relation romantique qu’elle noue avec Allie. Enfin, dans le domaine de la littérature young adult d’horreur, Rory Power met en scène dans Wilder Girls un pensionnat pour jeunes filles isolé sur une petite île et frappé par un virus. C’est dans cet environnement cruel, dans lequel les survivantes souffrent autant des conséquences de la maladie que de la faim, que naît une histoire d’amour entre deux des personnages mis en avant par l’autrice, Hetty et Reese.
Ainsi, comme on le voit avec ces quelques titres, la littérature fantastique, pour adolescents et jeunes adultes notamment, parvient ces dernières années à proposer des figures héroïques moins normées et donc plus diverses.

Nouveaux mondes, nouvelles normes ? Le traitement de la diversité dans la fantasy

Cette évolution se retrouve également dans la littérature de fantasy qui est pourtant traditionnellement marquée par un manque criant de diversité. Du côté des publications pour adolescents, le diptyque Eon et le douzième dragon / Eona et le collier des dieux d’Alison Goodman, paru en poche en français en 2011 et 2012, met en scène une jeune fille se faisant passer pour un garçon pour devenir dresseuse de dragons. Au-delà de cette réflexion sur les rôles genrés, c’est sans doute l’un des premiers romans pour la jeunesse à proposer un personnage de femme transgenre, en la personne de Dame Dela, qui accompagne et conseille l’héroïne dans ses aventures. Toujours pour les collégiens, côté bande dessinée cette fois-ci, nous pouvons parler de Princesse princesse, de Katie O’Neil, qui met en avant des personnages issus de minorités tout en tâchant de déconstruire les stéréotypes habituels des contes de fées.
Pour les lecteurs plus aguerris, à qui la lecture d’épais romans de fantasy ne fait pas peur, voici un panel de récits, écrits par des femmes, qui s’attachent à mettre à l’honneur des personnages qui n’ont généralement pas leur place dans ce genre littéraire. L’Héritage des rois passeurs, de Manon Fargetton, par exemple, place son intrigue entre deux mondes, le nôtre et un autre plus fantasmagorique. On y suit notamment Raven, héroïne lesbienne et princesse, qui cherche à récupérer sa place sur le trône du Royaume d’Ombre. Comme dans ce roman, il semble que la création d’univers conçus autour de sociétés matriarcales soit favorable à la mise à l’honneur de personnages LGBT+. C’est le cas par exemple du roman de Jeanne Mariem Corrèze, Le Chant des cavalières, qui nous fait découvrir un royaume principalement féminin et dont l’héroïne, Sophie, est homosexuelle, comme de nombreux autres personnages, sans que cela ne prête aucunement à conséquence. Il faut également évoquer l’un des gros succès de l’année dernière, Le Prieuré de l’oranger, de Samantha Shannon. Dans ce roman, parsemé de personnages LGBT+ et racisés, nous suivons particulièrement la reine Sabran qui doit consolider sa présence sur le trône et faire face aux manigances de ses ennemis. Elle se lie amoureusement à Ead, une mage en mission secrète dans le royaume. Outre ces deux personnages principaux de femmes puissantes et lesbiennes, d’autres personnages LGBT+ et racisés parcourent le roman et en font un titre phare de cette nouvelle vague de fantasy plus diverse et inclusive.
Dans un autre genre, le comics Monstress, de Marjorie M. Liu et Sana Takeda, met en scène dans un univers médiéval-fantastique un personnage principal amputé, un couple de femmes et de nombreux personnages asiatiques. La construction de cet univers complexe et empreint de mythologie notamment japonaise permet d’aborder la thématique du racisme avec force et justesse.

Science-fiction : quelle vision de la diversité dans le futur ?

De la même manière qu’en fantasy, le monde de la science-fiction accueille désormais une nouvelle génération d’autrices racisées et/ou queers, qui n’hésitent pas à mettre en scène des personnages qui leur ressemblent et à parler de diversité. En effet, en plaçant leurs actions dans des temps futurs, l’occasion leur est donnée d’interroger les évolutions possibles du traitement des minorités, en termes de progrès ou de dégradation.
Becky Chambers est l’une de ces autrices importantes du XXIe siècle. Tous les titres de sa trilogie Les Voyageurs ont reçu le Hugo Award, qui récompense chaque année les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy. Cette série, et notamment son opus L’Espace d’un an, fait la part belle à la diversité en mettant en scène un vaisseau spatial dont la mission est de creuser des tunnels dans l’espace, et à bord duquel cohabitent plusieurs espèces, ainsi que des personnages racisés et LGBT+. De même, dans son dernier roman, Apprendre si par bonheur, Becky Chambers s’attache à présenter un équipage spatial divers, composé de quatre membres, dont plusieurs sont présentés comme bisexuels et dont l’un est transgenre et l’autre asexuel.
Les questions de genres sont aussi abordées par l’autrice de science-fiction Rivers Solomon qui, elle-même, est une personne transgenre. Cependant, dans L’Incivilité des fantômes, même si des personnages LGBT+ parsèment tout le récit, ce sont surtout les problématiques de races qui sont mises en avant, grâce à la construction d’une micro-société : un vaisseau transportant depuis des centaines d’années les derniers survivants de la planète Terre vers un eldorado de plus en plus incertain. Ici, comme dans une répétition du passé, les blancs, riches et vivants sur les ponts supérieurs, ont réduit en esclavage les populations noires, qui, elles, vivent dans la partie inférieure du bâtiment spatial. De même, dans son dernier roman, Les Abysses, Rivers Solomon revisite l’histoire des Noirs américains en transformant leurs descendances en mythiques personnages aquatiques. Dans ce très beau texte, les enfants des femmes esclaves jetées enceintes par-dessus bord des navires esclavagistes sont devenus des sirènes. Ce récit aborde avec poésie la question de la mémoire et du poids de l’histoire sur les générations qui suivent.
La dystopie de Betty Piccioli Chromatopia propose un monde où la société est régie par un fonctionnement de classes. On y suit plusieurs personnages issus des différentes strates sociales, depuis la plus basse avec Hyacintha, qui tente de survivre dans un contexte de grande pauvreté, à la plus élevée avec Améthyste, princesse du Royaume, en passant par Aequo, jeune teinturier héritier de l’entreprise familiale. Sur fond de révolution populaire, les lecteurs pourront également découvrir une histoire d’amour entre deux filles et un personnage principal bisexuel.
Enfin, pour terminer avec la science-fiction, nous pouvons également nous intéresser à la bande dessinée, avec la jeune autrice Tillie Walden (dont toute l’œuvre est à découvrir) et son roman graphique Dans un rayon de soleil. Dans cet opus, l’humanité occupe désormais des vaisseaux ou de nouvelles planètes colonisées. On y suit Mia, qui intègre un équipage dont la fonction est de restaurer d’anciens vaisseaux. Le récit revient également sur son passé en pensionnat et sur sa relation avec l’une de ses camarades. Cette magnifique bande dessinée a la particularité de ne proposer que des personnages féminins ou non-binaires, sans qu’aucune justification n’apparaisse nécessaire.

Ainsi, si nous n’avons plus l’habitude de voir des personnages et des contextes divers dans la littérature généraliste, nous avons pu démontrer que ceux-ci ne sont pas absents des littératures de l’imaginaire, bien au contraire. La diversité, valeur qui devrait être fondamentale dans la littérature, doit aussi l’être dans nos établissements, afin de proposer aux jeunes lecteurs et lectrices des personnages qui leur ressemblent, à tous et toutes ; des personnages qui sortent de la norme. Pour aborder cette question d’un point de vue professionnel, plusieurs outils sont à notre disposition. Par exemple, le site spécialisé Planète Diversité propose un Petit guide de la diversité1 à destination des bibliothécaires et des documentalistes. Il faut aussi noter la création de la maison d’édition Vox Eorum, spécialisée en littérature jeunesse et jeunes adultes, dont l’objectif est de publier de la littérature ownvoice, c’est-à-dire des textes écrits par des personnes issues de minorités.

 

 

Psychanalyse documentaire

À moins d’en venir au temps de précogs de Minority Reports de Philippe K. Dick, il nous reste encore quelques coups d’avance en tant qu’être humain et professionnel de l’information, à condition de passer à une tout autre étape désormais : la psychanalyse documentaire.
S’agit-il pour autant de devenir disciple de Freud et de laisser de côté les travaux en sciences de l’information et de la communication ? Écartons dans un premier temps le fait qu’il pourrait s’agir d’un travail d’introspection qui consisterait à consigner ses rêves et ses pensées pour mieux les extérioriser et les rendre propices à l’analyse. Ce n’est pas à ce genre de documents auxquels nous faisons allusion ici.
Disons ici que le terme de psychanalyse renvoie plutôt à l’idée d’une analyse qui prend en compte les aspects psychosociaux de ceux qui émettent des messages et des formes communicationnelles. Il convient de devenir désormais circonspect quant à la psychologie des auteurs de documents. Il faut prendre ici le document dans ses formes les plus succinctes parmi lesquelles les micro-messages des réseaux sociaux.
L’analyse ne repose pas uniquement sur les sources, mais sur leurs auteurs… et de plus en plus sur les circonstances de production des écrits. Parfois la spontanéité apparente révèle en fait une préparation dûment orchestrée, tandis que le message d’un acteur qui semble instruit peut finalement être la résultante d’une trop grande précipitation, ou d’une réaction qui ressemble plus à un geste d’humeur qu’à une décision réfléchie.
Le pedigree de l’auteur d’un message n’est donc pas suffisant pour en mesurer la qualité. C’est au sein de cette complexité informationnelle qu’il convient d’opérer cette psychanalyse documentaire. On ne peut que constater l’expansion de nouvelles « créatures médiatiques » qui marquent bien souvent le triomphe du nouvel idiot du village planétaire qu’Umberto Eco avait décrit avec l’évolution des programmes télévisés :
« L’idiot du village des programmes télé actuels n’est pas un sous-développé. Ce peut être un esprit bizarre (par exemple l’inventeur d’un nouveau système du mouvement perpétuel, ou le découvreur de l’Arche perdue, le genre de type qui pendant des années a frappé en vain aux portes de tous les journaux ou de tous les bureaux de brevets d’invention, et a enfin trouvé quelqu’un pour le prendre au sérieux) ; ce peut être aussi un intellectuel qui a compris que, au lieu de se fatiguer à écrire un chef-d’œuvre, il était possible d’avoir du succès en baissant son pantalon à la télé et en montrant son postérieur, en lançant des insanités lors d’un débat culturel, ou carrément en agressant à coups de gifles son interlocuteur». (Eco, 1995).
Cet idiot n’est pas nécessairement stupide. Umberto Eco nous a bien mis en garde sur ce point. C’est parfois le positionnement de celui qui cherche à gagner l’attention des autres. L’idiot du village des univers digitaux peut connaître une certaine forme de succès et il va en tout cas chercher à conserver ce minimum d’attention en répétant à l’envi son modus operandi pour parvenir sans cesse à mobiliser autour de lui. Les derniers mois d’observations des réseaux sociaux ainsi que les dernières années médiatiques montrent bien le succès de ce genre de personnages. Certains méritent une psychanalyse documentaire poussée. Certaines revendications ou stratégies communicationnelles dissimulent des problématiques psychologiques voire psychiatriques plus profondes.
C’est ici qu’il me semble que le rôle de l’enseignant est de démontrer qu’un succès médiatique momentané peut être la résultante de troubles psychologiques, et que la quête des retweets, des likes et toute autre forme de récompense réputationnelle n’est pas la garantie d’une vie sereine. Le corpus d’études peut également s’observer sur Instagram ou autre plateforme du même acabit. La popularité n’est pas synonyme d’autorité dans un domaine, et encore moins de réalité de l’existence tant la déformation fait partie des stratégies communicationnelles des réseaux où il faut s’exposer. Certes, les réseaux ont permis aussi la diffusion de forme de dérision et d’autodérision… mais là également, le succès des parodies est tel parfois que celui ou celle qui les réalise devient lui-même entraîné par la stratégie de la quête de popularité. Difficile de résister à ces mécanismes réputationnels. Il est déplorable que certains enseignants et chercheurs procèdent désormais de même. Umberto Eco l’avait déjà démontré en ce qui concerne la télévision. La quête de l’indignation permanente fait désormais partie des ressorts de la recherche tous azimuts de l’attention4.
Face aux logiques de l’instant, il faut revenir à la longue durée et à la construction des écritures de soi dont l’objectif n’est pas la mise en garde contre les dangers des réseaux sociaux, mais bel et bien la construction lente et choisie de dispositifs d’écriture et d’expression.
Le fait de vouloir introduire la question psychologique au sein des écrits n’est pas nouveau. Plusieurs travaux ont mêlé différentes approches communicationnelles et psychologiques. Mais c’est à un travail méconnu désormais que nous voulons faire référence.

