Comme tous les enseignants, les professeurs documentalistes[1] accèdent à leur métier grâce à un Capes spécifique. Pourtant, malgré le Capes de documentation et les textes réglementaires qui valident les savoirs académiques et pédagogiques de ces professionnels, leur expertise semble encore mal identifiée ou insuffisamment reconnue. De quoi les professeurs documentalistes se sentent-il experts ? Leur expertise est-elle reconnue au sein du système éducatif français et sur leurs terrains d’exercice ?
INTRODUCTION
Depuis 1989, les futurs professeurs documentalistes accèdent à leur métier après obtention d’un Capes spécifique (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré), comme tous les autres enseignants. En complément de leur concours de recrutement progressivement inscrit dans les sciences de l’information communication (SIC), plusieurs textes réglementaires sont venus souligner l’expertise spécifique du professeur documentaliste. La circulaire de mission de 2017 lui reconnaît ainsi une « expertise » scientifique « dans le champ des sciences de l’information et de la communication » (mission 1) et dans la gestion du CDI, puisque « son expertise fait du CDI un lieu privilégié d’ouverture de l’établissement sur son environnement ainsi qu’un espace de culture, de documentation et d’information […] » (mission 3). Plus récemment, le Vadémécum EMI (2022) évoque sa « place de personne-ressource dans la mise en œuvre de l’EMI », du fait de « sa formation en SIC et de sa maîtrise des connaissances et des compétences propres à l’éducation aux médias ». Tout en observant le chemin déjà parcouru et celui qui s’annonce[2], nous cherchons à comprendre ce qui fonde l’expertise des professeurs documentalistes et comment celle-ci se construit, se dit et se vit, dans un contexte institutionnel et professionnel en évolution.
Définition de l’expertise
Selon l’Encyclopedia Universalis et le dictionnaire Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi), quand le mot « expert » est employé comme adjectif, il qualifie « une personne qui a acquis une excellente connaissance par une longue pratique, un grand savoir-faire dans une profession, grâce à une longue expérience ; une personne qui a une grande habileté dans un domaine ». L’étymologie du mot « expert » rappelle que la compétence de l’expert se fonde avant tout sur un savoir-faire, acquis à force d’expérience : l’expertus en latin, tiré du verbe experiri, caractérise celui « qui a fait ses preuves, qui a de l’expérience, qui est habile » (Calafat, 2011). Les auteurs qui travaillent la notion d’expertise font le constat d’une confusion fréquente entre les notions d’expertise, de compétences et de « spécialiste », dont la particularité est d’intervenir dans des domaines précis, circonscrits et plutôt techniques (Bootz et Schenk, 2014). En ce sens, l’expert est souvent assimilé dans le champ professionnel à un « super spécialiste » qui combine plusieurs spécialités, éminemment pratiques et opérationnelles. Dans Sociologie politique de l’expertise (2011), Corinne Delmas écrit ainsi que « l’expertise est habituellement associée à la compétence professionnelle. À l’origine, l’expert est le détenteur d’un savoir particulier, lié à la pratique de son métier ; il devient un spécialiste reconnu dans son domaine, sollicité pour émettre un avis ». Jean-Philippe Bootz et Éric Schenk précisent que « l’expertise au sein d’un groupe repose sur des connaissances validées (science fiable) et le respect de règles déontologiques édictées par le groupe lui-même » (2014).
Il apparaît ainsi que c’est la compétence professionnelle, ou bien un ensemble de compétences professionnelles, qui fonde l’expertise et que celle-ci se construit également sur la légitimité qu’une communauté confère à celui qu’elle reconnaît comme expert. Si l’on se réfère à ces premiers cadrages, les professeurs documentalistes peuvent être désignés experts, puisqu’ils détiennent un savoir particulier, lié à des pratiques professionnelles exercées dans un environnement spécifique qu’ils connaissent bien (l’établissement scolaire), dans le respect des codes déontologiques de leur métier et dans le cadre d’un mandat accordé par l’institution (MENJSESR)[3].
Questionner l’expertise professionnelle des professeurs documentalistes
Dans cette étude et en appui de ces éléments initiaux, nous interrogeons l’expertise des professeurs documentalistes : comment les professeurs documentalistes définissent-ils eux-mêmes la spécificité de leur savoir particulier lié à leur pratique professionnelle ? Estiment-ils être connus, reconnus, identifiés et sollicités en tant qu’experts par leurs pairs (collègues de discipline, communauté éducative) ? Quels sont les domaines dans lesquels ils se reconnaissent eux-mêmes experts ? Et comment cette expertise se construit-elle, au cours de leur formation et sur leurs terrains d’exercice ?
