Maus
Le conseil d’école du comté de Tennessee a demandé que la bande dessinée Maus d’Art Spiegelman soit retirée des programmes en raison de huit mots vulgaires et d’une souris nue dans une baignoire ! Le conseil a également dénoncé la « description de violences et de suicides » que l’on peut trouver dans cet album, prix Pulitzer 1992. Le tapage journalistique autour de cette censure a été tel que les Américains qui ne connaissaient pas encore ce chef-d’œuvre du neuvième art se sont précipités dans les librairies pour l’acheter. Heureusement, on n’a pas tous en nous quelque chose de Tennessee…

Livres suspendus
Vous connaissez le café suspendu, une tradition solidaire italienne de la région de Naples qui consiste à payer deux cafés, l’un pour soi et le second pour un éventuel autre client du bar qui n’aurait pas les moyens d’en consommer un. La maison d’édition Marotta & Cafiero applique ce principe dans la librairie qu’elle a ouverte à Scampia, dans la banlieue de Naples. Sa devise : là où on vendait de la drogue, aujourd’hui on vend des livres. Elle a récolté plus de 12 000 euros pour offrir des livres à des familles qui n’en avaient pas les moyens.
Qu’est-ce qu’on dit ?
Grazie mille !
Anne, ma sœur Anne
Suite de la publication chez Harper Collins de Qui a trahi Anne Frank ? On pensait enfin savoir qui avait dénoncé la jeune juive. Après cinq années d’enquêtes menées par un ancien du FBI, aidé d’une trentaine d’experts, le mystère de cette dénonciation était dévoilé par l’historienne canadienne, Rosemary Sullivan. Un notaire juif, Arnold van den Bergh, aurait protégé de la déportation sa propre famille en livrant les Frank et leurs amis. Dès sa parution, des historiens néerlandais contredisent cette thèse, démentant que le notaire ait pu avoir accès à une liste secrète des juifs cachés dans Amsterdam, le conseil juif instauré par les nazis dont faisait partie le notaire n’ayant jamais possédé une telle liste. Devant la polémique, l’éditeur néerlandais a suspendu son impression.
Anne, ma sœur Anne, il faudra encore attendre…
Big Mac Book
Depuis 2015, McDonald’s a distribué en France plus de 80 millions de livres pour enfants. Avec la disparition des jouets en plastique des boites de Happy Meal, la firme américaine privilégie le papier et le carton. Depuis l’an dernier, outre des livres distribués dans ses boites, McDonald’s instaure les Mercredis à lire. Le premier mercredi du mois, les enfants, en plus du livre ou du jouet choisi avec leur Happy Meal, reçoivent un album. Ces albums de littérature jeunesse, sélectionnés par un comité d’experts, proviennent d’éditeurs différents pour qui cela représente une manne bienvenue. Dommage que nos chers bambins soient obligés d’avaler un steak haché sanguinolent entre deux tranches de pains spongieuses pour avoir le plaisir de recevoir un livre. Après le green washing, le champion de la malbouffe invente le book washing !
Happy Birthday !
Les éditions Delachaux et Niestlé ont été fondées en 1882, à Neufchâtel, en Suisse, par l’imprimeur Adolphe Nietslé et les frères Eugène et Paul Delachaux. Rapidement, les trois hommes spécialisent leurs publications dans les sciences naturelles. Avec la collection Les guides du naturaliste, l’éditeur, depuis les années 50, propose des ouvrages de synthèse d’une grande rigueur scientifique permettant d’identifier la faune et la flore d’une région. Leur best-seller : Le guide des oiseaux d’Europe de Roger Tory Peterson. Vous retrouvez dans chaque cahier des livres d’InterCDI, sous la plume de notre collègue Danielle Boisson, la présentation de leurs nouveautés. Les éditions Delachaux et Niestlé devront prévoir un gros gâteau d’anniversaire si elles veulent y planter 140 bougies !