Le précédent historique : la bibliologie psychologique

Impossible de ne pas présenter un bon ami de Paul Otlet : Nicolas A. Roubakine (1862-1946), qui a développé de nombreux travaux autour de la bibliologie psychologique ou bibliopsychologie. Exilé en Russie, il est parvenu à obtenir une reconnaissance hors de sa patrie avec le soutien de plusieurs personnes, dont Paul Otlet et Édouard Claparède. Incité par ces derniers à poursuivre ses travaux, il leur dédie son ouvrage écrit en français sur la bibliopsychologie (Roubakine, 1922).
L’ouvrage est fort riche, son contenu tient d’ailleurs en deux tomes. Roubakine s’y montre souvent pionnier sur un grand nombre de questions informationnelles et communicationnelles5 .
Pour le chercheur russe, il s’agit de ne pas séparer trop strictement les études sur la création éditoriale (la fabrication du livre) et celles sur la réception :
« Mais la psychologie bibliologique étudie le livre et son influence à un point de vue spécial qui est celui-ci : pour cette science le livre, aussi bien que le lecteur et l’auteur, ainsi que le processus même de la lecture, de l’assimilation et de l’influence du livre ne sont pas uniquement des phénomènes culturels, mais avant tout, des phénomènes naturels. Je veux dire par là que la psychologie bibliologique aborde l’étude du livre non pas du côté de l’importance culturelle de l’œuvre et de sa valeur dans le sens le plus étendu de ce mot, mais en l’envisageant uniquement comme une sorte d’appareil, d’engin, d’instrument psychologique servant à provoquer dans l’être psychique du lecteur des expériences déterminées et complexes » (Roubakine, 1922, p. 5).
Si le projet de Nicolas Roubakine est de parvenir à collecter des données quantitatives et pas seulement qualitatives, il s’agit clairement d’en faire une discipline scientifique qui mesure les interactions entre les cerveaux humains par l’entremise de la lecture.
Nicolas Roubakine précise que cette discipline scientifique se doit d’être assortie de limites éthiques, car sa connaissance permet de mieux gérer les aspects communicationnels et les stratégies d’influence. Par conséquent, la bibliopsychologie peut être détournée à des fins de propagande.
Mais l’enjeu n’est pas ici d’évoquer les stratégies de communication de masse, mais plutôt d’entrer dans le quotidien des réactions en chaîne des réseaux sociaux qui relève parfois de la stupidité collective plutôt que de l’intelligence collective.
Les concours d’indignation devenant le principal enjeu de ces dispositifs, il convient désormais d’étudier les comportements des lecteurs du web social qui sont tout autant des lecteurs que des producteurs, pour ne pas dire des « réacteurs ».

Nikolai Roubakine

Examen de la pathologie informationnelle et communicationnelle

Le réseau social Twitter se révèle un bon lieu pour examiner les enjeux d’une psychanalyse documentaire. Il est vrai que les listes de diffusion sont également de bons exemples. Je laisse le soin aux lecteurs d’appliquer les conseils ici à la lecture de cdi-doc et d’e-doc.
Il s’agit donc désormais d’examiner et d’évaluer non seulement le message, mais l’ensemble des métadonnées qui figurent autour. Plus encore, on peut désormais mesurer l’ensemble des réactions au message publié, ce qui aurait constitué une aubaine pour Nicolas Roubakine. Il reste que l’étude de la psychologie des foules connectées se révèle à la fois riche en enseignements, mais aussi en déceptions. L’évolution de Twitter a montré un accroissement progressif de l’agressivité et une chute de l’autodérision.
L’étude des tweets, des réactions, des commentaires est devenue un marché aux données qu’il s’agit à la fois de capter ou de récupérer, mais aussi d’analyser. Entre détection d’influences, d’acteurs références et de quantification des tweets, il s’agit pour les marques de mieux organiser leur stratégie communicationnelle.
Mais ce qui nous intéresse ici est un travail davantage qualitatif qui peut venir accompagner une étude quantitative de plus grande ampleur.
Il s’agit d’identifier les personnes qui publient ou réagissent à la fois en parvenant à comprendre quels sont leurs pedigrees, mais aussi, et ça, c’est le point le plus nouveau, quel est leur état mental au moment de l’expression du message. Cela revient à essayer de comprendre en quoi une publication est rationnelle, partisane, hypocrite, de mauvaise foi, stratégique, ironique, etc.
Il existe désormais des outils qui tentent automatiquement de percevoir le négatif ou le positif et quelques éléments plus complexes. Les résultats s’avèrent assez décevants. Il faut donc en passer par un travail d’analyse personnelle.

Une pratique qui commence par une auto-analyse

La première difficulté est justement le cadre de l’analyse qui ne peut s’effectuer dans une neutralité totale… elle s’avère clairement impossible à ce stade. Il faut donc commencer par soi-même et avec ce qui nous semble pertinent au premier chef. Il faut donc se montrer en fait critique… avec les personnes qui présentent des positions politiques et idéologiques proches des nôtres…
C’est justement dans les moments où les autres pensent comme nous qu’il faut se montrer prudent, car c’est dans ces circonstances que s’exercent les manipulations aisées et le succès de la communication virale. Ce n’est pas parce que le message conforte notre opinion qu’il est véridique. Le vraisemblable est souvent l’ennemi de la véracité des faits.
Il me semble que c’est dans ce cadre que s’exerce le véritable esprit critique, en opérant une mise à distance vis-à-vis des pensées qui nous sont communes. C’est le seul moyen de pouvoir exercer une propre critique sur soi-même. C’est généralement le meilleur moyen d’affiner ses propres convictions, d’en percevoir les fondements, les influences et les limites.
La première leçon de la psychanalyse documentaire n’est finalement guère différente de la psychanalyse traditionnelle : pour pratiquer, il faut commencer par sa propre analyse. Elle commence donc par soi-même, par ce qui nous est proche, par l’étude critique de nos modes de pensée. Cela ne signifie pas qu’il faille sombrer dans un relativisme total, ou dans une analyse proche d’un freudisme de comptoir. Il s’agit de comprendre pourquoi on pense ainsi et pourquoi le message avec lequel nous sommes en accord paraît reposer sur des cadres similaires. Il faut comprendre ici que ce processus de psychanalyse documentaire s’avère également proche d’une forme de psychologie sociale… discipline qui a toujours pris en compte les questions documentaires notamment parce qu’un des acteurs français importants du domaine apparaît aussi comme un auteur clef pour les théories du document, avec notamment des textes sur la documentologie : Robert Pagès (Pagès, 1948)6.
Au niveau de la documentologie, les travaux de Suzanne Briet et de Robert Pagès ont permis de penser le document de manière étendue en prenant notamment en compte les êtres vivants. Ici, il s’agit certes de considérer les formes documentaires actuelles issues des dispositifs connectés comme des moyens d’étude des individus eux-mêmes, mais également de chercher à comprendre que derrière les messages des réseaux sociaux pris ici en tant que documents se trouvent vraisemblablement des dispositifs, des infrastructures qui opèrent et qui façonnent à la fois les formes documentaires et les modèles d’expression.
La deuxième leçon, c’est que les cadres d’analyse que nous allons porter sur les autres reposent sur notre propre infrastructure mentale. Si cette dernière est trop marquée idéologiquement, elle risque de voir les documents comme la manifestation d’idéologie contraire ou jugée néfaste. L’analyse cède la place à la détection de ce qui semble répréhensible. Tout devient l’expression alors d’une pensée néolibérale, paternaliste, masculiniste, marxiste, ce qui ne peut aboutir qu’à une volonté de rentrer en lutte, voire à dénoncer tout ce qui nous semble marqué trop nettement. L’analyse est alors remplacée par des formes inquisitoriales.
Ce n’est pas exclure le fait qu’il existe des idéologies dans le message des autres, bien au contraire, c’est admettre qu’il en existe chez nous également… et que ces cadres de pensée peuvent être parfois des lentilles déformantes. Ce n’est pas un rejet de l’idéologie, mais plutôt son acceptation tant chez soi que chez les autres. Mais le but est de faire redescendre parfois l’idéologie et ses cadres stricts au niveau des seules idées, ce qui suppose non seulement le débat (et son idéal quasi impossible), mais l’acceptation de partager des avis, des idées, des analyses avec des personnes qui initialement ne pensent pas du tout comme nous.
La troisième leçon requiert le droit à l’erreur. Un message trop rapide, absurde, une réaction épidermique doit être pardonnable. C’est même souhaitable. Rien de pire que de ne jamais rien dire. Ce droit suppose donc la capacité à pouvoir reconnaître que l’on s’est trompé, ou qu’on a exagéré certains aspects.
Une fois qu’on a procédé à sa propre introspection informationnelle et communicationnelle, il est plus aisé de comprendre les attitudes des autres et donc de les examiner avec plus ou moins de soin.
Nous n’allons pas ici rentrer dans l’idée qu’il faut absolument répondre à tous les messages qui circulent, mais plutôt considérer qu’il s’agit de procéder à une simple analyse des propos tenus. Libre à vous par la suite de réagir comme bon vous semble.
À ce titre, il faut prendre en compte que très souvent l’étude des messages repose surtout sur des logiques argumentatives qui sont celles de la monstration du Moi plutôt que sur une démarche rhétorique visant à démontrer la qualité du raisonnement. On sort néanmoins d’une approche dans la lignée de Marshall McLuhan et de sa célèbre phrase medium is message pour reconsidérer probablement que message is medium fonctionne également à condition de comprendre le mot medium dans un sens large, qui renvoie à l’ensemble des médiations potentielles. Plus encore il s’agit de considérer que les dispositifs communicationnels actuels sont des milieux de savoir qui peuvent être aisément détournés en milieux pour « se donner à voir ».
La querelle des ego apparaît dès lors comme une conséquence logique d’une période plus orientée vers l’indexation des existences que l’indexation des connaissances.
La logique de la psychanalyse documentaire oblige clairement à un certain détachement, à une différence difficile, voire impossible, entre l’exercice de l’analyse et le fait de cadre de pensée pour parvenir à la réaliser. Une impossible différance7 pour reprendre les mots de Jacques Derrida.
Pour conclure cette réflexion quelque peu aporétique, mais qui oblige à penser les limites de notre raison, finissons par cette réflexion du philosophe et théoricien des médias, Wilém Flusser :
« Si nous continuons à penser finalistiquement, si nous cherchons des ‘motifs’ derrière les programmes qui nous manipulent, nous serons fatalement les victimes d’une telle programmation. Chercher des motifs derrière les programmes, c’est vouloir les démythifier. Or, tout effort de démythification est précisément déjà programmé » (Flusser, 2019, p. 53).
Flusser revendique la nécessité d’accepter quelque part l’absurde et de faire confiance au hasard. Il ne vous reste plus qu’à appliquer les conseils de cet article sur… cet article lui-même.

