Ces livres qui dérangent : stratégies des professeurs documentalistes face à la New romance

Je suis entrée dans l’Éducation nationale en tant qu’accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) avec pour objectif de guider ces derniers dans leur projet de scolarisation. En exerçant cette profession dans laquelle le rapport à l’élève est exclusif, j’ai compris que le CDI était pour eux un lieu d’expression et un refuge. Après plusieurs années d’accompagnement, j’ai donc opéré un changement de carrière en me dirigeant vers les métiers de l’enseignement. J’ai découvert la variété des missions du professeur documentaliste en observant le travail de professionnels en poste et j’ai alors pris la décision d’entreprendre une reconversion professionnelle. J’ai commencé par des immersions dans deux CDI : l’un au collège, l’autre au lycée. J’ai constaté tout d’abord que les élèves venaient librement y partager leurs envies de lecture et n’hésitaient pas, par exemple, à formuler des demandes pour des livres auxquels ils n’ont pas toujours accès dans les rayons jeunesse des librairies ou des médiathèques. Au cours de mes immersions, j’ai également noté que certains professeurs documentalistes répondaient aux demandes de lecture formulées par les élèves davantage en fonction de leurs ressentis personnels qu’en s’appuyant sur un cadre déontologique formalisé et que, bien souvent, les refus d’acquisition n’étaient pas formulés clairement aux élèves, peut-être parce qu’ils sont difficiles à justifier. Ces constats sont centrés sur mes observations et ne sauraient être généralisés à l’ensemble des CDI des établissements scolaires. Il semblerait donc qu’il y ait un malaise avec certains types de « livres qui dérangent », particulièrement la New romance dont la présence n’est pas toujours considérée comme légitime par certains professeurs documentalistes dans les centres de documentation et d’information des établissements scolaires. J’ai fait l’hypothèse que certains professeurs agissaient de manière subjective en fonction de leur posture personnelle de lecteur et que certains utilisaient des stratégies d’évitement et d’autocensure.

J’ai fait de ces observations le point de départ de mon mémoire de master mené à l’INSPE de Limoges. Ma réflexion a été enrichie par les séances d’enseignement diachronique à la littérature de jeunesse que j’ai suivies pendant mes deux années de formation et par des échanges réguliers dans le cadre d’analyse de pratiques. Ce texte s’inspire donc de mon travail de mémoire réalisé entre 2022 et 2024 dans deux établissements de l’académie de Limoges. Cette expérience croisée auprès d’élèves du secondaire a fortement orienté mon entrée dans le métier et m’a permis d’adopter une posture réflexive tant dans mon rapport aux élèves que dans ma réflexion sur les politiques d’acquisition à mener.

On peut se demander tout d’abord si censurer l’acquisition des livres qui dérangent est un geste professionnel bienveillant ou s’il relève avant tout d’une stratégie personnelle de protection, dans une profession où l’exercice d’une forme de censure me paraît inévitable. Dans cette perspective, les fondements de la censure excluant la New romance de mes lieux de stage seront ensuite confrontés aux pratiques de lecture des adolescents. Je tenterai enfin de procéder à un retour réflexif sur ma posture actuelle en réfléchissant à ce que ce travail sur les « livres qui dérangent » a changé dans ma façon de concevoir le métier et dans mon rapport aux élèves.

Une cohérence éducative

Des fonds documentaires consensuels

J’ai tout d’abord pris le temps d’analyser les fonds documentaires des CDI où j’ai exercé en tant que stagiaire. Mon tout premier stage s’est déroulé dans un lycée en zone urbaine de la commune de Limoges. Alors que je commençais à peine ma réflexion, la professeure documentaliste de l’établissement se trouvait déjà confrontée à des questionnements sur l’acquisition d’ouvrages New romance, certaines lectrices de l’établissement en faisant la demande depuis quelque temps. Parce qu’elle n’avait pas ce type de livres dans le fonds, nous nous sommes interrogées sur les possibilités de satisfaire ces envies de lecture.

J’ai pu ensuite observer en détail le fonds documentaire d’un collège de Limoges, puisque j’y ai effectué un stage d’un an. Le CDI de ce collège étant très fréquenté et les usagers fidèles, j’ai pu approfondir mes réflexions avec l’aide de ma tutrice, professeure documentaliste de l’établissement depuis plusieurs années. C’est à partir du diagnostic du fonds et en me basant sur des entretiens avec des membres de l’équipe éducative que j’ai pu constater que ce fonds documentaire faisait l’objet d’un consensus. En effet, la politique d’acquisition, pensée et mise en place par la professeure documentaliste, est partagée par les membres de la communauté éducative avec lesquels j’ai pu échanger. Les usagers y sont régulièrement associés et leurs demandes sont prises en compte. Une analyse du fonds m’a permis d’affirmer qu’aucun livre ne pouvait poser question ni susciter le débat, chaque ouvrage trouvant sa place et répondant aux besoins et aux envies des usagers. Ainsi, les acquisitions sont faites en fonction des prix littéraires menés dans l’établissement ou des projets en cours. De même, les achats d’ouvrages font suite aux demandes spécifiques des enseignants ou des personnels de santé. Quant aux ouvrages de New romance, absents du CDI, leur présence n’est pas envisagée, puisqu’ils sont destinés à un public de plus de 15 ans (selon les recommandations des éditeurs). Pour répondre aux envies des lecteurs, un cahier de suggestions est mis à disposition sur la banque de prêt et on peut y lire, en ce début d’année 2024, une demande d’ouvrage de New romance. La jeune lectrice de 3e qui l’a formulée souhaite l’acquisition de deux ouvrages de Colleen Hoover, Jamais plus et À tout jamais et sa demande n’a pas été validée. Les raisons invoquées par la professeure documentaliste pour expliquer son refus sont variées. Tout d’abord, elle refuse de mettre des limites d’âge sur les ouvrages et si ce livre est présent au CDI, il peut être accessible aussi bien à des élèves de sixième que de troisième. Ensuite, selon elle, le risque est que les élèves de troisième puissent manquer de recul face à certaines idées véhiculées par la New romance. Elle pense notamment à la toxicité de la relation entre les filles et les garçons. Enfin, la professeure documentaliste a des « a priori » sur ce genre narratif qu’elle trouve plutôt pauvre en comparaison avec la richesse des romances jeunesse. Cette constatation fait écho aux polémiques autour de la littérature jeunesse et aux contradictions qu’elle engendre dans les discours que les adultes adressent aux jeunes. En effet, en tant que médiateurs de la lecture, les adultes semblent convaincus de la nécessité de fournir aux élèves une littérature sans concession tout en leur présentant, en prescripteurs bienveillants, des œuvres qu’ils jugent bénéfiques pour leur développement ; il leur semble difficile de leur donner à lire des ouvrages dont ils estiment qu’ils n’ont pas été pensés pour eux (Barnabé, 2012). Mes observations renvoient à une forme de subjectivité protectrice repérable à travers ce que les professeurs documentalistes donnent à lire aux élèves en collège.

Stratégies d’évitement et d’autocensure

La politique documentaire du collège est pensée en équipe et, à l’époque de la rédaction de mon mémoire, le refus des membres de l’équipe pédagogique d’acquérir de la New romance est unanime bien que les raisons qu’ils invoquent puissent différer.

