Une véritable éducation aux médias et à l’information : rien n’a jamais semblé plus urgent mais rien n’est aussi négligé en dépit d’une actualité dramatique, très fortement liée à ce déficit permanent. Les choix effectués en la matière dans les nouveaux programmes du lycée posent question : répartir les compétences ÉMI et info-doc dans les disciplines sans nommer explicitement le professeur documentaliste comme co-enseignant ou référent dans ces domaines, ne facilite la tâche de personne et renvoie chaque professeur à ses propres compétences, souvent très disparates, sans qu’aucune formation collective ne soit proposée aux enseignants.
Les exemples sont pourtant nombreux sur le terrain, de formations à deux voix, professeurs documentalistes et professeurs d’autres disciplines, dans lesquelles chacun accorde ses pratiques. Ceci, même si la suppression des dispositifs interdisciplinaires, qui officialisaient la pédagogie de projet et la présence du professeur documentaliste, complexifie la mise en place d’un parcours cohérent de formation à la culture informationnelle de tous les élèves.
Faire preuve d’esprit critique face à l’information, recouper les informations en comparant différentes sources, comprendre les mécanismes de la rumeur et des fake news, sensibiliser au cyberharcèlement, savoir analyser les images, respecter le droit à l’image, utiliser les réseaux sociaux de façon responsable et sécurisée, constituent plus que jamais des savoirs essentiels que chaque citoyen se doit de maîtriser. Logiquement inscrits dans les programmes, ils devraient être prioritairement pensés avec le concours des professeurs documentalistes qui trouveraient là les moyens et la reconnaissance indispensables pour assurer leurs missions. Y a-t-il vraiment une prise de conscience institutionnelle du fait que les réseaux sociaux, massivement utilisés dans le quotidien par une très grande partie de la population, doivent être une priorité didactique dans l’éducation nationale ?
Non pas que les réseaux sociaux soient à eux seuls responsables des récents attentats : il est bien évident que de multiples facteurs, historiques, sociaux, politiques, entre autres, expliquent ces événements inacceptables.
N’oublions pas que notre collègue, Samuel Paty, était professeur d’Histoire-Géographie avant d’être professeur d’ÉMI, comme l’y enjoignent les programmes officiels. Comment une séance pédagogique sur la liberté d’expression avec comme support des caricatures peut-elle conduire à un assassinat ? Cet attentat ignoble atteint l’éducation nationale au cœur de ses missions : faire respecter le principe de laïcité et transmettre les valeurs de tolérance, de liberté, de fraternité et d’égalité.
N’oublions pas que d’autres attentats se sont produits récemment, en particulier devant les anciens locaux de Charlie Hebdo. Viser la presse, viser les médias, quel meilleur moyen pour faire taire la liberté d’expression et tout esprit critique.
N’oublions pas que le procès des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher est en cours, filmé pour l’Histoire comme le rappelle Martine Sin Blima Barru, une des commissaires de l’exposition Filmer les procès, un enjeu social, actuellement présentée aux Archives nationales. Nous avons choisi de réaliser un gros plan sur cette exposition dont la thématique alliant justice, image et mémoire, colle tragiquement à l’actualité tant en ce qui concerne les faits de terrorisme que ceux relatifs à la crise sanitaire. En effet, même si le procès du scandale du sang contaminé n’est pas dévoilé dans l’exposition, les Archives nationales en conservent l’enregistrement. Enfin, il nous est apparu qu’une visite commentée avec les élèves de cette exposition pourrait contribuer à l’éducation au regard, à l’image, à la subtilité critique et analytique indispensable à chaque citoyen.
La place incertaine de l’oral dans l’enseignement
D’une représentation influencée par l’écrit à une vision plurielle de l’oral
Ce qu’on appelle « oral » est un objet complexe, polymorphe, à la fois familier, puisqu’il fait partie de notre expérience quotidienne, et difficilement connaissable comme le prouve la difficulté d’en donner une définition simple (Plane 2015).
La communication au moyen du langage parlé est un des plus anciens attributs de l’espèce humaine, et pourtant cela fait relativement peu de temps qu’on dispose d’un corpus de connaissances solides à son propos. Plus exactement, même si beaucoup de travaux anciens consacrés au langage n’ont rien perdu de leur pertinence, leur approche de l’oral est peu éclairante car leurs auteurs établissaient leurs descriptions à partir des formes écrites du langage. En effet, pendant très longtemps, faute de techniques permettant d’enregistrer la parole, de saisir l’oralité dans son immédiateté, les savants n’ont pas disposé des matériaux qui leur auraient permis d’analyser l’oral. La tradition grammaticale à laquelle nous devons les catégories et les règles que nous enseignons aujourd’hui est l’héritière de cette époque et de ses lacunes : elle nous a fourni des outils pédagogiques qui conviennent bien à l’écrit (encore que cela se discute), mais qui sont inappropriés à l’oral. Et la représentation que nous avons de l’éloquence antique ou révolutionnaire a été édifiée non pas à partir des discours réellement prononcés, mais à partir d’écrits rédigés a posteriori par les orateurs.
Les choses changèrent à partir du début du XXe siècle. Dès 1911 le linguiste Ferdinand Brunot s’intéressa aux techniques d’enregistrement récemment inventées, utilisées jusqu’alors pour la musique, et en saisit l’intérêt pour l’étude de la parole. Il obtint le soutien d’industriels, les frères Pathé, et réalisa des enregistrements pour garder un témoignage de la diversité des accents et des formes employées par les locuteurs en fonction de caractéristiques personnelles et du type de prestation orale. Il constitua ainsi les Archives de la parole, première banque de données consacrée à l’oral. Sa démarche permettait d’observer des signaux informatifs spécifiques aux discours oraux, telles les courbes intonatives, la manière de prononcer ou d’accentuer des mots ou des syllabes et la durée des pauses. Comme le note Kremnitz (2013), cette volonté de saisir sur le vif la production orale dans sa réalité imparfaite et imprévisible contraste avec les méthodes utilisées pour étudier les langues : alors que les philologues s’efforcent de décrire des systèmes linguistiques et les lois qui régissent leurs évolutions (ce que fit d’ailleurs Brunot dans son Histoire de la langue française), Brunot a perçu l’intérêt d’observer des énoncés oraux dans leur instantanéité et leur singularité.
Il faudra attendre les années 1970 pour que le français parlé commence à être décrit dans son extrême diversité par les linguistes. Disposant d’enregistrements, ils ont pu réaliser des transcriptions fidèles et constituer ainsi un matériau complémentaire pour l’étude de l’oral. Les linguistes ont alors mis en défaut les visions simplistes et dévalorisantes de l’oral en montrant la complexité structurelle d’énoncés oraux, y compris quand ils ont l’air chaotiques, et en la rapportant aux contraintes de production (Blanche-Benveniste 1998 ; Cappeau 2016). Actuellement, de nombreuses recherches apportent des éclairages sur le fonctionnement des interactions, le développement du langage chez l’enfant, les processus cognitifs impliqués dans la production et la réception de messages oraux, les usages sociaux et scolaires du langage et bien d’autres aspects de l’oral. La diversité de ces approches atteste du caractère pluridimensionnel de l’oral, d’où la difficulté de le cerner (Plane et Garcia-Debanc 2007 ; Nonnon 1999, 2016). Il n’est donc pas étonnant que l’objet scolaire appelé « oral » fasse l’objet de conceptions très diverses et soit sommé de répondre à des attentes multiples.

Les demandes traditionnelles adressées à l’école et les réponses pédagogiques
La loi de 1882 qui fonde l’école républicaine en rendant obligatoire l’instruction à partir de six ans assigne à l’école la mission de faire accéder à l’écrit. Mais dans un contexte marqué par la défaite de 1870 puis par la Grande Guerre, l’oral apparait dans les textes règlementaires à la faveur de l’injonction faite à l’école d’apprendre aux élèves à « parler français ». Et pendant des décennies, l’oral sera associé à deux autres missions de l’école : aider à l’apprentissage de la lecture et assurer la diffusion de la langue française. Les programmes scolaires précisent ce qui doit être fait en matière d’oral à l’école élémentaire : ils recommandent instamment la récitation et la lecture à voix haute, préparée ou non, et soulignent la contribution que ces exercices apportent à l’acquisition d’une belle langue et à l’apprentissage de la lecture. Ce maigre arsenal est complété par les « exercices d’élocution » qui demandent à l’élève de reproduire de petites phrases, puis, lorsqu’il est parvenu à un niveau avancé, d’exprimer des impressions personnelles à la suite de lectures, de promenades ou d’expériences (Instructions de 1923). S’y ajoutent des exercices de prononciation qui permettent de corriger les « intonations vicieuses ».
Cette attention à la langue et à la prononciation se nourrit de l’idée apparue en France au XVIe siècle selon laquelle l’unité politique serait conditionnée par l’unité linguistique. L’idée d’une hiérarchie entre les langues, au sommet de laquelle serait le français, conforte cette position et explique le mépris exprimé par l’institution scolaire à l’égard des langues parlées par « les indigènes » dans les colonies et des parlers régionaux. Ainsi, en 1925, dans une « circulaire sur les idiomes locaux », le ministre Anatole de Monzi vilipende les « patois » et en condamne l’usage. Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que les langues régionales soient réhabilitées (Cerquiglini 1999).
Assez vite, la consigne d’apprendre aux élèves à « parler français » se précise : il faut que ce soit « un français correct et pur », comme l’écrivent les Instructions officielles de 1938. Mais cette prescription, qu’on retrouve aujourd’hui formulée dans les mêmes termes sur les forums, est en réalité très difficile à opérationnaliser. En effet, dans la mesure où les règles du langage oral ne sont pas formalisées, elles ne sont pas enseignables telles quelles. Il n’existe donc que deux réponses à la question « Comment apprend-on à parler une belle langue à quelqu’un qui sait déjà parler ? » : fournir des exemples de beau langage ou bien faire parler les élèves et corriger leur expression.

Le langage de l’enseignant doit donc être exemplaire. Cette recommandation, rappelée aujourd’hui encore dans la formation des enseignants, était présente dès les débuts de l’école républicaine puisque dans les premiers textes règlementant les Écoles normales d’instituteurs il est prescrit de corriger chez les futurs instituteurs « les vices de prononciation et d’intonation » qu’ils pourraient transmettre à leurs élèves (Ferry 1881).
Cependant, dans le secondaire, l’idée que la parole de l’enseignant puisse servir de modèle ne s’est pas imposée d’emblée. En effet, Bréal (1872) nous apprend dans sa description du fonctionnement des petites classes du secondaire que le professeur y parlait peu : il passait l’essentiel du cours à faire réciter par les élèves les leçons que ces derniers avaient apprises en étude. Mais, progressivement, sous l’influence du modèle universitaire et des leçons ex cathedra dispensées dans les classes de rhétorique et de philosophie, le cours magistral, qui avait été la modalité pédagogique dominante dans les collèges de l’Ancien Régime, se répandit dans tout le secondaire et s’y s’imposa (Bruter 2011). Le discours du professeur se nourrit alors de la science exposée dans les manuels et devint une source de connaissances pour les élèves et un exemple de langage oral élaboré, proche de l’écrit.
À partir des années 1920-1930, de nouvelles idées sur la pédagogie se répandirent et on commença à considérer qu’il ne suffisait pas que les élèves écoutent, mais qu’ils devaient également prendre la parole pour progresser. Dans l’enseignement primaire, différents courants pédagogiques attentifs au développement naturel des enfants, comme le mouvement initié par Freinet, incitèrent les enseignants à favoriser l’expression des élèves. Dans l’enseignement secondaire, l’évolution des pratiques en matière d’oral se fonda sur d’autres sources et se manifesta par la diffusion de la pratique du « cours dialogué ». Le cours dialogué, appelé recitation script (ou IRF pour Initiation Response Feedback) dans les pays anglo-saxons, s’inspire de la maïeutique et repose sur l’idée que le questionnement et la mise en activité des élèves sont favorables aux apprentissages. Le dispositif du cours dialogué s’organise autour de séries de trois énoncés : la question de l’enseignant, la réponse de l’élève et la validation par l’enseignant. Cette modalité pédagogique commença à se diffuser en France à partir des années 1930 et supplanta peu à peu le cours magistral sauf dans les dernières classes du lycée.
Cette forme pédagogique, aujourd’hui dominante dans l’enseignement primaire et au collège, est souvent invoquée pour affirmer que l’oral a sa place dans l’enseignement, et elle peut même donner lieu à l’attribution aux élèves d’une note d’oral en fonction de leur « participation ». Cependant, si le cours dialogué constitue pour les enseignants expérimentés un moyen d’enrôler les élèves et de faire de la classe une communauté (Veyrunes et Saury 2009), des études relèvent que la part dévolue aux élèves est en général très réduite, à la fois sur le plan quantitatif et sur le plan fonctionnel : chaque élève parle très peu et les énoncés qu’il produit sont hautement prévisibles. En effet, ce dispositif, censé offrir un espace à la parole des élèves, se trouve souvent réduit à ce que Leclaire-Halté (2010) appelle un « questionnaire en entonnoir », au moyen duquel l’enseignant s’efforce de guider les réponses des élèves vers l’énoncé attendu. Il est également reproché au cours dialogué de faire l’impasse sur les difficultés qu’éprouvent les élèves les plus fragiles à mobiliser les capacités d’abstraction et de distanciation nécessaires pour entrer efficacement dans le jeu dialogal mené par l’enseignant (Bautier et Rayou 2009).
L’observation des classes montre que les exercices offrant aux élèves l’occasion d’une pratique orale sont d’une grande stabilité. Ainsi les documents d’accompagnement de 1996 constataient que dans le secondaire, seuls les exposés, le théâtre et la récitation fournissaient l’occasion d’un travail mettant en jeu l’oral. Et le rapport de l’Inspection générale de 2013 consacré au primaire notait à propos du cycle 2 : « L’oral : un continent délaissé mais une activité plébiscitée : la récitation », et plus loin, à propos du cycle 3 : « L’oral : quelques pratiques convaincantes mais bien rares, la récitation toujours ». Ces pratiques convaincantes dont le rapport déplore la rareté consistent en travaux de groupe, ateliers, débats, qui exigent une solide réflexion didactique. Le succès de la récitation s’explique parce que cet exercice familiarise les élèves avec la littérature et avec des formules qu’ils pourront s’approprier et donne l’occasion d’un travail sur la voix. Mais ce n’est pas la seule raison : d’une part, c’est un exercice facile à mettre en œuvre et à évaluer, d’autre part, il amène les élèves à ne proférer que des énoncés corrects, ce que ne peuvent garantir les exercices faisant parler les élèves.
En effet, la prescription « enseigner un français correct » pose la question de la définition du français correct. Pendant très longtemps, la réponse a été simple : les Instructions officielles de 1938 souhaitaient que les élèves utilisent « la parole d’une langue écrite ». Ces mêmes Instructions officielles distinguaient deux types d’élèves : l’un « appartient à un milieu cultivé », l’autre « parle une langue entachée comme celle des siens de termes impropres et de constructions vicieuses ». La violence et la connotation morale de cette la formule qui stigmatise à la fois l’élève et « les siens » seront dénoncées par Halté (2005).