 

Une autre image de la justice

Filmer les procès, un enjeu social
Exposition audiovisuelle des Archives historiques de la Justice, de Nuremberg au Rwanda
Paris – Pierrefitte-sur-Seine, 15 octobre 2020 – 14 mai 2021

Ces archives sont pour l’histoire mais également pour chaque citoyen. En effet, notre connaissance de la justice s’arrête souvent aux marches du palais devant les avocats qui parlent, à l’iconographie judiciaire qui existe depuis très longtemps, aux comptes rendus des médias, elle se limite à ses commentaires. Il s’agit donc de montrer une autre image des procès. L’exposition donne au public l’occasion de voir, souvent pour la première fois, des extraits de ce qui se passe à l’intérieur du tribunal pour tenter de se faire sa propre idée de la justice en confrontant les sources médiatiques, cinématographiques et archivistiques. Le but est de mettre à disposition de tous les publics ces captations de procès pour que chacun puisse s’en saisir car elles sont les garantes de nos valeurs citoyennes et de la construction de notre nation. Voici quelques-unes des intentions de cette exposition qui devraient nous inciter à emmener les élèves découvrir ces images rares de la justice.

Les Archives nationales sont réparties sur deux lieux : Paris et Pierrefitte-sur-Seine. Pour quelle raison ?

Les Archives nationales sont une création de la Révolution Française. Napoléon premier en installe le siège rue des Francs-Bourgeois à Paris au sein de l’hôtel de Soubise.
À partir des années 1980, les archives sont réparties sur deux sites : à Paris sont conservées les archives jusqu’à la Cinquième République, à Fontainebleau les archives plus récentes.
Dès les années 2000, un constat d’’exiguïté et d’inadéquation des locaux est fait. Les archives de Fontainebleau et une partie de celles de Paris sont ainsi transférées à Pierrefitte-sur-Seine en 2012 sur un troisième site qui est alors inauguré. Une répartition des fonds et une réorganisation des services sont effectuées.
De nos jours, le site de Paris conserve les archives de l’Ancien Régime et les minutes des notaires parisiens. Le site de Pierrefitte conserve les fonds depuis la Révolution française jusqu’à aujourd’hui ainsi que les fonds d’archives privées : dons, dépôts d’acteurs de la vie politique ou culturelle (Fontainebleau ayant fermé au public définitivement en 2017 entraînant le transfert des archives sur le site de Pierrefitte-sur-Seine).

Quelles sont les modalités de consultation des archives ?

De façon générale, la consultation des archives est régie par le Code du patrimoine – livre II, lequel précise les modalités de consultation en fonction des typologies de documents ou de la nature de ces documents. Le principe du libre accès est posé mais il y a un certain nombre de restrictions. Cependant, de nombreux documents sont numérisés et consultables directement sur le site des Archives nationales sans nécessité de créer un compte lecteur. La consultation sur place est gratuite, ouverte à tous à condition de s’inscrire auparavant.

Qu’en est-il de l’accès aux archives audiovisuelles des procès ?

Le régime est un peu particulier et constitue une exception au sein du Code du patrimoine par rapport au régime général des archives. En effet, le livre II de ce Code est constitué de deux parties : le régime général des archives est décrit dans le titre 1, le titre 2, quant à lui, concerne uniquement les archives audiovisuelles de la justice.
Dans ce cas précis, Il importe de bien distinguer la consultation (visionnage simple) de l’usage (réutilisation).
La consultation est possible uniquement à des fins de recherches historiques et scientifiques, dès la fin du procès et dès lors que toutes les voies de recours sont épuisées.
Par contre, pour la réutilisation ( publication, diffusion, présentation publique), il y a une restriction de 50 ans à la date de la fin du procès qui peut être individuellement levée en rédigeant un rapport qui décrit le projet de réutilisation et en présentant une demande sur requête auprès du président du Tribunal judiciaire de Paris. C’est une procédure complexe et longue qui ne peut être faite que par un avocat mais la plupart des requêtes ont abouti à une réponse positive.
Jusqu’à présent, les procès les plus demandés concernent la Seconde Guerre mondiale et le procès des quatorze militaires accusés d’avoir fait disparaître quatre Franco-Chilien durant la dictature chilienne1.

© Archives Nationales, BB/30/AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Maurice Papon (1997-1998)

Pourquoi une telle contrainte ?

Il s’agit d’assurer la protection des intérêts individuels – intimité, vie privée – des personnes, témoins, parties civiles y compris les accusés. Il faut également protéger le cours de la justice : lui permettre de se dérouler dans le cadre d’une parole libre. Ainsi, les procès aux Assises reposent uniquement sur l’oralité des débats, rien n’est écrit : rien ne doit empêcher la parole des différents acteurs du procès. Enfin, des questions de sûreté de l’État peuvent expliquer l’inaccessibilité de certaines archives.

L’exposition est divisée en deux parties, l’une à Paris, l’autre à Pierrefitte ? Pouvez-vous préciser ce qui est visible sur chaque site ?

À Paris sont présentés deux montages thématiques explicatifs, à savoir la constitution des archives qui donne à voir autant l’acte judiciaire que l’affaire en elle-même. Les montages saisissent ce qu’il y a de particulier dans le déroulement d’un procès, ses acteurs, des informations sur l’évolution des techniques de captation des procès et ce que cette évolution montre de différent ou de similaire.
À cela, s’ajoute une programmation de projections de documentaires réalisés soit à partir des archives des procès, soit pour illustrer un propos particulier. On peut citer Eichmann, un procès d’Annette Wieviorka, Le Procès Pinochet de Sarah Pick et Fabien Lacoudre. L’objectif est de montrer l’usage que l’on peut faire de ces procès et de confronter le visiteur à sa propre perception d’un procès et comment cette réalité est retravaillée et peut être restituée différemment par un réalisateur.

À Pierrefitte sont présentés six extraits de procès conservés aux Archives nationales d’une durée d’environ 20/30 minutes ainsi que les deux premiers procès historiques qui n’ont pas été filmés en France (Eichmann à Jérusalem en 1961 et le procès des dignitaires nazis à Nuremberg en 1946). Concernant les procès Eichmann et Nuremberg, l’intérêt réside dans le fait qu’ils ont été tournés sans aucun encadrement législatif, avec une grande liberté de réalisation alors que la France n’autorise le filmage des procès qu’à partir de la loi du 11 juillet 19852, initiée par Robert Badinter alors garde des sceaux et ministre de la Justice, mais avec une réglementation très précise, laissant peu de marge de manœuvre au réalisateur.

Malgré la stricte réglementation française de la captation des procès, les réalisateurs disposent-ils d’une marge de mise en scène ?

Non, le filmage est totalement contraint par l’encadrement qui se trouve dans le Code du patrimoine même. Plusieurs caméras fixes sont placées dans le tribunal : chaque caméra filme en continu un plan fixe et unique. Il s’agit de suivre la parole, on ne filme que la personne qui parle, ce qui signifie qu’on ne voit pas les réactions des jurés, des avocats, du public ou encore du président du tribunal. La caméra doit être fixe de telle sorte que sa présence ne nuise pas au déroulement de la justice. Le mixage est fait en direct par un opérateur en régie, il n’y a pas de montage, les rushs ne sont pas conservés. L’enregistrement est mis sous scellé chaque soir avant son versement final aux Archives nationales. Cette réglementation très stricte visait, dans l’esprit de la loi, à rendre la captation la plus objective possible.

© Archives Nationales, 20180562, Archives audiovisuelles de la Justice, procès appel Ngenzi-Barahira (2018)

Mais filmer de cette manière, est-ce vraiment objectif ?

Jusqu’en 2017, ces archives intéressaient principalement les réalisateurs, lesquels ne faisaient aucun retour sur la manière de filmer les procès. À partir de 2017, les chercheurs, historiens, sociologues, entre autres, se penchent sur ces captations et commencent à émettre un discours critique sur ces archives dont ils reconnaissent la grande richesse tout en constatant également que le mode de filmage reflète la seule vision que la justice a sur elle-même. Ils notent que cette façon de filmer élude le contexte du procès et empêche de voir toute réaction des différents acteurs. Ils alertent alors les services des Archives nationales et proposent, sans sortir du cadre réglementaire, d’introduire un peu plus de liberté dans la réalisation : utiliser le champ-contrechamp, jouer sur des plans différents pour introduire le contexte.
Dès lors, des discussions s’engagent avec le ministère de la Justice. Durant le filmage du procès en appel pour crime de génocide des Tutsi au Rwanda3, de légers changements ont été permis lors de la captation en raison de la grande capacité d’écoute de la présidente du tribunal mais les modifications sont quasi imperceptibles. Néanmoins, cela a permis d’enclencher le débat avec le ministère de la Justice et de pouvoir en discuter avec le président d’audience, lequel décide en dernier ressort de ce qui sera filmé ou pas.

Et pour le procès des attentats terroristes de janvier 2015 ?

Pour ce procès, le mode de filmage a réellement évolué. Le réalisateur a désormais un peu plus de liberté : il peut réaliser des champs-contrechamps, chacune des cinq caméras de la salle d’audience peut tourner trois types de plans (serré, moyen, large), ce qui représente quinze plans simultanément qui sont mixés en direct. Le procès a lieu dans la plus grande salle du palais de justice et est retransmis dans trois autres salles du palais où se répartissent, en fonction de l’affluence, les avocats de la partie civile et les journalistes, ainsi que dans l’auditorium qui permet de voir les archives audiovisuelles de la justice en train d’être constituées. Sans que la captation soit trop mobile, on passe d’un film très linéaire – une juxtaposition d’images – à un vrai choix possible pour les opérateurs. Par contre, toujours pas de montage ou de rush et mise sous scellé chaque soir de l’enregistrement.

“Filmer ces procès est en effet un acte qui renforce la transparence des débats”, filmer ne peut-il également perturber la transparence des débats ou encore générer des attitudes et comportements brouillant la transparence ?

Les caméras sont placées de telle sorte qu’on ne les voit pas et que l’on n’y prête pas attention. Les acteurs du procès sont informés de l’enregistrement. La présence de la caméra a peu d’influence sur les comportements car les enjeux dépassent leur présence.

À partir de 1985, comment, pourquoi et par qui sont choisis les procès qui seront filmés ?