Pour comprendre cette politique d’acquisition, j’ai fait le choix de m’entretenir avec une professeure de SVT, l’assistante sociale et l’infirmière du collège. Ces trois membres de la communauté éducative s’accordent pour dire que les ouvrages de New romance n’ont pas leur place en collège. Si toutes semblent avoir un avis tranché sur la question, seul le professeur documentaliste a l’expertise nécessaire pour juger de la pertinence d’un fonds de New romance au CDI. Les retours des acteurs interrogés donnent toutefois matière à réflexion sur la légitimité accordée à ce genre littéraire. L’assistante sociale estime qu’il est du devoir de l’enseignant de ne pas proposer de New romance. Selon elle, d’une part, les adolescents y ont recours d’eux-mêmes en ayant souvent pleinement conscience que ces lectures sont mal perçues par les enseignants, c’est pourquoi ils semblent parfois s’en cacher. D’autre part, les adolescents cherchent, à travers ce genre New romance, à comprendre comment fonctionnent les adultes. La médiation consiste alors à les accompagner et à les aider « à faire le tri » car l’important, toujours d’après l’assistante sociale, « c’est qu’au final ils sachent où aller quand ils auront besoin ». Selon Bigey (2017), c’est un public à la recherche de livres sur les relations amoureuses, la découverte de leur identité sexuelle et d’initiation à la sexualité et les adolescents vont chercher ces lectures dans des ouvrages qui ne leur sont pas directement adressés. Pour l’assistante sociale, lire des textes ou regarder des images violentes est une sorte de rite de passage de l’enfance à l’adolescence pour les élèves. D’après Bazin (2019), le recours à la fiction pourrait ainsi combler l’absence de rites de passage qui caractérisaient nos sociétés traditionnelles. Une majorité d’adolescents va être attirée par des contenus violents et passera ensuite à autre chose. À ce sujet, le professeur documentaliste assume la fonction de passeur en proposant des passerelles d’une lecture à une autre, d’un genre à l’autre et en soumettant des propositions de lectures variées. D’autres « vont y rester », ajoute l’assistante sociale, car la fiction est un refuge. Ils diront ne pas croire à ce qu’ils lisent, qu’ils ont conscience que ce n’est pas la réalité. Bazin explique que face au changement de leur corps, le roman offre aux adolescents un espace où le malaise et le mal-être peuvent être formalisés et ainsi atténués. L’enseignante de SVT, habituée à aborder la sexualité dès le niveau 4e, a un avis précis sur la question : ce genre de lecture qui présente de manière « toxique » les relations femmes-hommes n’est pas non plus adapté à un public de collégiens. Parce qu’elle travaille chaque année sur le chapitre consacré à la contraception et à la reproduction, elle considère que le manque de consentement des jeunes femmes dans les ouvrages de New romance est un réel problème. De plus, certains élèves sont consommateurs de films pornographiques, tandis que « d’autres n’en sont pas là ». Alors « pour protéger tous les élèves », il faut proscrire les romances dites toxiques et les ouvrages trop violents. Cette enseignante craint les sous-entendus qui peuvent être incompris. Elle pense particulièrement au consentement et elle a déjà remarqué, en classe, que de nombreux élèves de 4e ne comprennent pas qu’une femme ne puisse pas être consentante dans une relation amoureuse. Selon l’infirmière, dont les arguments diffèrent, mettre à disposition des ouvrages trop explicites banalise la violence dans un établissement scolaire où cette dernière est déjà trop présente. De même, elle pense que mettre à disposition des romances où les prémices de la relation amoureuse commencent par une soumission de la femme ne ferait que légitimer la toxicité dans les rapports femmes-hommes, avec la crainte que les élèves prennent ces lectures pour la réalité. D’après l’infirmière, la New romance légitime certaines violences que les jeunes filles peuvent vivre dans leur quotidien. Annie Rolland (2008), psychologue clinicienne, répond sans détour qu’il faut faire une distinction entre censurer et protéger et qu’il ne faut pas réduire les polémiques à leur dangerosité supposée ou à leur influence morbide sur les lecteurs. Protéger un enfant c’est le rassurer quand il a peur et non pas lui éviter le danger. Les choix opérés par le professeur documentaliste en matière de politique d’acquisition sont des actes professionnels fondés, parfois controversés par des collègues qui vont préférer censurer les œuvres plutôt que d’en débattre.

Si l’on revient sur les différents types de censure abordés, de manière non exhaustive et en prenant le modèle du collège de Limoges, on retrouve différentes motivations qu’Annie Rolland a distinguées : il y a la censure fondée sur la négation de l’adolescent comme sujet pensant (par exemple, l’idée que les jeunes prennent les lectures de New romance pour la réalité) et celle dictée par la peur qu’un enfant puisse subir des dommages irréversibles (qui conduiraient à légitimer les violences du quotidien). Les histoires racontées dans les ouvrages de New romance se situent très souvent dans une réalité sociale actuelle et c’est souvent ce qui effraie les adultes (et qui plait aux adolescents !), comme si l’on voulait nier que les enfants des romans existent aussi dans la vraie vie. Le véritable danger réside dans le regard des adultes qui s’improvisent censeurs et projettent leurs fantasmes inconscients refoulés (Op. cit., Rolland, 2008).

Des pratiques de lecture singulières

Sortir de la censure implicite

En tant que professeur documentaliste, on ne peut ignorer les pratiques de lecture de New romance. Le lectorat est de plus en plus jeune : les adolescents (principalement les jeunes filles), en commencent la lecture vers 12/13 ans et le pass Culture, un dispositif soutenu par le ministère de la Culture, a fortement contribué à augmenter les ventes de ces romans (France info, 2024). Prenant en compte cette actualité, j’ai proposé des séances pédagogiques dans mes établissements de stage.

La première fut à destination des lycéens de Limoges. Le lycée accueillait cette année-là le dispositif « La piscine » de l’ALCA (Agence Livre Cinéma et Audiovisuel en Nouvelle Aquitaine), un dispositif de médiation culturelle mobile portant sur le thème de l’amour et de l’amour de soi. Ce projet, qui demeurait en phase d’expérimentation dans l’établissement, m’a permis d’entrer dans le vif du sujet en m’associant à l’infirmière lors d’une séance d’éducation à la vie affective et à la sexualité. Dans le dispositif, j’ai trouvé des livres de la collection L’Ardeur de Thierry Magnier comme Le goût du baiser de Camille Emmanuelle dont j’ai sélectionné certains passages très explicites et détaillant des scènes érotiques. Après en avoir fait la lecture à voix haute, l’infirmière a engagé un débat avec les élèves sur le consentement, débat auquel j’ai participé. Les lycéens de niveau CAP n’étaient absolument pas choqués de parler librement de sexualité. La plupart ont confirmé lire de la New romance (10 élèves sur les 15 présents), certain(e)s ont assumé de regarder des films pornographiques.

Au collège, j’ai réalisé un questionnaire à l’attention des classes de troisième afin de disposer d’un diagnostic des pratiques de lecture des élèves et pour répondre aux besoins de mon mémoire (Cf. document 1). Sur un panel de 73 élèves, 36 sont curieux de lire de la New romance et de la Dark romance et 12 en lisent régulièrement, encouragés par leurs pairs sur des réseaux sociaux ou influencés par des frères et sœurs plus âgés. Sur les 12 lecteurs de New romance, il y en a autant qui appartiennent aux catégories socioprofessionnelles favorisées que défavorisées. Parce que les questionnaires ont été remplis de manière anonyme, j’ai cherché un moyen de retrouver ces lecteurs afin de leur proposer un support de discussion. Je voulais savoir ce qui leur plaisait dans ce genre littéraire et j’avais envie d’aborder avec eux la question de l’égalité filles-garçons, puisque c’était la principale crainte exprimée par les membres de la communauté éducative, crainte que je partageais avec eux. Je suis passée dans les classes et j’ai invité les lecteurs et lectrices qui le souhaitaient à se présenter au CDI pour prolonger la réflexion sous la forme d’un club de lecture ou de manière individuelle. Sans surprise, j’ai eu peu de retour, puisque je savais que les pratiques de lecture Young adult se faisaient volontairement en dehors du regard des adultes. Je me questionnais également sur ma place dans ce genre de médiation : jusqu’à quel point pouvais-je intervenir sans être trop intrusive ?

Document 1 – Les critères universels et spécifiques

Ce qu’il.elle.s ont à nous dire

De mon expérience en lycée, grâce à la séance d’éducation à la vie affective, j’ai retenu que la fiction permet aux élèves de trouver des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils sont capables d’exercer leur esprit critique. Les romans qui traitent de l’absence de consentement vont avoir un effet cathartique chez les adolescents et les œuvres dans lesquelles le héros porte les problématiques du lecteur contribuent alors à la construction de soi, les jeunes cherchant des réponses aux questions qui les hantent, particulièrement dans la fiction (Petit, 2002). Dans l’extrait qui a été lu aux élèves et où l’amour se mêle à la violence, où le désir et le non consentement se répondent, j’ai compris que les adolescents étaient attirés par la romance surtout lorsqu’elle joue sur l’agressivité des personnages. Ces ouvrages abordent « avec crudité les questions de genre et les ambivalences du désir » (Peltier, 2023). C’est le cas précisément de la New romance, une romance décomplexée, qui met en scène les jeux du désir et de la domination de manière parfois très crue. Aux romances à l’eau de rose, les adolescents préfèrent des histoires qui mettent en scène les difficultés à se situer au sein d’une communauté de pairs.

