Accident
Deux romans classiques ont inauguré ce genre en utilisant le prétexte de l’accident pour isoler leurs groupes de jeunes protagonistes. Tout d’abord, l’indémodable Deux ans de vacances de Jules Verne, paru en 1888 et qui met en scène un groupe d’une dizaine de jeunes garçons dont le bateau fait naufrage et s’échoue sur une île déserte, obligeant les rescapés à s’organiser pour survivre. Inspiré de l’aventure de Robinson Crusoé, ce texte ajoute toutefois, au jeune âge de ses personnages, les aléas liés à la vie en communauté. Le groupe est ainsi sujet à de fortes tensions menant à la création de différents clans, jusqu’à ce que ceux-ci soient contraints de s’unir lorsque l’île est attaquée.
Après, cette fois-ci, un accident d’avion, les héros de Sa majesté des mouches de William Golding, édité en France en 1956, font face aux mêmes difficultés que leurs prédécesseurs. Ils sont isolés sur une île inconnue où il leur faudra apprendre à survivre ensemble sans perspective de sauvetage. Les réactions sont alors les mêmes – des clans se forment, des chefs se révèlent, des rébellions couvent –, mais l’auteur va plus loin en menant son groupe jusqu’aux frontières, et au-delà, de la barbarie. Ici la question des rapports de pouvoir et de l’inhumanité qui surgit quand plus aucun contrôle n’est exercé est poussée à l’extrême.
Plus récente, la série Horizon de Scott Westerfeld s’appuie sur le même ressort dramatique en ajoutant toutefois une dimension fantastique au récit. En effet, le tome 1, Crash, débute par l’accident d’avion qui ne laisse pour survivants que huit adolescents, et l’environnement dans lequel ils se réveillent diverge complètement de ce à quoi on aurait pu s’attendre : tombé au-dessus de l’Arctique, l’avion et ses passagers se retrouvent mystérieusement perdus au milieu d’une jungle non identifiée. Par ailleurs, les épreuves auxquelles ces derniers devront faire face ne semblent pas toujours naturelles, mais seront l’occasion dans ce récit de faire plutôt valoir les qualités de chaque personnage et d’afficher des valeurs de solidarité. L’origine de tout cela est-elle vraiment due au hasard ou les adolescents sont-ils devenus malgré eux les sujets d’une expérimentation dont ils ne savent rien ?

adaptation du roman de William Golding (1963)
Expérimentation
La mise en quarantaine volontaire de groupes d’enfants ou d’adolescents par des adultes se retrouve fréquemment dans les romans dystopiques et de science-fiction. Aucunement le fruit du hasard, cette situation est entièrement mise sur pied, pour différentes raisons, par des personnes de pouvoir et revêt alors un caractère particulièrement cruel.
La série la plus connue utilisant cette configuration est bien sûr Hunger Games, de Suzanne Collins. À des fins purement récréatives, le Capitole organise et met en scène des jeux mortels télévisés qui nécessitent d’enfermer dans une immense arène 24 jeunes poussés à s’entre-tuer. Plus ou moins livrés à eux-mêmes (ils gardent tout de même un faible lien avec l’extérieur grâce au « coach » de leur équipe et aux cadeaux, s’ils ont la chance d’en recevoir), les adolescents de 11 à 18 ans reproduisent des comportements liés aux différences de classes sociales qui régissent leur société, et mettent en place des systèmes de défenses entre rivalité, alliances et solidarité.
Le cycle L’Épreuve de James Dashner débute avec Le Labyrinthe, son premier volume, dans lequel un adolescent, Thomas, se réveille dans un lieu inconnu qui s’avère justement être… un labyrinthe. S’apercevant qu’il n’y est pas seul, il rejoint un groupe de jeunes, présents pour certains depuis plusieurs années. Ceux-ci se sont organisés en société et ont mis en place une méthode pour tenter de trouver une issue. C’est ainsi que Thomas intègre l’équipe des coureurs qui s’activent tous les jours dans les couloirs, en échappant aux araignées mécaniques géantes, pour tenter de dessiner un plan de leur prison.
Sur le même principe, Em, l’héroïne de la saga The Generations de Scott Sigler, se réveille, amnésique, dans un cercueil. Autour d’elle, d’autres cercueils, desquels sortent d’autres adolescents, persuadés qu’ils ont douze ans quand ils en ont en réalité dix-sept. L’enjeu, là encore, est de parvenir à garder le groupe soudé pour trouver un moyen de s’échapper et comprendre de quelle machination ils sont la cible.
Cette thématique, propice à la création de séries dystopiques young adult et principalement portée par une production anglo-saxonne, se retrouve aussi dans le roman de Jeanne-A. Debats, Pixel noir. Pixel, un jeune génie de l’informatique, vit dans à une époque évoluée où l’on traite les graves problèmes de santé en plongeant les personnes dans un Virtuel de Repos, pour les soigner sans qu’ils souffrent. Victime d’un accident, il est plongé dans le coma et se retrouve à évoluer dans une réalité virtuelle en compagnie d’autres adolescents. C’est l’occasion pour lui, alors qu’il se trouve confronté à des luttes de pouvoir, de mettre à jour les failles de cette technologie et de tout mettre en œuvre pour sauver la vie de tous ceux qui y sont coincés.