Plusieurs personnes peuvent demander l’enregistrement du procès : la cour, le ministère public (procureurs et avocats généraux), les parties civiles. Le président de la cour d’appel de Paris prend la décision de l’enregistrement.
Concernant les crimes contre l’humanité et le terrorisme, si le ministère public formule une demande en ce sens, le procès est de droit filmé. Dans tous les cas, la défense et les accusés ne peuvent s’y opposer.
Par contre, les témoins, dans le cadre de la protection des personnes, peuvent obtenir des aménagements, par exemple, apparaître derrière une persienne avec une voix déformée4.

© Archives Nationales, BB/30/AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Paul Touvier (1994)

Et si les accusés ne sont pas condamnés ?

À la différence de tous les autres procès filmés dont l’issue laissait peu de place au doute quant à la condamnation des accusés, le procès des attentats de 2015 est un peu particulier car les onze personnes qui comparaissent ne sont pas celles qui ont exécuté les actes de terrorisme mais leurs complices, à des niveaux différents de complicité. Dix sont répartis dans deux box en verre, le onzième est sur un strapontin, assis devant les avocats de la défense car il est en liberté surveillée. Dans ce cas, on voit bien qu’on ne connaît pas l’issue du procès.

Comment choisit-on ce qu’on va filmer ?

À l’origine, Robert Badinter souhaitait filmer tout type de procès, aussi bien la justice administrative que les instances juridiques. Aucune hiérarchie n’était envisagée dans les types de cours ou d’affaires.
Il s’agissait d’être représentatif de ce qu’est la justice ordinaire, de rendre compte pour l’histoire de ce qu’est le travail de la justice et non pas constituer des archives sur des procès historiques.
Or, en 1982, Klaus Barbie est arrêté en France, ce qui fait que le premier procès filmé a été un procès hors norme : il a lieu dans la cour d’assise du Rhône avec un retentissement considérable. Cela a peut-être eu une influence sur les choix futurs centrés sur des procès à caractère exceptionnel mais ce n’était pas du tout le choix de départ. Il n’était pas question de faire Nuremberg et Eichmann et finalement on a fait que Nuremberg et Eichmann car les procès retenus par la suite sont tous des procès exceptionnels : les trois procès de la Seconde Guerre mondiale, le scandale sanitaire du sang contaminé, le scandale industriel AZF, le Rwanda, le terrorisme.

Comment sont conservés les films ?

Les premiers procès (Barbie, Touvier, Papon) étaient conservés au format analogique. Depuis ils ont été numérisés.
Les autres procès sont enregistrés sur support numérique et stockés sur serveurs dans des Datacenters de l’État et sur des supports froids : les bandes magnétiques LTO en plusieurs exemplaires sur des sites distants.

L’exposition ne présente que des extraits de ces films, ce qui paraît cohérent au regard du public visé, soit tout public. Pourquoi ne pas offrir un accès à la totalité de chaque film dans un salle dédiée pour ceux qui le souhaiteraient ?

Les bandes sont extrêmement longues. Le plus petit procès “Faurisson attaque Badinter“ dure 26 h 30, le plus long, la première instance d’AZF : 400 h.
Le procès de la dictature chilienne est visionnable en totalité dans cette exposition. Il est présenté en entier mais découpé en six parties pour les six jours d’ouverture de la semaine, il dure 47 h 30. On a choisi de le montrer in extenso pour donner à voir ce qui se passe sur toute la durée, que les visiteurs puissent voir par eux-mêmes et se rendent compte par eux-mêmes que parfois il ne se passe pas grand-chose, montrer que dans un procès on s’ennuie, qu’il y a des aspects de procédure et non pas uniquement du sensationnel. Il s’agit aussi de mettre en avant un procès très particulier car aucun des quatorze accusés chiliens n’était présents, ni ne s’est fait représenter par un avocat. C’est un procès avec la cour, le parquet, les traducteurs, les témoins, les experts. C’est un procès qui donne toute la place aux témoins et à leur parole. C’est également une façon de souligner cette justice en absence, particulière, mais qui existe aussi.

© Archives Nationales, 9AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Klaus Barbie (1987)

Comment avez-vous choisi les extraits diffusés dans l’exposition ?

On voulait s’inscrire dans la continuité par rapport à Nuremberg ou Eichmann, on est resté dans l’esprit de procès de crimes contre l’humanité ou de génocides. Le seul procès qui n’est pas dans cette catégorie c’est le procès chilien qui invoque la compétence universelle de la France.

Dans le cadre de cette exposition, quelles actions spécifiques proposez-vous aux professeurs documentalistes mais aussi aux professeurs d’histoire géographie et aux autres professeurs pour développer l’éducation des élèves aux médias et à l’information ?

Nous proposons un atelier de deux heures qui débute par une réflexion avec les élèves à partir d’extraits des films qui sont montés spécialement pour l’occasion : où sont les caméras, que filment-elles, pourquoi, quelle est la logique du filmage ? Quelle est la spécificité des archives historiques, pourquoi filme-t-on de cette façon ? Il faut donc commencer par regarder. L’accent est mis sur la diversité des procès et la spécificité de chacun d’eux, ceci afin d’éviter les raccourcis, et de susciter la critique et les questions des élèves.
L’atelier permet de comparer les images et la manière de filmer des différents procès : ceux qui sont conservés aux Archives nationales soumis aux contraintes de la loi Badinter de 1985, traduite dans le code du patrimoine français, et ceux de Nuremberg et d’Eichmann.
Il vise à rendre les élèves attentifs à la représentation des différents acteurs de la justice, de ses rituels en fonction des époques, à partir d’extraits des montages présentés sur le site de Paris réalisés à cet effet (ex : l’entrée de la cour dans le tribunal, la presse dans le prétoire à différentes périodes).
Les questions de l’objectivité des images, du point de vue, de la mémoire sont également abordées.
Avec les Terminales, nous souhaitons engager le débat sur la manière dont un État peut choisir de se reconstruire après un conflit majeur.
Enfin, nous proposons de mettre les images en perspective avec d’autres documents d’archives contemporains (PV des audiences au tribunal, extraits de presse…), pour susciter la réflexion critique des élèves sur les sources utilisées.
Nous proposons d’analyser des comptes rendus des procès par la presse, les choix effectués : à titre d’exemple, dans le 20 minutes du 10 septembre, un compte rendu du témoignage du webmestre de Charlie Hebdo, Simon Fieschi, lors de la séance du 9 septembre, dans lequel il explique qu’il n’a plus de sensibilité et qu’il a des douleurs terribles, qu’il ne peut plus faire un doigt d’honneur. La journaliste, Caroline Politi, a choisi de mettre en exergue cette ultime phrase5 à la différence de Sophie Parmentier de France Inter qui rédige également un compte rendu beaucoup plus mesuré de la séance6.
À l’issue de l’atelier les élèves choisissent le film qu’ils souhaitent voir en salle d’exposition.

© Archives Nationales, 20140261, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Simbikangwa (2014)

Le nouveau bac instaure un grand oral, comment abordez-vous la question de l’oralité avec les élèves ?

Ces archives permettent de voir l’engagement physique de tous les acteurs du procès : la voix, le témoignage oral, la gestuelle, le paraverbal et le non verbal.
Un des extraits du procès Papon montre une dame âgée qui vient témoigner en demandant au président du tribunal de diffuser le portrait de son père et de sa mère, en disant qu’elle va prendre la voix de sa mère pour lire la dernière lettre que celle-ci lui a adressée depuis le camp d’internement de Drancy. Le choix d’un extrait de ce type ne peut que faire réagir les élèves et permettre d’aborder la question de l’oralité.
Les témoignages oraux sont abordés du point de vue de l’objectivation puisqu’on a différents acteurs qui se répondent.

Pourquoi les chercheurs, historiens notamment, ne s’intéressent aux archives audiovisuelles qu’à partir de 2017 ?

Les chercheurs qui étudiaient la Seconde Guerre mondiale exploitaient d’autres archives, notamment administratives, et se contentaient de l’accès via les DVD ou émissions de télévision ; ils n’ont peut-être pas eu besoin de ces archives ou ont manqué de curiosité. À cela, s’ajoute la méconnaissance de ces archives audiovisuelles par le grand public.
Enfin, pendant très longtemps, il y a eu une grande méfiance des historiens par rapport aux archives audiovisuelles, à tout ce qui est oral et le sentiment de faire une meilleure critique à partir de documents textuels que sur de l’image fixe ou animée.
C’est là qu’on comprend que l’éducation à l’image ne doit pas uniquement toucher le public scolaire mais l’ensemble de la société. On a tendance à se laisser porter par les images sans forcément se dire qu’il y a une intention, que peut-être on nous oriente quelque part : c’est vrai qu’il faut donc être encore plus vigilant quand on est face à l’image parce qu’on a l’intention derrière. Ceci dit, même quand on écrit on a l’intention derrière. Mais avec l’image, on est dans le subjectif car on la reçoit avec les outils qui sont les nôtres, individuellement ; la perception diffère en toute bonne foi d’un individu à l’autre mais, de ce fait, la distance dans l’interprétation est encore plus forte que dans l’écrit. L’approche par l’oralité et l’image vient plus de la sociologie, de l’ethnologie, de l’anthropologie où cela constitue vraiment une production de sources en tant que telles car les chercheurs de ces champs produisent eux-mêmes des sources qui sont de l’oralité ou de l’image.

 

© Archives Nationales, 9AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Klaus Barbie (1987)
© Archives Nationales, BB/30/AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Maurice Papon (1997-1998)
© Archives Nationales, BB/30/AV, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Paul Touvier (1994)
© Archives Nationales, 20140261, Archives audiovisuelles de la Justice, procès Simbikangwa (2014)
© Archives Nationales, 20120167, Archives audiovisuelles de la Justice, procès 14 Chiliens (2010)
© Archives Nationales, 20180562, Archives audiovisuelles de la Justice, procès appel Ngenzi-Barahira (2018)

 

12e congrès de l’APDEP 17, 18, 19 mars 2021

Fort de ses quatorze membres, le bureau de l’ARDEP en Nord, présidé par Roselyne Henry, a retenu comme thématique du congrès Innovation ? ADN du prof doc ! Questionner le concept d’innovation nous a paru urgent, au regard de la profession de professeur documentaliste qui doit toujours réinventer sa place et sa fonction au sein des équipes pédagogiques, et au regard de la situation créée par la COVID.
En 2019, le Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique invitait tous les acteurs de l’enseignement privé à « ré-enchanter l’école ». Ré-enchantons les CDI, notre métier et consolidons le sens de notre présence auprès des jeunes. Pour cela, il faut de l’audace et de l’imagination. Et la conviction aussi que nous pouvons être force de proposition auprès des directions d’établissement, des collègues, de nos institutions pour accompagner, comprendre et faciliter les changements de l’école de demain.

Innover. Comment ? Pourquoi ?

Innover, grâce à notre liberté pédagogique

Sachons la revendiquer et nous montrer percutants. Veillons à ce que nos choix soient pensés à l’aune de l’humain et à assurer la totalité des missions (re)définies récemment par le législateur (Les missions des professeurs documentalistes, circulaire du 31 mars 2017).
Que signifie « innover » au CDI ? Faire table rase de l’existant ? Peut-être pas… mais explorer les marges, explorer les possibles du numérique. Nous faisons le pari de mettre en place des dispositifs originaux, dans les murs et hors les murs du CDI pour travailler les savoirs, les compétences info-documentaires, l’EMI, la lecture, mais aussi toutes les valeurs universelles qui feront des jeunes en devenir, de belles personnes.
Il s’agit également de développer le bien-être au sein de l’école, en même temps que l’envie de découvrir, de travailler, de savoir, de manière à faire du CDI un espace participatif et créatif, un espace pour éduquer à la citoyenneté.
Innover, c’est se mettre en mouvement, et en tant qu’enseignant, préparer demain. À quoi doit servir l’école ? Quelles ambitions avons-nous pour les jeunes que nous accompagnons ? Quelle place et quelle posture choisissons-nous en tant que professeurs documentalistes ?