L’émergence de nouvelles réflexions sur l’oral
Dans les dernières décennies du XXe siècle, la massification scolaire due à l’arrivée des générations d’élèves nés après la deuxième guerre mondiale conduit l’école à se poser de nouvelles questions sur sa mission et sur le langage à enseigner.
Au début des années 1970, la commission Rouchette, du nom de l’Inspecteur qui la préside dans le cadre de l’Institut Pédagogique National1, élabore un projet d’Instructions Officielles pour l’école primaire en s’appuyant sur des expérimentations menées dans des classes. Mais l’administration de l’Éducation nationale se montre frileuse et publie des Instructions officielles édulcorées. Le projet Rouchette, nourri des travaux des linguistes, trouve un prolongement à travers le Plan de Rénovation pour l’enseignement du français qui sera utilisé pour la formation des instituteurs. Dans les Écoles normales d’instituteurs, on attire donc l’attention des futurs enseignants sur le rôle moteur de la communication dans les apprentissages langagiers et on recommande de mettre en place des situations de communication adaptées aux spécificités des classes. Des recherches appliquées sont engagées pour opérationnaliser le concept de variation issu de la sociolinguistique. En faisant alterner des phases de « libération de la parole » et des phases de « structuration », il s’agit de faire prendre conscience qu’un même locuteur emploie des registres différents en fonction des caractéristiques de la situation telles que les statuts respectifs des interlocuteurs, les enjeux de la situation, la nature du thème traité, etc. Contrairement à la notion de « niveau de langue », héritée de la rhétorique classique qui distinguait des « styles bas » et des « styles nobles », la notion de registre, plus subtile, induit une réflexion sur les paramètres de la situation de communication et n’est pas porteuse de jugement de valeur. À partir des années 1990, les chercheurs s’intéressent également au rôle du langage dans les disciplines scolaires. Les programmes de 2002 pour le primaire qui s’en inspirent recommandent que l’attention portée au langage ne soit pas réservée au seul cours de français. Et, tout en faisant la part belle à l’écrit, ils insistent sur la nécessité d’apprentissages organisés et structurés dans le domaine de l’oral. Ils préconisent notamment de mettre en place des ateliers, par exemple pour apprendre à élaborer une explication et la présenter devant la classe.
Pendant toute cette période, dans le secondaire, on continue de se référer aux « niveaux de langue » et de faire pratiquer des exercices de transposition d’énoncés du « niveau familier » au « niveau soutenu ». Les prescriptions officielles évoluent peu. Quelques notions issues des théories de la communication, comme celle d’émetteur et de destinataire, sont cependant introduites dans l’enseignement.
Une évolution se fait sentir avec les programmes de 1996 pour le collège et de 2002 pour le français au lycée. En effet, s’inspirant de la linguistique de l’énonciation, ils prennent comme point nodal la notion de discours, celui-ci étant défini comme « toute mise en pratique du langage dans un acte de communication à l’écrit ou à l’oral ». Ils fournissent également un cadre pour l’étude et la pratique de l’argumentation. Ces outils intellectuels sont précieux pour apprendre à décoder l’ironie, identifier les procédés employés pour convaincre ou persuader. Ils s’appliquent aussi bien aux discours oraux qu’aux discours écrits, mais dans les classes, le plus souvent, ils ne sont mobilisés que pour travailler sur des textes écrits.
Par un retour de balancier, les programmes pour le primaire et le secondaire publiés dans les années 2007-2008 s’exemptent de toute influence des travaux de recherche et n’affichent que peu d’intérêt pour « l’expression orale ». Seuls l’enseignement des langues vivantes et celui du français langue de scolarisation destiné aux élèves allophones font alors l’objet d’une réflexion sur l’oral.
Il faudra attendre 2015 pour que l’institution scolaire recommence à s’intéresser à l’oral et publie des programmes qui lui font une large place.
Des réponses complémentaires
On attend du travail scolaire sur l’oral qu’il rende plus civils les adolescents en rupture avec les codes et les modes de vie des adultes et qu’il répare la fracture sociale dont témoignent les difficultés de l’école dans les zones sensibles. Mais cette mission porteuse des valeurs de solidarité entre en contradiction avec les souhaits légitimes de chaque famille qui veut son enfant soit préparé mieux que les autres à la compétition scolaire et sociale.
Trouver une réponse unique et définitive à ces attentes multiples est impossible. Mais il existe plusieurs dispositifs qui apportent des réponses complémentaires en envisageant différents aspects de l’oral.
Les ateliers de mise en voix de textes et de pratique théâtrale font partie des dispositifs classiques. L’élève est placé dans une démarche d’interprétation : devenu lecteur ou acteur il attribue en fonction de sa sensibilité et de son expérience un sens à un texte et le communique par des moyens verbaux – les mots du texte – et des moyens gestuels, posturaux ou paraverbaux (intonations, débit, accentuation, volume de la voix, expressions du visage…). En offrant aux élèves l’occasion d’exercer leur voix, de mobiliser leur corps, de maitriser leur souffle, d’explorer les possibilités offertes par l’espace, le geste, le déplacement, ces ateliers compensent en partie l’immobilité et le quasi-mutisme auxquels le fonctionnement ordinaire de la classe les contraint. Le fait que le travail sur la voix, le souffle, la posture, se fasse à partir d’un texte fourni aux élèves permet de focaliser leur attention sur ces variables, ce qui ne serait pas le cas s’ils devaient élaborer les énoncés qu’ils prononcent. L’équilibre entre les activités ludiques, l’improvisation, le travail à partir de textes et les apports théoriques varie selon les ateliers. Cependant, ces ateliers sont rarement intégrés à l’activité ordinaire de la classe et ne sont donc fréquentés que par les élèves volontaires et non par tous ceux qui ont besoin d’acquérir de l’aisance à l’oral.
À côté de ces ateliers organisés par les équipes éducatives des établissements scolaires, d’autres ateliers mis au point par différents organismes ont fait récemment leur apparition dans les collèges où ils se proposent d’initier les élèves à l’éloquence. Leur développement est en lien avec la multiplication de concours popularisés par les médias et organisés sur le modèle des compétitions sportives auxquelles ils empruntent une partie de leur vocabulaire et de leurs pratiques. Dans ce contexte l’éloquence est associée à la prestance personnelle et à la maitrise de techniques de la communication médiatique ou politique, voire du spectacle, comme le stand- up. Le soutien institutionnel accordé à ces concours et à ces formations vient de ce qu’ils offrent à des élèves de milieu défavorisé l’occasion de remporter des succès, à condition toutefois d’avoir un talent personnel.
Sans nier l’intérêt d’activités ciblées qui favorisent le développement personnel et entrainent les élèves à la communication publique, des chercheurs et des enseignants se sont intéressés au traitement didactique de l’oral envisagé sous l’angle de ses enjeux cognitifs, sociaux et scolaires et ont exploré deux voies complémentaires.
L’une des voies consiste à dédier des séquences d’apprentissage à l’oral, mais il faut pour cela faire de l’oral un objet enseignable, c’est-à-dire trouver un principe organisateur qui permette une programmation et la détermination d’objectifs précis. Pour y parvenir Dolz et Schneuwly (2016) prennent comme point d’appui la notion de genre telle que Bakhtine (1984) l’a formalisée. Pour Bakhtine, les genres de discours, oraux ou écrits, sont caractérisés par un ensemble de traits et par la spécificité de leur sphère d’usage. À côté des genres seconds, qui relèvent de la littérature, il existe des genres premiers, ceux de la vie courante, dont la codification, quoique implicite, joue un rôle culturel. Des analystes ont ainsi montré que la conversation ordinaire obéit à certains rituels, constamment pratiqués mais jamais explicités. Dolz et Schneuwly ont sélectionné des genres scolaires, comme l’exposé ou le débat régulé, et des genres sociaux, comme l’interview radiophonique qu’ils ont transposés pour l’école. À partir des caractéristiques de ces genres, ils ont défini des objectifs d’apprentissage et mis au point des séquences. Se fondant sur ces mêmes principes, Dumais et al. (2017), au Québec, proposent un protocole d’enseignement pour l’école primaire assorti de modalités d’évaluation. En France, dans une optique proche, des écoles et des collèges ont mis sur pied des projets de web-radios scolaires. Les élèves sont ainsi initiés à des genres audio ou audiovisuels et perçoivent la finalité des apprentissages qu’ils réalisent.
L’autre voie s’intéresse à la manière de faire du langage oral un outil du travail intellectuel. L’objectif est de familiariser les élèves avec ces usages spécifiques du langage, usages qui constituent un atout scolaire et social, mais dont seuls certains élèves ont les clés. Pour cela, il faut concevoir des tâches langagières, attirer l’attention des élèves sur ce qui se joue lors de leur exécution et assurer un guidage. Il peut s’agir de tâches complexes comme le débat ou la discussion qui exigent une préparation en amont de la prestation : les élèves doivent se documenter, sélectionner les informations utiles et en expérimenter le pouvoir argumentatif dans de micro-séquences de débat. Il est important que les élèves soient avisés des enjeux propres à la situation : dans un débat interprétatif portant sur un texte littéraire on cherche à faire prévaloir une interprétation plausible, alors que dans un débat scientifique, on vise l’administration de la preuve ; dans le cadre de l’éducation morale et civique, l’enjeu n’est pas d’argumenter avec brio, mais de réfléchir aux valeurs en jeu. Il peut aussi s’agir de micro-tâches dont la vie scolaire offre de multiples occasions, comme celle de reformuler un propos, expliciter un terme, résumer, synthétiser en rassemblant des éléments issus de plusieurs interventions orales. Pour qu’il y ait apprentissage, il est utile de dénommer ces opérations langagières lorsqu’on les sollicite ou lorsque des élèves les réalisent spontanément, notamment lors de travaux collaboratifs, afin que les moins aguerris puissent en comprendre le fonctionnement à partir des exemples signalés. Il est également indispensable de multiplier et diversifier les prises de parole consistantes, depuis les situations de recherche dans lesquelles l’élève se confronte à la résistance des mots, hésite, se corrige, parce qu’il élabore sa réflexion en même temps qu’il produit son message, jusqu’à l’exposé portant sur un sujet bien maitrisé pour lequel le locuteur dispose d’une trame préconstruite et d’un répertoire de formules.
Il est difficile de savoir aujourd’hui quels effets aura le Grand Oral sur la formation des élèves en amont. L’attention portée à l’oral est une bonne chose, mais tout dépendra du modèle qui finira par s’imposer. Si le modèle issu des grands concours prévaut, il est probable que les élèves dont certains traits trahissent l’origine populaire seront défavorisés : Labov (1992) nous a appris que le cadrage de l’interaction et les traits intonatifs sont de puissants marqueurs sociologiques dont il est difficile ou douloureux de se débarrasser, d’autant qu’ils sont une des composantes de l’identité personnelle. Et comme il est prévu que seul l’un des deux évaluateurs soit compétent sur le plan disciplinaire, il est probable que les traits classants auront une influence sur le jugement porté sur la prestation, même si celle-ci a été longuement répétée, et même si la réponse à la question finale portant sur la motivation de l’élève aura été elle aussi apprise par cœur.

Se préparer à l’oral par la pratique médiatique
Comprendre qu’il existe différentes dimensions dans la communication et savoir ce que chacune recouvre semblent constituer le socle de connaissances et compétences à faire acquérir aux élèves pour les préparer à une bonne maîtrise de l’expression orale. S’entraîner par la pratique médiatique en intégrant les codes de la communication dans ses dimensions verbale, paraverbale et non verbale peut permettre à chacun de se construire les bases d’une culture de l’oralité.
Les différentes dimensions de la communication
Quand on propose aux élèves de faire une recherche sur le sujet des différentes dimensions que recouvre la communication (en vue d’un exposé, par exemple) c’est Albert Mhérabian qui est souvent cité en référence. Professeur émérite en psychologie de l’Université de Californie, il a effectué deux études auprès d’un panel de femmes, qui sont à l’origine de la « règle des 3 V » (surt les parts respectives du Verbal, du Vocal, du Visuel dans la communication orale). La première étude reposait sur l’écoute de mots à connotation positive, négative ou neutre et à la façon dont les réceptrices interprétaient le sens des mots en fonction de l’intonation donnée par le locuteur. Dans tous les cas, c’est l’intonation et le son de la voix qui déterminaient le sens donné et donc la communication paraverbale (ou vocale) semblait l’emporter sur la communication verbale (choix des mots). La deuxième expérience avait pour but d’identifier le rapport entre communication paraverbale et communication non verbale (expression faciale ici), autrement dit posait la question de savoir ce qui de l’intonation ou de l’expression du visage était le plus impactant dans la compréhension d’un message. Les résultats de ces expériences ont conduit Mhérabian à dire que l’attitude corporelle et l’expression visuelle, ou encore l’intonation et le son de la voix, donnaient des informations essentielles sur la façon d’interpréter un message. En 1971, la « règle des trois V » ou « règle du 7 % – 38 % – 55 % » établit la part de verbal, de vocal et de visuel dans une communication orale. 93 % de la communication orale serait donc non verbale. Albert Merhabian lui-même a souligné les limites de son étude3 et en particulier le panel réduit et non mixte utilisé. Ses résultats sont pourtant fréquemment repris et ont quand même le mérite de faire prendre conscience de l’existence de ces trois niveaux de communication et de leur nécessaire prise en compte en situation d’émission ou de réception.
Une approche comparative des présentateurs de journaux télévisés à travers le temps (fiche 7 page 19 du dossier pédagogique Se préparer à l’oral par la pratique médiatique) peut justement permettre d’illustrer ces trois dimensions. Claude Darget en 1957, Roger Gicquel en 1976 et Nathanaël de Rincquesen en 2020 ne les prennent pas du tout en compte de la même façon. Gestuelle et expressions faciales désordonnées y sont beaucoup plus marquantes à l’époque où le présentateur TV fait ses débuts, comparativement à aujourd’hui où tout semble sous contrôle (gestuelle, expressions faciales, expression orale, gestion de l’espace).
« Au commencement était le verbe »
En début d’année pour contribuer à créer du lien entre les élèves ou en début de séquence, l’activité Une voix pour faire connaissance (fiche 2 page 9 du dossier) permettra d’évaluer le niveau de maîtrise des compétences orales des élèves. Trois niveaux (permettant également une marge de progression) sont possibles, de l’autoportrait audio que chacun peut réaliser seul à l’émission collaborative nécessitant un bon niveau de complicité entre les élèves. Tous sont associés dès le départ pour réfléchir à la définition des critères à prendre en compte, qu’il s’agisse de ceux relatifs au langage verbal (qualité de l’expression : lexique, syntaxe, clarté du propos) ou au langage paraverbal (débit, volume, intonation). La gradation possible entre les différents types de production radiophonique permet de mettre en œuvre des compétences complexes dans le domaine de la maîtrise du langage (savoir s’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant à un auditoire, participer de façon constructive à des échanges oraux, adopter une attitude critique par rapport à ses productions orales).
La maîtrise du langage verbal propre à la pratique radiophonique passe par des exercices qui vont aider à structurer son propos et à prendre en compte son interlocuteur. La fiche 8 du dossier permet par exemple de former les élèves à l’art de la relance grâce à l’interview. À partir de thématiques proposées par l’enseignant sur lesquelles les élèves vont dialoguer, ils sont formés à ce qu’est une question ouverte. Constitués ensuite en binôme, ils doivent préparer une ou deux questions pour interviewer leur camarade et prennent des notes sous forme de mots clés pendant que ce même camarade répond. Ces mots clés, reformulés, constituent alors autant de points de relance qui dynamiseront ensuite l’interview. Cette écoute active est formatrice pour l’intervieweur mais elle l’est aussi pour l’interviewé qui, avec un peu d’expérience, pourra dans le meilleur des cas imaginer les questions de relance à venir ou au moins s’y préparer, en restant ouvert et à l’écoute de son interlocuteur comme il est utile de l’être en situation d’oral face à un jury.
D’autres fiches proposent de faire travailler l’argumentation : la fiche 17 page 42 (voir encadré 1), intitulée Le podcast pour travailler l’argumentation met les élèves en situation de créer des bandes annonces radiophoniques pour présenter des œuvres. Les podcasts réalisés déterminent ensuite le vote des élèves constitués en jury pour établir un classement. Ils auront au préalable conçu une grille d’évaluation en commun (grille d’auto-évaluation ou évaluation par les pairs, en annexe du dossier). L’activité est réalisable à partir de divers contenus (jeux vidéo, articles scientifiques, albums de musique, vidéos You Tube, etc.). La fiche 18 page 44, plus classique, propose d’Organiser un débat dans sa classe. Un enregistrement vidéo ou sonore pourra servir de support pour une auto-évaluation ou celle par un pair.
Langage paraverbal : intensité, débit, intonation
Découvrir sa voix et ses phénomènes de résonance, expérimenter la respiration profonde sont proposés dans l’activité Respirer et dire (fiche 3 page 11 du dossier). En binôme, un élève lit un texte court, l’autre enregistre. Ils écoutent à deux puis de manière collective et découvrent alors qu’ils ont deux voix : celle qu’ils entendent et celle que les autres entendent. L’écoute se fait avec les yeux fermés pour mieux se concentrer sur ce qu’on entend sans se laisser parasiter par le regard et les expressions des autres. Un exercice relatif à la prise de conscience de la respiration abdominale profonde est également proposé fiche 4 page 13. De petits exercices simples permettent d’approfondir le travail relatif à l’intonation et à la puissance vocale : qualifier sa voix et en jouer pour expérimenter le rapport intonations/intention du locuteur (accrocher un sourire à sa voix), travailler sa diction (crayon dans la bouche, virelangues) et lutter contre ses tics de langage. Pour être intégrés par les élèves, ces exercices ont intérêt à s’inscrire dans la durée et à être expérimentés régulièrement. Respirer, dire, moduler débit et intonation peuvent devenir un rituel dans la classe. On peut y consacrer chaque jour quelques minutes ou chaque semaine une séance dédiée. D’autres rituels possibles seront développés un peu plus loin.
Langage non verbal : gestuelle, communication visuelle
Une évaluation diagnostique des élèves concernant la communication non verbale peut constituer l’étape suivante du travail à mener. La fiche 5 page 16 du dossier Se préparer à l’oral par la pratique médiatique propose pour cela d’amener les élèves à s’enregistrer sur une chronique radio ou un texte simple dans la classe. Pendant ce temps d’autres élèves évaluent le langage non verbal exprimé grâce à une grille d’évaluation. Ils prennent ainsi conscience que l’attitude du corps (positionnement des pieds, des épaules, gestuelle des bras, port de tête, regard) doit être pleinement engagée dans le processus de communication (ouvrir sa cage thoracique, se tenir droit, lever le menton, etc.). L’atelier suivant (même fiche) permet de travailler la posture du corps en situation d’expression orale que ce soit par un exercice d’analyse et de réflexion comme le visionnage d’un numéro de l’émission Déshabillons-les sur Public Sénat ou par des exercices pratiques comparatifs comme le fait de déclamer un texte avec une mauvaise posture puis de le déclamer à nouveau dans une bonne posture. La notion de « congruence » émerge durant les exercices pour insister sur le fait qu’une certaine harmonie est absolument nécessaire entre gestuelle et communication verbale si on veut réaliser un oral réussi et efficace et si on veut se sentir serein en position de locuteur.
Concernant la dimension visuelle qui relève de l’image que l’on donne à voir en fonction de notre attitude, Paul Ekman, psychologue américain a commencé dès les années soixante-dix des recherches sur les expressions émotionnelles faciales. Il les a décomposées en unités (micro/macro) et a établi une typologie de gestes – le « Facial Action Coding System » (FACS). Pour Ekman, « le visage est le premier signal de l’émotion, la voix le second ». La gestuelle de tout ou partie du corps est révélatrice pour qui sait observer. Ces signaux comportementaux (micro-expressions) que nous émettons sont conditionnés par notre culture. Ils relèvent de la psychologie et du rôle de nos émotions et de notre état d’esprit par des attitudes particulières, souvent à peine perceptibles. À l’inverse, certains signes révélateurs d’émotion sont parfois difficiles à dissimuler en situation d’épreuve orale (tremblements, rougeurs,) et cela d’autant plus que la lecture du gestuel attire souvent davantage l’attention de notre public que le langage verbal ou paraverbal que nous utilisons. Soyons donc vigilant à conserver la maîtrise. Pour aller plus loin, voir le site de Paul Ekman4, le documentaire Le visage décrypté diffusé en 2011 sur Arte et disponible sur You Tube en cinq parties5 et la fiche REC-Communication non verbale de Catherine De Lavergne de l’Université Paul Valéry de Montpellier6.
Travailler à partir d’extraits de films pour faire du doublage est également un exercice intéressant car il permet de s’attacher justement à une dimension visuelle imposée à partir de laquelle il faudra imaginer un message verbal et vocal. La fiche 16 page 41 Conjuguer écrit et oral vous permettra de travailler l’écriture d’une bande son qui colle à l’image imposée et de prendre conscience que l’image peut nous inciter à utiliser notre corps pour être plus expressif. Les comédiens qui font du doublage de film ou de dessin animé sont à ce titre en général debout, « à la barre » comme dans un tribunal, pour permettre justement l’expression corporelle7.
Communication interpersonnelle et prise en compte de l’espace
Les « nouveaux penseurs de la communication » qui constitueront ce qu’on a appelé plus tard l’école de Palo Alto commencent leurs travaux dans les années 50 et remettent en question le schéma de la communication de Jacobson qu’ils assimilent à ce qu’Yves Winkin appellera en 1996 « un modèle télégraphique de la communication »8, c’est-à-dire un modèle de communication qui ne prend pas en compte la dimension interpersonnelle. Pour les chercheurs de Palo Alto, « on ne peut dissocier l’émetteur du récepteur, comme si ceux-ci fonctionnaient dans des sphères différentes. La communication est un système de relations où les individus ne peuvent se penser isolément. Par la rétroaction, elle agit en boucle. Le récepteur n’est pas considéré comme passif, mais il interprète les messages et émet à son tour des signes qui font évoluer le système en obligeant l’émetteur à s’adapter. Le nouveau paradigme de la communication implique que le système s’autorégule, du fait que A ne peut agir sur B sans s’affecter lui-même »9. Paul Watzlawick (un des fondateurs de Palo Alto) assure que dans tout échange humain, la relation l’emporte sur le message : « un cinquième, peut-être, de toute communication humaine sert à l’échange de l’information, tandis que le reste est dévolu à l’interminable processus de définition, confirmation, rejet et redéfinition de la nature de nos relations avec les autres ». Cette communication interpersonnelle repose sur « le primat de la relation sur l’individualité » ; sur le fait que « tout comportement humain a une valeur communicative » et sur le fait que « tous les phénomènes humains peuvent être perçus comme un vaste système de communications qui s’impliquent mutuellement »10.
Si la communication non verbale est relative aux mouvements et positions du corps (la kinésique), elle est aussi relative à la gestion par l’individu de son espace et des distances interpersonnelles qu’il établit (la proxémique). Sur ce dernier point, Edward.T. Hall, anthropologue, étudie dans les années 1970, l’usage culturel de l’espace dans la communication11. Il distingue espace social et espace personnel et définit quatre types de distances, variables selon les cultures et qui vont de la distance intime (15 à 45 cm) à la publique (3,60 m à 7,50 m), en passant par la personnelle et la sociale. On peut tester avec les élèves ces différentes distances dans la communication orale et apprécier ce qui est le plus adapté selon les situations (dans une situation d’épreuve orale, on sera plutôt entre distance sociale et publique).
Pour aller plus loin et se perfectionner, il faut s’entraîner régulièrement et la ritualisation de certains exercices est sans aucun doute la meilleure façon d’y arriver (voir encadré 2). C’est l’objet de la troisième et dernière partie du dossier. La fiche 11, intitulée À la manière du Quoi de neuf ? de Célestin Freinet propose chaque semaine à un élève sur un temps court de rendre compte de son actualité (coup de cœur, coup de gueule et coup de poing de la semaine écoulée) ou d’une actualité locale, nationale, internationale devant la classe. Selon le niveau et la discipline dans laquelle l’activité se déroule, on peut lui demander de traiter d’une actualité particulière. Il peut lire ou dire ce qu’il aura préparé. L’exercice a de nombreux avantages : il permet de découvrir sa voix ; de travailler la prise de parole en public ; de structurer son propos ; d’argumenter et d’apprendre à gérer son temps. Il peut permettre aussi de faire émerger une parole singulière car il laisse une marge de liberté sur le fond et la forme. Dans le dossier, la fiche 15 Faire émerger une parole singulière et authentique propose trois autres pistes inspirées de l’ouvrage Porter sa voix de Stéphane de Freitas (Éditions Robert).