Conquête spatiale
Comme dans Hunger Games, la saga Phobos, de Victor Dixen, met en scène une sorte de télé-réalité. Dans celle-ci, six jeunes sont filmés au cours de leur voyage pour Mars, un aller sans retour, dans le but de créer la première colonie humaine sur la planète rouge. Les quatre tomes permettent d’observer les relations qui se nouent, souvent tronquées par les manipulations des commanditaires du programme spatial, entre les personnages et leurs conséquences sur l’évolution de l’aventure.
C’est presque le même scénario que l’on retrouve dans 172 heures sur la Lune, écrit en un volume par Johan Harstad quelques années plus tôt. Cette fois-ci, les adolescents, en huis clos dans une fusée, ne sont que trois et se dirigent tout droit vers la Lune. Encore une fois, le groupe est soumis à des aléas aussi bien techniques que fantastiques.
Enfin, Les 100 de Kass Morgan, adopte le procédé inverse. Ici, alors que la population est exilée depuis plusieurs siècles dans une colonie spatiale à la suite de la contamination radioactive de la planète bleue, cent adolescents condamnés à mort sont renvoyés sur Terre pour tester la viabilité du lieu. Si seuls quatre personnages sont choisis pour être les narrateurs de cette histoire, le récit est forcément marqué par le nombre, beaucoup plus important, de protagonistes, et les actions des différents clans qui se forment.

Catastrophes
L’un des scénarios privilégié pour arriver à la disparition complète des adultes est celui de la catastrophe, amenant alors les personnages à évoluer dans un univers post-apocalyptique.
À cet égard, la série U4 s’avère particulièrement intéressante. Quatre tomes, écrits par quatre auteurs, mettent en scène quatre héros et héroïnes faisant partie des quelques adolescents ayant survécu à un virus. Le reste de la population mondiale a succombé et ceux qui vivent toujours se retrouvent coupés les uns des autres, dès lors que les moyens de communication ont aussi été coupés. Jules, Koridwen, Yannis et Stéphane, bien que ne se connaissant pas, ont toutefois le même objectif, celui de rejoindre Paris le 24 décembre pour arrêter la catastrophe, comme le leur a demandé un mystérieux personnage via une plateforme de jeu vidéo. Les quatre volumes suivent ainsi chacun de ces jeunes à travers leur périple pour rejoindre la capitale.
Seuls au monde, d’Emmy Laybourne, nous propose une version environnementale du roman de catastrophe. Poussés à se réfugier dans un supermarché par une tempête hors du commun, Dean et Alex font partie des rares enfants et adolescents qui survivent au déchaînement climatique qui plonge la ville dans le chaos. Le tome 1, Les Rescapés du Greenway, s’attache ainsi, comme bien d’autres romans avant lui, à décrire les mécanismes de survie et la nouvelle organisation de ce petit groupe, tandis que les opus suivants mettront un terme à ce huis clos en faisant sortir les protagonistes du supermarché où ils s’étaient installés.
Disparition mystérieuse des adultes
Enfin, certains auteurs ne s’embarrassent pas de justifications pour laisser les enfants et les adolescents entre eux et procèdent à la disparition pure et simple des adultes pour une raison qui reste
mystérieuse.
La bande dessinée Seuls, de Gazzotti et Vehlmann, est la première production à laquelle nous pensons lorsque cette thématique est abordée. Le premier volume, intitulé La Disparition, met justement en place ce procédé par le regard de cinq enfants qui s’aperçoivent un matin que le reste de la population s’est tout simplement évaporé. C’est en partant à la recherche de leurs proches qu’ils vont se rencontrer et former alors leur propre clan. D’autres bandes d’enfants feront leur apparition au fil des tomes, alliées ou ennemies. L’intrigue, liée à la disparition des habitants, commence à se dénouer assez tôt dans la série, mais d’autres événements prennent ensuite le dessus et alimentent le suspense.
Survivre de Jeanne Bocquenet-Carle suit un procédé similaire. Le lecteur est amené à suivre le parcours de sept jeunes (deux enfants et cinq adolescents), alors que les adultes ont soudainement disparu. Pour se mettre en sécurité, le petit groupe devra affronter bandes armées, intempéries et animaux sauvages. Si le résumé de ce roman ressemble à celui de nombreux autres, ce texte présente tout de même une particularité dans l’environnement proposé : l’aventure se déroulant en Bretagne, l’autrice a pu distiller des éléments issus des légendes celtiques.
Pour finir, la série Gone de Michael Grant, débute par une situation tout aussi improbable dans une petite ville de Californie où tous les habitants de plus de 15 ans disparaissent d’un coup. L’un des personnages principaux, Sam, voit notamment son professeur d’Histoire se volatiliser devant sa classe. Tout au long des six tomes (d’autres sont à venir), les survivants sont enfermés dans leur ville, sans savoir ce que sont devenus les adultes. C’est ainsi qu’ils doivent s’organiser comme une communauté, dans un contexte de plus en plus marqué par le fantastique et les rivalités.
Les mécanismes des romans pour adolescents construits autour de la thématique de la disparition des adultes présentent un modèle de récit récurrent. Les ressorts sont souvent les mêmes, ainsi que les rôles des personnages. Et par-dessus tout, il semble que la fonction de ces ouvrages est toujours de véhiculer les mêmes principes : en plaçant les protagonistes dans un environnement exceptionnel, où les problématiques liées à la survie sont exacerbées, l’auteur s’attelle systématiquement à promouvoir des valeurs de solidarité, d’amitié et d’humanité.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le roman Changement de famille, d’Elenore Cannone. Des enfants qui ne supportent plus leur famille décident de jouer à un jeu étonnant : échanger leurs familles pendant quelques jours ! Perso, je n’aimerais pas… et d’ailleurs, au bout d’un moment, ils s’aperçoivent que ce n’est pas forcément si simple, et ce simple jeu les fait finalement beaucoup réfléchir. »
















