Tribune : Un Silence assourdissant…

Quoi de pire que le silence lorsque nous espérons des mots ? Et quelle signification donner au silence de l’autre ? Réflexion, indifférence, mépris ?
Nous ne manquons pas d’informations, plus ou moins fiables, plus ou moins crédibles, sur de nombreux sujets. Pourtant, force est de constater que certains médias demeurent extraordinairement silencieux ces derniers temps, quand il s’agit d’aborder la question du devenir de l’éducation dite nationale…
Depuis décembre, notamment, les professeurs, de la maternelle à l’université, expriment leur colère, aussi bien dans la rue qu’aux côtés de leurs élèves, parce qu’à la discussion, au dialogue, le gouvernement a opposé une fin de non-recevoir, un silence teinté de mépris devenu intolérable pour les enseignants confrontés aux réalités d’un terrain toujours plus difficiles à gérer.
Ce qui se joue actuellement, au-delà du gel du point d’indice, de la réforme des retraites, du lycée et de l’université ou encore de la remise en question du statut de professeur, c’est le choix d’une société : voulons-nous conserver nos acquis et les renforcer ou basculer dans un monde où d’égalité des chances, égalité déjà bien fragile, il n’y aura plus ? Où de service public, il n’y aura plus ?
Il serait nécessaire, pour préserver la bonne santé de notre démocratie, que nous puissions débattre de ces questions et que les gens exercent librement leur esprit critique : or, cela ne semble plus possible actuellement. Sur la scène médiatique, le feuilleton des élections municipales va bon train, mais qu’en est-il du débat sur l’éducation, alors qu’elle est en pleine crise ? Et que penser du recours à l’article 49.3 de la Constitution française, annoncé par le Premier ministre le 29 février ?
Silence donc sur trois mois de protestation et une grève au sein de l’Éducation nationale inédite ; silence sur les rassemblements contre les épreuves anticipées du baccalauréat -E3C-, alors que l’on ne compte plus les reports d’épreuves et que les sujets proposés circulent sur internet ; silence encore quand un professeur retraité est arrêté parce qu’il refuse d’ôter son autocollant à la sortie d’une manifestation ; silence sur les lycéens mis en garde à vue, silence sur la suppression envisagée des CIO, silence sur le démantèlement du réseau CANOPÉ, silence sur la mise en place du service national universel -SNU-…
Ces silences deviennent assourdissants… Il est urgent que les maux se disent, que les idées circulent et que le savoir se partage.
Droit à la communication, à l’échange, à la transmission et à la formation d’un esprit critique pour nos élèves, c’est ce en quoi je veux croire en tant qu’enseignante.
Rompre le silence… il en va de l’avenir de l’Éducation nationale.

Le cri d’Edvard Munch (1893)

Du mode d’existence et de la circulation des savoirs dans les espaces documentaires

L’objectif de cet article est d’ouvrir la réflexion, de partager nos questionnement actuels sur la manière d’appréhender l’identité, la nature des savoirs, en circulation autrement que par le seul prisme des savoirs à enseigner et à travers la compréhension des dynamiques de circulation guidée, médiée ou «  sauvage », spontanée, qui empruntent des modalités autres, non formelles, de participer à re-définir les espaces documentaires.

L’espace, lieu pratiqué (Certeau, 1990) se caractérise par les pratiques de savoir qui y sont attachées, qui ont lieu : la mise en espace de faits mentaux (Bateson, 1977) de processus cognitifs révèle ainsi des « savoirs événements »1 structurant la socialisation des acteurs, des usagers de ces espaces. L’article de Nicolas Adell, Sans feu ni lieu, l’espace non géométrique du savoir propose une typologie singulière issue des groupes de travail conduits par Christian Jacob autour des publications et du projet Lieux de savoirs, l’approche issue de l’anthropologie sociale et culturelle et plus spécifiquement de l’anthropologie des savoirs définit ces derniers et détermine trois entrées possibles : « Les savoirs constituent un ensemble de représentations, de discours et de pratiques auxquels se rattachent des procédures permettant de donner sens au monde et d’agir sur lui » (Jacob, 2007). Cet ensemble peut se diviser en trois sous-ensembles :

Savoirs de la réflexivité
Savoirs de l’altérité
Savoirs de l’universalité

Une remarque est nécessaire ici : les savoirs de l’universalité réfèrent « aux savoirs indépendants de leur localisation et de leurs détenteurs, ils auraient une validité universelle quel que soit leur lieu d’activation » (Adell, 2018, p. 57). Une sorte d’absolu dont Nicolas Adell souligne lui-même la vérité relative, sauf à penser ces savoirs comme ceux relevant de la nature. Or, les savoirs sont interrogés dans cet article par le postulat de leur localisation (le CDI), dans un contexte culturel, d’usage. Cette caractérisation ne sera pas retenue pour comprendre la circulation des savoirs en jeu au sein des espaces documentaires, mais cela ne signifie pas que le rapport nature/culture n’est pas déterminant dans une anthropologie des savoirs. En revanche, les deux autres acceptions retiennent notre attention. Qualifiés au prisme de cette distinction entre savoirs de la réflexivité et savoirs de l’altérité, les usages, les pratiques au CDI esquissent une approche nuancée de l’espace documentaire, nous semble-t-il, et permettent de donner matière et forme aux dynamiques de circulation des savoirs, de les éclairer aussi pour une meilleure compréhension des littératies informationnelles.

Les savoirs de la réflexivité

Nicolas Adell les définit comme « des savoirs de la clôture, ancrés dans un lieu d’où l’on pense connaître le monde et où l’on ne fait en vérité que se décrire soi-même » (Adell, op. cit., p. 57). Ils recouvrent les savoirs institués au sein d’un groupe à travers les « domaines de la connaissance » classifiés, organisés selon un ordre documentaire qui est propre à une communauté, commun et distinct à la fois : ils s’établissent aussi à travers les répartitions disciplinaires, les référentiels et les programmes d’apprentissage. En ce qui concerne l’information documentation, les savoirs réflexifs portent par exemple sur la compréhension et l’appropriation de la notion d’information, ses qualités, ses propriétés, son sens, les conditions de sa production… ou encore sur l’analyse du document, les conditions de sa création, sa fonction informative, son environnement et la médiation qui permet sa circulation, son accessibilité, sa lecture.

Les savoirs de l’altérité

Les savoirs de l’altérité s’entendent avant tout comme « des savoirs qui circulent, qui sont sur les Autres et viennent des Autres (soit d’eux-mêmes, soit d’individus ayant été en contact avec eux) » (Adell, op. cit., p. 57). Savoirs importés ou exportés que nous portons en nous parfois à « notre corps défendant » ou que nous parvenons ou non à transmettre dans un contexte d’hybridation culturelle soutenue. Les savoirs de l’altérité sont des savoirs au marquage culturel fort mais perméable par la dynamique circulatoire au contraire des savoirs réflexifs. Concevoir une action de formation auprès d’élèves tenant compte de leurs pratiques informationnelles personnelles procède de cette acculturation nécessaire dans la pratique pédagogique et didactique des professeurs documentalistes. La perméabilité des savoirs de l’altérité signe l’aspect mouvant des champs d’expérience, l’incertitude avec laquelle s’opère le développement des aptitudes et connaissances.

Interactions des flux et circulation des savoirs

À la lumière de ces deux grands ensembles de savoirs de l’altérité et réflexifs, notre démarche tente de comprendre comment les dynamiques de circulation disent quelque chose des espaces et de la manière dont les professeurs documentalistes peuvent penser les savoirs notionnels, savoir-faire, savoir-être, à travers les différentes missions d’organisation et de gestion de centre de documentation et d’information, de formation et d’enseignement, de médiation culturelle, renseigner peut-être aussi sur l’acquisition et le développement de principes d’autonomisation par les élèves. Revenons tout d’abord sur cette problématique de la circulation des savoirs, c’est à dire sur la diversité des pratiques et d’actions de transmission, de mise en mouvement, de propagation des savoirs (savants, quotidiens, savoirs-action…). La circulation des savoirs est abondamment traitée sous l’angle de l’interdisciplinarité : comment des concepts, des théories, des pratiques circulent, s’échangent, s’empruntent, se transfèrent et se transforment d’une discipline à l’autre. L’analyse est renouvelée par le développement des technologies de l’information et de la communication focalisant l’observation des phénomènes sur la vitesse de transmission, la quantité d’information transmise que reflète l’expression souvent utilisée par les fournisseurs de contenu informationnel de « l’accès immédiat à tous les savoirs du monde ».

Cette forme de nomadisme des concepts, des savoir-être, est plus visible, compréhensible lorsqu’il s’agit de savoirs réflexifs, institués. Les bilans ou rapports d’activité des professeurs documentalistes éclairent bien ces transferts de savoirs : nous pouvons mettre en lien telle notion concernant par exemple l’appropriation d’environnements informationnels dans différents cadres répartis selon les missions de formation, gestion et communication. Cet objectif d’apprentissage fait l’objet de séances pédagogiques spécifiques particulièrement pour les classes entrantes en 6e, en seconde, durant lesquelles la notion d’outils de recherche (par exemple catalogue, moteur, etc.) est abordée. Parallèlement une médiation documentaire permet l’accès à des ressources sélectionnées par les professeurs documentalistes sur le portail documentaire ou l’environnement numérique de travail disposant d’outils de recherche spécifiques : les portails Bdgest’ ou Eduthèque et son moteur de recherche fédérée que l‘élève s’approprie dans une activité autonome de recherche d’information. À partir d’un référentiel, prenons les programmes d’Éducation aux médias et à l’information en collège ; nous pouvons rapidement constater la manière dont les connaissances et leurs pratiques sont intégrées de manière didactisée dans des actions de gestion ou de formation : ces exemples décrivent aussi la singularité des espaces documentaires didactisés dans les lycées et collèges par la circulation manifeste des savoirs réflexifs qui sont explicités dans la formalisation des progressions pédagogiques (fiches de préparation de séquence), mais qui président également à la manière dont on va opérer tel choix de classification, telle éditorialisation…

En ce qui concerne les savoirs de l’altérité, la mise au jour des dynamiques est plus complexe. Elle apparaît bien sûr dans le détournement de pratiques culturelles juvéniles : Bookflix, Culture fan, etc. C’est là un aspect général que l’on peut retrouver dans différents CDI par la dynamique d’un groupe social bien circonscrit et identifié : « les jeunes ». Certes, s’informer de l’évolution des pratiques culturelles et informationnelles personnelles des jeunes participe des activités professionnelles régulières des professeurs documentalistes. Cependant il faut faire un pas vers les savoirs que recouvrent ces pratiques, les identifier, s’approprier ces actes de savoir pour nourrir sa démarche pédagogique. Les savoirs de l’altérité se définissent peut-être de manière encore plus singulière, pour chaque situation il existe un contexte d’échanges culturels particulier. Seule l’observation contextualisée peut permettre d’affiner cette analyse : comprendre comment les enseignants, entre eux, échangent des savoirs, quelles dynamiques de circulation existent ; on peut aussi supposer que certains savoirs peuvent être imposés d’un individu à un autre, d’un groupe à un autre.