Au collège, c’est finalement la jeune Ariah[1], une collégienne de 3e avec laquelle je n’avais échangé qu’une seule fois, qui est venue me trouver pour discuter de ses lectures. Symboliquement, elle n’a jamais franchi le seuil du CDI, les trois fois où elle est venue échanger avec moi : nos discussions ont eu lieu dans le couloir devant le CDI et non à l’intérieur. Elle me remercie tout d’abord de lui avoir fait découvrir Captive de Sarah Givens, dont elle a interprété l’évocation, dans mon questionnaire, comme une invitation à la lecture. Sortant précieusement le livre de son sac, elle me fait part de ses impressions de lectrice. Ce livre parle de la naissance d’une histoire d’amour sur fond de violence, d’une jeune femme qui est tout d’abord captive de son possesseur qui la maltraite physiquement et mentalement jusqu’à ce que naisse une histoire d’amour soumise aux humeurs du garçon. Ariah, elle, aime le style d’écriture, c’est pour elle facile et rapide à lire. Face à la relation qui lie les deux personnages, elle est parfois enjouée, parfois agacée : « en vrai j’aime pas tout parce que lui (le possesseur) il m’énerve. Des fois je ferme le livre parce que comment il lui parle et il la traite ! Ça m’énerve tellement, je ferme le livre ! Là j’en suis au chapitre 13. J’ai arrêté mais après je vais le finir parce que c’est trop bien et je veux savoir la fin […] Mais je viendrai vous voir quand je l’aurai fini […] ». Ariah perçoit et désapprouve la toxicité amoureuse entre les personnages, celle qui inquiète tant les adultes. Issue d’un milieu très populaire, elle a un niveau scolaire très fragile et de faibles capacités analytiques. Elle lit beaucoup sur Wattpad, une plateforme d’écriture et de publication d’œuvres en tout genre, et fréquente peu le CDI. Elle décèle pourtant la toxicité du rapport amoureux avec le recul. Dans les quartiers populaires de villes moyennes, la consommation de chroniques sentimentales sur la plateforme mobile Wattpad est une pratique fréquente chez les jeunes lectrices (Dahan, Détrez [et al], 2020). Ce qu’elles aiment, c’est que ces histoires soient inspirées de faits réels, d’une vie qui pourrait être la leur, que le langage soit simple et proche de celui employé dans leur quotidien. La découverte de l’application se fait à l’adolescence, les jeunes s’initient à cet objet culturel et se partagent des chroniques sentimentales, préférant aux prescriptions verticales des adultes, les prescriptions horizontales entre pairs, signe de leur appartenance à une communauté de lecteurs (Op. cit., Bazin, 2019). À la fin de mon stage au collège, ma tutrice et moi-même avons convenu de mettre en avant les romances jeunesse du CDI qui présentent le rapport amoureux sous un angle bienveillant, grâce à un bookflix (affiche présentant des ouvrages avec les codes de la plateforme Netflix pour susciter l’intérêt des adolescents). Nous y avons aussi intégré des nouveautés et notamment Mille baisers pour un garçon de Tillie Cole. Cet ouvrage a connu un véritable succès. Popularisé sur BookTok, il est devenu depuis une référence dans le monde de la romance. Des lectrices de tous niveaux et de toutes catégories sociales se sont succédé pour l’emprunter. Nous avons alors réfléchi à un outil d’acquisition distancié et raisonné qui puisse permettre de dépasser l’évaluation personnelle de chaque professeur documentaliste. L’idée était d’établir une grille avec des critères universels et spécifiques à l’établissement qui permettraient de se poser les questions adaptées à chaque acquisition de livres, notamment pour les livres qui dérangent (Cf. Document 2). L’idée était aussi de parler de la censure pour pouvoir la justifier et en débattre afin de donner du sens à la politique d’acquisition. Les choix opérés par le professeur documentaliste ne sont plus alors des censures mais un acte professionnel fondé qui peut être à son tour controversé par les « censurés » en les invitant à en débattre (Melot, 2008).

Document 2 – Grille d’acquisition

Un nouveau rapport aux lecteurs

La fin de l’étonnement

Je suis, depuis septembre 2025, professeure documentaliste à Charroux, dans un petit collège de la Vienne (86). Mon rapport avec les élèves est privilégié, puisque les petits effectifs me permettent de bien les connaître et de développer des médiations individuelles (conseils, prise en compte des envies de chacun…). Depuis la réalisation de mon mémoire, je ne suis plus étonnée de voir des élèves de tout niveau scolaire ou social, filles de cadres ou d’agriculteurs, excellentes élèves ou petites lectrices, venir emprunter de la romance au CDI. Le milieu rural ne change pas les statistiques et je ne me permets pas de faire des remarques aux jeunes filles qui, pour les lectures cursives obligatoires, empruntent de « maigres » romans parce qu’elles n’aiment pas lire mais qui sont capables, dans le même temps, de venir chercher une romance de 300 pages pour leur lecture-loisir. Au CDI, il y avait déjà de la New romance quand je suis arrivée (Mille baisers pour un garçon et Mille morceaux de cœur brisé de Tillie Cole, des ouvrages de Colleen Hoover, promus sur TikTok, Altitude de Ema Dinkel, découverte sur Wattpad), des livres qui s’échangent au CDI entre lectrices aguerries et volontiers prescriptives sans que j’aie besoin d’en faire la médiation. Je pense que ce genre littéraire n’a pas une mauvaise influence sur les lectrices et qu’elles seront sans doute en capacité de prendre du recul. Je le constate à chaque fois que l’une d’entre elles en emprunte : une camarade est toujours là pour donner son avis et la conseiller. Il y a des lectures que les élèves abordent seuls, parfois dans une dimension transgressive, surtout quand les adultes ne sont pas vraiment en mesure de les renseigner, ce qui est parfois le cas pour les mangas et la New romance (Van der Linden, 2023). Je pense aujourd’hui que la New romance amène une certaine catégorie de jeunes filles à la lecture car elle possède une puissance émotionnelle et une capacité narrative, aussi je ne voudrais pas que leurs lectures ne soient pas légitimes. De plus, l’année passée, j’étais en stage dans un collège de la Creuse classé REP et j’ai travaillé sur la thématique de l’égalité filles-garçons avec certains élèves. J’avais remarqué que les filles les plus féministes et sensibles à l’égalité entre les genres étaient aussi les plus consommatrices de New romance. Quant à la grille d’acquisition que j’avais établie pour m’aider à être plus objective (Cf. Document 3), j’ai constaté qu’elle ne suffisait pas. Elle formalise les choix d’acquisition sans répondre aux inquiétudes des adultes. En revanche, le choix que j’ai systématisé est le suivant : si je fais l’acquisition d’une New romance où l’absence de consentement entre les personnages est évidente, j’acquiers également un livre en parallèle qui aborde cette thématique et je m’assure que les élèves puissent avoir connaissance des deux. À travers l’évolution des pratiques de lecture, une nouvelle vision du monde se joue et un nouveau rapport à la lecture et au livre lui-même. Ces nouvelles œuvres plébiscitées révèlent la représentation que les jeunes ont du monde d’aujourd’hui mais également la manière dont ils perçoivent l’avenir. L’appétence des jeunes pour la New romance me semble importante à considérer, d’autant plus qu’en tant que professeure documentaliste, je souhaite conserver le contact avec les pratiques culturelles des élèves.

Le CDI : un lieu d’échanges

En tant que professeure documentaliste, j’essaie de mesurer l’écart entre mes conceptions de la lecture et celles des élèves. Je veille à ne pas plaquer mes présupposés sur les besoins des jeunes alors que les adolescents et les adultes n’ont pas les mêmes références culturelles (Vasta, 2015). Pour cela, je pense que le CDI doit être un espace d’échanges et de dialogue. Cette année, nous organisons avec l’infirmière, des séances « Questions ado » sur l’amour, la sexualité, la puberté etc. À tout moment de la journée, les élèves peuvent déposer des questions dans une urne dédiée et laissée au CDI. Ces moments d’échange sont un autre moyen pour eux d’accéder aux informations dont ils ont besoin. J’envisage de suivre la formation du programme d’Éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (EVARS) pour développer des actions de médiation de la lecture auprès des jeunes sur cette thématique. Cela pourrait aussi enrichir ma politique d’acquisition. Dans d’autres moments informels, j’observe que les élèves partagent leurs impressions de lecture et s’échangent l’objet-livre, chose qu’ils ne peuvent pas faire avec le numérique. J’ai également surpris une élève en début d’année qui lisait un passage de New romance au CDI, sous l’œil attentif de ses copines et devant des garçons mi-gênés, mi-intéressés. Cela m’amène à penser que les lecteurs se sentent légitimes au CDI et que s’installe, entre nous, une relation de confiance. C’est ainsi que je pourrai leur faire découvrir des ouvrages de jeunesse tout aussi passionnants et vers lesquels certains d’entre eux n’osent pas encore aller.

Comme c’est le cas dans toutes les structures documentaires destinées à la jeunesse, la censure me paraît difficile à éviter au CDI et les acquisitions elles-mêmes, nous l’avons vu, relèvent parfois moins d’une « adhésion que d’un consentement stratégique » (Rabot, 2015). L’exercice de la médiation reste en partie tributaire de l’expérience personnelle et de la posture de lecteur du professeur documentaliste. Pour assumer ses choix, celui-ci doit se sentir légitime et cette posture va dépendre en partie de sa trajectoire antérieure. « Ceux qui sont moins dotés ou engagés choisissent l’évitement, ils préfèrent ne pas… » (Ibid.). Pour ma part, mon parcours antérieur et la réflexion que j’ai menée ces dernières années m’ont permis de conscientiser mes pratiques. C’est un premier pas vers une politique d’acquisition qui reste à conceptualiser et à formaliser.

 

La romance

L’adolescence, période de la vie où l’on expérimente, où l’on vit intensément et où rien ne compte plus que l’instant présent ! C’est la période des premières fois mais aussi l’âge d’une quête identitaire. La romance, très en vogue en littérature, et particulièrement la new romance en lycée, témoigne d’une volonté des adolescents de se projeter dans des histoires sentimentales leur permettant de rêver, de vivre l’amour par procuration et parfois même de découvrir leur sexualité. La romance, classée longtemps comme sous-genre, amalgamée à une littérature « de ménagère » et autrefois dénigrée par la critique littéraire et les maisons d’édition, fait pourtant aujourd’hui partie des plus grosses ventes de livres, entre autres avec l’engouement de la sous-branche qu’est la new romance (7 % du marché du livre en 2023), notamment parce que les histoires et l’écriture ont gagné en qualité. En effet, en 2023, Jamais plus a été le livre le plus acheté avec le pass culture et Morgane Moncomble s’est hissée à la dixième position des auteurs les plus vendus en France. Ce thèmalire propose un tour d’horizon de ce genre en pleine expansion. 