Pour répondre à ces questions et analyser la représentation que les professionnels ont de leur propre expertise – en proximité ou à distance de l’expertise officiellement définie – le choix a été fait de mener une enquête qualitative. L’étude a été conduite par questionnaire écrit ou par entretien. La répartition entre ces deux modes de recueil des données s’est faite en fonction de la disponibilité des enquêtés mais les questions posées (voir ci-dessus) étaient identiques à l’écrit et à l’oral et sont restées les mêmes sur les deux temps de l’enquête, permettant ainsi d’observer dans quelle mesure les perceptions de l’expertise évoluent ou se maintiennent dans des contextes institutionnels et professionnels mouvants.
Le corpus élaboré comprend également les textes réglementaires essentiels, considérés comme des discours institutionnels qui viennent compléter les discours professionnels collectés. L’analyse conjointe de ces différents discours permet de nommer l’expertise des professeurs documentalistes, telle qu’elle s’énonce, se conçoit, se perçoit, se construit, se donne à voir et se représente, dans un alliage essentiel de dit et de non-dit, individuel et collectif.
UNE ENQUÊTE SUR L’EXPERTISE DES PROFESSEURS DOCUMENTALISTES
L’enquête a été menée en deux temps, en 2022 et en 2025. Lors de la première session de recueil des données, 12 professeurs documentalistes (ou se préparant au métier) ont été invités à évoquer la représentation qu’ils se font de leur propre expertise et 6 autres personnels de l’éducation ont été sollicités pour émettre un avis sur l’expertise de leurs pairs. Les enquêtés étaient d’ancienneté variée, débutants ou expérimentés.
Plus récemment en 2025, notre enquête a porté sur des professeurs documentalistes débutants, soit 20 futurs professionnels, étudiants inscrits en M1 et M2 MEEF Parcours Professeur documentaliste et se préparant toutes et tous à la session 2026 du Capes de documentation.
La constitution de ce panel varié, qui associe professeurs documentalistes expérimentés, débutants à des enseignants d’autres disciplines, a pour objectif de proposer une vision panoramique de l’expertise des professeurs documentalistes et de la façon dont celle-ci se construit, en relation avec l’expérience et en articulation avec des discours institutionnels.
Sans prétendre à l’exhaustivité ou à une absolue représentativité difficile à obtenir, notamment du fait de la constitution de l’échantillon, l’analyse permet cependant de dégager des éléments relatifs à l’expertise des professeurs documentalistes. Au cours de l’enquête, les enseignants participants ont présenté avec sincérité et engagement leur perception de l’expertise des professeurs documentalistes (voir ci-dessous les tableaux des figures 1, 2 et 3). Prenant appui sur la singularité des expériences, les verbatim sélectionnés, issus de l’enquête par questionnaire et entretiens, structurent notre analyse[4].
Panel des enquêtés en 2022


Panel des enquêtés en 2025

L’EXPERTISE DES PROFESSEURS DOCUMENTALISTES VUE PAR LES PROFESSIONNELS DE TERRAIN
Nous l’avons vu, l’institutionnalisation de la légitimité pédagogique et scientifique des professeurs documentalistes s’est opérée relativement récemment, grâce au Capes de documentation et à la publication de quelques textes réglementaires. Dans ce contexte, il est possible que la reconnaissance de leur expertise soit encore à stabiliser, tout comme il est envisageable que l’aspect « patchwork » de cette profession, hétérogène et disparate tant du fait des parcours originels que des profils de recrutement (Cordier, 2012), modèle de manière spécifique la construction de leur expertise professionnelle au sein du système éducatif français.
Une expertise qui se construit sur des savoirs professionnels concrets
En réponse aux deux questions « Si on vous dit « expertise » et « professeur documentaliste », à quoi pensez-vous ? » et « Les professeurs documentalistes sont-ils, selon vous, experts d’un ou de plusieurs domaines ? Si oui, lequel/lesquels ? », il apparaît de manière générale que les professeurs documentalistes sont réticents à parler d’expertise et à se reconnaître experts d’un domaine spécifique : « moi je répondrais spontanément que je ne me sens pas forcément experte dans un domaine. Experte dans un domaine, je trouve que ce n’est pas évident […] » (2022 Ab) ou encore « le professeur documentaliste doit être spécialiste de l’information. Cette idée paraît simple alors qu’elle ne l’est pas. Expert en quoi ? Pour qui ? Avec qui / quoi ? » (M2-C).
Lorsqu’il leur est demandé de qualifier leur propre expertise, les professionnels formulent celle-ci en termes de compétences pratiques ou de savoirs professionnels concrets : « quant à moi, le domaine d’expertise, je dirais que… je suis plus… disons… active sur le terrain auprès des élèves. Lors d’activités très concrètes, lorsqu’on mène des recherches documentaires, là je me sens utile et je dirais compétente. Donc peut-être que là, on pourrait peut-être parler d’expertise » (2022 Ab) ou encore « l’expertise des professeurs documentalistes serait plutôt sur les types de documents, comment utiliser ces derniers, comment les trouver, comment apprendre avec différents supports » (M1-F) ; « le professeur documentaliste est un expert dans son domaine. Il doit pouvoir aider les élèves, les professeurs et les personnels de l’établissement dans leur recherche d’information, en les conseillant, les dirigeant vers des pistes afin qu’il réponde aux mieux à leurs besoins » (M1-Az).