Conclusion

Ces repères théoriques révèlent ainsi un peu de la complexité des flux et circulations des savoirs au CDI. Dans la mesure où la place de l’humain est centrale au sein des processus d’appropriation de savoirs, dans les environnements d’apprentissages numériques ou non, hybrides, les processus cognitifs en œuvre résultent d’un engagement personnel, individuel dans l’inter-relation. L’expérimentation que nous souhaitons mener à partir d’observations et de comparaisons au sein de différents CDI franciliens impose une première phase exploratoire à venir établissant une grille de lecture analytique des pratiques observées au CDI orientée vers une approche anthropologique. Un second temps permettra de relever différents croisements des flux de circulation et la manière dont on peut parfois caractériser ces interactions (conflits socio-cognitifs mis au jour par exemple…) et aussi parfois ne pas les distinguer. Enfin, ces dynamiques mises au jour renvoient à la question des espaces et, pour rejoindre Nicolas Adell (op. cit., p. 60), les espaces documentaires par les flux de circulation des savoirs, se diffusent, s’étendent au-delà des découpages géographiques habituels.

Simplissimes les applis les plus faciles du monde pour les profs-docs !

Les applications numériques se multiplient depuis quelques années. Quelles sont les plus utiles pour nous, professeurs documentalistes ? Quels critères pouvons-nous privilégier pour faire le tri dans cette multitude ? L’objectif étant d’en présenter peu, on se basera sur les critères de sélection suivants : l’usage fréquent, la simplicité d’utilisation, l’utilisation possible avec les élèves, l’absence d’inscription, la gratuité et l’interface en français. Bien sûr, il est souvent difficile de trouver l’ensemble de ces critères réunis pour tous les utilitaires ; aussi dès que trois ou quatre d’entre eux seront présents, ils participeront de notre fil rouge. On signalera également les applications en Creative Commons1, celles qui garantissent la protection de la vie privée et qui sont une alternative aux GAFAM2.

Communiquer : les applis d’infographie qu’on dirait faites pour nous

À n’en pas douter, la première catégorie des applications à retenir est celle qui facilite notre communication car « les professeurs documentalistes exercent leur activité dans l’établissement scolaire au sein d’une équipe pédagogique et éducative dont ils sont les membres à part entière »3. Effectivement, nous savons tous combien il est important de communiquer au sein de l’équipe pédagogique : pour promouvoir tout ce que nous faisons au CDI et pour mettre en place nombre de collaborations, nous avons besoin d’informer nos collègues en utilisant tous les moyens dont nous disposons. Dans de nombreux cas, la bonne vieille affiche est idéale pour annoncer des événements, que ce soit dans la salle des professeurs et/ou dans les couloirs. Et quoi de mieux pour ce faire que de recourir à ces applis d’infographie qu’on dirait faites pour nous. On n’en citera que deux, mais il en existe d’autres : Canva4 et Piktochart5 sont à la fois très riches et élémentaires dans leur utilisation ; en partie gratuites, elles nécessitent toutes les deux une inscription, mais nous simplifient tellement la vie qu’on leur pardonne, car avec elles, c’est un jeu d’enfant de créer des affiches, des flyers et outils de promotion. Elles mettent à notre disposition des milliers de modèles et d’illustrations, des dizaines de polices différentes, des fonds variés, même sans version pro. Une fois votre création réalisée, vous pouvez la télécharger en pdf ou en png ou jpeg, puis l’imprimer. À noter que Canva propose « Canva photo6 » libre, gratuit et sans publicité qui est un véritable petit atelier photo en ligne : indispensable pour modifier rapidement ses photos (redimensionner, filtrer, etc.).
Si vous souhaitez faire un grand affichage mais que vous n’avez pas les moyens de vous rendre chez un imprimeur professionnel, ce petit utilitaire vous sera d’une grande aide : Typea47. En effet, il donne la possibilité d’imprimer une phrase avec une lettre par page (60 caractères maximum). C’est en français, gratuit, sans inscription, et aisé d’utilisation.

Veiller : l’utilitaire qu’on attendait tous

En tant que « maître d’œuvre de l’organisation des ressources documentaires de l’établissement et de leur mise à disposition », nous avons entre autres missions d’assurer « une veille professionnelle, informationnelle, pédagogique et culturelle pour l’ensemble de la communauté éducative »8. Il existe nombre d’utilitaires pour réaliser cette veille, plus ou moins complexes à utiliser. En raison de son extrême simplicité et de son interface en français, on sélectionnera Pocket9. En effet, cet outil de curation sert à sauvegarder aisément tous les contenus intéressants que vous trouvez sur le web au fil de votre surf. Vous pouvez installer une extension sur votre barre de navigateur sur laquelle vous cliquerez dès que vous trouverez un lien à mémoriser. Vous pourrez ensuite classer vos sauvegardes, leur ajouter des mots-clés (« tags »), ce qui facilitera ensuite la recherche de contenus sur un même thème.
Afin de partager cette veille, vous aurez à votre disposition un outil qui va vite vous devenir indispensable : Revue10. Bien qu’en anglais, voici l’appli qu’on attendait tous pour fabriquer une lettre d’information en deux temps trois mouvements. Le principe est à la portée de tous : vous copiez-collez des liens que vous trouvez essentiels dans un modèle de lettre assez épuré et moderne, puis Revue va chercher tout seul les éléments (illustration et texte) qui s’y rapportent et les met en forme dans des paragraphes pré-formatés. Une fois votre lettre réalisée, vous l’envoyez à vos collègues, soit directement (si vous avez entré leurs mails dans l’appli), soit via un lien que vous copiez dans une lettre mail. Reste à collecter le contenu de votre lettre : si vous utilisez Pocket, Instagram, RSS Feeds ou encore Facebook, Linkedin, Twitter, etc., vous pouvez les mettre directement en relation avec Revue et voir votre lettre se composer au fur à mesure de vos partages, collecte de liens…

Enseigner : de formidables outils à utiliser avec nos élèves

Notre première mission est d’être « enseignant et maître d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias » 11. Pour ce faire, « en diversifiant les ressources, les méthodes et les outils, [nous contribuons] au développement de l’esprit critique face aux sources de connaissance et d’information. [Nous prenons] en compte l’évolution des pratiques informationnelles des élèves et inscri[vons] [notre] action dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information ».
Dans ce cadre de formation, les applications numériques en ligne sont de formidables outils à utiliser avec eux. Parmi la multitude, on choisira en premier celles qui sont aussi des alternatives aux GAFAM, ce qui a une triple utilité : montrer aux élèves le fonctionnement de ces « big five » et la manière dont elles captent nos données ; leur présenter des alternatives et leur expliquer par la même occasion les licences libres12, les Open Data13 et Open Sources, sans oublier de faire un retour sur l’histoire de l’Internet libre, et enfin, utiliser avec nos élèves des outils pour leur travail. À cet égard, on ne peut que citer la suite Framasoft. L’association Framasoft, issue du monde éducatif, a pour ambition de promouvoir les libertés numériques, dans le respect des libertés fondamentales des utilisateurs. Elle propose ainsi un ensemble d’outils concrets et pratiques, à l’utilisation simple. On retiendra parmi eux l’éditeur de cartes mentales Framindmap14 et l’alternative à Padlet (un tableau virtuel) Framemo15, mais il y en a d’autres sous l’onglet « services libres » : édition collaborative, tableur collaboratif, création de diaporamas, visio-conférences, cartographie personnalisée…
Toujours dans le cadre de la mission d’enseignement, « le professeur documentaliste […] accompagne la production d’un travail personnel d’un élève ou d’un groupe d’élèves et les aide dans leur accès à l’autonomie »16. Ainsi, il pourra favoriser « l’usage des technologies de l’information et de la communication » par ceux-ci en leur faisant découvrir des petites applications ludiques telles que WordArt17. Cette dernière permet de réaliser de magnifiques nuages de mots, faisant par exemple suite à un travail en amont sur les mots-clés. L’interface est en anglais mais assez intuitive. Nul besoin de s’inscrire si on télécharge les nuages sous standard png ou jpeg ou si on imprime directement.
Toujours dans le même ordre d’idées, on peut leur faire réaliser sans problème des Qr Codes, en prolongement par exemple de lectures. N’oublions pas que « le professeur documentaliste […] met en œuvre et participe à des projets qui stimulent l’intérêt pour la lecture, la découverte des cultures artistiques, scientifiques et techniques »18. L’académie de Versailles met ainsi à notre disposition un générateur de QR Codes19 , gratuit, en français bien sûr, et sans inscription. On peut y intégrer des liens, du texte, un logo, un texte pour SMS ou encore un courriel. On peut choisir la couleur du fond et du QR code. C’est encore une fois enfantin d’utilisation et très ludique.
Parallèlement, on pourra aider les élèves à gérer leur identité numérique en les initiant à l’utilisation de ce petit outil qui permet de flouter les visages : https://marky.space/redacted/. Son emploi est clair ; gratuit, sans inscription, il ne garde aucune donnée et peut même être utilisé sans connexion. Si nous devons alimenter notre portail documentaire ou le site web de l’établissement scolaire avec des photos d’élèves, c’est pour nous aussi très pratique.
Et pour cette mission d’enseignement qui demande la plupart du temps de la préparation, nous pourrons employer un utilitaire bien pratique comme Genially20. Avec son interface très intuitive – et en français – à nous les présentations pleines de mouvements et d’interactivité. Cet outil est beaucoup plus léger que Prezi21 à prendre en main. Il offre de multiples modèles, des polices variées, des éléments de transition inédits… Il sert à enrichir les diaporamas de contenus multimédias, de liens, de textes, de photos bien sûr et d’illustrations de toutes sortes, de sons ou encore de vidéos.
C’est à chacun d’entre nous de tester ces utilitaires et de voir celui ou ceux qui nous seront les plus utiles : il y a fort à parier que ce seront les plus pratiques d’accès qu’on emploiera le plus volontiers. On est en effet vite découragé si l’application est trop lente (ne pas hésiter à changer de navigateur pour tester si elle fonctionne mieux), si l’on ne comprend pas la langue employée (pour certains, une interface en anglais est rédhibitoire) ou si l’interface est trop complexe.