Les tropes de la romance

Si la romance nous fait vibrer et nous fait pleurer, c’est parce qu’elle intègre de nombreux tropes1 qui permettent d’alimenter des histoires d’amour développant des thématiques porteuses.
Un trope est un sujet en filigrane qui donne une coloration thématique, c’est un schéma narratif commun à plusieurs œuvres de fiction, et qui a été popularisé dans le cadre des romances. Les tropes identifiés permettent notamment aux lecteurs d’affiner leur sélection dans le foisonnement des titres parus ces dernières années (44 352 titres référencés sur Babelio sous l’étiquette romance au moment où nous écrivons ces lignes). Les écueils de ces tropes sont les clichés générés par des scénarios stéréotypés et convenus. Les tropes les plus développés sont : enemies to lovers, campus romances, office romances, romantasy, romances homosexuelles (MM ou FF) ou encore dark romance.
Certains romans mêlent parfois plusieurs tropes. C’est le cas de Long Short Story avec les tropes campus, boss et enemies to lovers. Tillie est une jeune étudiante qui n’a qu’un seul objectif : devenir écrivaine. Son professeur de littérature se trouve être un auteur de romance, genre qui, pour Tillie, n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Afin de financer ses études, elle se retrouve assistante de son professeur d’écriture créative dont les méthodes et les exigences sont loin de lui plaire. Cependant, rapidement, l’attirance et la séduction vont venir pimenter la relation et la faire évoluer. La double mise en abyme permet à l’auteur de dénoncer habilement le discrédit jeté sur le genre. Les quelques scènes de sexe explicites imposent d’acquérir cet ouvrage uniquement en lycée.
Par ailleurs, dans le best-seller Jamais plus, Lily, qui toute son enfance a vu sa mère se faire violenter par son père, a du mal à faire confiance aux hommes. Pourtant sa première histoire d’amour lui permettra de découvrir la connivence et la sécurité auprès d’Atlas, un jeune SDF qui squatte la maison en face de chez elle. Quelques années plus tard, au moment où son rêve d’ouvrir une boutique de fleurs devient réalité, le bonheur se confirme quand elle rencontre Ryle, un neurochirurgien. Un triangle amoureux qui permet d’analyser avec subtilité les mécanismes de la violence conjugale et de la difficulté d’échapper à l’emprise croissante d’une relation toxique malgré l’amour.

L’amour sublimé par la fragilité de la vie

La vie n’a-t-elle pas plus de saveur quand on prend conscience de sa fragilité ? L’amour n’a-t-il pas plus de profondeur quand il est sublimé par les épreuves ?
De nombreuses romances sont transcendées par la maladie d’un de ses héros. Émotions au rendez-vous avec Hazel, atteinte d’un cancer dans Nos étoiles contraires. À l’occasion d’un groupe de soutien, elle va rencontrer Augustus, qui, lui, est en rémission. Malgré l’irrémédiable douleur et tristesse de l’issue fatale, ils s’autorisent une belle et émouvante histoire d’amour.
Madeline, l’enfant bulle (déficit immunitaire combiné sévère) dans Everything is Everything, relate dans son journal intime depuis sa fenêtre son amour naissant pour son nouveau voisin Olly. Malgré le risque élevé pour sa santé, la protection et les recommandations de sa mère médecin, Maddie n’a d’autre choix que de vivre pleinement ce premier amour.
Poppy qui découvre sa leucémie dans Mille baisers pour un garçon (friends to lovers), préfère quant à elle s’éloigner de Rune pour le protéger. Pour autant, leur relation depuis leur 5 ans avait grandi sur des bases solides d’optimisme et de réparations mutuelles. Arriveront-ils à poursuivre leur relation authentique et à remplir jusqu’à mille leur bocal de souvenirs de baisers ?
Après des années de complicité, c’est également Emma qui adopte une attitude froide et agressive pour protéger celui qui l’a toujours aimée. Nicolas fera tout pour redonner le sourire à Emma, frappée par la maladie, dans Un jour le soleil se lèvera sans moi (friends to lovers).
Kristen dans le roman graphique autobiographique In Waves se bat contre un cancer. C’est à travers leur passion commune autour du surf et l’accompagnement dans le parcours de soins que l’auteur rend hommage à sa petite amie, fauchée bien trop vite et bien trop tôt par le cancer.

L’éveil à la vie se fera pour Mateo lors de sa dernière journée avant de mourir, pourtant c’est une épreuve pour ce jeune homme timide de sortir de sa chambre. Dans l’univers futuriste de Et ils meurent tous les deux à la fin, chaque personne est informée de sa mort 24 h avant l’échéance fatale. Dans un ultime sursaut, Mateo rencontre Marcus, son « dernier ami ». De caractères opposés, ils vont apprendre à se connaître et même à s’aimer ; Marcus va guider Mateo pour qu’il puisse réaliser ce qu’il n’a jamais osé faire et vivre une vie en une journée.
C’est Takuya qui va pareillement tout faire pour que Mamizu, atteinte d’une maladie rare, la « luminite », puisse accomplir ses rêves dans le manga Rendez-vous au crépuscule (une adaptation du roman éponyme de Tetsuya Sano). Elle va lui faire la liste des choses qu’elle aimerait faire avant de mourir. On relève de nombreuses similitudes entre cet ouvrage et un autre diptyque intitulé Je veux manger ton pancréas, quand Haruki, un élève discret, va découvrir le secret (une infection mortelle du pancréas) de sa camarade de classe Sakura, personnalité rayonnante et populaire du lycée. Ils vont, ensemble, vivre une vie entière le temps d’un printemps.
La mort sous la forme du suicide frôle Violet et Finch dans Tous nos jours parfaits, mais leurs solitudes et leurs blessures respectives vont leur permettre de s’aimer et d’aimer la vie à nouveau.
Trent vient de perdre la vie brutalement dans un accident de voiture. Ses parents ont décidé de donner ses organes à des patients qui sont parfois en attente de greffe depuis des années. Dans son long parcours de deuil, sa petite amie Quinn se met en quête des personnes qui ont reçu ses organes et fait la rencontre de Colton dans Mémoires du cœur. Celui-ci ne se doute de rien, et plus leur relation prend de l’ampleur, plus il est difficile pour Quinn de lui révéler sa démarche initiale. Pourtant, c’est indéniable : l’attirance entre eux est immédiate et réciproque. Explorant la culpabilité de Quinn d’être à nouveau heureuse et d’aimer tout en sachant qu’elle va blesser Colton, ce roman permet de mettre à jour les nombreux enjeux du deuil précoce et de la résilience.