Écrire pour l’oral
C’est la grande surprise des élèves quand on leur fait faire de la radio ; il faut passer par l’écrit ! Après le premier jet de la rédaction, cet écrit va devoir être retravaillé pour être oralisé. Il existe trois formes d’oral (spontané, scriptural, oralisé) et si l’oral spontané est plutôt celui qui relève de la sphère privée, l’oral scriptural, repose quant à lui sur un écrit qui est lu (exposé rédigé in-extenso dans la plupart des cas, en particulier dans le primaire ou au collège, que les élèves ânonnent). C’est l’oral qui est le plus largement privilégié par l’école à ce jour. C’est un oral très contraint qui a plus d’analogies avec l’écrit qu’avec l’oral. L’écrit oralisé est sans doute la forme d’oral la moins exploitée et pourtant c’est celle qui est la plus équilibrée dans la relation qu’elle entretient entre l’oral et l’écrit. C’est un entre-deux. Bernard Lahire dans Culture écrite et inégalités scolaires12 écrit en 1993 « Pour favoriser la réussite scolaire des élèves habituellement exclus du système éducatif, il importe de travailler avec eux la diversité des oraux, en les mettant en position de pratiquer à l’école à la fois l’oral pratique conversationnel qui leur est familier et l’oral scriptural privilégié par l’école ». Ce n’est pas un hasard si c’est un enseignant (professeur-documentaliste) de lycée professionnel qui a proposé la fiche pédagogique 12 Écrire pour l’oral ; s’approprier les codes de l’écriture à la radio. Les activités proposées consistent dans un premier temps à écouter une revue de presse radiophonique et à comprendre les spécificités de son écriture ! Chaque élève est concentré sur une mission de repérage (structure, longueur des phrases, temps des verbes, etc.) et sur un travail de transcription écrite. La trace écrite permet de lister les caractéristiques de l’expression radiophonique. Dans un second temps, les élèves sont formés à mettre en forme leur prise de notes : apprentissage de différentes techniques (carte mentale, mots clés, etc.). La restitution orale de la revue de presse se fait pour finir, à partir des notes prises.
La fiche 14 est relative à Estime de soi et gestion des émotions. Ses objectifs sont nombreux : aider les élèves à avoir une bonne estime d’eux-mêmes ; aider les élèves à « porter leur voix » grâce à une bonne confiance en eux ; apprendre à gérer leurs émotions, par une mise en situation régulière, par des exercices d’improvisation et des exercices respiratoires ; passer d’une mise en pratique individuelle à une mise en pratique collective.
En complément du dossier pédagogique Se préparer à l’oral par la pratique médiatique qui est sorti en novembre 2019 et que nous mettons à votre disposition2, nous proposons aujourd’hui le programme « Les Babillages du CLEMI Bordeaux », série de neufs petits défis que les élèves peuvent relever seuls ou avec l’accompagnement d’un adulte (enseignant.e, éducateur.trice, parent.e). Son but est de permettre à chacun de s’entraîner de manière autonome à l’aide d’exercices faciles et ludiques pour atteindre la « simple effusion, en paroles faciles, d’une personne qui se complaît à parler » (définition de « babil » selon le dictionnaire Le Littré) !

LabAURAScopE – Développer les compétences de l’oral par l’analyse de l’activité
L’oral comme objet d’enseignement au collège et au lycée
La compétence en communication orale est aujourd’hui primordiale. Elle révèle la capacité à s’exprimer et à échanger des idées entre individus en milieu professionnel ou dans la vie quotidienne. Maîtriser son expression orale c’est être capable d’énoncer clairement un message tout en adaptant le message et le médium à l’auditoire et au contexte. Ainsi la loi du 8 juillet 2013 sur la refondation de l’école de la République, comprenant la réforme des cycles, a fait de l’enseignement de l’oral une priorité afin de réduire les inégalités entre élèves. Des changements effectifs dans les programmes sont désormais visibles sur l’enseignement de l’oral.
Au collège, l’oral est une compétence scolaire. La mise en œuvre des nouveaux programmes et la maîtrise du socle commun de connaissances et de culture a renforcé cet enseignement. Toutes les disciplines concourent à l’acquisition d’une aisance à l’oral et permettent de produire des énoncés oraux maîtrisés. Par ailleurs la réforme du lycée a introduit de nouveaux paradigmes quant à l’enseignement de l’oral. La maîtrise de la parole et de l’expression est en effet une composante nécessaire de la formation de l’élève comme sujet : expression et épanouissement de la confiance en soi, construction de la relation à l’autre, du système des valeurs personnelles et collectives, appropriation d’une culture. Mais il s’agit aussi d’une condition essentielle pour l’avenir universitaire et professionnel des jeunes comme pour leur formation citoyenne.
L’épreuve du Grand Oral parmi les épreuves du nouveau baccalauréat pose à nouveau la question de « l’oral » dans le système scolaire. Les problématiques liées à l’apprentissage de l’oral resurgissent car en France, traditionnellement, seule la culture écrite possède une valeur scientifique. L’écrit incarne la réussite scolaire. À l’école, l’écrit et l’oral peuvent être parfois mis en opposition. Pourtant, les compétences orales des élèves sont nécessaires à la transmission des savoirs et à l’apprentissage en général.
LabAURAScopeE, travailler l’oral grâce à la vidéo
En classe, l’oral est difficile à observer et complexe à analyser car il ne laisse pas de trace. LabAURAScope prend ainsi tout son sens.
Cette expérimentation pédagogique, pilotée par Véronique Julien, IA-IPR d’histoire-géographie dans l’académie de Lyon, est née du postulat suivant « Qu’est-ce-que les images peuvent transmettre que les mots ne peuvent pas communiquer ? » (David Mac Dougall, 2004)1.
Ce projet basé sur la vidéoscopie, consiste à filmer les élèves en situation d’apprentissage. Il a débuté à la rentrée 2019, encadré par la DANE de Lyon et l’IFé (Institut Français de l’Éducation), et s’appuie sur un protocole de recherche précis dont les points de référence sont les suivants : introduire des situations de vidéoscopie en classe et au CDI, définir clairement le droit à l’image, étudier et analyser le rôle de l’activité de réflexion dans la construction des savoirs grâce à l’auto et à l’allo-confrontation (voir et commenter sa prestation orale) et garantir la valeur scientifique de l’expérience en évitant les biais cognitifs, ces mécanismes de la pensée qui influencent les émotions et les prises de décision.
Un groupe de travail composé de six enseignants de collège, lycée général et technologique, lycée professionnel et de disciplines différentes (documentation, histoire-géographie, lettres modernes, math-sciences et sciences physiques) participe cette année à l’élaboration de séquences pédagogiques filmées. Les objectifs de LabAURAScopE sont multiples : mettre l’élève au cœur des apprentissages en permettant d’analyser sa pratique à l’oral et d’en rendre compte, développer des compétences disciplinaires, transdisciplinaires, sociales chez les sujets filmés afin de répondre aux exigences scolaires et sociétales. Par ailleurs, s’intéresser à la compétence orale c’est aussi repenser la posture de l’enseignant et sa pratique et donc se poser les questions suivantes en matière de pédagogie et de didactique : quels attendus pour les élèves ? quels objectifs ? pour quels élèves ? c’est-à-dire comment différencier les apprentissages ? quels outils pour les faire progresser dans l’exercice de l’oral ? Le 2 avril 2019, Véronique Julien a présenté LabAuraScope à la formation « Numérique et gestes professionnels des enseignants » qui a eu lieu à l’IFé de Lyon car la vidéo est aussi pour l’enseignant un facteur de transformation de la pratique pédagogique.
Présentation d’une situation vidéoscopique au collège
Deux expérimentatrices, une professeure documentaliste et une professeure de lettres ont choisi de coenseigner des séquences pédagogiques en suivant trois binômes d’élèves volontaires et de niveau hétérogène dans une classe de quatrième sur une année scolaire. Pour Fouzia Amara, professeure de lettres et moi-même, gérer la diversité des apprentissages avec des groupes de niveau différent doit favoriser l’entraide entre élèves, la collaboration et les procédures, encourager l’autonomie et par conséquent lutter contre le décrochage scolaire.

Description de l’expérimentation, première captation
Avant de commencer à travailler avec les sujets filmés, nous avons suivi le protocole mis en place. Il a donc fallu au préalable demander par écrit une autorisation d’enregistrement de l’image et de la voix aux responsables légaux des élèves mineurs et expliciter le projet pour lequel les élèves allaient être filmés : « Expérimentation académique : filmer les élèves en situation d’apprentissage au CDI dans le cadre du cours de français afin de travailler avec eux la maîtrise de l’oral en analysant leur posture. Ces captations vidéo pourront donc servir aux professeurs pour faire progresser les élèves dans leur pratique de l’oral, dans la perspective de la préparation de l’épreuve orale du brevet et également aux enseignants ou formateurs dans le cadre de la formation ou de la recherche en éducation ». Puis nous avons décliné le cadre, la démarche pédagogique et les objectifs/finalités de cette séquence pédagogique filmée avec un téléphone portable.
La démarche pédagogique
Cette première expérimentation a été menée au CDI, en demi-classe, dans le cadre du cours de français et durant les heures d’accompagnement personnalisé. La séquence s’intitulait « La Peinture au temps de Maupassant » en lien avec le thème au programme, « La fiction pour interroger le réel ». Les objectifs transversaux visés en français, histoire et éMI étaient les suivants : « Connaître les principaux mouvements artistiques au XIXe siècle, s’interroger sur le peuple et ses représentations artistiques au XIXe siècle, savoir présenter une œuvre d’art à l’oral, utiliser le logiciel de cartographie Xmind afin d’acquérir des compétences numériques, organiser sa pensée » pour présenter un exposé oral en s’appuyant uniquement sur la carte mentale produite, sans autres notes. Le « mind map », outil transversal et transdisciplinaire, permet de synthétiser, rassembler et réorganiser ses connaissances afin de pouvoir/savoir les réinvestir dans d’autres activités ou d’autres disciplines.
Huit heures de travail au CDI ont été nécessaires pour effectuer les recherches documentaires sur l’œuvre d’art choisie et la réalisation de la carte mentale. Tous les élèves de la classe ont présenté un exposé oral de dix minutes et seuls les trois binômes désignés au départ ont été filmés.
Pour rendre efficace le passage à l’oral, nous nous sommes questionnées sur l’évaluation.
Pourquoi et comment évaluer l’oral ? Qu’il soit enseigné ou non enseigné, l’oral est évalué dans les examens ou les entretiens d’embauche ; toute évaluation de l’oral implique une réflexion sur la norme (qu’est-ce-que bien parler ?). Le statut de l’oral dans la classe est un bon analyseur du mode de travail de l’enseignant et de sa conception des apprentissages. Une évaluation objective est nécessaire à l’enseignant pour un étayage efficace (Bruner 2002, 7e éd., p. 261) et plus précisément quand l’adulte aide l’enfant à faire ou dire ce qu’il ne pourrait pas faire tout seul. Enfin, l’évaluation objective est nécessaire aux élèves pour savoir comment progresser.
Fortes de ce raisonnement, nous avons donc décidé, afin de rendre l’élève acteur de son apprentissage, d’évaluer et de faire évaluer par les pairs. Concernant l’évaluation sommative, les élèves de la classe ont construit eux-mêmes la grille d’évaluation en fonction des items et critères de réussite à l’oral : la communication verbale (élocution, aisance, articulation et volume de la voix), la communication non verbale (distance par rapport aux notes, aisance, dyna-misme), les aspects relationnels (prise en compte de l’auditoire, sources…) et enfin l’argumentation (réponses pertinentes aux questions) et le vocabulaire d’analyse. Quant à l’évaluation formative, pendant la séquence, elle nous a permis de repérer les erreurs, les lacunes et d’apporter une aide individualisée, au cas par cas, en fonction des demandes et des besoins.
Avec ce type d’évaluation, nous avons constaté que les élèves sont capables d’engager leur responsabilité en s’investissant pour conseiller leurs camarades, en prenant en compte les remarques des professeurs ; la collaboration pédagogique devient optimale et les élèves sont alors aptes à progresser.