 

 

George Sand à Nohant : la Maison d’une femme libre

Merci à Jean-Luc Meslet, administrateur de la Maison de George Sand, et à Aurore Proudhon, chargée d’actions éducatives, d’avoir répondu à nos questions.

À quelle époque la famille de George Sand a-t-elle acquis ce domaine et dans quelles circonstances ?

Le domaine de Nohant est acheté en 1793 par la grand-mère paternelle de George Sand. La Révolution française revêt un visage de plus en plus sombre et c’est la Terreur qui s’installe. C’est dans ce contexte incertain que Marie-Aurore Dupin de Francueil décide de fuir la capitale, craignant pour sa vie et celle de son fils Maurice. Car bien qu’elle soit une femme éclairée, partageant les grandes idées des Lumières, elle est de sang aristocratique (fille naturelle de Maurice de Saxe, maréchal de France) et risque à tout moment la condamnation. Elle choisit le Berry, région qui se trouve à l’époque à trois jours de voyage de Paris et qui paraît plus sûr. Toutefois, ce choix n’est pas dû au hasard : elle y a vécu des années auparavant, à Châteauroux où son mari exerçait la fonction de receveur des impôts.
Lorsqu’elle achète Nohant, elle acquiert une maison bourgeoise construite récemment (1750-1760 nous n’avons pas de date précise) composée de communs (granges, écurie, bergerie), d’un parc arboré de cinq hectares et de 250 hectares de terre. Cette propriété foncière fait de Marie-Aurore Dupin de Francueil, l’une des personnes les plus aisées de la région.

À quelles périodes George Sand y a-t-elle vécu ?

C’est en 1808 que la petite Aurore Dupin, future George Sand arrive pour la première fois à Nohant. Née à Paris, elle passe les quatre premières années de sa vie en Espagne, où son père, membre de l’armée napoléonienne, est en fonction.
Malheureusement, Aurore fait face à son premier drame familial quelques semaines après son arrivée en Berry : la mort brutale de son père, causée par une chute de cheval. Sa grand-mère prend l’enfant sous sa tutelle et fait tout pour éloigner l’épouse de son défunt fils, qu’elle n’apprécie guère. Sophie-Victoire Delaborde, la maman d’Aurore est issue du peuple et les mésalliances sont encore très mal considérées à cette époque. Aurore est élevée à Nohant et reçoit ce domaine en héritage en 1821, à la mort de son aïeule. Elle y résidera toute sa vie, bien qu’elle occupe entre 1830 et 1847 des logements parisiens pendant les mois d’hiver, afin d’être au plus près de ses éditeurs.
Elle y élèvera ses enfants, ainsi que ses petites-filles, en faisant de Nohant son cocon familial.

Quelles places occupent cette maison et sa région dans l’œuvre de George Sand ?

George Sand n’abordera jamais sa vie, ni même sa maison dans ses romans. Elle laisse place à la fiction, bien qu’elle admette s’inspirer parfois de personnalités qui l’entourent pour créer ses personnages. En revanche, une majorité de ses romans prennent place en Berry (romans champêtres tels que Les maîtres sonneurs, La Mare au Diable, Le Péché de Monsieur Antoine… mais également des romans féministes Nanon, Valentine, Marianne…), région qu’elle a toujours mise en avant, tant pour la beauté de son paysage brut que pour le caractère bourru mais honnête du berrichon.
Toutefois, son autobiographe Histoire de ma vie ainsi que sa correspondance (estimée à 50 000 lettres, 25 000 sont retrouvées à ce jour) sont des mines d’informations concernant sa demeure et la vie qu’elle y a menée depuis l’enfance.

À quelle époque et comment cette maison est-elle devenue un monument national ?

Suite au décès de George Sand en 1876, le domaine est légué à Maurice, son fils, puis à ses petites-filles Aurore et Gabrielle. Ces jeunes femmes connaissent chacune un mariage malheureux et n’ont pas eu d’enfant. Elles décident donc de procéder à une donation, dans le but d’honorer la mémoire de leur grand-mère George Sand. Gabrielle propose en 1908 à l’Académie française de devenir légataire. L’institution accepte mais finit par se rétracter. Finalement, le legs s’effectue sous Aurore, dix ans avant sa mort en 1952, auprès de l’État français. Aurore réside à Nohant jusqu’à son décès en 1961. C’est directement après la mort d’Aurore que cette maison devient monument d’État ; elle est depuis ouverte au public et a connu de grandes campagnes de restaurations. Aujourd’hui une majorité des salles sont ouvertes à la visite.

Le mobilier est-il le sien ?

Le mobilier de la maison est celui avec lequel George Sand a évolué au sein de la maison. Le mobilier du rez-de-chaussée, remonte, dans sa majorité, à l’époque de sa grand-mère. Lorsque cette dernière quitte Paris dans la précipitation, elle décide d’emporter ses meubles afin d’avoir la possibilité de les vendre en cas de difficultés financières.
Le mobilier de l’étage est plus récent et date de la seconde moitié du XIXème siècle, lorsque George Sand engage de grands travaux de réfection afin de réaménager les chambres.
Le monument est très riche tant par la quantité que la qualité de son mobilier.

 

Domaine de George Sand / Centre des Monuments Nationaux

 

Chopin a vécu plusieurs années à Nohant, comment s’est passé son séjour, quelles œuvres y a-t-il composées ?

Frédéric Chopin rencontre George Sand en 1836, mais sa première impression est faussée, sans doute en raison des préjugés qui entourent l’auteure. La pratique d’un métier réservé à la gente masculine, la liberté et les choix de vie de George Sand entachent son image. Chopin apprendra à connaître la romancière et deux ans plus tard, ils engageront une relation amoureuse qui durera neuf ans.
Chopin passe alors ses étés en compagnie de George Sand à Nohant pour composer et se reposer. Ils passent leurs hivers à Paris où le compositeur donne des concerts et George Sand rencontre ses éditeurs. Ils entretiennent dans la capitale une vie plus mondaine entre théâtres et salons parisiens.
Au total, on dénombre sept séjours (de six à sept mois) en Berry. Ses journées sont consacrées au travail, il s’isole dans sa chambre et n’en sort que pour les repas. Chopin, artiste très perfectionniste peut consacrer des semaines à la même composition, la remanier pour revenir parfois à son état initial. George Sand écrit que le compositeur est assez difficile à vivre lorsqu’il est en panne d’inspiration, car la moindre contrariété le rend irritable.
Frédéric Chopin aime Nohant, l’environnement lui rappelant sa Pologne natale mais s’en lasse aussi très vite car la routine l’ennuie. Il y composera 2/3 de son œuvre (une trentaine de compositions), en s’inspirant de ses émotions, de la musique traditionnelle berrichonne, des événements qui ponctuent sa vie.
Furent réalisées par exemple l’intégralité des opus 35 à 64 (sauf les 38, 40, 42, 46), trois études opus posthume, la valse opus 70 n° 2.

Quels sont les autres artistes qui y séjournèrent ?

George Sand fait de Nohant un haut lieu de la culture, à l’instar des salons parisiens. Elle n’y invite cependant que ses amis, pour qui elle témoigne un véritable intérêt. L’élite artistique et politique du XIXème siècle a séjourné à Nohant. Eugène Delacroix, Pierre Leroux (père du socialisme), Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Honoré de Balzac, Juliette Adam, Pauline Viardot, Liszt et Marie d’Agoult font partie de ces invités de prestige. Nohant devient alors une véritable résidence artistique où chacun séjourne plus ou moins longtemps (en fonction de leur temps de trajet) et continue ses activités professionnelles artistiques.

Comment se déroulaient les journées de George Sand à Nohant ?

Les journées de George Sand à Nohant sont relativement organisées et surtout chargées. Travaillant la nuit, elle dort jusqu’à environ 11 h, 11 h 30 du matin. Elle rejoint ses invités qui ont déjà déjeuné, « la tête enfumée » comme elle a l’habitude de le dire. Les repas sont pris en général plus tôt  : 10 h 30 pour le déjeuner et 17 h pour le dîner car la vie de l’époque est réglée au rythme du soleil (ce qui permet notamment d’économiser l’éclairage).
L’après-midi est réservé aux occupations telles que le jardinage, la fabrication des costumes pour le théâtre de marionnettes de son fils, le dessin, l’instruction de ses petites-filles, l’étude des sciences naturelles…
Après le dîner tout le monde se rejoint au salon. Au programme : jeux de société, lecture à haute voix, imitation, musique…
Vers 23 h, chacun retrouve ses quartiers et George Sand se remet à son travail d’écriture. C’est une habitude prise par l’écrivain depuis le début de sa carrière, le calme de la nuit lui permet de se concentrer pleinement et de trouver l’inspiration. Pour se maintenir éveillée, George Sand boit du café et fume des cigarettes grattant le papier jusqu’à 5-6 h du matin !