Un nouveau secteur éditorial

Chaque maison d’édition, flairant le public captif et les ventes associées, publie maintenant des titres de new romance. De prestigieuses maisons d’édition comme Editis ont développé leur maison romance, notamment Chatterley, en 2023 avec son premier titre de (dark) romance Flock, et une dizaine à paraître en 2024 privilégiant les genres de romantasy, dark romance et romances historiques : « elle explorera toute la palette de l’imaginaire romantique, du plus classique aux développements les plus novateurs2 ». Sur fond de traditions aristocratiques, Alec et Simon vont-ils parvenir à s’aimer dans Malgré les épines, romance historique et homosexuelle, Alec, héritier du duc d’Azard, fils aîné jalousé par son frère Louis, doit bientôt endosser les responsabilités qui lui sont échues. Pourtant il n’aspire qu’à une vie calme dans son domaine, entouré de sa famille et de ses amis. L’arrivée de Simon, un jeune jardinier séduisant et novateur dans l’entretien des parcs, va le bouleverser et lui ouvrir de nouveaux horizons, Alec va prendre conscience de son attirance pour les hommes. La conception de l’amour au XIXe siècle était bien plus souvent régie par les conventions que par l’authenticité des sentiments ; ce roman permet de découvrir les mœurs de l’époque ainsi que la difficulté d’assumer et de vivre son homosexualité.
Contrairement à Alec et Simon, Charlie et Nick forment un couple assumé dans la série Heartstopper. Les jeunes connaissent l’adaptation Netflix, pour autant la lecture des cinq tomes de ce roman graphique nous permet de nous immerger dans les préoccupations de lycéens de notre époque ainsi que dans une relation de couple homosexuelle (séduction, acceptation, relation de couple, première fois, projection…), le tout sur fond d’anorexie mentale. Un fort succès dans les CDI d’autant plus que l’auteure fait perdurer l’histoire de manière habile en la prolongeant sous forme de romans novella dans Nick et Charlie et Cet hiver.
Morgane Moncomble, auteure française phare (un million de ventes) de la maison Hugo publishing et sacrée meilleure auteure de new romance 2023 au festival organisé par cette même maison, signe en 2023-2024 une série en quatre tomes, Seasons, avec, pour héroïne dans chaque tome, une des quatre amies et des tropes variés3. Le premier opus, Un automne pour te pardonner, met en scène Camélia, avocate junior qui fait face à son ancien harceleur Lou. Sous forme d’enquête plutôt bien menée, le livre aborde des thèmes comme le harcèlement, la revanche et l’homosexualité. Le trope enemies to lovers intègre quelques scènes de sexe légitimes et respectueuses (consentement, image de la femme) qui induit une acquisition en lycée avec accompagnement et dialogue avant et après les lectures. Le revirement de situation final, la complexité des personnages et une certaine qualité d’écriture font de ce roman une lecture prenante et agréable ; le quatrième tome était déjà en tête des ventes en juin 2024 (selon le réseau Edistat-TiteLive).
La collection L’ardeur chez Thierry Magnier, qui a fait récemment parler d’elle avec la censure (juillet 2023) de Bien trop petit de Manu Causse, continue de livrer des titres engagés et de qualité de romances adolescentes. La prouesse littéraire de La Chasse est d’ignorer le genre de Max, le personnage principal. Bien que l’auteure l’annonce dès le prologue, on ne peut s’empêcher de chercher des indices grammaticaux et narratifs sur Max. C’est un roman qui parle de nos préjugés et de nos représentations. Le temps d’un été à la campagne, trois lycéens (Max, Ellie et Cosme) expérimentent, séduisent, désirent. C’est une histoire de fidélité, de trahison et surtout d’amour. Entre culpabilité et désirs, de jeunes adultes assumés jalonnent le chemin de Max pour qu’iel construise son identité. Une écriture brute et épurée qui met en scène un jeune « invisible » qui cherche sa place au sein de sa famille et de ses amis.
Hugo publishing développe sa branche roman graphique avec des adaptations illustrées de succès de new romance. On retrouve donc Tessa et Hardin à l’université (trope campus) dans After et Teagan dans sa famille d’accueil (trope enemies to lovers et bad boy) en pleine évolution relationnelle avec Elena dans Adopted love.
Morgane Moncomble et Lyly blabla, auteures incontournables de romances à succès, se lancent dans la new romance illustrée avec True colors. Elliot et June forment une équipe complémentaire artistiquement et rapidement leur relation évolue vers des sentiments amoureux. Mais Elliot souffre de prosopagnosie (une difficulté ou une incapacité totale à identifier les visages) et son handicap s’exprime dans la création de portraits bien spécifiques.
Quand June entre dans sa galerie totalement par hasard et qu’il la peint, il a pourtant l’impression de déjà la connaître. Quel est le secret de June ? Va-t-il lui pardonner son passé ?
Paradoxalement, les romans graphiques sont beaucoup moins explicites dans la description des scènes de sexe : les allusions et les ellipses sont de mises, ces supports peuvent être une bonne alternative aux demandes récurrentes des collégiens.

Si ce genre peut heurter nos sensibilités et nos représentations, pour autant la qualité de l’écriture a évolué de manière positive et les CDI peuvent ainsi l’intégrer afin de favoriser la lecture des jeunes. Acculés par les demandes insistantes des élèves, les professeurs documentalistes peuvent évaluer la légitimité des acquisitions, évaluation qui ne peut se faire que dans le dialogue et la lecture. De plus, les scènes explicites de sexe s’intègrent généralement dans un schéma narratif et amoureux cohérent. Il faut néanmoins être vigilant au sous-genre de la dark romance qui n’a pas sa place en établissement scolaire et qui pose question sur les stéréotypes, les violences et l’image dégradée de la femme. Pour autant, les lecteurs adolescents ne sont pas dénués de recul et c’est aux professionnels du livre de les encadrer et de les accompagner.

Pour compléter cet article, il est possible de se référer à l’article sur la new romance d’InterCDI (n° 309, janvier-février 2025) ou au thèmalire sur les premières fois (InterCDI, n° 306, novembre 2023).

 

 

« Madame, j’aime pas lire » ou le déclic de la new romance

C’est une réalité aujourd’hui, la new romance étiquetée aussi new adult fait lire les adolescents. Elle a ses éditeurs phares et ses titres repères, telles les sagas Twilight parue en 2008 et After en 2010. Publiée chez Hugo Publishing, After a été la première fanfiction issue de la plateforme collaborative d’écriture Wattpad à attirer l’attention de l’éditeur. C’est ce même éditeur qui en 2014 dépose la marque ©new romance, et c’est en 2015 que Cinquante nuances de Grey semble avoir désacralisé l’érotisme.  

Alors que les pratiques de lecture des jeunes évoluent, et que les demandes d’achat des titres new romance explosent dans les bibliothèques, comment le professeur documentaliste peut-il exploiter ce courant littéraire afin de promouvoir la lecture dans les CDI ?

Mon article, au-delà d’une réflexion personnelle et d’une analyse de pratique dans un cadre professionnel, s’inspire de lectures, d’écoutes de podcasts, d’une interview faite dans le cadre du salon du livre de Tahiti le 20 octobre 20231 avec Jeanne Seignol, journaliste littéraire (@jeannotselivre), et d’un échange audio avec Marine Flour, responsable éditoriale de la new romance française chez Hugo Publishing, le 14 décembre 2023. J’ai aussi voulu m’appuyer sur les pratiques des élèves et à ce titre j’ai réalisé une courte enquête pour récolter leurs avis (143 réponses collectées au 22/12/2023).
Depuis le début de ma carrière professionnelle de professeur documentaliste, je constate qu’en termes de promotion de la lecture il y a peu d’entre-deux. Les élèves disent ne pas aimer lire ou sont des boulimiques de lecture et des fidèles habitués du CDI. Chacun est enfermé dans son biais cognitif de confirmation et les frontières paraissent peu perméables.
Pour autant, la première catégorie devient le public captif pour le cœur de métier du professeur documentaliste : amener le plus grand nombre à développer le goût et le plaisir de lire.
Beaucoup de méthodes et de moyens connus sont à la disposition des enseignants pour favoriser cette ambition et impulser une émulation (club lecture, lecture offerte, fonds manga, concours littéraire, rallye lecture…).

L’année scolaire 2022-2023 fut dans mes observations de pratiques de lecture adolescente une année charnière, surprenante et déterminante.
J’enseigne actuellement dans un lycée général, technologique et professionnel de 2070 élèves, dont 566 étudiants en zone urbaine2 de Polynésie française. Les taux de fréquentation et d’emprunts antérieurs à cette rentrée 2022 sont assez faibles : 14 % des élèves ont emprunté (statistiques BCDI) ; 2 173 entrées/trafic moyen par jour : 159 élèves ; moyenne de 15 élèves par heure (statistiques CDIstat) au bilan de juin 2021.
Les élèves sont issus de catégories socio-professionnelles défavorisées et les chiffres sont sans appel : lors de la journée défense et citoyenneté, un test de l’Éducation nationale, élaboré en 2015, signale qu’entre 38 et 42 % des jeunes sont en situation d’illettrisme en Polynésie française, contre 10 % en métropole3 ; en 2019, les résultats montrent que 21 % ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, contre 7 % dans l’Hexagone4.

Madame je n’aime pas lire,
Maman je n’aime pas lire

Les élèves n’aiment pas lire, c’est ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils croient.
Ma fille, lycéenne également, qui a écouté une histoire chaque soir pendant les douze premières années de sa vie, qui est entourée de livres chez elle, qui observe sa mère lire en permanence, n’aime pas lire, c’est ce qu’elle dit, c’est ce qu’elle croit, dans tous les cas : elle n’a jamais lu de manière volontaire des lectures plaisir et pour ces jeunes, la lecture est souvent porteuse de multiples représentations d’activités scolaires.

Or, quelques semaines après la rentrée scolaire d’août 2022, le cahier de suggestions du CDI et la bibliothèque de ma fille ont commencé rapidement à se remplir de titres de new romance.

Figure 1A – Cahier de suggestions du CDI 2022/2023
Figure 1B – Cahier de suggestions du CDI 2022/2023
Figure 1C – Cahier de suggestions du CDI 2022/2023
Figure 1D – Cahier de suggestions du CDI 2022/2023
Figure 2 – Bibliothèque personnelle de ma fille constituée en un an

 

Je me suis donc interrogée sur ce qui a engendré cette (r)évolution si radicale : quels sont les critères qui déclenchent chez beaucoup d’adolescents ce plaisir de lecture ?

Définition et historique de la new romance

Au fil des échanges informels avec mes collègues professeurs documentalistes lors de l’écriture de cet article, j’ai pu faire le constat que beaucoup ignorent à quoi correspond ce genre, sa définition, ses auteurs phares, les titres plébiscités et ses enjeux. Parmi les raisons avancées pour ne pas faire l’acquisition de ce genre de romans, est souvent invoquée, à côté de la question des représentations filles-garçons qu’il véhicule, la méconnaissance du genre.
Babelio définit le new adult comme :

« […] un genre de roman dans lequel les personnages principaux ont entre 18 et 30 ans. Le terme a été créé […] pour désigner des œuvres similaires mais qui puissent être proposées également à des adultes. Ce sous-genre se focalise sur des thèmes tels que le départ du foyer familial, le développement de la sexualité et la confrontation aux choix de carrières, thèmes qui touchent ces jeunes adultes5. »

Ambre Rouvière, responsable éditoriale littérature aux éditions Prisma, parle d’« une histoire d’amour avec des codes adolescents dans laquelle on trouve des scènes de sexe explicites6 ». Marine Flour, de son côté, distingue « trois éléments essentiels » :

« raconter une histoire d’amour (point central de l’intrigue), interroger le monde actuel (ancrage contemporain), avoir une fin heureuse (pacte narratif entre le lecteur et l’auteur). En parallèle, les scènes de sexe sont explicites si l’histoire le justifie et si l’auteur le souhaite, en aucun cas c’est une obligation. » (Entretien, 14 décembre 2023.)