Le temps de l’auto-confrontation et de l’allo-confrontation, le processus de métacognition
Les six élèves filmés se sont engagés avec sérieux dans l’expérimentation et se sont d’ailleurs impliqués davantage que les élèves non filmés. Ils ont vite fait abstraction de la présence de la caméra et malgré un stress perceptible au début de la captation vidéo, ils se sont vite remobilisés, ont oublié « l’œil du téléphone portable » et se sont concentrés sur leur présentation orale. Le visionnage a eu lieu au CDI à l’aide du vidéoprojecteur et seuls les sujets filmés y ont assisté. Des pauses ont été faites régulièrement afin que les élèves observent leur attitude, leur gestuelle, leur élocution, leurs réactions ou leurs interactions… Ensemble, nous avons repris les points forts et les points à améliorer pour la prochaine captation. Avec une certaine gêne au départ car ils n’étaient pas à l’aise avec leur image, ils ont observé et décortiqué leur présentation orale. Ils ont jugé cet exercice utile et facilitateur et nous ont dit espérer pouvoir réinvestir dans les autres disciplines les conseils prodigués et les points analysés dans les vidéos. À rappeler : ils n’ont pas été embarrassés par l’outil de captation, le téléphone portable, et disent ouvertement que cet outil fait partie de notre quotidien, de notre environnement numérique et social.
Bilan de la première captation
La majorité des élèves ont apprécié travailler sur l’outil numérique Xmind car conscients des enjeux en matière de numérique (travailler de manière innovante et progresser), ils ont pu construire une carte mentale comme support de présentation orale. S’ils maîtrisent plutôt bien ce logiciel, qui est d’une technicité assez intuitive, ils éprouvent des difficultés réelles dans la recherche d’informations ainsi que dans la reformulation, c’est-à-dire le passage de la phrase aux mots-clés. Ils ont sollicité régulièrement notre aide pour les accompagner et les rassurer dans cette activité innovante. Les binômes sélectionnés ont eu la volonté de « bien faire » car ils ont compris l’enjeu pédagogique de l’expérimentation : travailler différemment pour les faire progresser. Les trois binômes filmés une première fois ont demandé à poursuivre l’expérimentation dans la perspective de l’oral du brevet.
« Je pense qu’être filmé peut permettre de m’améliorer à l’oral car je peux voir mes qualités et mes défauts. On peut en débattre avec mes camarades pour trouver des solutions et donc progresser ». Ethan, élève de 4e
« Être filmé va me faire progresser car on s’entraîne et plus on s’entraîne moins on est stressé à l’oral ». Rafaël, élève de 4e
Cela fait maintenant presque deux ans que LabAURAScope a été mis en place au collège Jean-Philippe Rameau. Le bilan pour les élèves filmés est plutôt positif car conscients de l’enjeu de l’oral dans leur scolarité et encore plus aujourd’hui avec le nouveau BAC, leur investissement est optimal. Ce type d’expérimentation est pour eux primordial car nous constatons chaque jour qu’apprendre à parler mais surtout parler en public, communiquer, est un processus sociocognitif complexe qui nécessite de nombreuses interactions avec les adultes. Malheureusement, de nombreux élèves ont des difficultés à maîtriser la langue et sont par conséquent en échec scolaire. Les filmer, les accompagner dans l’analyse de leur pratique, les aider à collaborer, les écouter, les conseiller doit avant tout leur redonner confiance pour les amener à progresser. C’est pourquoi l’oral est devenu objet d’enseignement à part entière et donc, comme l’a souligné Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences Po Paris « Il faut faire de l’oral un levier d’égalité des chances ».

Une Classe Médias au collège, un levier pour travailler l’oral
En effet, conscientes de l’importance sociétale accordée aux médias, il nous a semblé nécessaire de les faire découvrir aux élèves, sous leurs différentes facettes. Partant de ce que les programmes de l’Éducation nationale proposent, nous voulions aller au-delà des préconisations et pousser les élèves dans une démarche réflexive autour de la notion de « médias ». Nous voulions inscrire notre projet dans un parcours lissé et l’incorporer à toutes les disciplines. Les élèves auraient alors à travailler, tout au long de l’année, autour de la thématique des médias. Il s’agirait pour eux de comprendre leur diversité, leurs rôles et l’importance qu’ils ont dans la société actuelle.
Mise en œuvre du projet
Une des premières étapes a été de faire un état des lieux du matériel nécessaire pour mener à bien notre projet. L’atelier WebTV avait déjà acquis une base qui pouvait nous permettre de travailler sur une plus grande échelle. En effet, nous disposions d’un fond vert, d’un appareil photo permettant de filmer, d’un micro et d’une perche, d’un ordinateur portable, et d’un enregistreur MP3.
La seconde étape consistait à repenser l’espace du Centre de Connaissances et de Culture (3C) pour pouvoir « dégager » un espace Média qui permettrait la mise en place d’un studio télé. Le 3C est doté de 3 petites pièces attenantes, anciennement deux réserves et un local plus technique. Depuis plusieurs années à présent, ces trois pièces ne sont plus utilisées dans leur but premier, puisque nous étions engagés dans une réflexion sur la gestion des espaces en créant des tiers lieux, des espaces de travail partagé, favorisant l’échange et la sociabilité. Ainsi, une réserve avait déjà été « transformée » en petite salle permettant de travailler les disciplines scientifiques de manière plus personnalisée, une autre en bureau pour l’assistant TICE et la professeure documentaliste. Le petit local technique a, lui, été repensé en studio télé et en salle de montage. Il sera totalement équipé à la rentrée de septembre 20201.
Enfin, la dernière étape de notre projet consistait à convaincre. Lors d’un conseil pédagogique, nous avons exposé notre projet à nos collègues et à la direction. Tous étaient convaincus que dans le monde actuel, face à des élèves en difficultés scolaires et/ou sociales, un tel projet avait du sens. Nous avons donc réussi à constituer une équipe pédagogique pour une classe. Le niveau 4e nous a semblé le plus pertinent, compte tenu de l’âge des élèves, mais aussi des programmes disciplinaires. Pour constituer cette classe, nous nous sommes rendues dans chaque classe de 5e en fin d’année scolaire pour expliquer notre projet. Les élèves intéressés devaient nous faire parvenir une petite lettre de motivation. C’est ainsi que la classe est née.
Dès la rentrée de septembre, l’ensemble de l’équipe de la 4e 3 avait intégré dans sa progression disciplinaire une dimension « média ». Ainsi, en français, les élèves ont été invités à produire un journal papier sur leur ville avec la notion de vraies ou fausses informations. En anglais, les élèves ont travaillé sur la création de tutos YouTube sur l’alimentation. Ce fut leur première expérience devant la caméra avec insertion d’images à l’aide du fond vert. En anglais encore, ils ont réalisé de petits reportages vidéo sur l’importance de la maîtrise orale de la langue dans le monde aujourd’hui. En histoire-géographie, ils ont travaillé sur l’évolution de la presse écrite et des médias. En technologie, ils ont découvert le montage vidéo et sont allés à la rencontre de professionnels afin de participer au concours Je filme le métier qui me plaît. En éducation musicale, ils ont créé leur jingle pour le futur journal télévisé. En arts plastiques, ils ont développé leur logo. Enfin, en vie de classe, la professeure de français et la professeure documentaliste ont travaillé tout au long de l’année sur les médias en général, et les étapes de la création de reportages vidéo…
Notre volonté, au-delà de faire découvrir les médias, a été de travailler l’oral sous différentes formes (oral spontané, écrit oralisé, interview, témoignage, expression créative…), et, à chaque fois, de manière collaborative. Si cette dimension est pleinement intégrée dans la progression de chaque discipline, l’alignement d’une heure de français et d’une heure de vie de classe a permis de disposer de deux heures consécutives, ce qui a facilité le travail de montage, mais aussi les sorties à l’extérieur du collège. Les élèves qui le souhaitaient (et ils étaient assez nombreux) pouvaient venir en plus en autonomie au 3C pour avancer sur leurs projets, en fonction de leur emploi du temps. Nous avons eu également la chance d’avoir un journaliste comme « parrain » de la classe. En effet, Noham Huclin, journaliste sur la chaîne régionale des Hauts-de-France Wéo2 a rencontré régulièrement les élèves (environ une fois par mois), afin de leur faire découvrir le métier de journaliste et leur a permis, à cet effet, de se rendre sur un plateau de télévision. Une journaliste de La Voix du Nord est aussi intervenue auprès de la Classe Médias. Les élèves ont ainsi eu la possibilité de découvrir différentes facettes du métier de journaliste (TV et presse écrite). Nous voulions que les élèves puissent découvrir également les coulisses des médias et ne pas rester uniquement sur la pratique du reportage vidéo.

Autonomie, responsabilisation et confiance en soi de l’élève
Les élèves ont ainsi travaillé durant cette année sur différents supports, devenant acteurs de leur propre progression. Les professeurs des différentes disciplines et la professeure documentaliste ont pu les accompagner dans les différentes étapes de leur travail. Ils les ont accompagnés dans leurs recherches, les ont poussés à travailler leur jugement par rapport au monde qui les entoure.
Les élèves ont eu à réfléchir sur la véracité de ce que l’on voit, de ce que l’on lit et ainsi ils ont pu apprendre à déceler, à discerner et à se créer un jugement qui leur est propre.
Ce projet s’est avéré bénéfique pour bon nombre d’élèves. Des élèves qui ont coutume d’être en retrait, plus timides lors de la prise de parole en classe, ont pu s’engager dans un travail collectif et ainsi trouver leur place au sein du groupe. Les élèves ont également appris à se responsabiliser. Ainsi, du fait de la mise en œuvre d’un travail « factuel » (création du journal avec un certain nombre d’articles, répartition en groupe, mais aussi création d’un montage vidéo), l’élève qui ne s’est pas investi totalement, n’a pas eu de « rendu » à présenter et a donc dû assumer son manque d’investissement. Ce n’est pas le cas lors d’évaluations sommatives où il est toujours possible de « broder » et de rendre un travail superficiel. Dans le cas des projets médias, cela n’est pas possible. A contrario, les élèves d’un niveau faible mais investis, qui, malgré leur sérieux, n’arrivent pas à obtenir de résultats probants lors d’évaluations sommatives, ont pu, dans le cadre de ces projets, grâce à leur investissement et à la cohésion d’un groupe, obtenir des résultats très satisfaisants et fournir un travail de qualité.
Le projet média, c’est avant tout un projet humain, un projet de classe, une multitude d’échanges entre adultes enseignants et élèves. En effet, certains élèves connaissent parfois davantage les réseaux que le corps enseignant ; ils ont pu, à l’inverse des cours traditionnels, transmettre leur savoir de manière plus prononcée. Cet échange est aussi un échange d’élèves à élèves où chacun a pu mettre à profit son expérience personnelle dans cette cohésion de groupe que requiert la Classe Médias. Il y a eu synergie et le travail fourni s’est avéré productif sur le plan pédagogique et humain.
C’est un projet porteur où l’individualité propre à chacun crée une émulation autour d’un projet collectif. Les élèves prennent davantage confiance en eux et voient un réel intérêt à leur investissement personnel dans le travail demandé, car le rendu leur semble plus factuel, ils se considèrent comme un maillon concret de la chaîne « classe ».
Sur une année, la découverte des champs possibles des médias n’a pu être exhaustive ; cependant, les élèves ont été sensibilisés, acteurs de leurs propres travaux, investis dans une démarche collaborative. Ils ont pu découvrir l’enseignement d’une manière différente et s’inscrire dans un processus de cheminement de la pensée, se forger un esprit critique et rationnel.
Cette volonté de mettre à profit ce projet dans une perspective de groupe, de collaboration entre tiers a été un pari dont nous sommes fières, car au fil des mois, on a pu s’apercevoir que la classe devenait une unité de plus en plus établie. Bien que certains aient été plus motivés ou plus investis que d’autres, personne n’a été mis de côté ou moqué. Chacun a trouvé sa place. Cette unité est le fondement de la réussite d’un tel projet. C’est la raison pour laquelle nous sommes désireuses de poursuivre l’aventure une seconde année, afin que cette unité, installée, puisse permettre aux élèves de se dépasser. L’individualité de chacun, l’autonomie des élèves sont bien évidemment maintenues et constituent en elles-mêmes le vecteur de la cohésion de groupe, un gage de réussite et d’épanouissement.

Classe Médias, levier d’oralité
Le programme dans les différentes disciplines repose dans la Classe Médias, tout comme dans toutes les autres classes, sur le socle commun des connaissances.
Nous nous sommes essentiellement appuyées sur trois domaines de compétences :
– Domaine 1 : Des langages pour penser et communiquer :
Compétence 1.1 Être auteur ; Compétence 1.2 Argumenter ;
– Domaine 2 : Des méthodes et outils pour apprendre : comprendre et s’approprier les espaces informationnels et les outils de recherche ;
– Domaine 3 : La formation de la personne et du citoyen : apprendre à partager les informations de façon responsable.
Cependant, le parcours pédagogique travaillé par les professeurs met l’accent sur les compétences numériques et l’aptitude à retranscrire des élèves. Ainsi, l’accent mis sur l’oralité et l’écrit est-il intrinsèque à la réussite de l’élève de Classe Médias. Pourquoi ? Parce que les projets mis en place dans les différentes disciplines amènent l’élève à interpréter, reformuler les informations recherchées pour aboutir au travail final. L’élève, en tant qu’apprenti journaliste, devient maître d’œuvre de son travail et de sa capacité à le partager. Ce partage peut se faire via l’écrit, comme lors de la création d’un journal (presse écrite), ou lors des interviews métiers, ou encore par l’intermédiaire du tuto YouTube en anglais. L’élève doit alors prendre en compte le format média sur lequel repose son travail et apprendre à s’adapter aux destinataires (par exemple, apprendre à interagir avec l’interviewé, être à son écoute, être attentif à ses silences et à sa parole ; ou parler à la caméra, et en même temps manipuler des accessoires et rester attentif à la parole du co-intervenant3).
Oser s’exprimer… en partant d’un outil que les élèves affectionnent, telle la vidéo, a permis de lever certaines barrières quant à la prise de parole.
Nous avons en tête une élève, particulièrement timide mais avec une maturité et un esprit très vif. La Classe Médias a été pour elle un déclencheur. Elle, qui n’osait jamais prendre la parole, elle qui baissait les yeux à chaque fois qu’on lui demandait de donner son avis, comme si elle s’excusait d’être là, est aujourd’hui, à la fin de son année de 4e, une élève moteur, qui a été élue rédactrice en cheffe lors de l’écriture de notre journal papier.
Pour les élèves « fragiles », la Classe Médias représente une ouverture sur le monde extérieur, une culture méconnue, un levier pour leur ambition.
À cet effet, l’oralité, au-delà même des projets finaux à réaliser, est inhérente au parcours de l’élève. L’élève, acteur de ses recherches, doit réussir à exposer aux professeurs et aux membres de son groupe l’importance de l’information retenue. Il doit pouvoir mettre en lumière par la langue, les enjeux qu’il perçoit dans l’information lue ou entendue. Il devient ainsi le maillon décisionnaire des choix opérés grâce à sa capacité à retranscrire. Sa capacité à communiquer, à se justifier atteint son paroxysme en Classe Médias car la parole permet à l’élève de se réaliser.
Oser s’exprimer aussi, lorsque l’élève est un élève à besoin spécifique. Dans cette classe de 4e, deux élèves ULIS sont intégrés dans différentes disciplines. Il nous a semblé important que ces deux élèves soient inclus dans le projet Médias. Pour eux aussi, cette expérience a été d’une grande richesse, ils ont osé questionner les journalistes rencontrés, osé prendre place dans des projets communs, trouvant ainsi une place importante dans le groupe classe. Ils n’ont certes pas pu participer à toutes les actions, mais ils ont pu être présents sur les temps forts du projet.
Ainsi, cette expérience de Classe Médias se révèle positive à tous les égards. Les enseignants, les élèves, le journaliste parrain, tous souhaitent renouveler l’expérience l’an prochain. Il s’agira de créer de façon pérenne une Classe Médias en 4e qui poursuivra son travail en 3e avec, dans la mesure du possible, la même équipe enseignante. Bien sûr, tout est perfectible et nous avons manqué de temps pour emmener les élèves vers un projet original. Ce qui va nous laisser la possibilité de créer notre journal télévisé sur les 2 niveaux Médias.
Bien que conscientes de la perfectibilité de notre projet, comme indiqué ci-dessus, bon nombre de bénéfices ont été constatés. Notre mission de professeures s’est avérée fortement enrichie, notre sentiment d’utilité encore davantage. En effet, intégrer l’apprentissage des médias au sein de l’enseignement au collège permet d’établir un lien entre le dehors et le dedans. L’élève a souvent des connaissances numériques en dehors du lieu scolaire (télévision, réseaux sociaux, YouTube), il accumule des savoirs sans même le vouloir. Lui permettre d’explorer ces champs numériques en classe l’invite à poursuivre sa démarche d’« apprenant numérique » dans la classe et en dehors de celle-ci. L’élève devient plus curieux, plus soucieux de vérifier les informations, certainement moins naïf également. Et le rôle du parrain professionnel vient appuyer cela. L’élève réfléchit davantage par lui-même, et au-delà des programmes disciplinaires, le rôle de l’enseignant est aussi celui-là : permettre à l’élève, futur adulte, d’apprendre à penser par lui-même, d’apprendre à ne pas toujours cloisonner sa pensée en fonction des différentes instances sociales qui l’entourent (amis, famille). Lui apprendre à être maître de sa pensée est aussi -et surtout- l’aboutissement de l’enseignement. Nous formons des élèves et des attendus de savoir en fin de chaque cycle sont requis. Cependant, notre mission est aussi d’élever nos élèves au-delà, de leur apprendre à être libres dans une société où le conformisme est souvent de rigueur. Leur apprendre à rechercher, à discriminer les informations qu’ils reçoivent, à réfléchir par eux-mêmes, c’est tout simplement former les citoyens de demain : des citoyens conscients de leurs choix, de leurs actes, et faisant preuve de discernement.
Enfin, le projet Média vient accroître selon nous, cette faculté qu’ils auront de savoir se justifier, de pouvoir rendre compte de leur pensée et surtout de savoir argumenter. L’oralité, la capacité que peut avoir une personne à s’exprimer est un tremplin fondamental dans la société actuelle. C’est un atout indispensable pour leur futur professionnel, un atout qui peut faire la différence quand ils auront trouvé leur voie. En effet, quoi de plus exaltant que d’avoir, face à nous, une personne capable, avec toutes les subtilités langagières et oratoires, de faire entendre sa voix.