 

Domaine de George Sand / Centre des Monuments Nationaux

 

Pourquoi y fait-elle construire un théâtre puis un théâtre de marionnettes ?

Les théâtres sont installés à Nohant dans les années 1850. Passionnée par cette pratique et ne pouvant pas en profiter autant qu’elle le souhaiterait (car le théâtre le plus proche est à Châteauroux, à 3 h de diligence), elle décide de créer deux scènes dans sa maison. Une scène pour « le théâtre des vivants » et un castelet pour les marionnettes de Maurice, « les acteurs en bois ».
Les occupations quotidiennes peuvent vite être routinières et le théâtre va venir chambouler le quotidien de Nohant. Ces représentations sont autant travaillées que dans un théâtre professionnel. L’accent est mis sur les décors, les costumes, la musique. Les répétitions et les représentations étant réalisées dans une ambiance chaleureuse et familiale. Des affiches et des invitations sont créées permettant de convier les amis du village et de La Châtre.
George Sand y expérimentera ses pièces de théâtre avant de les présenter à l’Odéon à Paris. Quant à Maurice, il ne vivra jamais financièrement de son talent de marionnettiste, souhaitant garder cette pratique dans le cadre familial et amical aussi bien à Nohant qu’à Paris.

Scandaleuse, féministe et politique en quoi est-elle une femme moderne ?

George Sand est une femme moderne en tout point. La mauvaise réputation qui lui colle à la peau est davantage due à ses nombreux détracteurs, qui, pour la discréditer, lui ont attribué une petite vertu. En réalité, ce sont les libertés que George Sand s’octroie qui agacent. Il est nécessaire de rappeler que le XIXème siècle est le siècle patriarcal par excellence. Suite aux libertés acquises par les femmes lors de la Révolution française, le XIXème siècle opère malheureusement un retour en arrière saisissant avec comme support le Code civil napoléonien. La femme doit être soumise à l’autorité paternelle puis maritale, faire des enfants et rester à sa place, dans l’ombre de son foyer.
George Sand, élevée par une grand-mère éclairée et ayant reçu une instruction riche, brise, tout au long de sa vie, les conventions. Elle dénonce dans ses écrits le statut scandaleux auquel est soumis la femme : être réduite à être mineure toute sa vie (et donc ne pas disposer de son libre arbitre et de ses choix), ne pas disposer du même droit que son mari sur ses enfants, ne pas recevoir une instruction suffisante (maintenant les femmes dans l’ignorance et permettant un meilleur contrôle sur elles), ne pas pouvoir divorcer, être soumise à une police des mœurs incessante et ne pas pouvoir exercer le métier de leur choix.
En préférant un métier réservé exclusivement aux hommes, George Sand brise les codes et devient la première femme à vivre de sa plume. Elle est également la première femme à gagner un procès en séparation et à obtenir la garde de ses enfants.
Ses engagements socialistes et républicains font d’elle une personnalité novatrice, ayant contribué à l’évolution des mentalités au sujet des droits des femmes et ceux du peuple. Ses nombreux écrits et la rédaction de journaux socialistes viennent appuyer ses engagements envers les personnes les plus démunies de la société du XIXe siècle.

Quelles œuvres peut-on conseiller à des collégiens et à des lycéens ?

L’avantage de l’œuvre sandienne est son accessibilité grâce à un style simple et des histoires poignantes. Afin d’éveiller l’envie de lire des écrits de George Sand chez les adolescents, nous conseillons dans un premier temps de commencer par le corpus Les Légendes rustiques. Cette œuvre, peu connue aujourd’hui, est un recueil de douze légendes berrichonnes portant sur les coutumes et croyances de l’époque. Sand connaît parfaitement ces histoires, qu’elle entend depuis son enfance lors des veillées données par les habitants du village. Dans une démarche ethnographique, elle tient à poser par écrit ces légendes, qui, selon elle, caractérisent le patrimoine berrichon et sont vouées à disparaître avec l’instruction du peuple.
Dans un second temps, il est intéressant de relire les romans féministes, longtemps mis de côté, afin d’en saisir le caractère revendicateur et comprendre l’avancée de la société actuelle en comparaison à celle du XIXème siècle : Indiana, Valentine, Gabriel (très intéressants également pour aborder la tolérance).

Quelles biographies ou études sur George Sand sont-elles incontournables ?

Pour un public averti, le livre de l’historienne Michelle Perrot, George Sand à Nohant est un fondamental. À cela s’ajoute la biographie de Joseph Barry (bien que datant des années 80) George Sand ou le scandale de la liberté, et la page Wikipédia sur l’auteure est extrêmement bien renseignée, puisqu’elle est rédigée par les membres de l’association Les amis de George Sand. Pour les plus jeunes, une biographie vient de paraître afin qu’ils abordent cette forte personnalité George Sand, non aux préjugés.

Quelles sont les actions éducatives proposées aux scolaires ?

Le monument propose une offre éducative variée et destinée à chaque niveau scolaire, afin de correspondre un maximum avec les différents programmes en vigueur. À cela s’ajoute toute une série d’ateliers pédagogiques, artistiques, littéraires ou encore historiques.
Pour connaître les différentes propositions, vous pouvez consulter l’offre éducative sur la page « Maison de George Sand » sur le site du Centre des Monuments Nationaux :
http://www.maison-george-sand.fr/Espace-enseignant

 

Domaine de George Sand / Centre des Monuments Nationaux

 

 

Veille numérique 2020 N°2

Education

Open Sign

est une plateforme aux contenus éducatifs pour enfants sourds et malentendants. Le site propose des eBooks, des vidéos thématiques, des jeux interactifs, des ateliers manuels, des fiches pédagogiques pour les enseignants. Disponible en six langues (français, Néerlandais, anglais, allemand, roumain, italien), ce projet Erasmus a été créé par des organisations publiques et privées européennes, parmi lesquelles : l’Agence nationale française.
https://www.opensign.eu/fr/

Google Earth web

Plus besoin de télécharger Google earth, dorénavant une version web existe sur le navigateur Chrome. Il est possible de créer un parcours animé à partir de cartographie et de l’enregistrer sur son espace personnel (Drive pour ceux qui ont un compte Google).
Concernant l’accès aux fonctionnalités avancées, la version pro est toujours téléchargeable gratuitement.

Français, premiers pas

est une évolution de l’appli “Pas à pas” développée par l’alliance française et le ministère de la culture. Elle est dédiée à l’auto-apprentissage ludique de la langue française pour les débutants de tout âge : expressions, vocabulaire et exercices autocorrectifs associés à des images et des sons. Cette application s’adresse principalement aux personnes qui veulent venir ou viennent d’arriver en France.

Français premiers pas

Les géants du web

Textract

Ce nouveau service d’Amazon extrait du texte et des données à partir d’un document scanné. Cet outil est plus performant que les logiciels “classiques” d’OCR (reconnaissance optique des caractères). En effet, il est entre autres, capable d’extraire des informations d’un tableau ou d’un formulaire et de les retranscrire en données structurées. Textract repose sur le machine learning et n’est disponible que dans certaines régions anglophones du monde.

TikTok vs Facebook

Le nombre d’utilisateurs de l’application chinoise de courtes vidéos musicales, très prisée des adolescents, ne cesse d’augmenter dans le monde (+85% en un an et 1,5 milliard de téléchargements). La version chinoise, Douyin, ne fonctionne qu’en Chine mais la société mère, Bytedance envisage de s’installer à Singapour sous la pression des investisseurs afin que Tik Tok continue de se développer aux USA. Mark Zuckerberg tente de répliquer avec Lasso de Facebook et Rells d’instagram.

Resso, streaming musical

Forte de son succès avec Tik Tok, le géant chinois Bytedance lance son service de streaming musical. Afin de se démarquer des leaders de la concurrence (Spotify, Deezer et Apple Music), l’entreprise mise sur l’affichage des paroles en temps réel, la possibilité de rédiger des commentaires et de produire des vidéos musicales. L’application gratuite, propose une version premium sans publicité, avec davantage de services.

Tor Browser sur Android

Après une longue période de test, le célèbre navigateur qui vous assure l’anonymat sur le web a lancé une version mobile stable pour le système d’exploitation mobile de Google. Selon les développeurs, cette version offre les mêmes protections que sur un ordinateur classique grâce à un triple chiffrement et au relais Tor (réseau de milliers de serveurs gérés par des bénévoles). L’objectif du Projet Tor est de protéger contre le pistage, la surveillance et de contourner la censure.
https://www.torproject.org/fr/

La reconnaissance faciale

La reconnaissance faciale en France

Celle-ci est de plus en plus présente dans le quotidien des français. La technologie est installée par défaut sur plus de 50% des nouveaux smartphones, et de nombreux utilisateurs l’activent sciemment. De nombreuses entreprises de transport – les aéroports de Paris, Eurotunnel et Eurostars – sont déjà équipées d’un système de reconnaissance faciale. Dans l’administration, Alicem, l’application gouvernementale permet d’accéder à l’e-administration après authentification du visage.