Ces verbatim, choisis parmi de nombreux autres propos équivalents, mettent en lumière une réticence à nommer leur expertise, réserve observée chez tous les professeurs documentalistes, qu’ils soient expérimentés ou débutants. Le terme « expertise » est fréquemment perçu comme un mot trop savant ou grandiloquent, qui ne leur correspond pas et ne désigne pas réellement la place qu’ils occupent dans leurs terrains d’exercice et au sein de leur institution.
De nombreux enquêtés relativisent leur expertise par l’emploi régulier du conditionnel, du terme « certain », des expressions « un peu » ou « peut-être » : « on peut dire qu’ils ont une certaine connaissance des documents en général » (M1-F) ; « hum… l’information-documentation peut-être. Ou la gestion. Deux domaines dans lesquels on est censé savoir à peu près de quoi on parle, j’imagine » (2022 Cl) ; ou encore « dans un sens, on peut estimer que les professeurs documentalistes sont un peu des experts » (M1-Lo).
La plupart des étudiants M1 associent l’expertise à un « ensemble de connaissances théoriques et pratiques qu’il faut connaître afin d’exercer le métier » (M1-Pl), à des « qualifications » (M1-Fk), à « une expérience et un savoir qualifié » (M1-D), à « de l’expérience, des diplômes et une validation académique » (M1-Aa) ou à « la possibilité d’accomplir certaines tâches spécifiques dans un domaine précis avec rigueur » (M1-V). Les débutants associent donc l’expertise à un ensemble de savoirs théoriques, issus de champs disciplinaires multiples et validé par un diplôme qui certifie l’acquisition de ces savoirs. Les professeurs documentalistes plus expérimentés se réfèrent moins au diplôme et à la validation académique initiale qu’au cumul d’expériences ou à l’autoformation qui permet aussi leur montée en compétences : « certaines choses que je faisais par le passé, je les fais différemment maintenant » (2022 Ab) ; « je ne m’estimais absolument pas experte quand j’ai commencé […] mais au fur et à mesure, vu qu’on prend de l’assurance, on se forme, on creuse la formation qu’on avait […], moi je me suis formée petit à petit, en préparant mon Capes et en faisant de la veille ensuite […], on emmagasine des connaissances, des compétences, ce qui fait que l’on peut estimer qu’on est de plus en plus expert » (2022 Cf). Pour les professeurs documentalistes expérimentés, l’expertise se construit ainsi davanatage par l’expérience que par le diplôme ou les savoirs théoriques.
Pluralité des domaines d’expertise des professeurs documentalistes
Selon les enquêtés, il ressort également que l’expertise des professeurs documentalistes est difficile à caractériser, tant elle touche des domaines nombreux et divers : « le terme d’expertise me fait penser à beaucoup de choses et m’embarrasse un peu et je me pose la question, est-ce que, en tant que professeur documentaliste, on peut parler d’expertise ? » (2022 Ab). La majorité des enquêtés, expérimentés ou débutants, corrèlent l’expertise des professeurs documentalistes à « plusieurs domaines » ou à de « nombreux domaines ». Même lorsqu’ils soulignent que le professeur documentaliste est un expert dans « son domaine » (M1-Az), ils s’engagent le plus souvent dans une longue énumération visant à circonscrire, de la manière la plus exhaustive possible, un domaine qui ne leur apparaît pas comme étant unifié, mais plutôt multiple et très diversifié.
Les domaines, activités ou champs de savoir cités sont en effet nombreux et hétérogènes dans leurs natures : « EMI, l’information, gestion du fonds documentaire, ouverture culturelle et projets pédagogiques » (M2-C), « la maîtrise des SIC, les savoirs info-documentaires, la littérature jeunesse et sa promotion » (M2-Li) ; « recommandation et médiation littéraires, recherche documentaire et gestion » (M2-M). Les professeurs documentalistes évoquent de manière souvent complète l’ensemble des activités qui se rapportent à leurs missions, définies dans la circulaire n° 2017-051 du 28-3-2017 : politique documentaire, acquisition et gestion des ressources, CDI, ouverture culturelle, partenariat, enrichissement du fonds documentaire, mise à disposition des documents, veille documentaire, diffusion de l’information, activités de médiation, éducation aux médias, etc. C’est précisément cette pluralité des tâches et des missions qui étonne et intéresse le plus les étudiants M1 MEEF qui entrent sur le terrain : « j’ajoute que le professeur documentaliste exerce des missions plus variées que je ne l’imaginais » (M1-D).