Veille numérique 2020 N°4
Oralité
Prix « Éveil à la citoyenneté »
Créé en 2015, Le Prix EVEIL permet à tous les adolescents de collège et lycée de présenter une vidéo sur la liberté d’expression et d’opinion. Cette année, les sujets abordés par les élèves dans les vidéos sont la maltraitance infantile et le harcèlement numérique. Le jury du Prix Eveil a récompensé les élèves du Collège des Bourgognes à Chantilly pour sa vidéo « Ma faute ».
https://youtu.be/vJOy_oWkV9c
Les masques connectés
Après les masques biodégradables ou lavables, les masques “intelligents” arrivent sur le marché. Tout d’abord, les masques amplificateurs de voix ou traducteurs en six langues créés par l’entreprise japonaise Donut Robotics ; ces masques se collent à un masque classique et sont connectés à un smartphone via une application. Puis, les masques anti-pollution et anti-virus au look très futuriste de la société américaine Eo Air capables d’adapter la quantité d’air respirable en fonction de l’effort. Ceux-ci utilisent des nano-filtres et un mini système de ventilation.

éducation
L’exposition Afropolitan Comics
L’Institut Français d’Afrique du Sud (IFAS) et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI) se sont associés pour proposer une exposition virtuelle sur la BD africaine. L’exposition est composée de trois thèmes (Autobiographie, Héros et Histoire, Folklore et Futur) et divisée en deux parties en miroir : d’une part, les œuvres d’Afrique du Sud, d’autre part, celles des autres pays africains.
https://www.afropolitancomics.com/fr

#culturecheznous
Au cours du confinement, le Ministère de la Culture a lancé un site internet qui favorise l’accès aux arts. La découverte s’articule autour de sept onglets : Enfants, Art & patrimoine, Films & vidéos, Spectacles, Audios, Livres & savoirs, Jeux. La recherche par mot-clé offre la possibilité d’utiliser des filtres thématiques (architecture, art urbain, bande dessinée, cinéma, danse, histoire, mode, peinture, …). Il est aussi possible de s’en remettre à la sérendipité, en naviguant sur la page d’accueil qui contient de nombreuses recommandations.
https://www.culturecheznous.gouv.fr/
British Museum
Les collections en ligne du British Museum ont été réorganisées afin de faciliter les visites virtuelles. Deux façons de naviguer : soit par thème (Americas, Animals, China, Death and memory, Desire, Love and identity, Africa, Egypt), soit par galerie (Lower floor, Ground floor, Upper floors, Virtual galleries). La haute définition des images donne l’occasion de les agrandir et de les examiner dans le détail. De plus, un grand nombre de celles-ci sont sous licence CC BY-NC-SA 4.0, ce qui assure une réutilisation libre sans but commercial.
https://www.britishmuseum.org/

Covid-19 : décrypter la désinformation
Magalie Le Gall, bibliothécaire à la Sorbonne Université a publié sur le site de l’ABDU une infographie sous la forme d’un sketchnote intitulée « Décrypter la désinfo avec ma bibliothèque ». En complément, un formulaire d’évaluation des sites d’informations douteux est disponible, toujours sous la forme d’un sketchnote, et peut être envoyé à la Commission pédagogie qui centralise les données. Les deux documents sont téléchargeables au format PDF.
https://adbu.fr/decrypter-la-desinfo-covid-19/
Lecture numérique
Éditions des femmes – Antoinette Fouque en ebooks
Le printemps 2020 a été particulièrement difficile pour les femmes victimes de violences conjugales pendant le confinement. Projet de longue date, les Éditions des femmes – Antoinette Fouque ont sauté le pas en publiant leurs premiers livres numériques dès la fin avril. Parmi les premiers titres choisis, nous retrouvons, entre autres, Les Sociétés matriarcales d’Heide Goettner-Abendroth, Backlash de Susan Faludi, Gravidanza Féminologie II d’Antoinette Fouque et Clit Révolution – Manuel d’activisme féministe de Sarah Constantin, Elvire Duvelle-Charles et Alice Des.
https://www.desfemmes.fr/
Fabricius : traducteur de hiéroglyphes
Google a lancé un logiciel capable de traduire les hiéroglyphes, mais de façon basique pour le moment. En effet, seul les emojis et quelques mots sont proposés pour cette fonction. Néanmoins, cet outil va être amélioré car il utilise le machine learning et donne accès à un espace pour les chercheurs et les étudiants en égyptologie. Une partie du site est consacrée à l’apprentissage ludique des hiéroglyphes. Fabricius n’est, à l’heure actuelle, disponible qu’en anglais et en arabe.
https://artsexperiments.withgoogle.com/fabricius/en

WordToEPUB
Le consortium Daisy et Microsoft ont développé l’application WordToEPUB, un outil pour convertir les documents Word en EPUB (format des ouvrages numériques). Ce logiciel gratuit convertit un ou plusieurs fichiers Word d’un simple clic droit. Il convient néanmoins de rappeler que le logiciel libre de traitement de texte LibreOffice et le gestionnaire de bibliothèques numériques Calibre proposent déjà cette conversion vers le EPUB.
Droit et données personnelles
Loi contre la haine sur internet
Très controversée, la loi Avia supposée lutter contre la haine en ligne a été retoquée par le Conseil Constitutionnel. Ce texte transférait à des particuliers ou à des organismes privés, à savoir à des néophytes en droit, la décision de juger de l’illégalité ou de la légalité de certains propos tenus sur Internet : les entreprises interpellées par les internautes étaient priées de retirer dans les 24 heures, voire dans l’heure, les propos « manifestement » illicites. Selon de nombreuses associations, cette formulation pour le moins ambiguë ouvrait la porte à toutes les interprétations et aurait pu conduire à des suppressions s’apparentant à de la censure, portant par la même atteinte à la liberté d’expression. De cette loi, ne reste que l’observatoire de la haine en ligne mis en place fin juillet. Contrôlé par le CSA, il regroupe différents acteurs : associations, géants du Net, ministères, défenseur des droits, son rôle est préventif.
Base de données
Mémoire du confinement à la BNF
Depuis le 17 mars, les archivistes de la BNF collectent de très nombreux documents web sur le covid-19 et l’impact sur la population française afin qu’ultérieurement les chercheurs ou journalistes puissent retrouver ces documents éventuellement supprimés de la toile. En temps normal, une équipe de dix bibliothécaires et experts informaticiens de la BNF est chargée de collecter des documents en ligne sur certains évènements importants.
Le patrimoine de la BD française
La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image met à disposition sur son site internet ses collections numérisées qui couvrent la période de la fin du XIXe au début du XXe siècle. La CIBDI propose de consulter le fonds par auteur (Benjamin Rabier, Rodolphe Töpffer, Jean Trubert, Will Eisner, Edmond-François Calvo, Louis Forton…), thème (guerre 14-18, Maison Quentin, pirates, animaux…) ou périodique (Excelsior Dimanche, Dimanche illustré, l’Epatant, Pierrot, Lisette…).
http://collections.citebd.org/in/faces/homeInBook.xhtml

Educadhoc
L’application éducadhoc (Hachette Livre) qui permet aux enseignants et aux élèves d’avoir accès à des ressources pédagogiques, continue d’intégrer des éditeur partenaires en plus de ceux du groupe depuis mai 2020. À la rentrée scolaire, les manuels des éditions Hachette Éducation, Hatier, Didier, Foucher, Istra, Bertrand-Lacoste, Docéo, Fontaine Picard, Le Génie Éditeur, Maison des Langues et Dunod font partie du catalogue de l’application.
https://educadhoc.fr/
Technologie
Applis pour éviter la foule
Depuis le début du déconfinement, des applications smartphone aident les personnes qui fuient la surpopulation dans les lieux publics. Pour les musées, centres administratifs, piscines, bibliothèques, l’appli Affluence donne en temps réel le taux de fréquentation. Pour les commerces, ce sera l’application Crowdless qui informera sur l’affluence dans les magasins aux alentours avec un code couleur (rouge, orange, vert, gris).

Lydia, l’appli de paiement française
La start up parisienne propose un service simple, gratuit et immédiat de paiement entre personne. Concrètement, le paiement s’effectue via un numéro de téléphone. Pas étonnant que les millennials aient adhéré très rapidement à ce concept. En pleine expansion, la néobanque a réalisé une levée de fonds de 40 millions d’euros en 2020 et s’ouvre à l’international en faisant entrer au capital le géant chinois Tencent.
https://lydia-app.com/fr/
écologie
Plantyflix
Les serveurs des plateformes de vidéo à la demande et de jeux vidéo en ligne consomment énormément d’énergie. Afin de compenser nos émissions carbone, la start-up Plantyflix propose, en fonction du nombre d’heures passées sur ces services, de choisir un forfait mensuel de 1 € à 6 € destiné à la sauvegarde des forêts. Des exemples de consommation de CO2 par séries ou films aident à prendre conscience de l’impact écologique. Les dons sont reversés majoritairement à l’ONG partenaire Eden Reforestation Projects.
https://www.plantyflix.com/


No future…
Emojis de la discorde
Comme chaque année, la journée des émojis (17 juillet) relance le débat sur ces pictogrammes qui ponctuent nos messages électroniques. Au cœur des discussions, la lutte concernant les représentations des personnes, des cultures et des territoires. Par exemple, les représentations culinaires sont largement dominées par l’industrie alimentaire américaine. Constituent ou ont constitué des sujets sensibles : la religion, le travail des femmes, le handicap, l’homosexualité, les minorités. En France, certaines régions réclament leur drapeau en émojis (Corse, Bretagne, Pays basque, Normandie).

Netflix 1,5x
Après Youtube, c’est au tour de Netflix de proposer aux utilisateurs de contrôler la vitesse de lecture de leurs films et séries. Concrètement, vous pouvez regarder des films en accéléré ou plus lentement… Selon la plateforme, c’était une demande expresse de la communauté des utilisateurs de Netflix ! Actuellement, les vitesses disponibles sont 0.5x, 0.75x, 1.25x, 1.5x. À quand le 10x !?
La mise en scène de l’oralité : quand les ados prennent la parole
La question de l’oralité est une problématique importante dans la construction de soi à l’adolescence. L’injonction à l’expression orale est extrêmement présente dans le cadre scolaire, comme dans celui du groupe des pairs, générant pour beaucoup une grande pression et possiblement de l’angoisse et de la solitude. Cependant, si l’oralité est un objet d’apprentissage comme un autre, elle peut aussi être un vecteur d’épanouissement et de partage.
La littérature aborde ce sujet sous différentes facettes, que ce soit par le biais du théâtre, du slam, de la prise de parole publique ou d’internet et tous ces items se regroupent autour de deux thématiques majeures. Beaucoup de récits, tout d’abord, mettent au jour la passion des personnages pour ces pratiques, que ce soit pour l’amour de l’art ou pour transmettre ses convictions, pour faire porter sa voix sur des sujets qui nous tiennent à cœur. L’autre partie des romans du corpus s’attache à démontrer comment cela peut permettre de se révéler à soi et aux autres, de vaincre ses difficultés, de rompre avec la solitude et de créer de nouvelles relations.
L’oralité comme passion
Entre tradition et modernité, la passion de l’oralité dans la littérature destinée aux adolescents va mettre en scène deux types de personnages : soit des mordus de théâtre, sans autre propos que de mettre en avant leur implication dans leur art et les belles rencontres que cela génère, soit des youtubeurs, dont l’expression recherche un plus large public et vise souvent un but politique.
Concernant la première catégorie, quatre romans peuvent être évoqués ici à titre d’exemple. L’incontournable Marie-Aude Murail propose le titre 3000 façons de dire je t’aime ; elle place l’action parmi un groupe d’amis évoluant au sein du conservatoire d’art dramatique de leur ville. Ils se connaissent depuis le collège et partagent une passion pour le théâtre depuis que leur professeur de français les a emmenés voir une pièce. L’autrice développe ici les problématiques liées à l’apprentissage de cet art, le travail que cela induit, le stress, l’ambition, etc.
Cette passion se retrouve également dans un roman comme Libérez l’ours en vous, de Carol Trébor. Ici, le club théâtre du lycée auquel prennent part Kolia et Lisa va mettre toute son énergie à monter une pièce pour leur professeure malade qui ne pourra pas les accompagner pendant cette année. C’est toute l’implication des jeunes qui est ici mise en avant, alors que ce qui n’était pour eux qu’un simple hobby revêt tout d’un coup un enjeu plus important.
Nous pouvons également citer deux romans qui mêlent passion pour le théâtre et passion amoureuse. Lucy dans tous ses états de Sophie Guillou met en scène de manière très drôle une adolescente amoureuse d’un membre de sa troupe et qui va tout faire pour se payer le stage de théâtre où elle prévoit de se rapprocher de lui. Moins récent, dans Sur les trois heures après dîner de Michel Quint, Rachel s’éprend de son prof de théâtre. Lorsque celui-ci subit un accident cérébral, elle s’investit à ses côtés pour l’aider dans sa rééducation, tout en poursuivant son apprentissage de la scène.
Les arts urbains tiennent également une grande place dans ce panorama littéraire autour de l’oralité. Parée pour percer, d’Angie Thomas, raconte la passion de Bri, 16 ans, pour le rap. Fille d’un rappeur de légende aujourd’hui décédé, elle rêve de suivre ses traces, jusqu’au moment où, pour sortir sa famille de l’impasse, ce rêve devient une nécessité impérieuse. Par ailleurs, pour faire le lien avec les thématiques précédentes et celle qui suit, nous pouvons évoquer Molière vu par une ado et par son chien ! de Cécile Alix, qui mêle le théâtre, le slam et YouTube. On y suit Inès, une jeune fille passionnée par Molière et qui entreprend de rendre accessible la vie du dramaturge en déclamant du slam sur sa chaîne vidéo.
Si peu d’adolescents sont réellement sensibilisés au théâtre, les nouvelles technologies ont permis de démocratiser une nouvelle forme d’oralité. Avec YouTube, les jeunes ont pu prendre la parole sur différents sujets, avec la certitude (parfois illusoire) d’être entendus. Quelques auteurs et autrices se sont appropriés ce topic et témoignent de la diversité des sujets transmis par les jeunes vidéastes.
Jérémy Behm, par exemple, avec son roman 1 million de vues, met en scène un panel de youtubeurs qui participent à un concours dont le gagnant ressortira riche et célèbre. Chacun a sa spécialité mais aussi son histoire, plus ou moins dramatique. Un récit sur les dérives de la société de consommation qui élève les influenceurs au rang de superstars.
Enfin, Charlotte Bousquet, comme à son habitude, propose un roman social fort avec À cœurs battants. On y suit plusieurs personnages en plein mouvement social et qui participent à une manifestation marquée par des violences policières. La protagoniste qui nous intéresse ici est Samia, vlogueuse, dont l’objectif est de donner à sa parole et à celles des manifestants une valeur de témoignage.