Alicem

est une application qui promet d’accéder simplement aux services publics en ligne par reconnaissance faciale. En phase de test sur la plateforme gouvernementale FranceConnect, l’Etat assure une identification rapide et unique, une navigation simplifiée et un service hautement sécurisé. Lors de l’inscription, il faut scanner la photo de son passeport biométrique et réaliser une vidéo de son visage avec des consignes de mouvement.
https://franceconnect.gouv.fr/

La CNIL et la reconnaissance faciale

Les membres du collège de la CNIL apportent leur contribution sur le sujet pour un débat
démocratique et éclairé. Les quatre points abordés sont : la définition de la reconnaissance faciale, les risques de cette technologie, le cadre précis pour les expérimentations, le rôle de la CNIL dans la régulation. La Commission nationale de l’informatique et des libertés entend bien jouer son rôle en toute indépendance dans le développement de cette technologie dans l’univers des français.
https://www.cnil.fr/sites/default/files/atoms/files/reconnaissance_faciale.pdf

La mode et le visage

La technologie de la reconnaissance faciale est de plus en plus présente dans notre environnement et des créateurs s’y intéressent en se jouant d’elle. L’objectif étant clairement de tromper les algorithmes soit par le maquillage (Grigory Bakunov), soit par la coiffure (projet CV dazzle d’Adam Harvey), soit avec des bijoux (projet Incognito de la stylicienne Ewa Nowak) ou encore avec des vêtements (collection IP Privacy par Nicole Scheller). L’IA progresse rapidement et tous ces artifices risquent fort à terme d’être inefficaces.

Le bijou de tête « Incognito » d’Ewa Nowak. (Crédit : Noma-studio)

No future…

Autodafé de quartier

Un phénomène inquiétant se reproduit régulièrement un peu partout en France : des boîtes à livres sont brûlées. En dehors des faits, pas vraiment d’information sur les auteurs présumés. Pas sûr que ce soit une priorité pour les forces de l’ordre ! A l’ère du tout numérique, le livre est-il plus utile comme combustible ! … Bientôt Farenheit 451 !

Liberté, égalité, sororité

De nombreux textes éducatifs prônent l’égalité filles – garçons, la lutte contre les violences en général et plus particulièrement contre celles faites aux femmes. Les dernières mesures issues du Grenelle des violences conjugales vont bien évidemment dans le bon sens : « formation sur l’égalité entre les filles et les garçons dispensée au personnel de l’Éducation nationale », « nouvelle convention interministérielle sur l’égalité », réalisation d’un « guide sur les comportements sexistes et violences sexuelles ». Néanmoins, ces décisions ne font que poursuivre, certes avec quelques évolutions, des politiques déjà menées depuis les années 80, lesquelles n’ont visiblement pas donné les résultats escomptés.

Ainsi, en dépit de la multiplication des textes et annonces, être femme dans l’Éducation nationale, même majoritaire – plus de 70 % des personnels – signifie très souvent être discriminée. Le récent bilan social du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse 2017-2018 souligne la persistance de profondes inégalités :
• Statutaires : la présence des femmes diminue avec l’importance de la fonction.
• Salariales : elles ont moins de primes, font moins d’heures supplémentaires, notamment.
• Enfin, elles restent majoritaires dans les disciplines considérées comme féminines ; pas besoin d’aller chercher très loin, la documentation est essentiellement féminine…
Le rapport en question préconise d’appliquer aux personnels les valeurs enseignées aux élèves, encore faudrait-il regarder de près ce qu’on leur enseigne, comme le rappelle le Centre Hubertine Auclert dans son étude sur les stéréotypes sexistes dans les manuels…

Pour essayer de comprendre comment de telles violences et de telles discriminations peuvent perdurer, y compris au sein de l’Institution qui est censée les combattre le plus fermement, nous vous proposons une Ouverture culturelle sur les violences psychologiques et physiques que subissent toujours de nombreuses femmes chaque jour. Agnès Deyzieux, quant à elle, essaie de déterminer si le shôjo manga est un manga pour filles qui véhicule des clichés de genre ou si nos préjugés sont les seuls responsables de cette vision sexiste et réductrice. Afin d’approfondir notre compréhension des phénomènes violents, Florie Delacroix analyse rigoureusement l’ouvrage du sociologue Gérald Bronner, La Pensée extrême ou comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques ; la Fiche Intercdi autour de la Communication NonViolente expose une méthode pour les prévenir. Le Thèmalire d’Hélène Zaremba sur les romans gore pose, quant à lui, la question de l’interprétation et de l’influence de la littérature, ici violente ou plutôt sanguinolente, sur nos représentations sociales et sur nos actes ; mais cela fait bien longtemps que l’on ne met plus d’ouvrages à l’index sous prétexte d’une influence morale pernicieuse.

L’éradication des violences, bien réelles, exige le développement et l’enseignement d’une véritable culture égalitaire, par tous les membres de la société, par toutes les Institutions et pour tous… Objectif : changer les mentalités !

Appel à contribution : Oralité(s)

L’introduction d’un Grand oral terminal aux épreuves du nouveau Baccalauréat, dès 2021, met en avant l’importance de la maîtrise de l’oral, levier pour « faciliter la réussite scolaire, l’insertion sociale et le développement professionnel », elle est à ce titre perçue comme la maîtrise d’« une parole juste, soucieuse de l’autre et de sa propre singularité, expression d’une culture étayée et bien appropriée, nécessitant un apprentissage et une formation pour développer la confiance en soi et la capacité à interagir avec les autres » (Séminaire du Plan National de Formation, mai 2019). Alors qu’une réflexion se met en place autour des questions de cet « art de parler », le rôle de l’école est souvent pointé. « Parler reste une activité fondamentale » écrivait Jack Goody en 2007, précisant : « Parler est toujours une activité qu’il est important de cultiver, même dans les écoles où l’objectif premier est d’apprendre à écrire ». Certains rapports et/ou articles récents évoquent un positionnement biaisé par le développement d’une culture de l’écrit, l’écrit restant souvent associé à la culture savante, tandis que l’oralité relèverait plutôt de la culture populaire. Comment, dès lors, concilier l’oralité première de situations de communication « ordinaire » et l’oralité seconde encouragée et travaillée par l’écrit, médiatisée ?

Ce dossier intitulé Oralité(s) vous invite à faire part de vos réflexions et de vos retours d’expériences, qu’ils relèvent de l’expression orale et des compétences associées ou encore des apprentissages propres à l’oralisation de l’écrit au sein de dispositifs info-communicationnels singuliers liant l’oral aux littératies informationnelles : éloquence, oral réflexif du débat par exemple, gestes de l’oral, espaces, murs de parole, silences… Les pratiques enseignantes doivent être abordées avec nuance, notamment, entre le fait d’enseigner « l’oral » et celui d’enseigner « des oraux ». Cette problématisation éclaire une didactique de la communication au cœur des préoccupations info-documentaires et du développement de la culture informationnelle. Vos contributions pourront nourrir les réflexions portant entre autres sur :

• Parler, s’exprimer, écouter et débattre pour apprendre : la culture de la rhétorique, l’art de parler, d’argumenter, l’éloquence.
• Les différentes formes d’oral et de communication.
• La maîtrise de la langue comme instrument de pouvoir.
• Un art plutôt qu’un don ? Existe-t-il des clés pour cela ? Quelles méthodes ? Quels outils et dispositifs support ?
• Une littératie avec ses codes : compétences orales et compétences littéraciques inscrites dans la culture informationnelle
• Le corps, la voix, les émotions.
• Diversité des ressources, dispositifs et activités : lecture à voix haute, web radio, Web TV, théâtre, concours, chant, chorale ; podcasts, livre audio, clip sonore, video, webdoc, booktubes…

Légendes urbaines de la documentation

C’est tout l’enjeu d’une légende : il ne s’agit pas seulement d’évaluer sa crédibilité, mais d’en comprendre les leçons, ce qui en fait indéniablement un document qu’il faut prendre le temps d’analyser.
On rappellera que le documentum désigne une leçon, mais aussi quelque part une leçon de vie, une forme d’avertissement.
Il faut donc lire les légendes comme des formes signifiantes qui contiennent plus de vérités que de véracités : « Contes et légendes semblent avoir le même rôle. Ils se déploient, comme le jeu, dans un espace excepté et isolé des compétitions quotidiennes, celui du merveilleux, du passé, des origines. Là peuvent donc s’exposer, habillés en dieux ou en héros, les modèles des bons ou mauvais tours utilisables chaque jour. Des coups s’y racontent, non des vérités.1 »
Les petites histoires alimentent les plus grands fantasmes, comme celle qui raconte qu’on aurait perdu l’intégralité des documents concernant le séjour des Américains sur la Lune : de quoi alimenter toutes les thèses conspirationnistes. Ce qui est certain, c’est que des pertes documentaires du côté de la NASA sont à déplorer, pour des raisons de supports qui se sont dégradés ou sont devenus illisibles car il n’y avait plus la machine pour les lire et qu’on n’a pas toujours pensé à temps à effectuer des migrations de support.
La documentation recèle bien des légendes noires, et rapporte des erreurs, souvent humaines même si elles sont fortement liées aux dispositifs techniques et organisationnels, comme autant de milieux de savoir et de pouvoir. Or ces milieux ne sont pas nécessairement si propices à l’intelligence collective. Les formes hiérarchiques, les erreurs stratégiques, la recherche de conformisme, finissent par produire des dysfonctionnements, désagréments et autres effets néfastes dans nos quotidiens. Cela génère alors des formes de résistances, ou tout au moins des « inventions » marginales qui permettent de continuer plus ou moins à fonctionner. Les légendes urbaines de la documentation ne font que raconter à leur manière ces petites histoires du quotidien, où la somme des petites choses permet parfois d’avoir d’immenses résultats sur quelques élèves tandis que la grandiloquence des actions ministérielles ne parvient pas toujours à réaliser les espérances escomptées. Les légendes urbaines renversent donc le processus en changeant les perspectives à partir des visions issues du quotidien.