L’expertise qu’ils se reconnaissent se situe pour eux dans cette pluralité d’activités, et c’est aussi cette grande polyvalence que les collègues de discipline leur reconnaissent : « ils sont très polyvalents : livres, pédagogie et numérique » (2022 LmL) ou encore « c’est vraiment une fonction polyvalente […], une fonction de bibliothécaire au sein d’un établissement […], une fonction pédagogique […] et puis je dirais que le professeur documentaliste a une troisième corde à son arc, dans la mesure où je me rends bien compte que ces dernières années, les stagiaires documentalistes sont extrêmement bien formés pour tout ce qui est informatique et numérique » (2022 Ll). Bien que toujours soulignée, aussi bien par les professeurs documentalistes que par leurs collègues, cette diversité de tâches trouve malgré tout une unité, au sein d’un espace particulier qui est le CDI et que chacun présente comme essentiel.
Le CDI : espace privilégié de l’expertise des professeurs documentalistes
En effet, dans les dire des enquêtés, le CDI est toujours désigné comme l’espace où s’exerce l’expertise des professeurs documentalistes, lieu central et centralisateur de compétences et de ressources et reconnu comme tel par les professionnels, par la communauté éducative et par le grand public, comme en témoignent ces nombreux verbatim : « en tant que documentaliste, son expertise renvoie à sa capacité à gérer un centre de documentation : savoir sélectionner des ressources de qualité, adaptées au public, et savoir en faire la médiation (mise en valeur, communication) » (M2-A) ; « le professeur documentaliste doit également gérer le CDI de l’établissement » (M2-C) ; « ils sont capables d’aménager au mieux l’espace CDI pour que les usagers se retrouvent rapidement dans cette salle, notamment grâce à une bonne signalétique et des espaces différenciés pour chaque domaine » (M1-Az) ; « pour les élèves, le CDI reste un endroit fondamental, et donc la personnalité et la capacité d’accueillir du professeur documentaliste est fondamentale, donc il faut que le ou la documentaliste en fasse un véritable lieu de vie, d’expertise, certes, mais aussi d’accueil et de lieu de vie, où il y a des règles que l’on doit respecter, mais aussi une plus grande flexibilité que ce qu’il y a par exemple dans un cours » (2022 LmL).
Conscients de la place centrale qu’occupe le CDI dans les représentations du métier, plusieurs enquêtés, futurs professeurs documentalistes, soulignent – non sans la regretter – la tendance largement répandue qui consiste à réduire la figure du professeur documentaliste à celle de la « Dame » ou du « Monsieur » du CDI (M1-Fk) : « l’image des professeurs documentalistes est plutôt reliée au métier de bibliothécaire, donc de classement des documents, de livres en majorité, avec l’image de la « dame du CDI » qui reste dans sa salle et qui s’occupe des livres et de faire respecter le silence. Cela fait que leur expertise n’est pas vraiment reconnue par le grand public et par certains professeurs d’autres matières » (M1-F) ; « il arrive souvent qu’une confusion se ressente autour de cette profession, comme si les gens ne savaient pas vraiment en quoi cette activité consistait, restant bloqués sur cette image de “dame du CDI” » (M1-Lo). La persistance redoutable et à double tranchant de ce stéréotype essentialise le lien existant entre un lieu et une fonction, tout en le dévoyant. Il nous semble toutefois que cette perception est propre aux regards d’étudiants en tout début de formation car nous n’avons pas retrouvé chez les enseignants plus expérimentés, cette représentation éminemment réductrice et stéréotypée du professeur documentaliste.
Enseignant et documentaliste : la bivalence professionnelle comme expertise
Les textes qui définissent le métier de professeur documentaliste, qu’ils soient réglementaires, professionnels ou scientifiques, soulignent tous la particularité d’un métier qui repose sur une double compétence. La bivalence est inscrite au cœur de ce métier qui combine les compétences d’un professionnel de l’information-documentation et celles d’un enseignant. Sur le site officiel « devenirenseignant.gouv.fr » (MENJSESR), on peut lire que « le professeur documentaliste est à la fois un spécialiste de l’information-documentation et un enseignant ». Ce « à la fois » fonde l’originalité de ce métier, dans lequel se côtoient des missions communes à tous les professeurs et personnels d’éducation et des missions « spécifiques[5] ». Cette bivalence est présentée par les professeurs documentalistes et par les chercheurs en SIC comme un atout, sans toutefois oblitérer la dimension éminemment complexe de cette double compétence inscrite dans les textes. Pour rejeter le cloisonnement potentiel des deux fonctions, « professeur » qui renvoie à l’activité d’enseigner et « documentaliste » qui renvoie à celle d’informer, Isabelle Fabre construit l’idée d’un « tiers métier » (Fabre, 2011). Les professeurs documentalistes perçoivent bien la difficulté d’exercer ce double mandat, y compris les débutants : « si on me dit ‘expertise’ et ‘professeur documentaliste’, je pense à une connaissance qui se veut double. D’un côté, pour moi, le/la professeur documentaliste doit maîtriser son rôle de documentaliste, mais de l’autre, il/elle doit également avoir suffisamment de savoir pour mener à bien son rôle de professeur, notamment sur les questions du numérique. En effet, ce tiers métier étant, je trouve, souvent un peu mis de côté, il me semble important d’assurer autant que possible, en tant que professionnel, aussi bien pour soi-même que pour faire face aux autres enseignants, aux élèves et à leurs parents » (M1-Lo).