L’oralité pour se révéler à soi et aux autres
Néanmoins cette passion pour la prise de parole et pour la déclamation n’entre généralement pas dans la vie de nos protagonistes sans une raison plus profonde et c’est ce moment de la découverte et ce qu’elle implique qui est le plus souvent mis en exergue dans la littérature pour ados. Cette dernière s’attache à décortiquer ce passage de l’enfance à l’âge adulte qui nécessite de se découvrir soi-même et de s’affirmer face aux autres, ce qui ne se fait pas sans difficultés. Ici, l’accession à l’oralité devient un prétexte au dépassement de ses angoisses et à la proclamation de sa personnalité, et permet d’inscrire ces récits dans la lignée des romans d’apprentissage.
La question généraliste de la confiance en soi est la plus souvent traitée dans notre corpus. Par exemple, Signé poète X, d’Elizabeth Acevedo, dont la particularité est d’être rédigé en vers libres,
raconte l’histoire d’une adolescente de 15 ans, Xiomara, née dans une famille pieuse et qui rêve d’émancipation. Déjà poète, sa découverte du slam dans le club de son lycée lui permettra de faire porter sa voix et de faire entendre ce qu’elle a à dire. La découverte du slam est aussi au centre du roman de Jean-Philippe Blondel, Brise glace, dans lequel Aurélien, un jeune garçon solitaire, parvient enfin à exprimer la souffrance qui le ronge à la suite d’un deuil qu’il a toujours gardé secret. En prenant la parole, le protagoniste s’autorise enfin à commencer à se reconstruire.
Dans Demandez-leur la lune, Isabelle Pandazopoulos s’intéresse aux concours d’éloquence. Quatre adolescents en décrochage scolaire pour des raisons diverses sont pris en charge par une professeure de français, alors qu’ils sont déjà considérés comme irrattrapables par beaucoup. Son objectif : leur permettre de se réapproprier leur voix et leur histoire, de créer leur propre langage et de mettre des mots sur leurs problèmes, afin d’être en mesure de les dépasser.
Si l’on revient sur le sujet du théâtre, nous pouvons de nouveau évoquer l’auteur Jean-Philippe Blondel avec cette fois-ci Double jeu. Ici, le personnage principal est un adolescent de 17 ans qui a tendance à s’attirer des ennuis. Ne se sentant à sa place nulle part et cherchant la confrontation partout où il va, il va atterrir dans le club de théâtre de son nouveau lycée qui monte la pièce La Ménagerie de verre de Tennessee Williams. En s’identifiant alors au personnage principal, il va pouvoir répondre à de nombreuses questions et faire des choix importants. Alex Gino, de son côté, choisit dans George le théâtre comme moyen de se révéler aux autres. Dans ce roman, George est une fille transgenre. Assignée garçon et perçue comme tel par son entourage, elle se révèle aux yeux de tous en interprétant contre toute attente un rôle féminin dans la pièce de son école.
Enfin, certains romans s’attachent à démontrer que l’appropriation de l’oralité peut être un moyen de dépasser ses troubles du langage et des apprentissages. Deux exemples peuvent être cités. D’une part, dans Dys sur 10, Delphine Pessin décrit le quotidien de Dylan, un jeune dyslexique et dysorthographique qui fait tout pour dissimuler ses difficultés, jusqu’à sa rencontre avec un professeur plus attentif à ses besoins. Puisque l’expression écrite est particulièrement pénible pour l’adolescent, son enseignant a l’idée de l’initier aux joies de l’expression orale en lui faisant découvrir le théâtre. D’autre part, la série Ma vie en vlog d’Emma Moss met en scène une adolescente harcelée à cause de son bégaiement et qui va se réapproprier sa parole et son image en créant sa propre chaîne YouTube.
Les nouvelles exigences scolaires autour de l’oralité et cristallisées autour du nouveau Grand oral du bac nécessitent de porter une attention particulière aux jeunes qui peuvent être le moins à l’aise dans ce type de situation. Dans ce corpus, peut-être que des adolescents timides, introvertis, en retrait, trouveront de quoi s’enthousiasmer pour les différentes pratiques de l’oralité que peuvent être le théâtre, le slam, l’éloquence ou encore le vlogging.

L’art de parler
EXPOSITIONS, ARCHIVES, MUSÉES, ÉVÉNEMENTS
Le département de l’Audiovisuel de la BnF, issu de la Phonothèque nationale, conserve et communique les collections de documents sonores, de vidéos et de documents multimédias. Gallica regroupe toutes les archives sonores, dont Archives de la parole – Musée de la parole et du geste, des discours. Certains documents audios sont disponibles en podcast, d’autres sont à consulter sur place.
https://gallica.bnf.fr/html/und/enregistrements-sonores/fonds-sonores?mode=desktop

Les archives orales du service historique de la défense :
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ressources/les-archives-orales
Le fonds des archives orales et audiovisuelles s’articule autour de 3 grands ensembles : les archives orales constituées par les Archives nationales, les archives audiovisuelles produites et collectées par les administrations publiques de l’État, les fonds privés conservés par l’institution.
http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/archives-audiovisuelles-et-electroniques
Le Musée du Barreau de Paris :
Contient, entre autres, une riche collection de notes de plaidoiries. https://www.museedubarreaudeparis.com/
La Maison de la radio, Paris :
C’est dans ce lieu que sont enregistrées les émissions des chaînes de Radio France. Y sont également proposés des visites, des concerts, des ateliers (notamment avec les scolaires). Des projets à l’année peuvent être montés avec les collèges et les lycées.
https://www.maisondelaradio.fr/
Encyclopédie de la parole : « projet collectif qui cherche à appréhender transversalement la diversité des formes orales […] collecte toutes sortes d’enregistrements et les répertorie en fonction de phénomènes particuliers de la parole ». Animé par des artistes (acteurs, plasticiens, musiciens, metteurs en scène etc.).
https://encyclopediedelaparole.org/fr#/collections
La Maison du Conte, Chevilly-Larue :
Des classes Conte, des projets Conteur dans la classe ainsi que des classes à PAC sont possibles. Des ateliers de sensibilisation à la narration orale et de découverte des métiers de la Maison du Conte peuvent également être mis en place.
https://lamaisonduconte.com/
Le Centre de documentation Le « Litt’oral », Paris
Plus de 4000 ouvrages (recueil de contes, légendes, épopées, grands récits d’enfance, ouvrages sur la littérature orale, études scientifiques ayant pour objet les pratiques de l’oralité + un fonds d’archives), enregistrements inédits de conteurs et de conférences.
https://www.association-calliope.fr/lelittoral.html
L’École de l’oralité, Saint-Etienne
Cette école propose de vivre la pratique artistique par une pédagogie basée sur l’oralité. Des ateliers hebdomadaires sont ouverts à tous. Possibilité de partenariat pour des projets.
http://www.ecoledeloralite.org/
L’Association pour le Développement des Arts de l’Oralité (ADAO), Brest : festivals de contes dans le pays de Brest. L’association intervient dans les collèges et organise différents festivals ainsi que des spectacles.
https://associationadao.wordpress.com/category/lassociation/
Dastumedia : archives du patrimoine oral de Bretagne ; donne un accès à des milliers d’archives (enregistrements sonores, manuscrits, photographies) sur le patrimoine oral de Bretagne (chansons, musique instrumentale, contes, légendes, témoignages, etc.).
http://www.dastumedia.bzh/

Programmes et repères pédagogiques
Collège
Français, cycle 3 – Le langage oral.
https://eduscol.education.fr/cid101008/francais-cycle-langage-oral.html
S’exprimer à l’oral. Ressources d’accompagnement. Éduscol, 2016.
https://eduscol.education.fr/cid102485/francais-cycle-exprimer-oral.html
Évaluation de l’oral. Ressources d’accompagnement. Éduscol, 2017.
https://eduscol.education.fr/cid102736/francais-cycle-3-evaluation-de-l-oral.html
Français, cycle 4. Enseigner l’oral au cycle 4
https://cdn.reseau-canope.fr/archivage/valid/feuilletage-enseigner-l-oral-au-cycle-4-N-11608-16221.pdf
Diplôme national du brevet : épreuve orale.
« L’épreuve orale de soutenance d’un projet permet au candidat de présenter l’un des objets d’étude qu’il a abordés dans le cadre de l’enseignement d’histoire des arts, ou l’un des projets qu’il a menés au cours des enseignements pratiques interdisciplinaires du cycle 4 ou dans le cadre de l’un des parcours éducatifs (parcours Avenir, parcours citoyen, parcours éducatif de santé, parcours d’éducation artistique et culturelle) qu’il a suivis. »
Bulletin officiel n°1 du 4 janvier 2018
https://www.education.gouv.fr/bo/17/Hebdo42/MENE1731896N.htm?cid_bo=122780
La place de l’oral dans tous les cycles pour toutes les disciplines. https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/2020-02/t-l-charger-les-programmes-48461.pdf
Lycée et Collège
Physique-Chimie
L’oral, enjeu d’apprentissage en physique-chimie et enjeu d’apprentissage en soi. Éduscol, janvier 2020. https://eduscol.education.fr/cid129214/recherche-et-innovation-en-physique-chimie.html
Lycée général et technologique
Français, arts, langues
Bulletin officiel n° 34 du 19 septembre 2019 : nature et durée des épreuves terminales, session 2021.
https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=144874
Grand oral. Terminale
Le Grand oral rompt avec la tradition française qui mettait l’accent sur l’écrit dans les examens scolaires. Et sa préparation replace les pratiques documentaires au centre du travail de l’élève (recherche documentaire, sélection d’idées, travail sur le discours) :
Bulletin officiel spécial n° 2 du 13 février 2020
https://www.education.gouv.fr/bo/20/Special2/MENE2002780N.htm?cid_bo=149115
Le Grand oral est une épreuve des nouveaux bacs général et technologique avec un coefficient 10 en voie générale et 14 en voie technologique. Elle dure 20 minutes et est précédée de 20 minutes de préparation.
https://www.education.gouv.fr/nouveau-bac-comment-se-passe-le-grand-oral-100028
Humanités, littérature et philosophie. Première et Terminale
L’oral dans l’enseignement de spécialité « humanités, littérature et philosophie ». Éduscol, 2019.
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/HLP/74/1/RA19_Lycee_G_1-T-HLP_Oral-enseignement-HLP_1219741.pdf
Lycée professionnel
Terminale CAP et Bac Pro
Le chef-d’œuvre est un travail effectué seul ou en groupe. L’élève doit le présenter devant un jury. L’épreuve consiste à expliquer l’ensemble de la démarche, de la conception à la réalisation du projet.
BO n° 4 du 23 janvier 2020
BO n° 47 du 19 décembre 2019
SITES INSTITUTIONNELS
Rapport au Ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse : «Faire du grand oral un levier de l’égalité des chances», 24 juin 2019. Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences Po Paris :
Ce rapport propose également une réflexion sur la place de l’oral de l’école au lycée.
https://www.reseau-canope.fr/nouveaux-programmes/magazine/oral/lapprentissage-de-loral-un-enjeu-de-societe.html
Séminaire PNF (Plan National de Formation) : La prise en compte de l’oral au lycée ; travailler les compétences orales avec les élèves, 2019. Vidéos et ressources pour les enseignants de toutes disciplines en vue de la préparation du Grand oral :
https://eduscol.education.fr/cid140653/la-prise-en-compte-de-l-oral-au-lycee-travailler-les-competences-orales-avec-les-eleves.html
« Se préparer à l’oral par la pratique médiatique – collège, lycée, LP » : dossier pédagogique à télécharger sur le site de l’académie de Bordeaux
18 fiches réalisées par le CLEMI de Bordeaux sur la relation entre pratique médiatique et maîtrise du langage oral avec une série d’activités pédagogiques concrètes.
http://www.ac-bordeaux.fr/cid145302/oral-et-pratique-mediatique.html
Pour approfondir, consultez la curation de Brigitte Pierrat qui regorge de références institutionnelles et d’exemples de mise en pratique d’un enseignement de l’oral :
https://atelier75.canoprof.fr/eleve/Sitographies/competences_orales_eleve/
Pistes pédagogiques
Réaliser une webradio. Pour allier l’oral, l’écrit, les techniques de création, de production et de diffusion en ligne. Quelques outils pour créer une webradio :
https://www.clemi.fr/fr/medias-scolaires/creer-une-webradio.html
http://www.ac-toulouse.fr/cid74776/des-fiches-et-des-conseils-pour-votre-projet-radio.html
https://radioclype.scola.ac-paris.fr/
Appli Elocance, pour transformer les écrits en podcasts :
https://www.elocance.com/fr/
Réalisation d’une revue de presse orale. Cette prestation peut être enregistrée avec un micro ou filmée. Partenariat possible avec la maison de la radio :
https://www.maisondelaradio.fr/ateliers-autour-des-metiers-de-la-radio
Analyser et réaliser un journal télévisé :
http://cache.media.education.gouv.fr/file/Education_aux_medias/20/5/Se_preparer_a_l_oral_par_la_pratique_mediatique_-_clemi_bordeaux_-_novembre_2019_1204205.pdf
Utiliser des capsules vidéo : http://mediafiches.ac-creteil.fr/spip.php?article343
Mettre en place un atelier d’improvisation théâtrale.
https://eduscol.education.fr/cid114218/pratique-de-l-improvisation-theatrale.html
Des vidéos pour se préparer à l’oral : improvisation théâtrale, éloquence, Canopé, 2019. https://www.reseau-canope.fr/nouveaux-programmes/ressources-audiovisuelles/oral.html
Participer à Interclass’ : réalisation de reportages radiophoniques avec des professionnels de France Inter :
https://www.franceinter.fr/emissions/interclass
Résidence d’auteur avec un slameur ou Atelier de pratique du slam avec intervenants extérieurs dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle :
https://eduscol.education.fr/cid112947/slam-a-l-ecole.html
Club lecture à voix haute : jouer autour de variations sur la lecture à voix haute, lire et bruiter un texte, prendre la voix d’un personnage.
Écoute, recherche documentaire et étude des discours d’orateurs et d’oratrices célèbres à travers les temps (ex : discours de Greta THUNBERG, Assemblée nationale française, 23 juillet 2019 ou Yes we can, discours de Barack Obama, 8 janvier 2008 à Nashua, dans le New Hampshire, lors des primaires de la campagne présidentielle).
Recherche documentaire sur les tableaux, dessins, photos en lien avec l’oralité.
Participer à une joute oratoire, à un débat normé, structuré (ex. jeu de rôle : procès, simuler une plaidoirie), réaliser un débat radiophonique, organiser un débat d’éloquence.
Le débat réglé ou argumenté :
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/EMC/01/1/ress_emc_debat_464011.pdf (éduscol, 2015)
Le débat littéraire et interprétatif :
https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Culture_litteraire_/05/9/21-RA16_C3_FRA_5_culture_litt_debat_591059.pdf (éduscol, 2016)
Participer à l’un des nombreux concours d’expression orale existants (concours d’Éloquence, de plaidoiries etc.).
Monter une classe « Éloquence » en troisième avec les professeurs d’art.
https://eduscol.education.fr/cid141066/experimentation-enseignement-eloquence-classe-troisieme.html
Le blog Souffle vous propose de suivre deux classes de 3e à travers les séances menées en classe et les ateliers de pratique théâtrale
https://souffle.school.blog/
Après avoir visionné une séance d’entretien d’embauche dans un film (ex. : La loi du marché, entretien d’embauche via Skype) simuler des entretiens professionnels avec les élèves, notamment en lycée pro, en STMG ou organiser une séance ciné-débat.
https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/cdi-outil-pedagogique/base-initiatives/initiatives-pedagogiques/techniques-de-recherche-demploi/methodologie-de-lentretien-dembauche.html
Se servir des examens nationaux pour préparer les élèves à l’oral : oraux de français (EAF), de langues… : simulations, entraînements, des élèves prennent la place du jury, présentation d’un diaporama… https://www.lumni.fr/video/10-trucs-pour-assurer-a-l-oral
Les concours
De nombreux concours d’éloquence ont fleuri ces derniers temps en régions. Parallèlement, les élèves peuvent également participer à des évènements d’ampleur nationale, voire internationale :
Le concours d’éloquence de la fondation des femmes organisé par le Centre Hubertine Auclert et la Région Île-de-France en partenariat avec France culture : pour mettre en lumière le talent des femmes et dénoncer le sexisme par le verbe, au studio 104 de la Maison de la radio. Jury présidé par Christine Taubira, ancienne garde des sceaux. Prix Gisèle Halimi pour la meilleure prestation.
https://m.centre-hubertine-auclert.fr/outil/concours-d-eloquence-de-la-fondation-des-femmes-2018
Le concours de lecture à voix haute organisé par la Grande Librairie.
https://www.lumni.fr/dossier/la-grande-librairie-concours-de-lecture-a-voix-haute
Le concours de plaidoiries des lycéens organisé par le Mémorial de Caen : https://www.memorial-caen.fr/les-evenements/concours-de-plaidoiries-des-lyceens
« Dis-moi dix mots » piloté par les Ministères de la Culture et de l’Éducation nationale : http://www.dismoidixmots.culture.fr/concours-pedagogiques
À mots ouverts : concours international d’éloquence en français porté par l’Institut français.
https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Sensibilisation-des-publics/Les-concours/A-mots-ouverts-concours-international-d-eloquence
Concours de récitation organisé par la BnF à destination des collégiens et des lycéens avec un thème chaque année. https://www.bnf.fr/fr/evenements-et-concours-du-service-de-leducation-artistique-et-culturelle#bnf-concours-de-r-citation
Le programme Graine d’Orateur propose, en plus de ses formations, la Coupe de France lycéenne, une compétition de débats inter-lycées :
http://ffdebat.org/graine-dorateur
Coupe du monde de slam ; la prochaine coupe du monde se déroulera du 10 au 16 mai 2021 à Paris :
https://grandpoetryslam.com/la-coupe-du-monde/

Représentations artistiques
Chansons
Brel, Jacques, Les Timides. Youtube, 2014. https://www.youtube.com/watch?v=HeU7xlAKyvQ
Faye, Gaël, TV, 2014 :
https://youtu.be/nee7nJzJlT8
Grand corps malade, J’écris à l’oral. Youtube, 2008. https://www.youtube.com/watch?v=lwCL6o3kCcs
Grand corps malade, Le langage du corps. Youtube, 2019. https://www.youtube.com/watch?v=nh0mzQATQIs
Tableaux
Anonyme, Procès de Galilée devant l’Inquisition en 1633. Collection particulière.
Bach, Armand Eugène, La Cour d’Assises. Musée Carnavalet, Paris.
Belay, Pierre de, Plaidoirie de Me Moro-Giafferi. Collection particulière, 1934
Court, Joseph-Désiré, Honoré Gabriel Riqueti, Comte de Mirabeau à l’assemblée constituante de 1789, Musée des beaux-arts de Rouen.
Daumier, Honoré, Le Défenseur. Musée d’Orsay, Paris.
David. Le Serment du Jeu de Paume. Musée du Louvre, Paris.
Huot, Charles, Le débat sur les langues : séance de l’assemblée législative du Bas-Canada le 21 janvier 1793. National Gallery of Canada, Ottawa.
Lorent, Jean-François, Procès de Louis XVI à l’Assemblée de la Convention Nationale. Musée Carnavalet, Paris.
Dessins
Depuis la loi du 29 juillet 1881, modifiée par celle du 6 décembre 1954, les photographes et appareils photo sont normalement interdits dans les salles d’audience des palais de justice. C’est pourquoi les croquis, dessins et esquisses restent les seuls moyens de rendre compte visuellement de l’ambiance des jugements.
Les croquis d’audience : dessins de Cabu, Sylvie Guillot, Julien Tiberi, Noëlle Herrenschmidt, Riss, Dominique Lemarié, Tignous, notamment.
Photos
Discours de Jean Jaurès le 25 mai 1913 au Pré-Saint-Gervais à l’issue d’une manifestation contre la loi des trois ans, photo : Henri Roger.
Discours de Martin Luther King à Washington le 28 août 1963 « I have a dream », AFP.
Discours de Nelson Mandela prononcé à Rivonia devant les juges qui l’ont condamné en 1964.
Discours de John Fitzgerald Kennedy le 26 juin 1963 à l’hôtel de ville de Schöneberg (Berlin-Ouest), Keystone Pictures USA.
« Je vous ai compris » : discours du général de Gaulle lors de sa visite officielle à Alger le 4 juin 1958, crédits photo : Rue des Archives.