Dans le premier opus de nos légendes urbaines de la documentation,
les raisons occultes de la création du CAPES de documentation avaient été révélées. S’en était suivie l’émergence d’un groupe voulant la destruction du nouveau-né pédagogique : les terribles « Début de soirée » qui sévissent encore aujourd’hui…

Le président du CAPES de documentation

Il se raconte qu’un jour, nul ne sait quand, le président du CAPES de documentation aura lui-même obtenu le CAPES de documentation. Plusieurs versions de l’histoire circulent, certaines étant plus optimistes que d’autres. Chez le courant positiviste, cet individu serait déjà né et cela ne serait plus qu’une question de temps. Pour d’autres, l’élu-e n’est pas encore de ce monde, et seule Françoise Chapron serait capable de le reconnaître. Les tenants de cette version imaginent d’ailleurs que l’élu pourrait accéder, à terme, aux fonctions suprêmes de ministre de l’Éducation nationale.
Impossible de ne pas corréler cette légende avec la version la plus pessimiste : un document secret rédigé par la secte des « Début de soirée » mentionnerait le fait que nul ancien professeur documentaliste ne pourrait devenir président du jury sous peine de provoquer un désastre pédagogique sans précédent, remettant en cause les fondements sacro-saints de la vie scolaire. D’aucuns murmurent d’ailleurs que ce document serait un apocryphe et qu’il aurait été écrit par un inspecteur resté un peu trop longtemps à ce poste.

Mauvais présages ?

Le manuel de fonctionnement de l’univers aurait été une documentation en plusieurs volumes et serait tellement complexe qu’à la fin de sa lecture, l’élève le plus doué, Lucifer, aurait décidé d’imprimer tous les volumes puis de réaliser un important index pour en faciliter la consultation. Ne parvenant toutefois pas à comprendre tous les tenants et aboutissants de l’univers, il a décidé d’empiler la documentation pour s’en servir d’ascenseur vers le ciel afin de critiquer celui qui a produit la documentation technique, à savoir Dieu. À la suite d’une dispute, les deux sont accrochés de chaque côté de la pile de documents, maintenant un équilibre précaire sur le monde, tandis qu’il n’y a vraiment plus personne aux commandes et que tout menace de s’écrouler.

L’épreuve sportive du CAPES de documentation

La prochaine mouture du CAPES de documentation pourrait comprendre une épreuve physique et sportive sous la forme d’un heptathlon qui comprendrait des épreuves de lancer d’ouvrages, de course, de montée et de descente d’escaliers, voire la nécéssité de ramper en dessous des tables pour rebrancher le matériel informatique. La possibilité de transformer l’épreuve en escape game aurait également été évoquée. Le ministère serait tenté d’accepter, notamment parce que les candidats au reclassement pourraient rester coincés indéfiniment.

Les « Jordy » versus les « Début de soirée »

En 1992, alors que Jack Lang arrive au ministère, il découvre que le CAPES de documentation existe désormais. Il apprend néanmoins que les « Débuts de soirée », hostiles à cette création, sont de plus en plus nombreux au ministère. Prenant fait et cause pour les professeurs documentalistes, il monte un groupe secret chargé de défendre le nouveau-né : les « Jordy », car au même moment les radios diffusent en boucle « dur, dur d’être un bébé ». Le combat s’est ainsi poursuivi depuis, même si tout le monde s’accorde qu’il serait peut-être temps de changer de disque.

Les lolitas…

Puis souffla un vent nouveau sur le CAPES de documentation. Alors qu’Alizée interprète « Moi, Lolita », les Jordy parviennent à conférer un peu plus d’indépendance au CAPES alors adolescent. L’épreuve va ainsi afficher, à partir de 2001, des épreuves autonomes. De nouveaux profils apparaissent alors. Les nouveaux promus sont surnommés les « lolitas » par les « débuts de soirée ».
La guerre fait rage face aux dernières avancées qui installent davantage l’ancien bébé dans le paysage pédagogique. Les « début de soirée » tentent de reprendre la main avec la création d’une mission secrète en 2001, la mission « Ellis-Bextor » qui fait référence au tube du moment, « murder on the dance floor ». L’ambiance n’est désormais plus à la rigolade, il faut tuer l’adolescent. Il est vrai qu’à cet âge, un accident est vite arrivé.
L’adolescent a toutefois survécu, mais son développement n’a pas toujours été facilité, notamment par la prise de pouvoir des « début de soirée » au sein des milieux documentaires et de l’Inspection.

Une classification pour les ghostbusters

Charles Richet, prix Nobel de médecine et collaborateur à la CDU de Paul Otlet, aurait réalisé une classification exhaustive des différents ectoplasmes présents dans notre univers. Parmi les pires spécimens, on trouverait le bibliothécaire scolaire et le surveillant général, ce qui correspondrait plus ou moins actuellement au professeur documentaliste et au CPE. Leur capacité à hanter les lieux durablement expliquerait leur force ectoplasmique. Toutefois, les meilleurs ghostbusters seraient issus des mêmes professions, du fait d’une expertise professionnelle pour repérer les emmerdements durables et les éléments pots de colle.
Une lutte paranormale se poursuivrait au sein de l’Éducation nationale pour chasser les mauvais esprits. Une cellule spécifique serait chargée de ce genre d’initiatives au sein de l’ESEN à Poitiers. Il se dit même que les « début de soirée » auraient produit une liste noire des personnes interdites de séjour. En l’état, je n’ai pu vérifier cette information cruciale, n’ayant été invité à m’y rendre depuis un grand nombre d’années.

Marcel Sire et le SNIF

Marcel Sire, qui a développé les premiers centres documentaires dans les établissements scolaires, et notamment les SDI, a finalement eu l’idée d’utiliser le terme de service en lisant Langelot, agent secret de Lieutenant X2. Le jeune agent fait partie du SNIF, service national d’information fonctionnelle. On rappellera qu’officiellement le héros de littérature jeunesse est recruté en tant que documentaliste. Le but était en fait de calquer le modèle du SNIF dans un mode ultrahiérarchisé, avec des agents dans chaque établissement qui feraient remonter l’information et qui développeraient tous les processus appris de façon centralisée. Ce modèle est celui auquel aspirent les « débuts de soirée » afin de redonner une cohérence d’ensemble qui soit mieux conforme à l’esprit « snifien » des débuts.
Le fichier électronique centralisé du SNIF se nomme Jules César, tandis que les petits ordinateurs du réseau se contentent du nom d’Oscar. Reste à savoir désormais si BCDI est parvenu à conquérir la Gaule des établissements scolaires.
Sinon, pour rappel, Lieutenant X était en fait Vladimir Volkoff, connu notamment pour avoir écrit un ouvrage sur la désinformation.

In Cada venenum

La Commission d’accès aux documents administratifs permet d’obtenir des documents administratifs que les autorités administratives rechignent parfois à transmettre pour différentes raisons. Du fait de l’intérêt croissant pour les données, de plus en plus il s’agit de fournir des données interprétables plutôt que de simples documents. Le ministère songerait à corser le système en demandant aux usagers d’effectuer des requêtes <sparql, langage utilisé notamment pour le web sémantique. Seules les requêtes correctes seraient acceptées, les autres automatiquement rejetées. D’une manière bienveillante, le nombre de tentatives serait limité à deux par jour.

Les momies des légendes

Vous connaissez les momies d’Adèle Blanc-Sec qui prennent vie de façon parfois surprenante. Eh bien il en existerait de pareilles au sein des archives du ministère, ou bien au sein du réseau Canopé. Nul ne le sait véritablement et les sources varient, de même que l’origine professionnelle des momies en question. Tantôt ancien ou ancienne universitaire, tantôt ancien ou ancienne inspectrice, elles continueraient à hanter les lieux et à tenter d’influencer les décisions. Certains n’hésiteraient pas à s’en remettre à leurs conseils stratégiques pour prendre des décisions, ou tout au moins poursuivre leurs missions. On ne connaît pas vraiment leur âge véritable, certains prétendent qu’elles ont toujours été là comme de sinistres Belphégor. Leur pouvoir serait tel qu’elles parviendraient à s’emparer des âmes les plus nobles. Il se murmure même qu’elles sont les seules à connaître l’ensemble des légendes de la documentation, qu’elles les recensent et les recueillent avec une certaine minutie. Peut-être aurons-nous un jour la chance de les découvrir plus en détail, même si aucune journée « portes ouvertes » n’est annoncée à l’horizon.
Alors, en attendant un prochain épisode des légendes urbaines de la documentation, il vous faudra patienter. Certes, les légendes font faites pour être lues, mais il faut néanmoins quelqu’un pour les écrire parfois.

 

Veille numérique 2020 N°1

Éducation

MOOC SNT

Afin de s’initier à l’enseignement de sciences numériques et technologie, la plateforme FUN, développée par le Learning Lab Inria, fournit prérequis et ressources comme soutien de formation. Au niveau du contenu, le MOOC aborde les 7 thématiques de la SNT et les cours sont diffusés sous Licence Creative Commons BY-NC-ND (Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification)
www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:inria+41018+session01/about

Lumni

La nouvelle plateforme éducative de l’audiovisuel public et des ministères de l’Éducation nationale et de la Culture offre des contenus multimédias aux élèves, enseignants et parents. Les contenus (vidéos, podcasts, jeux ludo-éducatifs, articles) sont intégralement gratuits. Les ressources, plus de 10 000, sont classées par niveau, du primaire au lycée. Lumni est la refonte de la plateforme Francetv éducation.
www.lumni.fr/

Les arts du cirque

En collaboration avec le Centre National des Arts du Cirque, la BnF a mis en ligne une encyclopédie des arts du cirque. Les entrées sont répertoriées par discipline : Acrobatie, dressage, clowns, jonglerie et magie. Une iconographie très fournie ainsi que de nombreuses ressources retracent l’histoire du cirque depuis les pionniers, en 1770, jusqu’au métissage contemporain des techniques.
http://cirque-cnac.bnf.fr/

Fanfiction à l’école

Dans le cadre des TraAM, l’académie de Nice a publié une mallette pédagogique numériquepour réaliser des fanfictions en classe dans le but de donner un nouvel élan aux pratiques de lecture d’œuvres intégrales. Cette ressource comprend un accompagnement didactique, technique, pédagogique, des apports scientifiques et des maquettes de fanfiction.
www.pedagogie.ac-nice.fr/fanfictionalecole/

Expositions virtuelles

Le ministère de la Culture recense sur son site de très nombreuses expositions virtuelles issues des collections muséales du monde entier. Les expositions sont classées par thème : Art contemporain, Arts premiers, Histoire, Histoire naturelle, Littérature, Mode et textile, Musique, Peinture, Photographie, Sciences et techniques, Sculpture… On déplore néanmoins de nombreux liens brisés.
www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Musees/Ressources/Expositions-virtuelles-France-et-international

Sur les pas de Victor Hugo

Depuis octobre 2019, un parcours numérique et touristique sur les traces de Victor Hugo est opérationnel en Normandie. En installant l’application gratuite Kit M, vous pouvez vous connecter aux bornes interactives du parcours. Cette route littéraire s’appuie sur les écrits de Victor Hugo lors de son voyage de la Manche au Calvados avec sa compagne Juliette Drouet, durant l’été 1836.