Innover aussi, parce que l’école bouge, les jeunes bougent et le monde bouge

L’actualité récente nous a montré qu’il faut sans cesse nous adapter. La thématique et les questionnements autour du congrès ont été pensés dès 2019, bien avant la pandémie de Covid, le confinement et la continuité pédagogique… Nous avons vécu une expérience inédite nous amenant à travailler autrement, à inventer de nouvelles manières de transmettre, d’échanger, d’apprendre. Les portes des écoles et des CDI ont été fermées… Qu’est-ce qui a été considéré comme « essentiel » alors pour nos communautés, et qu’en est-il aujourd’hui ? Cette pandémie nous a conduits à repenser nos façons de faire, à revoir les dispositifs, à apprivoiser des espaces pour continuer à accueillir les jeunes, à imaginer des procédures pour que la lecture puisse rester au cœur de la vie des élèves, à inventer d’autres lieux parfois où travailler les séances pédagogiques… Cette question-clé nous accompagnera tout au long de ces journées.
Sachons penser le concept de « CDI virtuel ». Sachons rebondir, en nous appuyant par exemple sur l’idée de design thinking pour optimiser les conditions d’accueil et le bien-être au CDI. Sachons veiller à toujours mieux articuler l’espace documentaire et les besoins des usagers. Jusqu’où accueillir les nouvelles pratiques adolescentes, lesquelles conforter, réguler et/ou canaliser ? Les échanges entre pairs, les partages, la mutualisation des pratiques devraient permettre de redonner du dynamisme et toujours plus de sens à notre quotidien commun.

Programme de la journée et intervenants

Pour questionner le concept d’innovation, Jean-Charles Cailliez, Directeur d’HEMiSF4iRE Design School, et Vice-Président Innovation de l’Université Catholique de Lille, nous accompagnera tout au long de ces trois journées. Expert en innovation pédagogique, il sera notre grand témoin. Son mot d’ordre : la transdisciplinarité. Qu’a-t-il inventé d’innovant pour ses étudiants ? La conférence interactive d’introduction permettra de comprendre sa conception de l’innovation et d’échanger sur les changements de posture qu’implique une pédagogie innovante. Présent sur la durée du congrès, il sera notre fil rouge ; il participera à nos questionnements et apportera son regard extérieur et expérimenté. Lors de la conférence de clôture, fort de ce qu’il aura vécu et partagé avec nous, il pourra apporter son éclairage pour nous aider à fixer nos feuilles de route.

Pour la conférence inaugurale, Bruno De Lièvre, professeur à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université de Mons (Belgique), abordera la question du numérique dans l’innovation. Le numérique évolue sans cesse, en raison notamment des technologies toujours renouvelées (tablettes tactiles, TBI, smartphones…). Ces évolutions sont à l’origine de pratiques pédagogiques nouvelles, ce qui interroge au quotidien les enseignants que nous sommes. Quelle part donner au numérique dans l’innovation ? Quels mythes faut-il déconstruire pour situer l’innovation pédagogique dans un cercle vertueux de créativité, d’inventivité et de qualité ? Comment aider les élèves à s’approprier ces outils avec prudence et confiance ? Quelle approche des questions de déontologie et d’éthique ?
La seconde journée sera celle de la découverte et de la pratique. Innovante par la forme et ses contenus, elle vous permettra de choisir un univers et de constituer votre parcours : visites, mini-conférences, ateliers pratiques…
Des professionnels partageront avec vous leurs réflexions, vous mettront en situation pour explorer ce que vous ne connaissez pas encore ou ce que vous souhaitez approfondir, dans des lieux inspirants.

Cinq univers sont proposés : l’univers Médias, l’univers Bien-Être, l’univers Autour du livre, l’univers Faire autrement pour apprendre et enfin, l’univers Droit et usages du numérique.

Pour vous donner envie d’embarquer avec nous, voici en quelques lignes les explorations proposées dans chacun.

Univers Médias : trois parcours autonomes pour découvrir et réaliser des activités innovantes avec les médias (webradio, son/vidéo, reportage photo), envisager les médias comme un vecteur d’émancipation, mais aussi « faire », expérimenter les médias comme condition à la réappropriation du discours médiatique.
Ces ateliers auront lieu à La Condition Publique de Roubaix (ancienne usine textile reconvertie en fabrique de coopération culturelle). Ils seront en partie itinérants (photo et vidéo).

Univers Autour des livres : des parcours qui cherchent à ajuster l’acte de lecture et d’écriture aux publics adolescents.
Défi de faire lire pour partager. Défi d’adapter les espaces autour des actes de lire, pour les rendre inspirants. Défi aussi de comprendre et de parvenir, sans douleur, à l’acte d’écriture.
Au programme : visites, mises en pratique, booktube, design thinking et laboratoire d’écriture.

Univers Bien-Être : des parcours animés par des personnes qui pratiquent et sont formées à transmettre, et viennent partager ce qu’elles ont appris et mis en œuvre. C’est l’occasion de découvrir et d’expérimenter des pratiques qui donnent au corps et aux émotions toute leur place. Une réflexion innovante et incarnée sur comment être bien à l’école.
Pour explorer cet univers : mini-conférence interactive, ateliers CNV (Communication Non Violente), sophrologie, yoga et gestion des émotions.

Univers Faire autrement pour apprendre : des parcours qui permettent de découvrir d’autres façons d’enseigner. Changer de posture, c’est accepter de sortir de sa zone de confort pour installer une autre relation enseignants/apprenants.
Dans le cadre de cet univers, vous pourrez participer à la découverte d’un espace créatif, à des ateliers co-élaboratifs (partant de l’expérience de la classe renversée, de la gamification), à des ateliers neurosciences et intelligences multiples. Vous trouverez aussi un atelier inspiré de la pédagogie lasallienne, intitulé « Valeurs du PEJ », pour une réflexion autour de valeurs universelles qui fondent le vivre ensemble (la fraternité, le courage, le respect, le discernement, la responsabilité, la liberté, notamment).
Au programme : réflexions, mises en situation, dispositifs « clé en main ».

Univers Droits et usages du numérique :
Qu’est-ce qu’un citoyen numérique ? Pour comprendre les lois et les règlements en matière de numérique, il faut une culture et des compétences numériques qui permettent un jugement éclairé et une juste représentation des enjeux.
Intimité numérique, enjeux de la protection des données personnelles, compétences numériques, reconnaissance et évaluation, usages et dérives des réseaux, postures professionnelles liées aux droits, logiciels respectueux : tels sont les sujets sur lesquels vous pourrez réfléchir et inventer, dans les différents ateliers proposés.
Temps de mini-conférences, table ronde, échanges et ateliers jalonneront ce parcours.

Un « barcamp » restituera en fin de journée les différents univers, grâce aux témoignages des participants.

N’oublions pas non plus, un temps de rencontre avec les éditeurs : outre les éditeurs avec lesquels nombre d’entre nous ont l’habitude de travailler et dont nous apprécions le sérieux, d’autres, parfois plus confidentiels, ont répondu favorablement à notre invitation. C’est le cas des éditions Talents Hauts, Terres Rouges, le Muscardier…

Nous vous réservons aussi des surprises et des moments conviviaux. Garder ici un peu de mystère nous permettra d’agrémenter avec bonheur les trois journées que nous passerons ensemble. Quant à la soirée festive du jeudi soir, elle devrait nous permettre de partager un temps joyeux et salutaire pour nous ‘vider la tête’.

Informations pratiques

Tous les collègues qui veulent vivre l’aventure de ces trois journées de formation sont invités à se rapprocher de leur direction pour que celle-ci valide leur participation à ces journées. Sont invités les professeurs documentalistes du privé comme ceux du public, de l’enseignement agricole, les enseignants d’autres disciplines, les étudiants en parcours enseignant ainsi que les personnels de droit privé qui travaillent en CDI.
L’équipe de l’ARDEP en Nord a créé un site internet dédié à l’événement, https://jnfapdep.ardepennord.asso.fr/, qui vous présentera les intervenants et le détail du programme. C’est sur ce site également que se font les préinscriptions. Les informations, détails, précisions, seront également transmis sur twitter avec le hashtag #JNFapdep2021.
Pour faciliter votre hébergement, vos déplacements ainsi que la restauration, de nombreux contacts ont été pris (hôtels du Centre-Lille, transports en commun, restauration…). Pour des renseignements complémentaires, n’hésitez pas à nous écrire sur jnfapdep@ardepennord.asso.fr.

Conclusion

Innover donc, pour créer l’avenir que nous souhaitons ; non pas l’avenir que nous aurons, mais celui que nous voulons : voilà l’idée majeure et le fil conducteur qui nous guident depuis deux ans que nous préparons ce congrès. Tout métier évolue, le nôtre, si jeune, n’a cessé de le faire depuis 50 ans. Innover, c’est le moyen que nous choisissons pour affirmer notre différence et nos forces.
Forts de la confiance que l’APDEP nous a toujours témoignée, dans le choix de la thématique de ce congrès, de ses contenus et de son organisation, nous sommes persuadés que ces Journées nationales seront des moments riches, tant d’un point de vue professionnel qu’humain.
Et si vous voulez faire durer le plaisir de ces journées dans le Nord, n’hésitez pas à prolonger le week-end et à découvrir les richesses patrimoniales, culturelles ou naturelles. Lille, à l’histoire et à l’architecture qui méritent le détour, mais aussi Lille, carrefour européen à une heure de Paris, Londres, Bruxelles, Bruges (la petite Venise du Nord) ; la Côte d’Opale et ses immenses plages de sable fin, Nausicaa… Sans oublier la proximité avec Amsterdam, Rotterdam… Chaque congressiste pourra compter sur le soutien du bureau de l’ARDEP en Nord pour le conseiller.

Alors… soyez-là les 17-18 et 19 mars 2021, on s’occupe du reste !

 

L’art de lire

Ces ateliers ont pour but de :
– Donner des pistes pour travailler la posture physique et vocale ;
– Proposer des jeux et exercices pour développer l’écoute du groupe ;
– Travailler sur le choix des textes et extraits de textes.

Étayés par des lectures que je donne en bibliographie et des années de pratique de l’improvisation théâtrale, ces exercices et conseils, faciles à retenir et à mettre en œuvre, peuvent aider les enseignantes à travailler ces compétences.
Je vous propose ici un exercice que j’ai testé lors d’une session de formation en janvier 2020, et que vous pouvez adapter. J’ai choisi de présenter cet exercice plutôt que l’ensemble de la formation, car il me semblait à la fois plus original et plus facilement appréhendable pour des enseignant.es qui souhaiteraient mettre en place ce type de travail avec leurs élèves.