Une expertise en pédagogie revendiquée
« Assurer », être un professionnel qui investit efficacement chacune des deux dimensions de sa fonction, représente une difficulté non négligeable pour les professeurs documentalistes qui veulent « faire face » à la communauté éducative et défendre leur double expertise. Notre enquête souligne que c’est dans le domaine de la pédagogie que les professeurs documentalistes interrogés s’attribuent le plus fréquemment une expertise, et ils le font avec plus de facilité que pour leurs autres domaines d’activité. Ils évoquent en effet régulièrement la plus-value de leur capacité à travailler en équipe, à concevoir des séances transversales ou interdisciplinaires : « nous sommes experts dans la pédagogie (gestion de classe, création séance…), dans la gestion documentaire et la littérature jeunesse, et enfin dans la mise en place de séances interdisciplinaires » (M2-La) ; « si on s’appuie sur les missions du professeur documentaliste… on peut dire qu’il est expert en pédagogie, oui, voilà, puisqu’il est avant tout professeur » (2022 Ab). Ils soulignent également leur aptitude à s’ouvrir aux autres : « les professeurs documentalistes sont intéressés à s’ouvrir aux spécificités des autres matières et autres pôles de la communauté éducative, pas seulement de l’équipe pédagogique » (M2-C).
Une fonction enseignante inégalement reconnue
Si les professeurs documentalistes situent volontiers leur expertise dans leur mission d’enseignement, les autres professionnels voient plutôt celle-ci dans la connaissance des livres ou des documents, parfois dans le numérique et les médias. Les autres personnels s’interrogent sur le statut d’enseignant des professeurs documentalistes qui ne leur paraît pas clair, tout en s’accordant sur le fait que le Capes de documentation confère « une certaine reconnaissance » à leurs collègues. Pour les enseignants de discipline interrogés, les professeurs documentalistes sont bien reconnus comme des « professeurs à part entière » ; toutefois ces mêmes enseignants soulignent toujours les différences qui les distinguent et les caractérisent par l’emploi d’une forme syntaxique négative : les professeurs documentalistes ne font pas cours, ils n’ont pas vraiment d’élèves, ils n’ont pas de salle de classe. Selon les interrogés, le professeur documentaliste exerce bien un métier d’enseignant, et pourtant : « non clairement, ce n’est pas du tout reconnu en tant que métier égal des autres profs » (2022 An) ; « certains professeurs ne reconnaissent pas entièrement la qualité de professeur mais uniquement celle de documentaliste ou de gestionnaire du CDI » (M1-V) ou encore « bien souvent, les gens ne savent pas que nous sommes professeurs et pas uniquement documentalistes » (M2-La). Les professeurs documentalistes savent bien que leur statut d’enseignant est peu reconnu et peu identifié, par leurs collègues comme par les élèves : « j’ai aussi remarqué que le métier souffre encore du fameux ‘Mais vous, vous n’êtes pas prof, monsieur’ que j’ai pu entendre de la bouche de deux élèves » (M1-Fk, après le stage).
Les professeurs documentalistes experts en soutien et en accompagnement de projets
En matière de numérique, d’éducation aux médias, de recherche d’information, de lecture ou d’ouverture culturelle, les professeurs documentalistes sont perçus comme des « personnes-ressources », « un intermédiaire fondamental », une « aide », un « appui » du fait de « ses capacités à coordonner et initier des projets avec certains professeurs » (2022 M2-3). Les professeurs documentalistes eux-mêmes font fréquemment référence à leur rôle de personne-ressource, qu’ils reformulent au moyen du terme de « médiation », notion scientifiquement inscrite dans le champ des SIC. Les professeurs documentalistes se présentent comme des « médiateurs », « à l’écoute de la communauté éducative », capables de « s’adapter et d’accompagner ». Sur le terrain, face à la grande diversité des attentes et des besoins, l’expertise des professeurs documentalistes s’apparente ainsi à une capacité d’adaptation permanente : « au quotidien, on s’adapte aux attentes et aux besoins des élèves et aux attentes des professeurs qui veulent travailler avec nous […] » (2022 Fstg2). Cette aptitude à soutenir et à accompagner les pratiques pédagogiques et les projets constitue une réelle compétence et une expertise spécifique.