AFP.
L’oral comme praxis
Normalien, agrégé d’histoire, diplômé de Sciences Po, vous avez enseigné dans un établissement ZEP à la Courneuve, au pied de la cité des 4000, avant de devenir professeur d’art oratoire à Science Po Paris. Pouvez-vous apporter quelques précisions sur votre parcours personnel en lien avec les compétences orales et professionnelles ?
Après une dizaine d’années d’études supérieures, j’ai candidaté pour un poste à exigence spécifique lors de ma titularisation dans un collège à La Courneuve. Ce fut une redescente sur terre bienvenue. Enseigner à des adolescents de 10 à 17 ans vous conduit à quitter le monde nimbé des spéculations intellectuelles pour vous river à une seule question : comment faire passer ce que j’ai envie de transmettre ? Ce fut une mise en pratique personnelle de cet art de la parole qui est en premier lieu un art de l’écoute et de l’altérité. J’étais nourri par mes études bien sûr, mais aussi par la formation et la pratique du théâtre et particulièrement par une expérience de troupe de théâtre itinérant.
À Normale Sup’, au milieu des années 1990, j’avais mis en scène quelques pièces, Sartre, Gombrowicz… Nous étions une bande de copains. Et parmi ceux-là quelques-uns à vouloir une autre aventure. Non pas jouer devant les pairs, mais devant tous les publics, dans la tradition du théâtre populaire.
Une expérience de troupe, où vous débutez la journée par des parades sur les marchés – ou les parkings de supermarchés -, puis montez les décors de bois à la visseuse l’après-midi, puis installez les projecteurs pour jouer le soir, parfois dans le vent et sous la menace de l’orage. J’avais vingt-cinq ans, j’étais chef de la troupe : ce fut une école. Avec le recul, je crois que pendant ces heures innombrables consacrées à la mise en scène et à la direction d’acteurs, je me suis forgé comme pédagogue. Et sans doute suis-je allé vers le théâtre parce qu’au fond, ce qui me touchait, c’était cet accouchement de la personne pendant la répétition.
Comment en êtes-vous venu à ce théâtre de tréteaux ?
Avec un ami, au milieu des années 1990, nous nous étions rendus à la rencontre du Foostbarn Travelling Theatre, une troupe communautaire anglaise fondée à l’époque hippie qui jouait dans la banlieue de Dijon, sous chapiteau, l’Odyssée d’Homère, un spectacle dans la tradition de la Commedia Dell’ Arte, de Molière et Shakespeare. Après le spectacle, je demande aux comédiens où ils conseillent de se former. Ils répondent : « Il n’y a qu’un lieu, l’École Jacques Lecoq à Paris ». J’ignorais tout de cette institution davantage connue aux États-Unis, en Australie ou en Corée que dans son propre pays.
La rencontre avec Jacques Lecoq (1921-1999) a provoqué un séisme personnel. C’était un immense pédagogue de théâtre. J’étais élève dans son école deux ans avant sa mort, mais il transmettait toujours en personne. C’était une pédagogie conçue comme un voyage et dont la progression sur chaque journée, chaque semaine, l’une à la suite de l’autre, était pensée. J’avais un peu plus de vingt ans, le bon élève français, un élève si raide dans son corps. J’ai beaucoup souffert à l’École Lecoq au milieu des danseurs, des comédiens, des acrobates venus des cinq continents. J’y ai reçu une grande leçon.
La pédagogie de Lecoq est fondée sur l’engagement physique et l’observation du monde. Ariane Mnouchkine du Théâtre du Soleil dit qu’il a été son maître et je comprends pourquoi. Il fut l’inventeur génial du masque neutre, lui-même hérité de la tradition du masque noble du théâtre nô japonais.
C’est un outil pédagogique qui invite à un dépouillement personnel. Un masque en cuir que l’on se met sur le visage et qui permet de ressentir la sensation physique du calme et la relation à l’espace, élément clef dans le travail de l’acteur comme de l’orateur, mais aussi de l’enseignant et plus généralement de toute personne dont l’exercice de la parole est au cœur du métier. Bien sûr, une telle qualité fondamentale, l’état de réceptivité à ce qui nous environne, peut se travailler autrement que par le masque neutre, mais ce ne sera pas le même voyage.

Et l’art oratoire dans tout ça ?
Quand j’étais chez Lecoq, je sortais de Sciences Po et j’avais été déçu de ne pas y rencontrer un enseignement de l’art oratoire. L’oral qui faisait pourtant la réputation de l’École consistait en un exposé de 10 minutes produit par les étudiants, souvent assis, à lire leurs notes à toute vitesse, de crainte de ne pas avoir le temps de dire tout ce qu’ils avaient préparé. L’exposé était suivi à chaque fois d’une reprise de l’enseignant, qui s’attachait quasi exclusivement au contenu. Sauf exception, la « conférence de méthode » répétait inlassablement le même rituel monotone, deux exposés, deux reprises, que ce soit en économie, en histoire, en droit ou en relations internationales. On n’en pouvait plus (ça a beaucoup changé depuis). Quand je suis à l’École Lecoq, je découvre une nouvelle traduction de l’Institution oratoire de Quintilien, par Françoise Desbordes. Une traduction qui rend l’auteur antique lumineux pour le lecteur contemporain. Je tombe sur ce passage du XIe livre où Quintilien rappelle que les fondations de la maîtrise oratoire sont les mêmes que celles du jeu de l’acteur, qu’elles passent par l’entraînement physique, la respiration, les exercices vocaux et la gestuelle. Ce qu’on oubliait d’enseigner en France en dehors des meilleurs conservatoires de théâtre et de chant… ou de l’École Lecoq…
Est-ce cette lecture qui a guidé votre projet ?
C’est mon Eurêka. Peu après, je soumets à Richard Descoings (1958-2012) qui avait été mon enseignant à Sciences Po – en droit, en notes sur dossiers – et devenu entre-temps directeur de l’institution, un projet de séminaire pratique qui transmettrait aux étudiants les fondations de l’art oratoire. La même année, alors que j’enseigne au Collège Jean Vilar à La Courneuve, aux pieds de la Cité des 4000, nous lançons les Conventions Éducation Prioritaire qui visent à recruter rue Saint Guillaume des talents venus des territoires défavorisés que l’on n’arrivait pas à recruter jusque-là. Nous étions en l’an 2000. Depuis, près de 2300 élèves venus de plus de 100 lycées ont été sélectionnés par cette voie d’admission. Je ne compte plus aujourd’hui ces anciens étudiants devenus des interlocuteurs, à très haut niveau de responsabilité, qui sont enfants des sans-grades, chômeurs, ouvriers, éboueurs, agents d’entretien, mineurs mis à la retraite d’office à 40 ans car on fermait les dernières mines dans le Nord et en Lorraine. Je n’oublierai jamais qu’en 2001, les détracteurs de la réforme nous opposaient : « Mais un enfant d’ouvrier, ça ne peut pas s’intéresser à la politique ! ». Dans l’enseignement de l’art oratoire comme dans le recrutement, il s’agit de révéler des talents et de restaurer l’égalité des chances.
Dans le rapport (remis le 19 juin 2019) « Faire du Grand Oral un levier de l’égalité des chances », vous insistez sur l’importance de l’oral au cours des études, de l’école au lycée, avançant l’idée que le « Grand Oral » constitue l’aboutissement du parcours scolaire.
L’héritage que nous avons reçu, c’est un oral qui ne fait pas partie des priorités de l’École républicaine, toute focalisée sur le triptyque « Savoir lire, écrire, compter » et ce, depuis plus d’un siècle. Pourtant, parler en public est bien une compétence fondamentale pour réussir dans la vie. Et accessible à tous, pour peu que les techniques en soient enseignées. Un préjugé qui a la vie dure est qu’il s’agirait d’un talent de naissance. C’est ce que disent certains qui ne l’ont jamais enseigné !
Il faut tout réinventer, mais on ne part pas de rien. De la petite enfance à la terminale, il existe des initiatives sur l’oral, menées par des enseignants, parfois par des établissements entiers dans le cadre d’un projet pédagogique ambitieux, mais malheureusement de façon marginale. Lorsque j’effectue des sondages parmi les étudiants de Sciences Po, en leur demandant s’ils ont appris à parler en public à l’école, huit à neuf sur dix me répondent par la négative. Il y a néanmoins ces quelque 10 à 20 pour cent qui ont connu une expérience heureuse et fondatrice à l’école. Il faudrait vérifier si de tels chiffres sont corroborés à l’échelle nationale. Lorsque je collabore avec des rectorats, les équipes de l’inspection sont tout à fait capables d’identifier des pratiques pédagogiques orales, certes minoritaires, mais heureuses, qui ont cours dans certains établissements. Il y a intérêt à commencer par là, établir l’inventaire des bonnes pratiques, les analyser, les faire connaître, inciter à s’en inspirer. Et avoir à l’esprit que si l’on remonte plus loin dans le temps, nous avons connu une tradition pédagogique de l’oral, à l’époque médiévale bien sûr, avec la disputatio, mais de façon plus intéressante encore depuis le XVIIe siècle, avec des progressions pensées sur plusieurs années, particulièrement dans les écoles protestantes, jésuites ou oratoriennes dont il y a aussi des enseignements à tirer.
Certains opposants à la réforme du Grand Oral vous disent qu’un élève de terminale ne sera pas capable de parler debout et sans notes pendant cinq minutes. Je crois qu’ils ne posent pas la bonne question. La vraie question, mais aussi la plus dérangeante pour nous est de nous demander pourquoi des enfants qui, à l’école primaire, sont capables de faire des exposés debout, de dire devant toute la classe des mini-nouvelles dont ils sont les auteurs, de jouer des saynètes de théâtre, de déclamer des poésies avec plaisir, perdent cette faculté pendant les années collège. Quel est ce dispositif pédagogique qui ne nous permet pas d’étayer sur les acquis de l’enfance, d’aider l’adolescent à construire avec méthode ce qui a été découvert dans un esprit de jeu ? Alors oui, dès le collège et le lycée, mais aussi bien avant, dès l’école primaire et la maternelle.
Vous faites référence aux neurosciences, en lien avec le théâtre, notamment à propos des neurones miroirs « avec les neurones miroirs, les neurosciences découvrent ce que le théâtre sait depuis longtemps » (p. 12).
Pouvez-vous développer ce point ? Comment le distinguer d’une pratique ordinaire du mimétisme ?
La formule est de Peter Brook, une autre personnalité majeure du théâtre, qui lui-même a mis en scène L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, adapté du livre du neurologue Oliver Sacks. Le dialogue entre art et science, teinté d’humour, ne s’arrête pas là, puisque Giacomo Rizzolati qui, avec ses équipes, a mis en évidence les neurones miroirs en 1990, cite Peter Brook dès la première phrase de l’ouvrage qu’il a consacré à sa découverte. Je doute que les neurosciences renversent la table dans notre compréhension de la parole et de son partage. Elles nous permettent de comprendre plus précisément ce qui est en jeu. Ce que les hommes de l’art, comme Peter Brook, c’est un fait, pratiquent comme règle de l’art et parfois de façon plus exploratoire depuis des millénaires. L’apprentissage par le mimétisme que vous évoquez, présent partout dans le règne animal et chez le petit humain, s’explique justement en grande partie par la mise en évidence des neurones miroirs. Comment un geste que vous faites, même abstrait, déclenche une stimulation électrique dans mon cerveau comme si moi-même j’effectuais ce geste, peut-être pas de même intensité, peut-être pas en stimulant tous les mêmes neurones mais tout de même. À partir de là, c’est toute la généalogie du langage humain qui peut être revisitée et questionnée et les scientifiques ne se privent pas de le faire. Comment nos ancêtres préhistoriques, accédant à la position debout ont pu joindre le geste à la parole ? Est-ce que le geste a précédé, accompagné ou suivi la parole transitive puis abstraite ?

Un tel questionnement a-t-il des incidences sur votre pédagogie ?
Ce n’est en effet pas seulement un horizon spéculatif. Cette question intéresse aussi le pédagogue. Si mon geste aide l’énonciation et la formulation, ce que des phoniatres et des pédagogues ont compris bien avant que les neurosciences ne le confirment, on saisit bien qu’un enseignement de l’art oratoire s’adressant à des élèves assis ou les mains dans le dos, ou même les bras le long du corps serait stérilisant. Combien de fois des apprenants me disent « Je ne sais pas quoi faire de mes mains, de mes bras ! ». Or, des formateurs qui ont peu de conscience corporelle n’insisteront pas sur la gestuelle, voire, parfois, pour masquer leur ignorance, glisseront la question sous le tapis, diront : « Oh de toute façon, la gestuelle, cela ne s’apprend pas… » ou encore lâcheront : « Quand on est convaincu par ce que l’on dit, le geste vient tout naturellement… ». La vérité est que la gestuelle, comme la voix se travaillent. L’entraînement réveille les potentialités de chacun, libère des habitudes qui nous limitent, qui sont acquises pour la plupart – et non innées -. Comme pour les autres arts, il faut passer par des gammes, et c’est ce qui va nous libérer. Quand le pianiste se sentira-t-il enfin libre dans son interprétation de Chopin ? Dans un autre domaine, la conduite automobile, au prix de combien d’heures d’apprentissage avons-nous acquis une fluidité au volant ? (Si jamais nous l’avons acquise un jour…) Pour la prise de parole en public, la maîtrise s’acquiert beaucoup plus rapidement et aisément. Il s’agit en moyenne de 10 minutes par jour pendant deux ou trois semaines.
Il faut donc s’entraîner, multiplier des exercices, suivre une méthode…
Mon premier ouvrage, Tous orateurs, chez Eyrolles, co-écrit avec Hervé Biju-Duval, dit comment nous envisageons les choses, comment notre pratique de l’enseignement nous permet de dire qu’elles doivent s’envisager : toute personne, avec un minimum d’entraînement, peut parler en public. L’ouvrage est une méthode, présente des mises en situation, des témoignages exclusifs d’artistes comme Alain Souchon ou Jean-Michel Jarre, d’un journaliste, Ali Baddou, et des exercices d’entraînement.
Le dernier né, Je réussis mon Grand Oral du Bac1, s’adresse spécifiquement aux lycéens de terminale. Je l’ai écrit avec Paul Vialard, compagnon de route et pédagogue comme moi. Et une éditrice, Elisabeth Sanchez, aguerrie à l’écriture de manuels scolaires. Nous avons consacré neuf mois à le composer, à l’écrire et le réécrire – Vingt fois sur le métier… – à l’illustrer, tant l’enjeu de s’adresser au public des élèves, de leur donner les clefs pour parler en public requérait d’être méthodique et précis. L’ouvrage est conçu comme un vade-mecum pour le Grand O, je pense dense, technique et sérieux, tout en étant accessible à tous. Il détaille les enjeux de l’épreuve et de sa préparation, mais a aussi pour objectif de permettre à l’élève de construire étape par étape sa compétence de parler en public. Il présente ainsi une centaine d’entraînements progressifs. Si l’élève conserve ce livre dans sa bibliothèque au-delà de l’année de terminale, parce qu’il estime que cette méthode lui sera toujours utile, nous aurons gagné notre pari pédagogique.