 

Lecture numérique

Elocance

L’application convertit en podcast les mails, newsletters, articles web ou documents. Après avoir créé un compte, Il suffit de les télécharger dans la bibliothèque virtuelle et vos écrits se transforment automatiquement en fichier audio. Pratique à lire/écouter lorsque l’on est dans les transports en commun ou en plein footing, par exemple. L’application est multilingue (français, anglais, allemand, espagnol).

Rocambole : les séries à lire

Cette nouvelle application de lecture de séries met à disposition gratuitement ses premiers épisodes. Sous forme de feuilleton, les épisodes se lisent en cinq minutes. Des dizaines de séries
sont disponibles dans des genres différents : science-fiction, romance, thriller, policier, fantasy, historique… Lectures brèves pour ceux qui ont l’habitude de zapper !
https://rocambole.io/

 

Réseaux sociaux

Bookstagrameuses

Internautes à 90 % féminines, spécialisées dans la publication sur Instagram de critiques littéraires associées à des photos plus ou moins retouchées ou mises en scène. Cette pratique concerne un public important parmi les moins de 35 ans. Ces influenceuses sont très courtisées par les maisons d’éditions qui se sont empressées d’ouvrir des comptes similaires. L’impact des réseaux sociaux, Instagram en particulier pour les plus jeunes, est de plus en plus déterminant dans le choix des achats de livres.
Hashtag #bookstagram

Prodeej

Plateforme collaborative gratuite qui renseigne sur les sujets abordés dans un ouvrage. Ouvert aux lecteurs, auteurs et éditeurs, ce réseau social permet d’interagir et de partager autour des livres en intégrant des liens multimédias ou des documents sur le sujet. La consultation du site ne nécessite pas d’inscription. À terme, il sera possible d’acheter directement sur la plateforme les ouvrages présentés.

 

Droit et données personnelles

Windows 10 et les données

L’entreprise Microsoft ne respecterait pas le RGPD et collecterait de manière illégale des données via le navigateur Edge sur Windows 10. C’est la raison qui a poussé l’autorité néerlandaise de la protection des données à confier son inquiétude à ce sujet à son pendant irlandais (Data Protection Commission). Cette collecte, a priori non autorisée, pourrait coûter à la firme américaine jusqu’à 4 % de son chiffre d’affaires.

Google et le « droit à l’oubli »

La Cour de Justice de l’Union européenne a rendu son verdict le 24 septembre : le droit au déréférencement s’applique uniquement à l’intérieur de l’Union européenne. Néanmoins, la CJUE envisage la possibilité d’un déréférencement mondial, au cas par cas, pour certaines données sensibles dont la liste devra être établie par chaque État. Pour la France, c’est la CNIL qui devra indiquer au moteur de recherche les données concernées.

Illectronisme

Le gouvernement vise la dématérialisation de 100 % des démarches administratives d’ici 2022. En 2018, l’illettrisme numérique touchait environ 30 % de la population selon le Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Afin de réduire la fracture numérique, l’État a mis en place de nombreuses mesures dont, la toute dernière, lors du 3e comité interministériel de la transformation publique en juin 2019 : le déploiement de 300 maisons «France Service» qui regroupent des services polyvalents de l’État. Cela sera-t-il suffisant ?

 

Base de données

Internet Archive liée à Wikipédia

La grande bibliothèque du web donne accès à plus de 50 000 livres cités dans Wikipédia. Pour le moment, seuls les ouvrages en anglais, grec et arabe sont reliés aux notes de bas de page de l’encyclopédie en ligne. Ce lien facilite l’accès à la source des citations, permet de vérifier les références et de prendre connaissance du contexte. Très appréciable lorsque l’on fait des recherches !

Technologie

Protocole HTTP/3

Le nouveau protocole web HTTP/3 sera désormais supporté par les navigateurs Chrome et Firefox. Bien plus rapide et aussi plus sûr que le HTTP/2, il s’appuie sur QUIC, un protocole développé par Google, en 2015. Celui-ci intègre nativement un chiffrement performant qui rend le chargement des pages plus rapide. La connexion entre le client et le serveur ne se fera donc plus par le protocole de contrôle de transmissions (TCP).

Hologramme tactile

Des chercheurs de l’université du Sussex ont conçu un hologramme que l’on peut voir, entendre et toucher. Il est même possible d’interagir avec l’affichage 3D. Ces scientifiques ont utilisé une nouvelle technologie qui repose sur les ultrasons : le piège acoustique multimodal. Selon les inventeurs, facile à reproduire, cette technologie pourra être aisément commercialisée.

Yuka et consorts

Pour connaître le contenu des produits alimentaires, l’application Yuka vous informe en scannantle code-barres. Un score de couleur note l’aliment (vert, jaune, orange, rouge). Trois critères sont retenus : la qualité nutritionnelle, les additifs nocifs et l’appellation biologique. L’appli se base sur les données de la plateforme collaborative OpenFoodFacts. D’autres applications similaires existent ou sont sur le point d’être éditées, ex. : C’est quoi ce produit ?, en 2019 et UFC-Que Choisir, en 2020.

No future…

Deepfake Zao

L’application chinoise Zao est basée sur la technologie « permutation intelligente de visage ». Étant donné que tous les calculs sont effectués dans le cloud, il n’est pas nécessaire de posséder un ordinateur puissant pour faire fonctionner cette application, un smartphone suffit. Facile d’utilisation, il est très aisé d’incruster un visage dans une vidéo proposée par Zao et le résultat est bluffant… Actuellement l’application n’est opérationnelle qu’en Chine !

Librairie et manuels numériques

Déjà affaiblies par les plateformes de vente en ligne, les librairies sont les grandes perdantes du passage au tout manuel numérique dans les lycées. Les établissements scolaires ne passent plus la commande via une librairie mais directement au ministère de l’Éducation nationale.

Cimetière d’identité numérique

Selon les pompes funèbres en ligne AdVitam, un membre du réseau social Facebook meurt toutes les quatre minutes. Afin de ne plus recevoir de notifications de personnes décédées, Facebook et Google proposent de désigner un contact légataire qui gérera le compte. Il pourra être converti en compte de commémoration. Sur les autres réseaux sociaux, on ferme le compte du défunt à la demande de la famille.

 

 

Romans de genre 1/2 les romans gore

De la même manière qu’il existe des films de genre1, c’est-à-dire des films qui jouent avec des codes bien établis, que ce soit pour les suivre, les détourner ou les dépasser, il existe des romans de genre, et bien sûr des romans de genre ados. Par genre, nous entendrons ici des univers qui évoquent tout de suite une ambiance : le western, la science-fiction, etc. Et dans ces pages, ce sont les bas-fonds du genre que nous vous invitons à explorer à l’occasion de deux Thèmalire consacrés respectivement aux romans gore et érotiques. Ces romans sont difficiles à acheter et délicats à placer entre toutes les mains, sous peine de représailles parentales et/ou pédagogiques, et pourtant il serait dommage de se priver de ces textes, qui plaisent aux adolescent.es avides de sensations fortes, notamment au lycée. À vous de jouer !
Ce premier volet sera donc consacré aux romans gore : de l’anglais gore signifiant « sang » voire « sang séché », au cinéma il désigne un sous-genre du film d’horreur qui consiste à montrer en gros plan des scènes sanglantes, des membres arrachés, des tripes à l’air, dans le but de susciter l’horreur, le dégoût, mais aussi le rire quand les effusions de sang deviennent grotesques. Attention, nous parlerons bien ici des textes précisément gore, qui relèvent de ces codes, et pas de récits d’horreur2. Si le gore, par effet de miroir, sert parfois une réflexion sur les dégâts produits par les hommes, il arrive qu’il soit totalement gratuit et devienne le ressort même d’un texte. Le plaisir est alors purement celui de l’écriture, et rencontre un succès constant auprès des ados.