SIC et EMI, TERRITOIRES D’EXPERTISE DES PROFESSEURS DOCUMENTALISTES ?
En complément de ces nombreux domaines d’expertise précédemment évoqués, dans la mesure où les SIC ainsi que l’EMI sont désignées par l’institution comme centrales dans les missions des professeurs documentalistes, il convient d’observer si celles-ci occupent une place effective dans les discours des acteurs de terrain.
Quelle place est faite aux SIC dans l’expertise des professeurs documentalistes ?
Les SIC sont peu ou pas citées comme champ de référence de la profession, sauf par les étudiants inscrits en M1 et M2 MEEF et qui évoquent les sciences de l’information communication (ou bien « les sciences de l’information-documentation » ou « la communication ») comme domaine d’expertise des professeurs documentalistes : « je pense directement à l’expertise du professeur documentaliste en SIC. En effet, ce champ de recherche est étroitement lié à la formation du prof doc » (M2-S) ; « je pense en premier, en évidence, à la maîtrise des SIC » (M2-Li) ; « je pense aux notions SIC à enseigner aux élèves » (2022 M2-5).
Les étudiants se préparant au Capes de documentation estiment que les SIC sont peu connues et également qu’elles sont essentiellement utiles pour préparer le concours. Selon eux, les SIC occupent une place très importante dans leur formation mais sont peu mobilisées sur les terrains d’exercice : « quand je suis rentrée dans la formation, je ne pensais pas que les SIC allaient avoir un aussi fort impact dans le métier et je dois avouer que plus j’avance et plus je fais des stages d’observation et de pratique dans les établissements, moins j’arrive à voir l’importance des SIC dans le métier. Même si les SIC sont fort présentes dans la formation, je n’arrive pas à les voir autant présentes dans la pratique » (M2La) ; « j’aimerais que les SIC soient un domaine de connaissance et d’expertise dans ma carrière car c’est un sujet d’étude passionnant et je vois le besoin d’apporter une expertise auprès des adolescents et de la communauté. Cependant, j’ai l’impression que c’est dur d’avoir une reconnaissance dans ce domaine, qui me semble souvent inconnu des autres » (M2-M).
Les autres enquêtés (professeurs documentalistes expérimentés, enseignants de discipline) rendent les SIC peu visibles, alors même que les éléments cités comme étant des champs d’expertise se rapportent aux SIC : « oui effectivement, on est expert en information-documentation, en recherche d’info, peut être aussi en ce qui concerne la culture numérique, on est censés peut-être être les mieux placés » (2022 Cl) ; « l’expertise du professeur documentaliste, c’est tout ce qui concerne la diffusion de l’information en termes d’efficacité, de pertinence, de veille documentaire, etc. [.…] Peut-être en termes d’acquisition dans le cadre de la politique documentaire, le documentaliste a peut-être un regard plus vaste qu’un collègue de discipline » (2022 Ab). Et lorsque les SIC sont citées comme domaine d’expertise, c’est l’expertise du professionnel lui-même qui est immédiatement relativisée, minimisant la place des SIC dans le métier : « oui, l’expertise du prof doc, c’est forcément une expertise dans tout ce qui est sciences de l’info et de la com, et puis en éducation aux médias […] notre expertise peut servir de point d’appui, notamment au chef d’établissement. J’ai des compétences, j’ai des connaissances mais moi je ne suis pas une experte ! Il y a des personnes qui sont beaucoup plus expertes que moi dans le domaine » (2022 Cf). La fréquence des « peut-être » et l’absence des SIC dans les discours entérinent ainsi le constat, toujours d’actualité, d’un ancrage incertain des savoirs en SIC dans cette profession (Couzinet et Gardiès, 2009).
L’EMI : un domaine d’expertise qui fait consensus
Si les SIC ne sont pas toujours explicitement nommées, l’éducation aux médias et l’information (EMI) est en revanche bien identifiée et toujours citée comme une spécificité, voire une expertise par les professeurs documentalistes expérimentés et par les étudiants MEEF : « et puis on peut aussi parler d’expertise pour l’éducation aux médias par exemple, puisque c’est le rôle quand même du professeur documentaliste » (2022 Ab) ; « bien évidemment il y a aussi l’EMI dont l’enseignement repose essentiellement sur le Prof doc et qui apparait dans ses missions institutionnelles » (M2-S) ; « selon moi les professeurs documentalistes ont un champ d’expertise sur les sciences de l’information et de la documentation ainsi que sur l’EMI et mon stage a confirmé ce que je pensais » (M1-Aa). Comme le montre Florence Michaux-Colin dans un article récemment paru dans InterCDI (n° 318, 2025), plusieurs professeurs documentalistes enquêtés disent ne jamais utiliser l’acronyme EMI avec leurs collègues de discipline et aborder l’EMI par le prisme des programmes disciplinaires, afin de prendre appui sur des références communes, faciliter les collaborations et garantir aux enseignants de discipline qu’ils ne perdront pas de temps avec l’EMI, fréquemment considérée comme chronophage. Mais cette enquête révèle que, malgré le peu d’emploi de l’acronyme EMI : « dans la grande majorité des discours des enseignants [de discipline] rencontrés, les professeurs documentalistes apparaissent de manière récurrente, comme initiateurs, partenaires et /ou référents de l’EMI dans l’établissement […] et comme des acteurs incontournables de l’EMI. » (Michaux-Colin, 2025.) Au vu des données collectées, il semblerait ainsi que l’EMI trouve sa place dans le champ professionnel, contrairement aux SIC qui sont peu valorisées.