Enseigner l’oral cela ne demande-t-il pas du temps, un apprentissage continué ?
De combien d’heures d’enseignement jouit un élève, de la maternelle à la terminale ? Un paquet compris entre 12.000 et 15.000 heures. C’est juste colossal. Pour ce qui est de l’oral, quelques heures suffisent pour s’approprier les fondamentaux. Une demi-journée en demi-classe. Il y a très peu de prérequis. Certains linguistes et sociologues vous diront le contraire, opposant l’argument du biais social – qui existe – comme une fin de non-recevoir. Ils ne parlent en réalité pas de la même chose. Ils se focalisent sur la linguistique et la maîtrise lexicale, au lieu de considérer l’enseignement de l’oral et ses fondations. On ne peut pas leur en vouloir dans la mesure où cet enseignement de l’oral, ils ne l’ont pas eux-mêmes rencontré. Je crois qu’ils écrivent cela en toute bonne foi, mais dans une connexion très fragmentaire avec le réel. Si vous relisez attentivement Marcel Mauss et Pierre Bourdieu, vous constaterez que les fondateurs ont bien évoqué l’oral comme une technique du corps. Cela pourrait mettre la puce à l’oreille. L’oral est une praxis.
C’est à dire…
C’est une pratique sur soi en relation avec les autres et un processus. La plupart des enseignants de l’oral s’adressent à des publics de tout âge, de toute condition sociale, avec les mêmes résultats, des progrès très rapides de l’apprenant, une maîtrise des fondamentaux en quelques heures. Je travaille régulièrement avec des personnes en situation de handicap. Un collègue et ami vient d’animer un séminaire pour des personnes nées avec une trisomie 21. J’ai encore à l’esprit l’exemple de cette clinique psychiatrique où chaque année, patients et personnels soignants préparent et jouent ensemble une pièce de théâtre : chacun va le chemin, personnel et collectif, semé d’embûches bien sûr, mais qui emmène plus loin. L’oral est le plus inclusif des modes de transmission et d’interaction que je connaisse.
Quel rapport voyez-vous aux apprentissages de l’écrit ?
L’écrit et l’oral sont les deux jambes d’une éducation équilibrée. Il est funeste qu’en France, on ait cru pouvoir éduquer les élèves en leur demandant de courir à cloche-pied, en concentrant l’essentiel des apprentissages sur l’écrit. Je vous ai parlé tout à l’heure de ces écoles primaires où les enfants déclament et interprètent de la poésie. Mais imaginons que la récitation d’une poésie ne soit associée qu’à un exercice de mémorisation. Je récite par cœur et, de fait, je m’arrête au milieu du gué sur le chemin de l’oral. Car le plus intéressant ne vient-il pas après, lorsque l’enfant pourra mettre en jeu sa sensibilité pour interpréter le poème ou la fable ? Au moment où il pourra réellement nourrir son goût de la langue et les interactions avec l’auditoire.
Votre projet, votre démarche sont politiques en même temps qu’éducatifs ?
Il y a dix ans, j’ai publié une tribune dans Le Monde intitulée « Savoir lire, écrire, compter et… parler en public » (parue le 20 octobre 2011). J’enseigne l’art de la parole depuis vingt ans. À la fin de l’année 2020, j’aurais accompagné près de 8000 personnes dans l’acquisition de cette maîtrise fondamentale. Cela peut paraître beaucoup, mais sur vingt ans, ce n’est pas tant que cela. Et si l’on pense aux 67 millions de Français… Oui, c’est un combat.
Il s’agit bien d’un projet politique, une affaire de la cité : donner la capacité de parler en public à tous. Voilà bien une réforme de société, et je ne crains pas de le dire, aussi radicale et progressiste que celle des congés payés sous le Front Populaire, de l’IVG ou de l’abolition de la peine de mort. Une réforme qui concerne aujourd’hui 12 millions d’élèves. Mais je souhaite relativiser le « vous » que vous m’adressez. S’il renvoie à un individu solitaire que je serais, je le récuse. C’est par un prisme trompeur que l’on croit aux réussites individuelles et que l’on oppose la personne au collectif. L’enseignement de l’oral en France ne peut réussir que dans une dynamique collective. J’insiste sur ce point, non par humilité ou par fausse modestie, mais parce que c’est la réalité et parce que le politique naît de ce collectif.
Enseigner ou pratiquer l’oral c’est construire du collectif avant tout ?
Je crois que si, en France, on était davantage attentifs aux conditions de réussite des collectifs, et ce, dès l’école, on ferait des pas de géant. Dans notre histoire récente, on l’a constaté de façon magistrale dans notre façon de répondre à la crise sanitaire qui n’a commencé à être satisfaisante qu’à partir du moment où l’on a restauré le collectif. Les grandes réussites, qu’elles soient économiques, sociales ou artistiques ne sont que collectives. Que serait devenu Picasso sans sa rencontre avec Georges Braque et tant d’autres ? Je vous ai parlé tout à l’heure du creuset dans lequel s’est construit Jacques Lecoq. Revenons à l’enseignement de l’oral qui est une aventure collective. Je ne suis moi-même qu’une personne parmi d’autres pour la porter. Ce n’est pas moi qui ai pris l’initiative de la mission ni qui ai pris la décision du Grand Oral.
Comment s’est concrétisé ce collectif à Sciences Po ?
C’est un compagnonnage sur 20 ans. Une équipe portée au fil du temps par une trentaine de personnes, des universitaires, des comédiens, des chanteurs lyriques, des chorégraphes, qui a mis au pot commun pour spécifier les séquences pédagogiques les plus utiles pour enseigner l’art de la parole à des publics divers. Des universitaires canadiens et suisses, spécialistes en sciences de l’éducation, nous ont également donné de très précieux conseils. Sciences Po est lui-même le creuset qui a permis ces rencontres et l’exploration de cette pédagogie. L’actuel directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, ne m’en voulez pas de lui rendre hommage, ce n’est que justice, s’est intéressé de près à ce que nous proposions, nous a fait confiance et a tout fait pour accompagner cette innovation. Il a ainsi créé un Centre d’Écriture et de Rhétorique à Sciences Po au sein duquel nous avons pu nous déployer. Si on ne fait pas confiance à une innovation, si on ne l’accompagne pas dans la durée, elle meurt ! Au-delà de Sciences Po, le rapport de préconisations sur le Grand Oral est encore le fruit d’une intelligence collective qui s’est cristallisée au printemps 2019, où les équipes du ministère et de l’inspection générale ont joué un rôle déterminant.
Convaincre, séduire, captiver un auditoire : quel sens donner à ces verbes ? Qu’en est-il de la dimension « sincère » du message et dans un contexte scolaire du « penser par soi-même », de porter sa propre parole, son ethos, fruit d’une maturation et d’une instruction comme vous le soulignez vous-même ?
Cette question est tout à fait fondamentale. Comment favoriser la parole propre de l’élève à la faveur du Grand Oral qui est aussi un oral de maturité pour reprendre la formule de Pierre Mathiot. Certains, reproduisant ce qu’ils ont eux-mêmes connus, rêvaient d’en faire un petit oral d’agrégation. Inutile de dire que si l’on transforme le Grand Oral en interrogatoire de connaissances et que l’on fait des jurys des juges de touche, on n’aura rien accompli et on ira droit dans le mur. Le plus intéressant pour le jury est de se positionner comme accompagnateur, plus du côté de la maïeutique socratique que du quizz. Le jeune adulte en face de moi, comment puis-je l’aider à aller plus loin dans sa réflexion sur sa question et sur son projet ? Ce regard exigeant mais bienveillant est indispensable pour susciter un échange de qualité. Mais il ne suffit pas.
Il y a aussi ce qui se joue du côté de l’élève…
Exactement. Et bien en amont, dès le choix des questions par l’élève. Là se jouera déjà 50 % du succès pour chacun. Une idée géniale (et je peux d’autant mieux le dire qu’elle n’est pas de moi) est que le lycéen doive articuler le choix de ses questions à une réflexion sur son parcours et ses souhaits d’orientation. Si le lycéen part de lui-même, de sa curiosité, de la façon dont il se projette pour définir sa question, avant de chercher le lien avec le programme de spécialité, nous sommes dans la bonne dynamique.
Cela n’est-il pas garanti ? La démarche projet s’inscrit dans cette perspective…
L’expérience nous a appris le contraire. Si l’élève est incité à choisir parmi une liste de 30 sujets établis à l’avance par l’enseignant, comme cela s’est vu lorsque la pratique des TPE était dévoyée, ou pis encore, parmi des sujets glanés ou achetés sur internet, on a peu de chance de susciter son adhésion au projet éducatif du Grand Oral. Permettez-moi de prendre un exemple personnel. À l’automne dernier, j’ai effectué à la demande d’un chef d’établissement, un pilote avec une trentaine d’élèves de première. À 8 h, la plupart étaient dans le brouillard pour le choix de leur sujet et pour tout dire, très peu motivés. L’un d’eux était même assis de travers m’opposant presque son dos, signe qui ne trompe pas un enseignant en début de séance.
……
J’ai d’abord voulu sauver ma séance. Nous étions début novembre. Je ne connaissais rien du texte officiel qui est sorti en février. Je leur ai dit : « Partez de vous, pas du programme de spécialité, après on verra ». Puis nous avons partagé les fondamentaux (la posture, le regard, la respiration) de façon à ce qu’ils aient les repères pour parler debout devant les autres, objectif pédagogique de la session, à la fin de la matinée. À la pause de 10 h, le même qui me tournait le dos vient me trouver. Il me dit :
« Je fais du basket, en fait, je suis même basketteur de haut niveau. Est-ce que vous pensez que je peux faire quelque chose sur « le corps du basketteur » ?
– C’est-à-dire ? je lui demande.
– Eh bien, quelle est la part de l’inné ? la part due à l’entraînement ? Existe-t-il des normes concernant ce corps du basketteur ? »
J’ai évidemment trouvé la proposition excellente. Comme ce lycéen envisageait une spécialité en SVT et en Physique, les passerelles avec le programme étaient massives : le génome, l’analyse du mouvement, etc. Ce jour-là, à l’issue de la session, les 30 élèves de première étaient capables de parler pendant 1 à 3 minutes du sujet qu’ils avaient choisi, debout devant les autres. Et cela avant les dizaines d’heures de travail que requerra la préparation du Grand Oral. Je crois que dans l’ensemble, les élèves et les enseignants peuvent être confiants dans ce choix personnel de départ. Cela peut faire peur bien sûr. Comme enseignant, on se dit qu’on ne maîtrisera pas tous les sujets, etc. En vérité, on va gagner un temps considérable, tout simplement parce que l’élève sera motivé et que l’on aura simplement à l’accompagner.
Ne craignez-vous pas de voir fleurir des sujets fantaisistes et/ou de peu d’intérêt ?
Il y a bien sûr une contrepartie au choix du sujet par l’élève et que les enseignants de spécialité auront bien sûr à valider. Outre le lien avec le programme qui va inciter l’élève à s’en enquérir de façon active, il y a l’étape fondamentale de la documentation. De la qualité de celle-ci dépend la qualité du travail qui suivra et qui pourra mûrir sur de longs mois. Recueil de données, sitographie, bibliographie. Plus que jamais les CDI seront le poumon du lycée. Il est donc tout naturel que les textes officiels aient prévus que les professeurs documentalistes qui sont responsables de la formation des élèves à l’information-documentation, à l‘éducation aux médias et à l’information puissent faire partie des jurys.
La distanciation physique en situation de pandémie ne fait-elle pas écran à l’interaction ? Ne nous amène-t-elle pas à revoir l’approche ?
Vous m’auriez posé la question en février, je vous aurais répondu qu’il était impensable d’enseigner la prise de parole en public à distance. Et puis… le confinement est venu… Comme les autres collègues, j’ai été mis au défi de m’adapter. Au total, j’ai donné une cinquantaine d’heures d’enseignement à distance en art oratoire, de fin mars à fin avril, à des étudiants qui participaient simultanément au même cours, qu’ils soient en France, au Liban, aux États-Unis ou en Asie. Et j’ai constaté que cela fonctionnait très bien. Tout simplement parce qu’il s’agit d’une pédagogie active et que les outils numériques mis à disposition permettent les interactions. Alors, oui, il faut d’emblée envisager des formations à distance, non seulement en prenant en compte le risque d’un nouveau confinement, mais tout simplement parce que désormais, avec ou sans pandémie, les élèves auront à être éloquents en présentiel comme dans la réalité virtuelle. Animer un webinaire, se présenter par une vidéo, participer à un entretien à distance ne s’improvise pas. Comme pour le reste, il y a des techniques à connaître et des apprentissages à construire.
La rentrée, c’est la reprise, après plusieurs mois d’interruption ; la priorité peut-elle être sur l’oral alors que la question de la remédiation est aussi posée ?
Il y a bien sûr la question de la distanciation physique et des préconisations sanitaires à respecter qui vont sans doute continuer à varier dans le temps et selon les territoires. Mais la crise sanitaire ne signifie pas une injonction soudaine à se taire. Je crois au contraire qu’après ces longs mois d’interruption, pour certains élèves dont la scolarité en pointillés a pu commencer dès décembre 2019, l’oral est stratégique. L’enjeu est bien de retrouver une dynamique de classe, la confiance et la bienveillance qui permettront de travailler. L’erreur serait de se précipiter sur les programmes comme s’il ne s’était rien passé. Ce qui s’est produit est majeur et a concerné, dans le monde entier, toutes les générations. Il y a un intérêt à partir de là. Cet événement, comment les élèves l’ont-ils vécu ? Qu’en pensent-ils ? Qu’ont-ils à en dire ? La parole et la qualité d’écoute qui l’accompagnera, on le sent bien, vont être décisives. Si vous profitez de ce moment, pour partager en une demi-journée, les techniques fondamentales pour l’oral (posture, respiration, regard, présence vocale, relation à l’auditoire), vous donnez aux élèves une compétence nouvelle. Ils en constateront l’effet sur eux quasi immédiatement, ils vous en seront reconnaissants. Nous nous donnons les moyens, en une demi-journée, de remettre tout le monde le pied à l’étrier.

Déambulations Jansoniennes
Un atelier de pratique artistique théâtre réunit depuis huit ans 25 lycéens issus de tous les niveaux jusqu’aux classes préparatoires. Ils sont encadrés par une comédienne et un comédien en alternance. Stéphanie Ruaux et Laurent D’Olce. À l’occasion de la Nuit de la lecture1 le 18 janvier dernier, nous avons proposé aux élèves de l’atelier de travailler sur les grands discours. L’objectif était de leur faire comprendre que savoir exprimer ses idées est une force et savoir prendre la parole un pouvoir.
L’année s’organise en deux temps : de septembre à janvier, un travail approfondi est effectué sur le corps, la voix, le travail d’improvisation et le jeu collectif. En janvier, un événement est organisé soit dans le cadre de la Nuit de la lecture en partenariat avec le ministère de la Culture, soit sous la forme d’un spectacle théâtral. Cela nous permet d’intégrer les élèves de CPGE qui ne peuvent plus suivre l’atelier à partir des mois de mars-avril en raison de la préparation des concours. Par la pratique de cet atelier théâtre « Grands discours », ils ont ainsi pu ressentir l’articulation et le développement des idées écrites par leurs auteurs.
Du Discours sur la misère de Victor Hugo jusqu’à celui prononcé par Greta Thunberg à la COP 24, les élèves ont pu mesurer l’investissement nécessaire pour que ces discours soient compris par leur auditoire. Il leur avait été demandé de les apprendre par cœur, afin que leurs regards puissent être libres et qu’aucun pupitre ne soit nécessaire. Ce fut donc un travail « sans filet », car la présence d’un texte papier sur un pupitre constitue une béquille à laquelle il est rassurant de se raccrocher, comme le note un élève : « J’ai peur de regarder le public, je replonge dans mon texte, je ne sais pas quoi faire de mes mains, je tiens le pupitre ».
On ne se rend jamais assez compte à quel point le plus dur est de rester les bras le long du corps et d’assumer cette position : cela demande une assurance et une confiance en soi, une vraie capacité à reprendre son souffle en toute sérénité sans pouvoir se cacher d’aucune manière et c’est ce travail que nous avons proposé aux élèves.
Pour pouvoir rythmer cette présentation, car il ne faut jamais oublier le public, certains textes ont été répartis entre deux ou trois élèves. Nous avons agrémenté le parcours de deux scènes extraites d’œuvres de Molière en lien avec le langage : celle du Mariage forcé dans laquelle le débat est de savoir s’il faut dire « la forme » ou la « figure » d’un chapeau, et la scène bien connue du Bourgeois Gentilhomme au cours de laquelle Monsieur Jourdain découvre qu’il parle en prose.
Dans le cadre très particulier du lycée Janson de Sailly, fort d’un beau patrimoine historique, nous avons choisi une forme déambulatoire, afin que les élèves puissent s’approprier des lieux auxquels ils n’ont pas toujours accès, que ce lycée devienne encore un peu plus le leur et qu’ils puissent partager ce plaisir avec le public constitué en grande majorité de leurs parents et amis.
Les salles traversées ne comportant évidemment pas de scènes, afin que les élèves soient bien visibles depuis n’importe quel coin de la salle, nous avons choisi de les faire s’exprimer debout sur des tables, ce qui augmentait pour eux la sensation d’être « exposés », mais aussi le devoir d’être en maîtrise de ce que nous appelons au théâtre notre « instrument » : notre corps et surtout notre voix.
Les élèves ont été admirables dans leur engagement et la fierté qu’ils ont eu à faire cette représentation « chez eux », dans leur lycée, était très belle à voir.