Queen Kong Théorie
Virginie Despentes associée à la photographe Axelle Le Dauphin lancent une nouvelle maison d’édition : La Légende éditions. Les deux femmes entendent ainsi : « promouvoir la représentation et la visibilité de la culture queer et féministe ». Dans ce but, elles souhaitent créer un collectif de recherche, de défense, d’archivage et de diffusion de cette culture. La maison d’édition devrait publier 9 livres par an.
Dans le même temps, au moment où Grasset, son éditeur historique, risque de tomber dans l’escarcelle du groupe Bolloré, l’autrice de King Kong théorie soutient activement le collectif « Stop Bolloré ». Ce collectif rassemble des membres et des organisations de la société civile qui s’inquiètent de la concentration des médias et de l’édition en France et des dangers que cela représente pour la démocratie.

Une enseigne pour les bibliothèques
L’Association des directrices et directeurs de bibliothèques municipales et de groupements intercommunaux des villes de France (ABDGV) a lancé un appel à candidatures pour concevoir une signalétique simple rendant les bibliothèques facilement identifiables sur tout le territoire. Dans le cahier des charges, il est précisé que l’enseigne doit être conçue comme un signe repérable depuis la rue comme le logo de La Poste, comme la croix verte d’une pharmacie ou encore la carotte des buralistes. L’enseigne sert avant tout à identifier dans l’espace public un lieu, un bâtiment pour dire : « Ici se trouve une bibliothèque ». Cette enseigne devra être contemporaine, lisible, mémorisable et son coût de fabrication ne devra pas dépasser 1000 euros HT, afin d’être à la portée de toutes les villes.
T’as le look Coco
La célèbre, géniale et talentueuse Coco Chanel fait l’objet d’un manga intitulé Miroirs, publié aux éditions Kazé. Les deux auteurs, Kaiu Shira au scénario et Posuka Demizu au dessin, ont choisi de mettre en images des moments clés de la vie de la couturière. Nul doute qu’ils ne vont pas présenter la créatrice de la petite robe noire comme une patronne despotique, un membre des services secrets allemands sous l’Occupation ou une antisémite notoire, ce qu’elle était également. Comme disait Jean Cocteau : « Les miroirs devraient réfléchir avant de renvoyer les images ».