Entre transversalité et pluralité des acteurs : les professeurs documentalistes « maîtres d’œuvre » de l’EMI ?
Bien que l’expertise des professeurs documentalistes en éducation aux médias et à l’information soit reconnue sur les terrains professionnel et institutionnel (référentiel de compétences professionnelles, circulaire de mission, vadémécum EMI), la mise en œuvre concrète de cette compétence spécifique reste discutée. En dépit du mandat qui leur est officiellement confié d’être les « maîtres d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias », la responsabilité des professeurs documentalistes est concurrencée sur le terrain scolaire par la multiplication des dispositifs transversaux (PIX), par des enseignements obligatoires (enseignement moral et civique au collège, sciences numériques et technologie en classe de seconde générale) ou facultatif (géopolitique et sciences politiques en classe de première)[6], ou encore par l’arrivée en 2022 d’interlocuteurs supplémentaires (référent EMI). La mission spécifique des professeurs documentalistes en matière de formation aux médias et à l’information se dilue dès lors dans une multiplicité d’acteurs et d’enjeux (Picard, 2023) et l’expertise spécifique officiellement conférée aux professeurs documentalistes peine à émerger de manière visible dans le paysage institutionnel.
Les futurs documentalistes qui arrivent dans les établissements soulignent les difficultés de mise en œuvre de l’EMI, l’invisibilisation des compétences qui y sont associées et d’eux-mêmes, professionnels qui prennent prioritairement en charge ces formations : « les professeurs documentalistes cherchent à obtenir une légitimité en se plaçant comme expert de l’information, mais tant que ce savoir ne sera pas enseigné par le biais de programmes officiels, l’expertise sera difficilement reconnue » (M2-Mt) ; « l’expertise du professeur documentaliste n’est pas reconnue. En effet, que ce soit dans le projet d’établissement ou dans la grille d’évaluation du grand oral, les compétences apprises notamment grâce au professeur documentaliste, par exemple l’EMI, ne sont pas citées. Les compétences documentaires sont relayées au second plan par rapport aux compétences dites disciplinaires » (M1-F). Le travail récent de Florence Michaux-Colin confirme que les professeurs documentalistes se sentent parfois perçus comme des « prestataires de service, sollicités en fin de projet pour leurs compétences techniques » mais dans le même temps, elle insiste sur le fait que sur son terrain d’enquête, tous les enseignants de discipline rencontrés considèrent les professeurs documentalistes comme des acteurs incontournables de l’EMI (2025).
L’expertise des professeurs documentalistes : reconnue ou méconnue ?
Si certains doutent parfois de leur expertise ou de la manière dont celle-ci est reconnue, il apparaît cependant que les professeurs documentalistes expérimentés se disent globalement reconnus dans leur expertise. Mais ils énoncent aussi de multiples facteurs qui rendent variable cette appréciation. Selon eux, la reconnaissance de leur expertise dépend des établissements, des collègues, de l’équipe de direction : « reconnu… ça va dépendre desquels. Certains savent qu’on a des domaines d’expertise. D’autres n’en ont pas la moindre idée » (2022 Cf) ; « reconnue, oui, mais pas tout le temps à notre juste valeur, même si ce n’est pas volontaire de la part de nos collègues […], sur le terrain, cela varie d’un établissement à l’autre, voire d’un collègue à l’autre » (2022 Fstg1). Pour les débutants inscrits en M1 et M2 MEEF, l’avis est encore plus mitigé : la moitié des enquêtés jugent que l’expertise des professeurs documentalistes n’est pas du tout ou peu reconnue, et ce pour une multitude de raisons, déjà précédemment citées : pas reconnus en tant qu’enseignants « à part entière », trop souvent considérés comme des personnes-relais, sollicités de manière très variable selon les établissements, trop peu valorisés du fait que l’importance des compétences info-documentaires est rarement prise en compte. Certains, plus radicaux encore dans leur expression, considèrent que « de façon générale, je trouve que les compétences, l’expertise des profs doc sont très mal exploitées dans le système scolaire » (M2-Mt) ou encore que « les autres ne savent pas qu’on enseigne et ne savent pas que les SIC sont le fondement du métier et encore faudrait-il qu’ils connaissent les SIC… » (M2-M).