Le concept de new romance (NR) est une marque déposée en 2014 par Hugues de Saint-Vincent, fondateur de la maison d’édition indépendante Hugo Publishing7 et qui s’est spécialisée dans cette part de marché, largement dominée par les femmes (lectrices et auteures) (92 % des répondants de notre enquête sont d’ailleurs des filles.) Comme le remarque Marine Flour à propos du lectorat type actuel, « 90 % de femmes ont entre 15 et 25 ans avec une transmission de mères en filles […] néanmoins, depuis deux ou trois ans, on voit arriver de plus en plus de garçons à la lecture de romances, ce qui est un super signal sur l’évolution de la société ». (Entretien, 14 décembre 2023.)
La maison d’édition a vu son chiffre d’affaires progresser de 90 % entre 2014 et 2015.
De Beautiful Bastard, de Christina Lauren (2013) et After, d’Anna Todd (2015), à Calendar Girl, d’Audrey Carlan (2018), en passant par les séries Driven de K. Bromberg, The Elements, de Brittainy C. Cherry ou les romans de Morgane Moncomble et de Gaïa Alexia, une longue liste de best-sellers a permis à Hugo Roman de devenir un des tous premiers éditeurs de littérature générale en France. Le monde de la new romance, importé des États-Unis, est truffé d’anglicismes.

Robert Laffont a lancé un concours de manuscrits de premier roman sur TikTok ; et Hugo Publishing a également développé Fyctia en 2015, sa propre plateforme numérique gratuite d’écriture et de lecture de new romance, romantasy, comédie romantique et thriller, avec l’idée de proposer un nouveau rapport entre auteurs, éditeurs et lecteurs. À travers des concours, l’éditeur peut rapidement repérer de jeunes auteurs prometteurs tout en évitant la lourdeur et la lenteur du circuit éditorial et des comités de lecture habituels. En quelques années, plus de 150 textes ont ainsi été publiés par une soixantaine d’auteurs.
Enfin, depuis sept ans maintenant, ce même éditeur organise le festival de new romance8 qui affiche complet de longues semaines avant (3500 billets vendus en 24 h pour l’édition 2023). Pour l’édition 2023 à Strasbourg, étaient présents pas moins de 34 auteurs et 600 références dans la librairie dédiée (le panier moyen est de 110 € et souvent l’objet des dépenses du pass Culture).

« Avec la ‘Young adult’, on va être plus sur quelque chose de soft, de sweat », explique en 2017 Sophie Lagriffol, responsable éditoriale pôle féminin chez Harper Collins France ;

« Sur la ‘New adult’, on est sur un cahier des charges différent, avec des sujets plus ancrés dans le réel, avec des histoires d’amour plus intenses, plus engagées. L’action va se situer dans le monde professionnel ou à l’université. Et la grosse différence, c’est le sexe, qui va être beaucoup plus présent. »
« Mais les auteurs n’écrivent pas sur commande, en suivant un cahier des charges. Ils écrivent librement, et ensuite, c’est notre travail d’éditeur de savoir à quel cœur de cible le roman s’adresse […] Là on essaie de lancer un nouveau concept, la ‘Dark romance’, où l’on monte encore en intensité, avec des histoires de manipulations, de vengeances, des histoires avec une charge émotionnelle encore plus forte. »

La romance existe depuis toujours, la collection Harlequin est implantée en France depuis maintenant 45 ans. La plateforme wattpad a démocratisé et dédramatisé ce genre considéré comme « sous genre » par opposition à la littérature dite classique.

Augustin Trapenard, journaliste et présentateur de La Grande Librairie, déclare à ce propos, dans le documentaire de Jeanne Seignol Comment Tiktok bouleverse l’industrie du livre ? (Jeannot se livre, 20239) :

« Le bon goût littéraire, si on le définit, on se pose la question de savoir d’où il vient, en réalité cela a quelque chose à voir avec une culture élitiste. Cette façon d’envisager la littérature est violente car excluante. » (Trapenard, 2023)

La moitié des livres vendus en librairie sont des mangas, et l’éditeur star de la new romance a fait 42 millions de chiffre d’affaires en 2022. La création du pass Culture en 2021 permet également aux jeunes de dépenser jusqu’à 300 € en biens culturels et de démocratiser la romance. Peu à peu les médias mainstream, comme par exemple Le Monde, France Inter, France Culture, Lire, La Grande Librairie s’emparent de ce genre, reconnaissent et légitiment ainsi ce lectorat souvent marginalisé.

La responsabilité et la démarche pédagogique des éditeurs

L’explosion du lectorat s’est faite en parallèle du développement du réseau social TikTok et est devenue un phénomène de mode utilisé largement par les maisons d’édition.
Les éditeurs ne s’y sont pas trompés et s’engouffrent dans la démarche commerciale de ce marché porteur et de ce public captif. Beaucoup de maisons d’édition ont dorénavant leur collection sentimentale ; là encore pour se différencier, elles rivalisent d’imagination pour proposer des dénominations originales de catégories (new way, stardust, comédie romantique, drame psychologique, érotique, romance psychologique, dark romance, new romance, new adult, romantasy, romantic suspens…), de thématiques ou même encore pour avertir le lecteur des degrés d’intensité de sexualité.

Figure 3 – Quatrièmes de couverture de romans publiés chez Hugopoche

 

Ces collections s’appellent, entre autres, « Adult Romance » chez Addictives, « &moi » chez Lattès, « Red Velvet » chez Marabout ou encore « Best » chez J’ai lu pour elle. L’on peut d’ailleurs s’interroger sur les choix éditoriaux, notamment des couvertures, en guise d’avertissement de contenu. La couverture de The Love Hypothesis d’Hali Hazelwood, un conte sentimental dans un environnement professionnel, est enfantine, et pour autant, le chapitre 16 est entièrement dédié à la description explicite et érotique d’une scène d’amour. Arthur de Saint Vincent de chez Hugo reconnaît dans un article de Libération du 10 juin 202310 : « Certaines de nos couvertures ont pu être trop axées jeunesse et tromper les lecteurs mais nous avons mis en place un système très clair pour les limites d’âge ». Il revient également aux libraires de ranger les livres dans les bons rayons et d’expliquer aux lecteurs mais aussi aux parents que certains romans peuvent contenir des propos choquants. Dans le monde du livre, l’idée d’adosser un système d’évaluation tel que PEGI pour les jeux vidéo est en discussion depuis de nombreuses années, les trigger warnings (TW : avertissements) fleurissent dorénavant. En effet, pour guider le choix des lectures adolescentes, les éditeurs commencent à associer à leur objectif commercial une démarche pédagogique.
Tout récemment, chez Hugo Publishing, sur un titre paru en janvier 2024, est apposée et clairement identifiée en couverture la mention : « Ce livre est une dark romance destinée à un public averti. »

De même, le dernier roman de Morgane Moncomble, Un automne pour te pardonner, contient un avertissement en ouverture :

« Ce roman contient des scènes, des propos ou des sujets pouvant heurter la sensibilité de certaines personnes. S’il vous plaît, prenez garde au trigger warning* qui suit avant de vous aventurer dans cette lecture. Je tiens également à rappeler qu’il s’agit d’une œuvre de fiction ; avec des personnages imparfaits, des relations pas toujours saines et des comportements parfois inexcusables. L’autrice et la personne que je suis ne cautionne en rien les actes de ses personnages. *TW : harcèlement psychologique, bizutage. »

Les jeunes, souvent bien isolés face au foisonnement des rayonnages, peuvent se sentir démunis. Et les parents sans doute encore plus. C’est dans ce contexte, que TikTok se positionne clairement comme le premier support de recommandation de lectures et de new romance plus particulièrement.

Les facteurs du succès de la new romance

En premier lieu, s’identifier : les personnages ont l’âge des lecteurs (et souvent sensiblement le même que les auteurs d’ailleurs). « C’est un genre qui est écrit à 80 % à la première personne et au présent, on fait vivre une histoire au lecteur (technique du Show don’t Tell11) et on incarne le héros », confirme Marine Flour (entretien, 2023).
En second lieu, appartenir à une communauté : sortir de l’isolement spécifique de la lecture, activité par essence solitaire ; pouvoir partager les émotions de sa lecture avec ses pairs est particulièrement vrai pour la new romance, le succès du festival new romance témoigne du besoin pour chaque lecteur de se retrouver et d’échanger sur ces expériences de lecture. Cette communauté se retrouve au sein des CDI dans les transmissions de conseils, les retours de lectures et la viralité des prêts.
En troisième lieu, vivre l’amour. La trame narrative essentielle se tisse autour des romances et du sexe, et se termine en happy end. 86 % des répondants expliquent que c’est ce qui leur plaît le plus. Rêver d’amour en étant adolescent est fondateur de son développement affectif.
En dernier lieu, la construction de soi : avec des sujets ancrés dans le réel, dans des univers de femmes contemporaines et exploitant des faits de société. La psychologie de l’adolescent avec des questions qui lui sont propres est souvent traitée : qui suis-je ? Qui voudrais-je être ? Quels sont mes choix existentiels ? C’est aussi une littérature qui ne se cantonne pas à un seul genre, on y trouve du fantastique (romantasy), du réalisme, de la mythologie, de la romance, du suspens et même des dystopies. La lecture est pour beaucoup une façon de s’échapper, de se donner à vivre autre chose.