Une nouvelle Gaffe !
À l’occasion du festival d’Angoulême, les éditions Dupuis ont annoncé le retour de Gaston Lagaffe. L’éditeur belge qui fête cette année ses 100 ans le confie à Delaf, dessinateur canadien des Nombrils. L’album doit sortir en octobre 2022 et sera tiré à 1,2 millions d’exemplaires. Franquin s’étant toujours opposé à une reprise de son personnage, l’intérêt de cette opération s’avère purement commercial. Isabelle Franquin qui ne possède pas les droits de ce personnage vendu par son père est opposée au projet et entend faire reconnaître son droit moral. La bataille juridique des avocats des deux camps promet d’être homérique. Après Astérix, Corto Maltese, Blake et Mortimer, arrêtons de déterrer les cadavres pour leur faire les poches. M’enfin !
Le P’tit Nobel
Marie-Aude Murail a reçu le prix Hans Christian Andersen, décerné par l’IBBY (International Board on Books for Young People). Ce prix, remis depuis 1956, est souvent surnommé « le petit Nobel ». L’autrice de Sauveur & Fils est la seconde française à recevoir ce prix prestigieux après René Guillot, auteur quelque peu oublié de Crin-Blanc. Une récompense hautement méritée pour la qualité d’écriture et la diversité des thèmes que l’on retrouve dans ses romans. Avec Oh boy ! (Indispensable en collège) elle a été une des premières à aborder l’homosexualité en littérature pour adolescents. En 2013, Marie-Aude Murail publiait, à l’École des loisirs, 3000 façons de dire je t’aime ; le jury, en la récompensant, vient d’en ajouter une autre !
Les dédicaces enfin rémunérées
Selon la Ligue des auteurs professionnels, 53 % des auteurs de BD vivent avec moins que le Smic. Les femmes sont encore plus mal loties : 50 % des autrices vivent sous le seuil de pauvreté. C’est pourquoi les auteur.e.s ont salué le protocole pour la rémunération des dédicaces qui a été signé par le ministère de la Culture, le Syndicat national de l’édition, la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit et par certains festivals de bandes dessinées. Déjà évoquée dans le rapport Racine, cette mesure instaure : « une rémunération des auteurs de bande dessinée pour les actes de création réalisés dans le cadre de leur participation à des salons et festivals ». Un forfait de 226 € brut par festival leur sera donc versé. C’est toujours ça de pris !
Bibliothèque Universitaire
La Bibliothèque Sorbonne Nouvelle a ouvert ses portes le 9 mai. Située au 8 avenue de Saint Mandé à Paris, elle est l’œuvre du célèbre architecte Christian de Portzampac. Elle propose plus de 1000 places dont certaines réparties dans une quarantaine de salles insonorisées. Le bâtiment évolutif et modulable peut s’adapter selon les besoins. Il abrite un fonds de 450 000 livres, 1 100 bd, 8800 films et séries, 22 000 ebooks. Cette nouvelle bibliothèque est dotée d’un budget de 1,5 million d’euros et emploie 80 agents. De quoi rendre jaloux nos CDI les mieux lotis !
Allumer le feu !
Si, selon Pierre Reverdy, « Le poète est un four à brûler le réel », les éditeurs de poésie, eux, renaissent de leurs cendres. Ainsi, la collection Points Poésie a connu une progression de plus de 60 % entre 2020 et 2021. Cette collection publie, sous la direction de l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, 8 à 9 titres par an. Vous y trouverez notamment The Flame de Leonard Cohen. Chez Actes Sud, Cyril Dion, militant écologiste essaie poétiquement d’éteindre le réchauffement climatique en publiant le recueil À l’orée du danger chez Actes Sud. Enfin, l’éditeur La ville brûle publie une anthologie féministe mise en images par l’artiste Diglee intitulée Je serai le feu ! Cette anthologie réunit 50 poétesses du XIXe, XXe et XXIe siècle. Certaines d’entre elles très connues, d’autres tombées dans l’oubli. Alors achetez de la poésie pour vos CDI, suivez les conseils d’Isabelle Grout dans le cahier des livres et vous pourrez, en regardant vos élèves, voir grandir la flamme dans leurs yeux.































Les parents sont également source de nombreux questionnements, comme c’est le cas pour Guilène, dans L’âge du fond des verres de Claire Castillon. Avec ses parents, elle a de très bonnes relations, des petits rituels pleins d’amour et elle peut parler de tout (ou presque !). Mais en entrant en classe de sixième, elle va découvrir qu’ils sont un peu différents de ceux des autres élèves du collège, ils sont… plus âgés, bien plus âgés. Cette différence – qui va finalement se révéler ne pas être si embarrassante – va lui procurer un sentiment de honte et remettre en question les relations intra-familiales. C’est la même émotion qui agite Mo dans Y’a pas de héros dans ma famille de Jo Witek. Le roman aborde la honte et le sentiment d’infériorité lié à la classe sociale. Pour le petit garçon de fin d’école primaire, il y a deux mondes : celui de l’école – où l’on fait attention à son comportement et à son expression – et celui de la maison où le langage est familier, où la famille nombreuse s’agite et parfois s’affole. Un jour, en se rendant chez un camarade de classe, il découvre avec stupeur une immense maison où tout se passe comme à l’école et où les photos de chaque « héros » (prix Nobel de médecine, avocat…) sont accrochées au mur. Mo ressent alors de la honte à l’idée d’appartenir à une famille où il n’y a pas de héros. Son inconfort, ses doutes et ses questionnements sont perçus par ses parents qui réussiront à créer un magnifique moment de cohésion rattaché à l’histoire familiale.
sœurs Slodowska et dépeint la grande entraide qui naît entre elles à la suite du décès de leur mère. Bronia part d’abord en France pendant que Marie subvient à ses besoins financiers en travaillant en Pologne, puis cette dernière rejoint sa sœur à Paris pour faire ses études, alors que Bronia exerce comme gynécologue. L’ouvrage est centré sur la relation entre les deux sœurs et le pacte qu’elles ont scellé qui leur permettra de devenir chacune une grande scientifique et de s’accomplir professionnellement.