Le facteur temps de la reconnaissance sur le terrain
Dès qu’ils ont de l’ancienneté, les enquêtés relèvent que la perception de leur propre expertise ou de celle de leurs pairs a évolué. À la question posée « est-ce que votre connaissance et votre perception de l’expertise des professeurs documentalistes ont changé au cours de votre carrière ? », tous les personnels interrogés répondent que c’est le cas. C’est sur le terrain et dans la durée, au contact de leurs collègues, dans la gestion partagée des projets, dans l’observation du travail quotidien réalisé par les professeurs documentalistes que l’appréciation de l’expertise se construit : « moi cela fait longtemps que je travaille avec le professeur documentaliste là-dessus, alors pour moi, l’expertise du professeur documentaliste, c’est l’éducation aux médias et à l’information de manière générale. Pour moi, le professeur documentaliste a vraiment un rôle d’expert sur ces sujets-là, c’est-à-dire d’essayer de fédérer ses collègues autour d’un enseignement vraiment organisé et construit, autour de ces questions d’évaluation de l’information, de traitement de l’information, de développement de l’esprit critique des gamins sur ces questions, en lien aussi avec toutes les problématiques liées au numérique, aux réseaux sociaux, à l’usage qu’en font les jeunes […] » (2022 CPE-Cs) ou bien « quand on a un pied dans un établissement, on se rend compte qu’on peut compter sur les profs docs et qu’on peut mettre en place beaucoup de choses avec eux » (2022 Rep) ou encore « j’ai beaucoup d’estime pour la documentaliste de notre lycée, elle est particulièrement accueillante, intéressante, passionnée et donc c’est vrai qu’elle m’a fait voir le métier sous un bon jour » (2022 LmL).
Le temps passé à côtoyer les professeurs documentalistes, à travailler avec eux, à échanger, à monter des projets, à prendre appui sur leur connaissance du numérique ou de la littérature jeunesse, permet progressivement, sur le court ou long terme, de construire une représentation de l’expertise des professeurs documentalistes. Pour les enseignants de discipline, comme pour les professeurs documentalistes, il apparaît que le facteur temps est déterminant dans la perception de l’expertise car c’est dans la durée que se nouent les partenariats : « il faut du temps pour que s’installe un autre regard chez les partenaires disciplinaires et l’expertise des profs docs installés est relative au temps passé dans un établissement, ce qui explique sans doute l’immobilité, ou le peu de mobilité, des collègues » (2022 Eg).
CONCLUSION
L’étude menée permet de démontrer que les professeurs documentalistes peinent à nommer l’expertise qui est la leur. Quand ils sont invités à qualifier la nature de leur expertise, comme cela était proposé dans ce travail, ils préfèrent le plus souvent situer leur expertise professionnelle dans leur capacité à construire des séances pédagogiques en collaboration avec leurs collègues ou dans des connaissances appliquées, relatives à l’animation et à la gestion du CDI.
La perception de leur propre expertise est rarement unifiée, car ce qui fait leur force selon eux, c’est précisément la diversité de leurs champs d’action et la multiplicité de leurs responsabilités. Ils soulignent aussi que la prise en compte de leur expertise se construit inégalement, dans des environnements toujours bienveillants mais plus ou moins facilitateurs.
Il apparaît également que les SIC ne constituent pas un marqueur identitaire professionnel pour les professeurs documentalistes expérimentés. Il semblerait que plus ils s’éloignent du concours et de leur formation initiale, plus ils construisent la perception de leur propre expertise sur d’autres bases que les bases théoriques. Les professeurs documentalistes, engagés au quotidien auprès des élèves pour travailler sur les médias et la circulation de l’information et des discours, s’inscrivent pleinement dans le champ des sciences de l’information et de la communication. Mais l’exercice du métier en établissement tend à effacer ces savoirs théoriques, pourtant mis en œuvre. Sur les terrains d’exercice et quand les professionnels ont de l’expérience, ils valorisent davantage les savoirs pédagogiques qui sont les leurs.
Les professeurs documentalistes, en formation, débutants ou expérimentés, rendent compte d’un métier protéiforme, plus exigeant et quelquefois plus intéressant encore que ce qu’ils avaient anticipé. S’installer dans un établissement, construire peu à peu des partenariats, leur permettent le plus souvent d’être identifiés comme personnes-ressources, capables d’apporter une expertise spécifique dans différents domaines.
Et si leur place est parfois difficile à trouver, si la reconnaissance par les pairs ou par l’institution n’est pas toujours aussi solide qu’espérée, l’observation du terrain démontre sans nul doute que les professeurs documentalistes ont bien une expertise spécifique, qui leur est propre et qui existe de manière vivante et incarnée.





