En amont

Cet exercice s’insère dans une journée de formation de six heures. Cette formation était inscrite au PAF et quinze enseignantes y ont participé, principalement des professeures de français et des professeures documentalistes. Je leur ai proposé de travailler le matin sur des exercices physiques et des jeux, et l’après-midi de mettre en application les apprentissages du matin sur des textes de leur choix que je leur avais demandé d’apporter.
Les exercices physiques consistaient en des assouplissements, des étirements, des jeux d’articulation, mais également des jeux de groupe, comme par exemple le jeu du cow-boy (cf. l’encadré) pour créer de la cohésion, afin de créer un collectif d’écoute. Vous trouverez facilement des ouvrages ou tutoriels pour des exercices d’assouplissement ou d’articulation, je ne les développerai pas ici. Ce que je vous propose dans ce document, c’est un exercice que j’ai inventé pour l’occasion et qui m’a permis de faire travailler les stagiaires sur un point en particulier, l’investissement.

Travailler l’investissement

L’objectif de l’exercice est de réussir à créer une forme de « théâtralité » qui permettra à la lecture d’être plus habitée, plus vivante et donc plus agréable à recevoir par le public. Il s’agit de trouver l’entre-deux délicat entre la lecture plate, peu attrayante et la mise en scène de théâtre, qui n’est plus de la lecture à voix haute, mais une performance de comédien.ne. Ce que je cherche à faire comprendre aux stagiaires, c’est ce qu’en théâtre d’improvisation on appelle l’investissement. L’investissement est le fait d’être impliqué dans son action, de croire à ce qu’on fait pour pouvoir transmettre l’action ou l’émotion au spectateur. Une lecture investie, c’est une lecture qui permettra de faire passer, en modulant sa voix, les intentions de l’auteur.rice.

Travailler l’écoute

Il ne peut y avoir de lecture réussie sans une bonne écoute de la part de l’auditoire. L’écoute doit réellement être active, et la lectrice ou le lecteur soutenu par le groupe qui l’écoute. Cette création de groupe peut se faire de différentes manières, soit sous forme de jeux théâtraux ou de relaxation en commun, c’est le but des exercices de cohésion que j’ai mentionnés plus haut, mais également en proposant à la lecture un texte décalé, drôle, ironique, voire choquant3. Réveiller l’auditoire, le fédérer autour d’une émotion commune aide à créer le groupe d’écoute. Lors de ma dernière formation, j’ai choisi de faire lire aux stagiaires des extraits de roman à l’eau de rose type Harlequin.

Préparer l’exercice

Pour arriver à faire ressentir aux stagiaires cette expressivité et pour créer de la complicité avec le reste du groupe, je leur propose de lire des extraits de romans sentimentaux, notamment les romans des éditions Harlequin (en vente dans les magasins ou par correspondance, ou récupérables dans les boites à livres). J’en ai ainsi récupéré une dizaine pour les besoins de la formation.
Ces romans à l’eau de rose, très stéréotypés, racontent tous globalement la même chose : une belle jeune femme rencontre un homme riche et ténébreux, leur relation commence à être houleuse, puis, à la suite d’un retournement de situation quelconque, ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre et par se marier ; quelques scènes un peu osées viennent pimenter le récit. L’histoire n’a que peu d’importance, car c’est sur le style que l’on va s’appuyer pour théâtraliser le récit : le style est ampoulé, les dialogues convenus, et cela tourne vite au ridicule. Il est difficile de lire à haute voix ce genre de texte au premier degré et l’on se retrouve naturellement à « jouer » un peu en lisant la scène. De plus, ces récits n’étant jamais dans les choix des stagiaires, ils peuvent s’entraîner sur eux sans aucune affection, et pourront les singer facilement.
Ayant constaté cet effet, j’ai proposé cet exercice aux stagiaires. Je l’ai préparé de la manière suivante :
– Je sélectionne à l’avance dans les ouvrages trois extraits signifiants : la première rencontre, le premier baiser/la première nuit d’amour, le dénouement. Ces extraits font une page à une page et demie, guère plus. Connaissant le nombre de stagiaires participant à la formation, j’en ai sélectionné une quinzaine.
– Le jour de la formation, j’expose le but et les modalités de l’exercice aux stagiaires. C’est également le moment que je choisis pour expliquer comment faire pour sélectionner un extrait. En effet, ce qu’on choisit de lire compte autant que la manière d’en faire la lecture. Il s’agit de trouver un extrait signifiant dans un texte, une situation-clé, une description particulièrement parlante. Je n’oblige bien sûr personne à passer, mais le but étant de s’exercer, tout le monde se plie habituellement de bonne grâce au jeu. Après chaque passage, nous échangeons sur ce qui a fonctionné ou pas, et le cas échéant, j’invite la personne à reprendre le passage ou à proposer un autre extrait.

Réception de l’exercice

La plupart des stagiaires ont « senti » le côté théâtral de l’exercice et se sont amusées à surjouer les passages que je leur avais préparés : comme nous avions auparavant travaillé sur l’écoute, et sur la formation d’un groupe, l’auditoire était préparé à jouer le jeu avec la lectrice. L’une après l’autre, les stagiaires se sont emparées chacune à leur manière de ce matériau un peu ridicule et l’ont transformé en lecture, soit sexy, soit comique, voire les deux. Cet exercice permet également de faire prendre conscience de l’importance de l’interprétation : un même passage peut ne pas faire du tout le même effet suivant la manière dont il est lu.
Seule une personne n’est pas rentrée dans l’ambiance, trouvant les textes trop ridicules, elle a toutefois accepté de passer elle-aussi devant les autres.

Que retenir de cet exercice ?

Ce n’est bien sûr pas la qualité littéraire du texte qui est à retenir ici, mais la dynamique créée autour de cette lecture, aussi bien chez la personne qui lit, que chez les élèves qui la reçoivent. Vous pouvez utiliser n’importe quel document qui vous inspire, l’important est qu’il soit un peu décalé ou second degré. Débarrassé de l’aspect « il faut lire avec le ton un texte sérieux », les lecteurs et lectrices retrouvent le plaisir ludique de la lecture, état d’esprit qu’il faut essayer de préserver pour d’autres lectures.
Cet exercice peut être utilisé comme échauffement lorsque vous prévoyez des séquences étalées sur plusieurs séances, pour des mises en voix de textes, mais aussi pour des préparations à des webradios.
Il pourrait aussi être intéressant pour les professeur.es documentalistes et/ou les enseignant.es de français en début d’année : à la fois pour créer le groupe classe et pour progresser sur la lecture d’extraits de texte en classe.

 

 

Espionnage et contre-espionnage

Expositions et musées

Cité des sciences et de l’industrie : Espions
Du 15 octobre 2019 au 21 juillet 2021 à Paris, la Cité des sciences propose une exposition immersive qui met le visiteur dans la peau d’un agent secret. Inspirée de la série du Bureau des légendes, une visite en trois parties : présentation de l’univers du renseignement français, activités interactives sur la réalité du travail des agents du renseignement, analyse des données dans une salle de crise.
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/expos-temporaires/espions/lexposition/

Musée de l’Armée aux Invalides : Guerres secrètes
Exposition de 2016/2017, en ligne depuis le lundi 27 avril 2020. Espionnage, contre-espionnage, opérations de propagande ou réseaux de résistance : focus sur ces « conflits de l’ombre ».
https://www.musee-armee.fr/au-programme/expositions/detail/guerres-secretes-lexposition-en-ligne.html

Exposition aux Archives nationales : Le secret de l’État. Surveiller, protéger, informer. XVIIe-XXe siècle.
Du 4 novembre 2015 au 28 février 2016, accessible en visite virtuelle.
Cette exposition regroupe de nombreux documents illustrant l’histoire des différentes organisations, des lieux du pouvoir et des techniques singulières du renseignement, de la fin de l’Ancien Régime au XXIe siècle.
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/visites-virtuelles/le-secret-de-l-etat/

London Film Museum à Londres : Bond in motion
L’exposition dévoile l’ensemble des moyens de transport utilisés par James Bond, tous des originaux, ainsi que tous les gadgets, décors et outils utilisés pour la réalisation des films.
http://londonfilmmuseum.com/

German Spy Museum de Berlin
Le musée plonge le visiteur au cœur des sphères obscures de l’espionnage et des services secrets, depuis la guerre froide jusqu’à aujourd’hui.
https://www.deutsches-spionagemuseum.de/

Centres d’archives

Archives nationales
Les archives de la DGSI ainsi qu’une partie des archives du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) appartenant à la DGSE sont sur les sites de Paris et Pierrefitte des Archives nationales.
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/

Service historique de la Défense
Le Service historique de la Défense à Vincennes est le centre d’archives du secrétariat général pour l’administration et de la sécurité nationale, du ministère de la Défense et des forces armées françaises. À propos de la DGSE, on y trouve, entre autres, une partie des archives du BCRA, les archives relatives à la contribution de la France au déchiffrement de la machine « Enigma » et les archives relatives à la production du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage en Indochine.
https://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/nos-archives
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/

 

Institutions

Gouvernement – Prévention des risques majeurs : Espionnage
Le gouvernement alerte sur les risques d’espionnage économique et scientifique (types d’attaques, comment réagir, qui contacter) sur son site dans la rubrique Risques.
https://www.gouvernement.fr/risques/espionnage

Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information
L’ANSSI apporte à la police son expertise technique pour identifier les auteurs (États ou sociétés concurrentes) et rappelle la législation en matière d’outils d’espionnage.
https://www.ssi.gouv.fr/publication/legislation-en-matiere-doutils-despionnage/
https://www.ssi.gouv.fr/particulier/principales-menaces/espionnage/

La Direction Générale de la Sécurité Extérieure
Les activités de la DGSE ont pour objectif exclusif la protection des intérêts français et des citoyens français partout dans le monde. Son champ d’action se situe principalement hors des frontières de la France, où elle applique des méthodes clandestines de recherche du renseignement.
https://www.defense.gouv.fr/dgse

La Direction Générale de la Sécurité Intérieure
La DGSI possède une compétence générale en renseignement dans tous les domaines intéressant la sécurité nationale et les intérêts fondamentaux de la Nation et une compétence judiciaire en matière, entre autres, de contre-espionnage et de compromission du secret de la défense nationale.
https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/DGSI

 

 

Programmes et repères pédagogiques

Collège

Français. Quatrième
Individu et société : confrontations de valeurs ?