Des pratiques de lecture diversifiées

Par le biais de demandes réitérées d’achats au CDI, je me suis aperçue que les élèves lisent bien plus qu’il n’y paraît. Au CDI, les élèves qui conseillent des livres les ont en majorité déjà lus et les ont souvent déjà à la maison. C’est assez touchant de voir que dans une démarche altruiste, ils souhaitent faire profiter les autres usagers de leurs recommandations et de leurs lectures plaisirs. Un vrai trafic de prêts entre copines s’organise pour être de celles qui auront lu le nouveau tome en premier ; une organisation se fait entre celle qui achètera le premier et celle qui se procurera le suivant d’une série (par exemple Campus driver). Comme le démontre Jeanne Seignol dans son documentaire Vraiment, les jeunes ne lisent plus ? (18 novembre 2022), les adolescents lisent, mais ne sont parfois pas des emprunteurs des CDI, d’où la difficulté pour les professeurs documentalistes à les identifier et à les capter. À ce titre, 74 % des répondants de l’enquête disent acheter leur propre roman de new romance (parents ou cadeaux). Marine Flour remarque également de manière intéressante que ces lecteurs sont :

« des lecteurs avertis (qui fréquentent les comptes de recommandations) et qui savent ce qu’ils veulent. Au final, sur le festival de new romance, on est amené à faire peu de conseils car on est sur des lecteurs qui savent ce qu’ils viennent chercher. Le premier conseil pour accompagner le lectorat est de l’écouter car on est face à des connaisseurs et un public qui est capable de lire un livre par jour. » (entretien, 2023).

C’est le rôle du professeur documentaliste d’être dans la médiation de ce type de littérature. Il paraît important de contextualiser un texte, comme on l’a vu précédemment avec une nécessité de la part de l’éditeur et du libraire, voire de l’auteur, de verbaliser ce à quoi on doit s’attendre « un texte cela peut être émancipateur mais cela peut aussi faire mal » (Augustin Trapenard, Octobre 2023). La new romance semble pour beaucoup de jeunes une entrée dans la lecture plaisir. Les modes et les genres évoluent : aux professeurs documentalistes de s’informer et d’exploiter cette nouvelle tendance. Dans ma propre pratique de lecture, je n’en exclus aucune, et je lis surtout ce que les élèves lisent et aiment car j’estime que cela fait partie de mes missions pédagogiques et éducatives. C’est la porte d’entrée sur un accord tacite de coopération entre adulte et adolescent, entre enseignant et élève. Car c’est un langage commun qui permet d’ouvrir le débat et d’aborder vraiment les questions de sens, de choix et de sujets de société. Au moment de la diffusion de l’enquête auprès des élèves j’ai eu quelques retours très prudents « madame c’est fait pour boycotter la new romance dans les CDI ? ». Dans le cheminement d’un élève, il semble que le CDI espace du livre dans l’établissement, est assez éloigné, par son contenu, de la bibliothèque idéale d’un adolescent. Ce qui est confirmé par les chiffres : seulement 18 % des répondants à l’enquête estiment que c’est le CDI qui leur a donné envie de lire ce type de romans.

La new romance comme vecteur pédagogique

De manière non exhaustive, voici quelques initiatives pédagogiques qui peuvent permettre d’accompagner les différentes acquisitions de new romance en CDI. Dans un premier temps, il paraît prudent d’être critique par rapport aux propositions faites notamment par le biais du cahier de suggestions ou devant des demandes parfois insistantes : c’est à ce moment-là qu’un premier dialogue peut être entamé sur les motivations du choix des lectrices. Comment connaissent-elles ces titres ? Est-ce qu’elles les ont déjà lus ? Pourquoi les ont-elles aimés ? Peuvent-elles raconter l’histoire ?
Faire des unboxing peut être pertinent à l’arrivée des commandes ; à cette étape, cela permet d’attiser la curiosité pour d’autres romans. Comme plus tard, associer les élèves aux étapes de catalogage et d’équipement. L’incidence est immédiate : les réservations en ligne sur e-sidoc se multiplient, fonction qui permet de faire quelques rappels de méthodologie de recherche.
La lecture de new romance peut également être une porte d’entrée vers la littérature en langue originale : par exemple, il est relativement facile de faire lire des titres de Colleen Hoover en anglais, l’argument fort étant de pouvoir lire les nouveautés en avant-première. La saga Harry Potter a largement bénéficié de ce phénomène qui démultiplie l’effet d’attente chez les lecteurs.

De plus, certains sujets (notamment la mythologie) peuvent être explorés de façon moins conventionnelle. Certains classiques littéraires ou auteurs cités dans des new romances voient leur vente augmenter (Les Hauts de Hurlevent, Orgueils et préjugés, Oscar Wilde…) et emmènent des lecteurs à la découverte d’autres auteurs. Des pratiques pédagogiques plus ordinaires peuvent aussi fédérer autour de ce genre : inviter les élèves à créer leurs propres recommandations grâce à des booktube, booktrailer ou des booktok. Maelly et Dieunie, deux élèves du lycée Félix Eboué de Cayenne, ont rédigé un article dans le journal de leur établissement sur BookTok12. On peut également apposer sur les ouvrages des avertissements rédigés par les élèves. Dans tous les cas, j’échange au moment du prêt et du retour. Ce qui me paraît être une nécessité professionnelle est également de lire quelques titres plébiscités afin d’établir un contact avec les lecteurs du CDI.
Toutes ces initiatives pédagogiques ont eu un effet stimulant sur le taux d’emprunt : + 85 % sur le bilan du CDI de juin 2023 (corrélé à + 51 % en taux de fréquentation).

Enjeux et limites de la new romance

De ces dialogues, naissent régulièrement des discussions autour de sujets qui touchent les valeurs des jeunes, et qui sont objet de débats dans la société. Selon les résultats de l’enquête, 57 % des répondants sont parfois choqués de l’image de la femme dans ces romans (38 % ne le sont pas), 46 % verbalisent la nécessité d’échanger sur l’absence de valeurs morales, 39 % sur la violence. Le plaisir de lire demeure néanmoins le plus fort pour poursuivre ces lectures (80 % des répondants). L’on peut envisager un club lecture thématique avec la présence d’un infirmier scolaire, des actions autour des violences intrafamiliales avec des professionnels, des jeux de rôle ou bien des débats. Toute initiative pédagogique permettant d’aborder ces sujets sensibles est la bienvenue. Le professeur documentaliste tend à devenir le médiateur d’une réflexion en construction : parler plutôt que censurer, alerter plutôt que dramatiser, partager plutôt que culpabiliser. D’autant que la bienséance des adultes ne résiste souvent pas à l’authenticité et à la lucidité des adolescents : les craintes des adultes ne sont pas toujours justifiées. L’érotisme et la sexualité arrivent en dernier des thèmes qui heurtent les élèves (20 % des répondants). Un lectorat adulte (sauf cas particulier) prendra note des sujets abordés et aura conscience de la limite entre fiction et réalité. Les adultes ont tendance parfois à infantiliser les élèves, à les déresponsabiliser alors qu’eux-mêmes ne sont pas dupes des enjeux thématiques : le prix Goncourt des lycéens 2023 (Triste tigre de Neige Sinno) témoigne de la lucidité et de la maturité des élèves. La récente (2019) collection l’Ardeur de Thierry Magnier, destinée « aux plus de 15 ans, [qui publie] des ouvrages [qui] parlent de sexualité d’une manière heureuse, aux antipodes d’un porno trop souvent vu comme une norme par les ados » témoigne du besoin « d’une littérature courageuse qui s’intéresse à l’adolescence telle qu’elle est, avec ses zones d’ombres, ses excès, ses émotions exacerbées. Mais l’adolescence est aussi une période où le corps se métamorphose, où la vie sexuelle commence. Quoi de plus logique, alors, que d’ouvrir [le] catalogue à des textes qui parlent de sexualité, de désir, de fantasme. L’Ardeur se pose résolument du côté du plaisir et de l’exploration libre et multiple que nous offrent nos corps13 ».