Les zombies

Dans les romans ados, l’élément gore le plus fréquent est le zombie. Ce mort-vivant mangeur insatiable de chair humaine est l’incarnation de l’horreur du monde, une vision déformée et hideuse de l’être humain. Toutefois, ne nous y trompons pas, le véritable monstre n’est pas la goule décérébrée, mais bien la société qui l’a créée.
Avant de nous lancer dans les romans ados, il me semble important de mentionner une référence en matière de romans de zombies, à savoir World War Z de Max Brooks. Rien à voir avec le (mauvais) film qui en a été tiré, ce roman, encensé par la critique, utilise l’argument de l’invasion zombie pour dénoncer les travers de notre société : la cupidité, les dérives des multinationales, l’incapacité des gouvernements à gérer des crises d’ampleur… Le narrateur est un journaliste qui interroge les protagonistes de la grande guerre des zombies qui s’est terminée quelques années auparavant. Ces récits sont entrecoupés de descriptions répugnantes d’attaques de zombies, pour mieux souligner l’ampleur et l’horreur de la catastrophe. Pour le lycée, où il saura sûrement trouver son public !
Le comic Walking Dead, puis la série télévisée, reprennent également ces codes, en ne nous épargnant aucun détail. Une fois encore, l’horreur inspirée par les corps putréfiés n’est qu’un prétexte pour montrer les horreurs perpétrées par les vivants, qui sont seuls responsables de cette calamité.
Pour les ados, on retrouve les zombies comme symptômes des dérives de la société dans plusieurs titres. Dans Les Contaminés, Yves Grevet fait se confronter quatre ados aux zombies devant les caméras d’une télé-réalité macabre. On a ici quasiment les ingrédients d’un snuff-movie, ces vidéos de violence en direct, pour dénoncer les dérives de la télé-réalité qui met les gens en danger. Pour une action plus classique, mais très efficace en matière d’horreur, voici Métro Z. de Fabien Clavel. Emma est coincée dans un métro qui, à la suite d’une explosion, va se mettre à grouiller de zombies lents, apathiques, mais très dangereux. Elle va devoir mobiliser tout son courage pour sortir de là, d’autant que son frère Natan, par ailleurs autiste, a disparu dans les couloirs.
Chaos et fin du monde encore pour Les Proies d’Amélie Sarn. Un virus se répand et provoque une épidémie incontrôlable. Cette fois-ci, on ne retrouve pas de dénonciation explicite, mais plutôt un jeu avec les codes des zombies et une bonne dose de dégoûtant.

Gratuité de l’horreur

Zombies et virus dégoûtants comme métaphore d’un monde violent et en déliquescence, pourquoi pas. Mais le gore gratuit ? Que faire avec ? Comment appréhender ces ouvrages où le luxe de détails anatomiques devient quasiment insoutenable, et surtout sans qu’on sache pourquoi on nous inflige ça ?
Le scénario n’est là que pour mettre des personnages dans une situation où ils risquent les pires des exactions. L’auteur Guillaume Guéraud affectionne particulièrement ces situations. Dans le roman Déroute sauvage, un car de lycéens rentre d’un voyage scolaire en Espagne. Alors qu’ils traversent les Pyrénées la nuit, le car fait une sortie de route et s’écrase dans un ravin. Les survivants sont alors pris en chasse et tués, sans qu’on sache réellement pourquoi… Tous les ingrédients du gore sont réunis : les descriptions détaillées des tortures subies, la terreur pure des ados blessés et traqués. Et surtout, pour nous, lecteurs, c’est le frisson et l’incompréhension : pourquoi nous fait-il subir ça ? Et le pire, c’est qu’on ne le saura jamais… En 2015, sort le roman Plus de morts que de vivants, au scénario encore plus mince : dans un lycée de Marseille, des lycéens sont contaminés par un virus mystérieux qui les fait littéralement éclater sous les yeux de leurs camarades, avec un luxe de détails. Cervelles qui se répandent, mâchoires brisées, tripes qui explosent, rien ne nous est épargné. Ces descriptions sont entrecoupées par des mails ou des coups de fil d’adultes impuissants qui témoignent de l’inutilité des actions face à l’horreur. Une fois de plus, pourquoi ? on ne le saura pas. Est-ce pour le plaisir d’offrir au lecteur une expérience sanglante sans conséquences, qui le confrontera à ses propres limites ?
Les éditions Scrinéo ont sorti une collection assez efficace, judicieusement intitulée Roman d’horreur. On notera dans cette collection le roman de Nadia Coste, Seuls les alligators vous entendront crier. Des élèves de 3e partent en voyage à la Nouvelle-Orléans et entre le bayou, le vaudou et les fameux alligators, ça dégouline bien et gare à ceux qui ont peur des bêbêtes !
Le roman de Marine Carteron, Dix, propose une variante moderne du roman d’Agatha Christie Dix petits nègres : dix personnages sont envoyés sur une île, officiellement pour un jeu de télé-réalité, en vrai pour un jeu de massacre où tous mourront à cause de ce qu’ils ont fait au narrateur. Leur mort est décrite précisément et nous interroge sur la notion de pitié et de vengeance : jusqu’où peut-on aller pour se venger ? Vouloir la mort de quelqu’un, le voir souffrir, voir le sang couler, la peau brûler… Alors gratuit ici le gore ? Pas si sûr.
À la limite du genre, nous trouvons la série U4. Grand succès auprès des adolescents, mais aussi des adultes, cette série raconte un monde dévasté par un virus qui a tué les adultes, ne laissant que des bandes de jeunes qui tentent de survivre tant bien que mal3. Les cadavres et les rats plantent un décor d’apocalypse qui rend, par contraste, la situation des jeunes encore plus désespérée.
Toujours répugnante, mais ici franchement humoristique, la série Game Over de Midam, spin-off de sa série à succès Kid Paddle, relate les aventures du petit héros de jeux vidéo poursuivi par les affreux Blorks, et ça se finit invariablement dans une explosion de tripes : Game over ! C’est vraiment le gore grotesque et rigolo qui est convoqué ici.
Nous laissons volontairement de côté les mangas. En effet, l’offre est pléthorique et le manga gore est un genre très développé mais, d’une part, il est plutôt à destination des adultes, et, d’autre part, il est en général si cru que les professeurs documentalistes ne souhaitent pas l’acquérir, considérant que ce type d’ouvrage, difficilement soutenable, n’a pas sa place dans un CDI.

Finalement, pas si facile de trouver du gore dans la littérature ado4. Pourtant, comme le fait remarquer Guillaume Guéraud, c’est un genre qui marche bien au cinéma, et dont les ados sont friands. Mais peut-être est-ce justement parce que c’est un genre très visuel, que l’écriture peinerait à rendre, là où elle excelle au contraire dans la suggestion, le non-dit, bien plus effrayants finalement ? Ou peut-être tout simplement parce que la gratuité de l’horreur a du mal à passer la barrière de la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse… Quoi qu’il en soit, c’est un genre qui plaît, par son aura de transgression, et qui, lorsque la qualité littéraire est au rendez-vous, trouve toute sa place dans les CDI.

 

 

Entretien avec Guillaume Guéraud

C’est notamment après la lecture de ses ouvrages qu’est née l’idée de ce Thèmalire. Guillaume Géraud propose des textes parfois qualifiés de « dérangeants », au succès pourtant indéniable auprès de ses lecteurs, qui interrogent les prescripteurs… Retour sur une conversation téléphonique où il a été question de cinéma, d’adolescents mous du genou et d’odeur de soufre.

HZ : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire des romans gore ?
GG : D’abord parce que j’en avais envie. J’ai un goût pour les romans noirs, et j’ai l’habitude d’écrire des romans plutôt violents. Je suis assez fan des films d’horreur, c’est difficile de trouver un film qui fait vraiment peur ! Je vais toujours les voir au cinéma, et je constate que le public est souvent adolescent. Ils aiment ces films. Dans les romans, je prends tous les ingrédients du genre, comme dans le film La Colline a des yeux. Attention, pas de parodie ! Je ne veux surtout pas faire de parodies.

HZ : Parlons de Déroute sauvage.
GG : Ce titre, j’ai voulu l’ancrer dans une certaine réalité ; je me suis renseigné, ils font un voyage en Espagne en 4e. J’ai intercalé des faux bulletins, des mails, etc. Après, je crois que les lecteurs ne voient pas l’hommage, car ils n’ont probablement pas vu les films, mais en l’écrivant moi je pense à des films comme Wolf Creek ou Massacre à la tronçonneuse. Mais attention, il n’y a pas de méchant qui se relève à la fin ! Ça c’est nul. Par contre, oui, comme dans les films, il y a une volonté de secouer le lecteur.

HZ : Parlons de Plus de morts que de vivants. Ce titre, il est quand même bien gore ; on se demande un peu pourquoi vous nous infligez ça !
GG : Oui, celui-là il est plus gratuit que Déroute sauvage. J’avais envie de raconter quelque chose qui se passe dans un collège. J’avais visité un collège et ils étaient tout mous ; j’avais envie qu’il leur arrive des trucs ! Là, ça fait plus écho à des films de virus, comme The cruise, ou Infectés. Je me suis inspiré du virus Ebola aussi : dans le livre, ça s’appelle Isola. Une des lectures que je pourrais donner, c’est que ce virus symbolise le racisme. Ça isole, ça se passe à Marseille, c’est un genre de virus qui gangrène… Et puis j’ai une facilité pour écrire des scènes violentes ou sanglantes, ce qui me permet aussi d’être un peu original dans la production ado.

HZ : L’intérêt du gore, c’est que c’est gratuit. Les zombies, eux, souvent, portent un message : ils représentent un fléau de la société où, finalement, les monstres, ce sont les êtres humains.
GG : Il y a de ça. Moi je n’écris pas d’histoires de zombies. Au cinéma, il n’y a que La Nuit des morts-vivants, de Romero, qui est bien. Franchement, je trouve ça nul, comme monstres, les zombies ! Ils sont super lents, pas effrayants. S’il y a un jour une invasion zombie, moi je n’ai pas peur : ils sont tellement lents, je les dégomme et c’est tout ! Mais c’est un élément de la culture populaire, c’est pour ça qu’il y en a partout. Avec le gore, l’horreur, le plus difficile, c’est le dosage. Si on exagère, ça suscite le rire, pas la peur, et ce n’est pas ce qu’on veut.

HZ : Que diriez-vous aux professeur.es documentalistes qui craindraient des réactions des parents d’élèves, ou qui pensent que ces ouvrages ne sont pas appropriés ?
GG : Ils font comme ils veulent. Moi, j’écris pour les collégiens. Il y a des profs docs qui achètent mes livres, et c’est bien, d’autres qui n’achètent rien de moi parce que j’ai une réputation sulfureuse depuis Je ne mourrai pas gibier. Chacun fait ce qu’il veut. Après si on m’invite, moi je viens hein ! Invitez-moi !