Français. Troisième
Dénoncer les travers de la société
Romans d’espionnage, illégalité d’État et individuelle
https://eduscol.education.fr/cid99193/ressources-francais-c4-vivre-en-societe-participer-a-la-societe.html

Histoire. Troisième
Thème 1 – L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales
Thème 2 – Le monde depuis 1945
Espionnage pendant les guerres
https://eduscol.education.fr/cid99022/s-approprier-les-differents-themes-programme.html

Lycée général, technologique et professionnel

Français. Seconde générale
Le roman et le récit du XVIIIe siècle au XXIe siècle
“Il peut, dans la mesure du possible, établir des liens avec les programmes des
enseignements artistiques et ceux d’histoire et il favorise le travail interdisciplinaire, par
exemple avec les professeurs documentalistes”
https://cache.media.education.gouv.fr/file/SP1-MEN-22-1-2019/92/8/spe575_annexe1_1062928.pdf
Roman d’espionnage

Sciences numériques et technologie. Seconde générale
Les Paramètres de sécurité, les données structurées, les algorithmes de contrôle des comportements physiques à travers des données des capteurs.
Espionnage via les nouvelles technologies
https://cache.media.education.gouv.fr/file/SP1-MEN-22-1-2019/08/5/spe641_annexe_1063085.pdf

Histoire. Première professionnelle
États et sociétés en mutations (XIXe siècle-1re moitié du XXe siècle)
Thème 2 – Guerres européennes, guerres mondiales, guerres totales (1914-1945)
Espionnage pendant les guerres

Histoire. Première générale et technologique
Première Guerre mondiale
Thème 4 – La Première Guerre mondiale : le « suicide de l’Europe » et la fin des
empires européens (11-13 heures)
Espionnage pendant la Première Guerre mondiale
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/SP1-MEN-22-1-2019/93/9/spe577_annexe2_1062939.pdf

Numérique et sciences informatiques. Première et Terminale
Sécurisation des communications, bases de données, algorithmique
Espionnage via les nouvelles technologies
https://cache.media.education.gouv.fr/file/SPE8_MENJ_25_7_2019/93/3/spe247_annexe_1158933.pdf

Histoire. Terminale professionnelle
France et monde depuis 1945
Thème 1 – Le jeu des puissances dans les relations internationales depuis 1945
guerre froide, Espionnage économique et scientifique

Histoire. Terminale générale
Thème 1 – Fragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale
(1929-1945)
Espionnage pendant la guerre
Thème 2 – La multiplication des acteurs internationaux dans un monde bipolaire
(de 1945 au début des années 1970)
Espionnage pendant la guerre froide
Thème 3 – Les remises en cause économiques, politiques et sociales des années
1970 à 1991 (10-12 heures)
Espionnage industriel
Thème 4 – Le monde, l’Europe et la France depuis les années 1990, entre
coopérations et conflits (8-10 heures)
Affrontement économique des puissances : espionnage industriel via le numérique
https://cache.media.education.gouv.fr/file/SPE8_MENJ_25_7_2019/17/2/spe243_annexe1_1159172.pdf

Histoire. Terminale technologique
Thème 1 – Totalitarismes et Seconde Guerre mondiale
Thème 2 – Du monde bipolaire au monde multipolaire
Espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide
https://cache.media.education.gouv.fr/file/SPE8_MENJ_25_7_2019/17/4/spe243_annexe2_1159174.pdf

Pistes pédagogiques

Réaliser un escape game au cdi dans lequel les élèves, apprentis espions, doivent récupérer des données sensibles acquises par le ou la professeur documentaliste (espion d’un pays étranger).

Dans le cadre d’un voyage scolaire à Londres ou Berlin, se rendre au German Spy Museum ou au London Film Museum et préparer une activité en lien avec plusieurs disciplines.

En histoire géographie, recherches documentaires sur l’espionnage pendant les guerres mondiales et la guerre froide.

Revue de presse en SES sur l’espionnage industriel de nos jours.

En littérature, critiques d’ouvrages ayant pour thème l’espionnage.

Se rendre à l’exposition Espions de la Cité des sciences et de l’industrie à la Villette (Paris) dans le cadre d’un projet avec les professeurs de mathématiques et d’informatique.

Participer au concours Alkindi avec les professeurs de mathématiques et d’informatique, au collège ou au lycée.

Concours et journées

Concours Alkindi
La DGSE apporte son soutien au concours du nom du savant arabe AlKindi, ayant écrit, au IX siècle, le premier livre connu destiné à décrypter les codes secrets. Il s’adresse aux classes de 4e, 3e et de 2nd. Les services de renseignement souhaitent diffuser aux élèves une culture du renseignement en France. La DGSE cherche à recruter dans les métiers de l’informatique et des mathématiques (cryptologie et cryptanalyse).
https://concours-alkindi.fr/#/

Musée de l’Armée : Journées européennes du patrimoine
La DGSE s’associe au musée de l’Armée pour les Journées européennes du patrimoine depuis 2017. Elle présente des ateliers et expose des objets surprenants.

 

Documents audios

Emissions de radio

Côme, Lise. Secret bien gardé : espionnes et espions. France culture, 29/07/2020. 73 mn
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-culture/la-grande-table-emission-du-mercredi-29-juillet-2020

Kervran, Perrine. L’Espionnage sur écoute. 4 Épisodes. France culture, 2016. 55 mn par épisode
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/lespionnage-sur-ecoute

Monsieur X, Pesnot, Patrick. Rendez-vous avec Monsieur X. France Inter, 2019. 60 mn par RDV
Patrick Pesnot dévoilait à ses auditeurs les coulisses d’affaires avec le mystérieux «Monsieur X», présenté comme un ancien des services secrets.
https://www.franceinter.fr/culture/rendez-vous-avec-monsieur-x-des-episodes-a-reecouter

Drouelle, Fabrice. Farewell : l’espion qui a fait basculer la guerre froide. France Inter, 2014. 45 mn
https://www.youtube.com/watch?v=eBTymP55Nbs

 

Filmographie

Documentaires

Fred et Jamy. Les Espions – C’est pas sorcier. France 3, 2015
Histoire de Berlin Est et Ouest, rencontre d’un ancien directeur de la DST, l’utilisation de la valise diplomatique par les espions. Documentaire jeunesse.
https://www.youtube.com/watch?v=uyRXwTe5ye4&t=452s

Huver, Étienne, Ladous, Marina. Grande-Bretagne : Global Assange. Arte Reportage, 2020
« Nom de code « Opération Hôtel ». Des milliers d’heures d’enregistrement vidéo, des Gigaoctets de rapports et de courriers confidentiels, autant d’éléments étayant l’accusation d’espionnage qui visait Julian Assange lors de son asile à l’ambassade d’Équateur à Londres ». Autre reportage sur Arte : Julian Assange : l’homme traqué.
https://www.arte.tv/fr/videos/097012-000-A/grande-bretagne-global-assange/

Karel, William. CIA : guerres secrètes. 1 – Opérations clandestines 2 – La Fin des illusions 3 – D’une guerre à l’autre. Arte, 2003

Korn Brzoza, David. Histoire des services secrets français. LCP, 2019
https://www.youtube.com/watch?v=PXXf45xmCqc

Laïdi, Ali. ‘Les espions de l’Élysée’ : le président et les services de renseignement. France 24, 2020
Entretien de Floran Vadillo. «Depuis Nicolas Sarkozy, les présidents de la République s’impliquent davantage dans les services de renseignements.»
https://www.youtube.com/watch?v=gZwBovaLgoA

Muller, Philippe. La Guerre du renseignement. Arte GEIE, 2017
https://www.youtube.com/watch?v=D2ECAPPn5PE

Pollet, Aurélie. Les Espionnes racontent. Arte, 2018
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-017940/les-espionnes-racontent/

Fictions

Alfredson, Tomas. La Taupe. StudioCanal, 2011. 124 mn
Le renseignement britannique.

Assayas, Olivier. Cuban Network. Memento films, 2020

Campbell, Martin. Casino Royale. Gaumont Colombia Tristar Films, 2006. 138 mn
Ainsi que de nombreux James Bond Skyfall (2012), Bons baisers de Russie (1963), Mourir peut attendre (2020) par des réalisateurs différents.

Henckel von Donnersmarck, Florian. La Vie des autres. Océans Films, 2006. 137 mn
La Stasi à Berlin-Est.

Hitchcock, Alfred. Quatre de l’espionnage. Gaumont british, 1936. 86 mn
Film connu sous le titre de Secret Agent. Du même réalisateur La Mort aux trousses (1959), Les Enchaînés (1946).

Pollack, Sydney. Les Trois Jours du Condor. Paramount Pictures, 1975. 117 mn
Film tiré du roman Les Six Jours du Condor de James Grady.

Rochant, Éric. Les Patriotes. Gaumont, 1994. 138 mn
Du même réalisateur : Möbius (2013).

Spielberg, Steven. Le Pont des espions. Twentieth Century Fox France, 2015
CIA pendant la guerre froide.

Tyldum, Morten. Imitation Game. Black Bear Pictures, 2014
Le film est inspiré de la vie du mathématicien et cryptanalyste britannique Alan Turing.

Verhoeven, Paul. Black Book. Fu Works, 2006. 145 mn
La résistance dans le service des renseignements allemands.

Séries TV

Rochant, Éric. Le Bureau des légendes. Canal+ 2015. 52 mn
Actuellement cinq saisons, 50 épisodes.
Au sein de la DGSE, le département appelé le Bureau des légendes forme et dirige à distance des agents spéciaux.

Weisberg, Joe. Les Américains. FX Networks, 2013. 42 mn
6 saisons, 75 épisodes.
Pendant la guerre froide, un couple d’officiers du KGB vit aux États-Unis.

Wolstencroft, David. MI-5. BBC One, 2011. 52 mn
10 saisons, 86 épisodes.
La série narre avec réalisme la vie quotidienne des agents du MI5.

 

Représentations artistiques

Peintures

Carpeaux, Jean-Baptiste. L’espion. Épisode du siège de Paris (1871).
Valenciennes, musée des Beaux-Arts. Dimension : 89,7 x 117,1 cm.

De Neuville, Alphonse. L’Espion (1880).
Paris, musée de l’Armée.

Folco, Laurent. L’Espionnage (2018)

Juglar, Victor-Henri. L’Espion (1880)
Scène des guerres de Vendée.
Châlons-en-Champagne, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie.

Dessin

Laforge, Lucien. L’Espion (1916)
Dimensions 23,5 x 31,5 cm.
Dessin de décoration. Édité en édition limitée mais non numérotée.

Représentation des femmes scientifiques en littérature

Marie Curie, l’arbre qui cache la forêt

La visibilité des femmes scientifiques ne peut bien évidemment se faire sans évoquer Marie Curie. Véritable égérie des sciences, seule femme ayant remporté deux prix Nobel, elle concentre la presque totalité de l’attention portée aux femmes scientifiques. Ainsi, une grande partie de la production littéraire abordant cette thématique est consacrée à Marie Curie, et si cette abondance traduit le rôle majeur qu’elle a pu avoir dans le milieu de la physique-chimie, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt que composent toutes les autres femmes scientifiques qui méritent d’être reconnues.
Parmi ces œuvres, nous pouvons citer quelques titres issus de la littérature pour la jeunesse et pour adolescents. Cette branche éditoriale propose souvent, quand il s’agit de parler de personnages célèbres, des biographies romancées à biais pédagogiques. Concernant Marie Curie, la collection «Les romans-doc» des éditions Bayard propose un ouvrage intitulé L’incroyable destin de Marie Curie, qui découvrit la radioactivité, écrit par Pascale Hédelin, un texte qui s’intéresse autant au parcours de la scientifique qu’à sa personnalité à part. De même, récemment, Belin Jeunesse publie dans sa collection «Des vies extraordinaires» Le Journal de Marie Curie. Écrit à la première personne par l’historienne Gertude Dordor, ce roman s’attache à introduire une certaine intimité avec son lectorat, notamment par l’usage de nombreuses anecdotes, pour décrire la vie et les découvertes de Marie Curie.
De son côté, le roman de Natacha Henry, Marie et Bronia : le pacte des sœurs, prend un angle plus original en axant sa narration sur la jeunesse de Marie Curie, lorsqu’elle était encore Marie Sklodowska. L’autrice nous emmène ici dans la Pologne de la fin du XIXe siècle, encore occupée par la Russie, et où les femmes, qui plus est pauvres, n’ont pas la possibilité de faire des études. Pourtant, Marie et sa sœur Bronia, à force de détermination, malgré la mort de leur mère et les difficultés de leur famille, vont parvenir à aller à l’université, la première pour étudier la chimie, avec le destin que nous lui connaissons ensuite, et la seconde pour étudier la médecine.
Par ailleurs, la figure de Marie Curie est très présente dans la bande dessinée documentaire. Marie Curie, la scientifique aux deux prix Nobel de Ceka et Yigaël, Marie Curie de Laura Berg et Stéphane Soularue, Marie Curie d’Alice Milani et Marie Curie, la fée du radium de Chantal Montellier et Renaud Huynh, avec des styles graphiques très différents, proposent toutes des récits biographiques, plus ou moins détaillés, mais axés tant sur les sciences que sur la vie privée de la scientifique polonaise.

Ces autres grands noms à connaitre

Cette abondance d’œuvres littéraires consacrées à une seule scientifique ne doit pas faire oublier d’autres figures féminines incontournables, mais souvent oubliées des sciences, et que certains auteurs se sont attachés à mettre sur le devant de la scène.
Dans les collections destinées aux adolescents, deux titres récents illustrent cette nouvelle volonté de mettre en avant des scientifiques méconnues et de les faire connaitre aux jeunes. D’abord Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques de Sylvie Dodeller, paru chez l’École des Loisirs, s’intéresse à cette mathématicienne pionnière du XIXe siècle qui, comme nombre de femmes scientifiques, dut se faire passer pour un homme pour que son travail soit reconnu. Ce roman biographique très documenté est également l’occasion de relater la naissance de l’école Polytechnique, qui a bien sûr été longtemps interdite aux femmes. Par ailleurs, Combien de pas jusqu’à la lune, de Carole Trébor, chez Albin Michel, s’intéresse à Katherine Johnson, l’une des femmes noires qui, dans des États-Unis en pleine ségrégation, parvient à devenir ingénieure aérospatiale à la NASA, univers foncièrement masculin, jusqu’à jouer un rôle fondamental dans la mission qui permit aux américains de marcher sur la lune.
Ce roman jeunesse relate ce pan de l’histoire de la conquête spatiale à travers la trajectoire d’une seule scientifique, mais nous pouvons noter que cette même histoire est racontée par Margot Lee Shetterly, dans Les Figures de l’ombre, dont le film est sorti en 2017, à travers le destin des quatre scientifiques noires qui ont intégré la NASA à cette époque. Ce récit nous présente le parcours de Dorothy Vaughan, Mary Jackson, Katherine Johnson et Christine Darden pour parvenir à leurs postes, et notamment toutes les difficultés liées à leur statut de femmes noires dans un milieu masculin et blanc.
Tracy Chevalier, grande autrice de roman historique, s’intéresse dans Prodigieuses créatures à Mary Anning, paléontologue britannique. Issue d’un milieu modeste, on découvre dans cette œuvre de quelle manière elle s’est initiée seule à sa science et comment la découverte d’un squelette d’ichtyosaure a fait d’elle une personnalité incontournable de la communauté scientifique. Tracy Chevalier rend également hommage ici à Elizabeth Philpot, autre paléontologue amatrice ayant travaillé et partagé une longue amitié avec Mary Anning.
De son côté, l’autrice Marie Benedict se distingue en proposant un roman axé sur le destin de Mlileva Marić, plus connue sous le nom de Madame Einstein. Si son mari est sans doute aujourd’hui le physicien le plus connu au monde, l’autrice rappelle ici que Mileva Einstein était elle aussi une scientifique, née sans doute au mauvais moment. En effet, le roman montre bien qu’elle débute ses études de mathématiques et de physique, à l’instar d’autres scientifiques oubliées, à une époque où elles étaient réservées aux garçons. Par ailleurs, la question de sa contribution aux découvertes d’Albert Einstein, toujours irrésolue actuellement, fait l’objet ici de fortes spéculations. 
De son côté, Barbara Kinsolver avec son roman Des vies à découvert, s’intéresse à Mary Treat, entomologiste et botaniste proche de Charles Darwin. Si elle fut reconnue à son époque pour ses travaux en entomologie et en botanique, elle est aujourd’hui tombée dans l’oubli.
Ada Lovelace, mathématicienne à l’origine de l’informatique (même si l’ordinateur n’a pas été inventé de son vivant) est au centre de Ada ou la beauté des nombres. Dans un récit biographique impertinent et passionnant, Catherine Dufour décrit le parcours de celle qui, bien qu’elle créât le principe de programmation qui permit au numérique d’exister, ne reçut jamais la reconnaissance qu’aurait dû lui valoir sa découverte.
Comme tous ces romans et biographies, certains ouvrages à vocation documentaire s’attachent à mettre en exergue des personnalités scientifiques féminines majeures. Notons par exemple Les Découvreuses. 20 destins de femmes pour la science, de Marie Moinard et Christelle Pecout, qui permet de découvrir des scientifiques incontournables ayant évolué dans le monde entier dans des domaines aussi variés que l’aérospatial, la biologie, la physique-chimie, l’informatique, etc. De même, la bande dessinée Les Culottées de Pénélope Bagieu dresse les portraits de figures féminines ayant marqué l’histoire et notamment l’histoire scientifique.

Des fictions pour se reconnaitre

Découvrir les sciences à travers la littérature, ce n’est pas toujours apprendre à connaitre les grandes scientifiques, mais c’est aussi pouvoir s’identifier à des personnages fictifs.
Ainsi, la littérature pour adolescents propose un certain nombre de jeunes héroïnes passionnées de sciences dans lesquelles de jeunes lectrices pourront se reconnaitre. Du côté des romans historiques, nous pouvons citer le roman Calpurnia, de Jacqueline Kelly, prix Sorcières, qui raconte l’histoire d’une jeune fille de 11 ans passionnée de naturalisme et vivant à la fin du XIXe siècle. Tout en étudiant le comportement des animaux, elle doit également faire face aux contraintes imposées à son genre dans une société qui estime que les filles doivent apprendre les pratiques domestiques et non les sciences. Ce livre a été adapté en bande dessinée par Daphné Collignon.
Plus tôt encore, au XVIIIe siècle, mais confrontée aux mêmes préjugés, l’héroïne des Aventures d’une lady rebelle de Mackenzi Lee, Felicity, s’enthousiasme pour la médecine qu’elle aimerait pouvoir étudier. Ce but, et tous les obstacles (masculins) qui vont lui barrer le chemin, vont la mener à affronter de véritables aventures autour du monde.
Si ces deux protagonistes viennent des siècles passés, la littérature nous démontre que vivre à notre époque n’empêche pas forcément les jeunes filles et les femmes d’affronter les mêmes préjugés. Par exemple, L’Effet Matilda d’Ellie Irving présente deux nouveaux personnages féminins lésés dans la reconnaissance de leur travail scientifique. Mathilda, d’abord, collégienne inventrice qui perd injustement un concours de sciences face à un concurrent masculin, et sa grand-mère, ensuite, astrophysicienne qui se voit retirer le crédit de sa découverte au profit d’un autre chercheur qui s’apprête grâce à cela à remporter un prix Nobel.
Toutefois, la littérature ne sert pas uniquement à dénoncer les injustices. On notera le roman d’aventure Miss Einstein de James Patterson et Chris Grabenstein, qui met en scène une adolescente de 12 ans déjà à l’université, que des organisations secrètes essaient de récupérer pour pouvoir bénéficier de son génie. Par ailleurs, la série Geek Girls de Stacia Deutsch s’intéresse à un groupe d’amies férues d’informatique qui vont devoir résoudre des énigmes grâce à leur talent numérique. Ces romans sont d’ailleurs particulièrement appréciables du fait de la diversité des personnages.

Conclusion

On constate donc que ces dernières années, la littérature, et notamment la littérature jeunesse, prend à cœur de participer à la lutte contre l’effacement de la contribution des femmes aux plus grandes découvertes scientifiques en proposant d’intéressants personnages féminins évoluant dans divers domaines. C’est également une manière d’encourager les filles à s’engager dans ces disciplines encore trop souvent considérées comme masculines.
Pour compléter cette démarche, la Cité des sciences met à disposition gratuitement un jeu diffusé sous licence libre intitulé Femmes scientifiques et techniciennes à travers les époques1. Ce timeline permet de (re)découvrir des personnalités féminines mondiales des sciences et de mettre en avant leurs travaux, qui n’ont pas toujours été reconnus de leur vivant.

 

 

 

Appel à contributions : Le cdi vert

Alors que le confinement a redonné, de façon inattendue, une courte bouffée d’oxygène à la planète, nous sommes nombreux à nous interroger sur les modes d’action efficaces pour freiner le réchauffement climatique et inverser les effets néfastes de l’impact humain sur la Nature. De COP en Agenda 2030, de marches pour le climat en campagnes de sensibilisation, les initiatives sont foisonnantes et impliquent la jeunesse dans de nouvelles formes d’engagement.

Quelle place donner au professeur documentaliste dans cette recherche de solutions ?

Informer pour comprendre ces thématiques scientifiques et sociétales et par là même enclencher l’action, semble être au cœur des enjeux. Comment mettre en valeur les informations liées aux changements climatiques, à l’écologie, au développement durable au sein du fonds documentaire mais également dans tout l’établissement ? Revisiter les classifications, créer des espaces ou rayons « climat », développer une politique documentaire spécifique, mais aussi inviter des intervenants ou organiser un forum associatif peuvent en être des modalités. En parallèle, comment communiquer efficacement sur ces thématiques et marquer les esprits en utilisant des moyens durables ?

Éduquer au développement durable peut converger avec l’ÉMI pour être le terreau d’un esprit critique de combat qui abatte définitivement les arguments climato-sceptiques, et redonne foi en l’information scientifique, souvent complexe sur de tels sujets. Quels dispositifs pédagogiques mettre en œuvre dans ce contexte pour le professeur documentaliste ? Avez-vous des exemples d’activité menée sur les infox du climat ? Le calcul de l’empreinte carbone de chaque élève ou enseignant, et même celui du CDI, est-il possible ?
Par ailleurs, si vous travaillez dans un éco-collège ou un éco-lycée, ou sous label E3D, faites-nous part des actions menées à l’échelle de l’établissement et de votre implication. Grainothèques au CDI, jardins intérieurs, ruches, potagers, etc. : nous attendons vos retours d’expérience sur ce type d’initiatives. Partagez également vos conditions de travail, les particularités architecturales et l’agencement de l’espace de votre CDI si vous travaillez dans un établissement à énergie positive ou à haute qualité environnementale.

Agir pour un CDI durable et responsable, qu’est-ce que cela implique concrètement ? Comment se former ? Quels petits gestes adopter au quotidien pour rendre le CDI plus vert ? Quelles initiatives mettre en œuvre pour recycler, redonner vie aux livres pilonnés, usagés ? Gestion de la consommation de papier, mode de couverture des livres, réduction des déchets, comment résoudre ces multiples paradoxes liés à nos consommations de fonctionnement, tout comme celui de l’impact du numérique sur l’environnement, numérique qu’il semble désormais bien difficile d’utiliser avec parcimonie ?

Enfin, plus globalement, quelles formes particulières d’engagement des élèves en matière de développement durable peuvent se fédérer au CDI ? Clubs, associations, réunions, cercles de réflexion, autant de manières d’agir ensemble et de continuer à espérer…

Nous ne doutons pas que vos contributions seront autant de petites graines semées dans les esprits, qui donneront vie à de nouveaux CDI verts.

 

Date limite d’envoi des propositions de contribution : 30 avril 2021.

Pour une préparation optimale du numéro, n’hésitez pas à contacter la Rédaction au plus tôt : intercdi.articles@gmail.com