Apprivoiser la sexualité

La spécificité de la new romance étant d’intégrer des scènes explicites de sexe dans les romans, une question se pose : comment aborder la sexualité en établissement scolaire et dans les CDI ? Deux Thèmalire (« Sexualité et littérature ado », InterCDI, mai-juin 2020, n° 285 ; et « Les premières fois », InterCDI, mai-juin 2024, n° 306) ont exploré les différents enjeux de ces questions et proposé des ressources à exploiter au CDI.
À l’heure où en décembre 2023, un réseau comme Parents vigilants (affilié au parti d’extrême-droite Reconquête !) commence à infiltrer l’école et remet en cause l’éducation sexuelle en classe (preuve en est la pression exercée pour retirer des livres sur la sexualité des CDI, l’association obtenant gain de cause dans un établissement privé catholique), le CDI, en tant que lieu de ressources des multiples éducations, se doit d’être le garant de la transmission des valeurs de respect, de tolérance et de consentement, adaptée à chaque public, à chaque sensibilité et à chaque âge. S’il paraît communément admis de proposer des documentaires sur la sexualité en rayon psychologie, sociologie et/ou santé, et d’aborder la sexualité sous un angle éducatif, il est parfois plus difficile de consentir à des fictions intégrant des scènes érotiques pouvant amener l’adolescent à découvrir et expérimenter son désir et sa sexualité différemment que sur internet.
La censure de l’ouvrage Bien trop petit de Manu Causse en juillet 2023 soulève des enjeux bien plus importants que ceux que l’on avance officiellement : l’hypocrisie d’une frange de la société puritaine, le lobbying de courants radicaux, la censure infondée, l’infantilisation des lecteurs et des adolescents, la remise en question des engagements personnels des auteurs. D’autant que l’éditeur Thierry Magnier a pris soin en quatrième de couverture d’apposer un bandeau d’avertissement : « Puisqu’il présente des scènes explicites, nous avons pris soin de faire figurer sur la 4e de couverture une mention adressant ce livre à un lectorat averti, à partir de 15 ans ». Pour justifier cette censure le ministre s’appuie notamment sur la loi de 1949 (sur les publications destinées à la jeunesse) toujours en vigueur et qui est de toute évidence obsolète face à l’évolution de ces questions et les pratiques de lectures adolescentes.
La nouveauté dans les premières new romance est l’affranchissement du modèle patriarcal, par exemple Sex and the city (2002) et Le journal de Bridget Jones (2004) mettent en scène pour la première fois des trentenaires célibataires qui assument leurs désirs. Dans le dernier ouvrage paru en 2023 de Morgane Moncomble Seasons, tome 1 : Un automne pour te pardonner, l’évolution de la relation amoureuse (même si elle démarre sur un trope “ennemies to lovers” : sentiment de haine par l’héroïne envers le garçon qu’elle finira par aimer) et les scènes de sexe (chapitres 20, 25 et 28) sont toujours empreintes de consentement et de décence.

Pour autant, la journaliste et auteure Camille Emmanuelle, dénonce dans une interview :

« la manière dont les maisons d’édition ont fait de ce genre littéraire un produit marketing extrêmement codifié : normalisation des rôles féminin et masculin, sexualité aseptisée, noms américains, règne absolu du ‘glamour’ […] Ce qui paraît intéressant dans la littérature érotique est bien en ce qu’elle n’est jamais traumatisante. Les images peuvent l’être : on peut tomber sur une vidéo pornographique par hasard, sans y être préparé. Face à un texte, le rapport est très différent. On peut fermer le livre très vite, passer les pages et les lignes. Chaque lecteur a ses propres filtres mentaux qui empêchent le contenu de devenir intrusif. Je milite pour que ce genre de textes soit davantage connu, car il montre qu’en dehors des codes de YouPorn et de la romance, une autre vision du couple et de la sexualité est possible. » (La romance décomplexée, Emmanuelle Camille, juin 201714).

Autant de questions à explorer dans le dialogue construit avec les élèves. Des projets concertés avec les services éducatifs, sociaux et médicaux des établissements peuvent permettre aux élèves de continuer à libérer la parole et œuvrer à leur bien-être. Le succès de la série Sex Education sur Netflix est représentatif d’une génération plus assumée dans sa sexualité et dans son identité de genre. Dans un pays comme la France, où ce sujet reste encore tabou, offrir des ressources aux élèves leur permettant de dépasser les stéréotypes, de construire leur identité sexuelle dans la bienveillance, d’aborder des problèmes affectifs inhérents à l’adolescence et d’amorcer le dialogue sur leurs préoccupations semble fortement recommandé.
C’est un poncif de se dire que la littérature doit donner à explorer les sujets sensibles de la société mais qu’elle doit aussi nous pousser à une réflexion sur le monde et sur nous-mêmes. La new romance n’échappe pas à cet objectif et le rôle de médiateur et de facilitateur de lectures du professeur documentaliste s’applique aussi aux appétences des élèves et aux modes éditoriales.

Pour conclure

Le désir semble être un des derniers tabous de la littérature de jeunesse alors même que cette génération d’adolescents grandit avec une évolution positive des représentations et l’accès facilité à l’information sur la sensualité, le consentement, les genres…
Pour autant des stéréotypes de relation hétéronormée parfois non équilibrée persistent dans cette littérature en vogue qu’est la new romance. Ce genre est codé, au point d’être un secteur qui s’auto-alimente avec des couvertures, des scénarios et des personnages quasiment interchangeables et qui devient un pur produit marketing. La romance est en train de devenir un domaine stratégique pour l’édition. Scarlett St. Clair et Morgane Moncomble figurent dans les 18 meilleurs auteurs français en vente cumulée et Colleen Hoover, côté romans étrangers. Signe d’une évolution de la perception de ce genre déconsidéré, le patron des éditions du Seuil a annoncé en 2023 la création d’un « espace dédié aux littératures de genre grand public », tout comme Editis qui a créé Chatterley, « une maison d’édition dédiée à la romance adulte ». Si les éditeurs s’engouffrent dans cette nouvelle part de marché, c’est bien parce que les réseaux sociaux et les communautés #booktok #booktube #bookstagram propulsent ces histoires en tête des lectures des « jeunes adultes ». Cet enthousiasme profite à bon nombre d’adolescents qui se sont vus devenir lecteurs et qui découvrent à leur tour la magie de la lecture plaisir et le transport de l’âme à travers de vastes imaginaires et de puissantes émotions.
De nombreux sujets afférents pourraient faire l’objet de développements approfondis et auraient leur intérêt dans la stimulation intellectuelle qu’offrent les articles professionnels. La féminisation du genre, la réception de la romance chez les adolescents, les spécificités de la dark romance et leurs sombres attraits, les plateformes d’écriture, l’égalité filles-garçons, la prescription TikTok… restent encore à explorer.
Il n’en demeure pas moins une perpétuelle question, à savoir qui de l’éditeur ou du lecteur fait le succès d’un titre ? Les plateformes d’écriture et les réseaux sociaux ont tendance à bouleverser les principes établis mais les éditeurs ont rapidement saisi les occasions et replacé au centre du débat l’enjeu financier de l’édition. Pour autant, les librairies, les bibliothèques et les CDI devraient encore bénéficier dans les prochains mois des retombées positives de l’appétit vorace de ces lecteurs. À chaque professionnel de se saisir de cette occasion. Ce qui compte c’est que le CDI puisse être un lieu de référence dans la lecture plaisir et le professeur documentaliste un guide dans les choix et les enjeux de la new romance. Être présent de manière concomitante et synchrone au besoin de l’élève est un beau défi éducatif. Tout comme le signifiait Jeanne Seignol lors de notre rencontre, « s’il y a des jeunes filles qui sont suffisamment en confiance pour venir faire ces demandes, c’est bon signe ». L’enjeu étant de pouvoir ouvrir et diversifier les possibles de lectures des élèves et faire acte de curiosité au-delà de l’algorithme de recommandation.
Cet été, dans votre PAL ajoutez un Colleen Hoover ou un Morgane Moncomble, vous serez peut-être surpris d’apprécier. Et sans doute qu’à la rentrée des classes, les élèves auront découvert un autre genre et rempliront le cahier de suggestions d’auteurs dont les professeurs documentalistes n’auront pas encore entendu parler.

 

Références Biblio-sitographiques

Béja, Alice. La new romance et ses nuances. Marché littéraire, sexualité imaginaire et condition féminine. Revue du Crieur, 2019, vol. 12, n° 1, p. 106-121. https://www.cairn.info/revue-du-crieur-2019-1-page-106.htm

Bigey, Magali. 50 nuances de Grey : du phénomène à sa réception. Hermès, La Revue, 2014, n° 69, p. 88-90. https://doi.org/10.3917/herm.069.0088

Bouhadjera, Hocine. Roman censuré : la sexualité interdite en littérature jeunesse ? Actualitté, Les Univers du livre, 19 juillet 2023. https://actualitte.com/article/112717/droit-justice/roman-censure-la-sexualite-interdite-en-litterature-jeunesse

Gary, Nicolas. Les 10 livres les plus vendus et les auteurs favoris des Français en 2023. Actualitté, Les Univers du livre, 27 décembre 2023. https://actualitte.com/article/114930/meilleures-ventes/les-10-livres-les-plus-vendus-et-les-auteurs-favoris-des-francais-en-2023

Hakem, Tewfik, Vassy, Marceau & Abouchar, Vincent. La Romance par Blutch et Morgane Moncomble, ou le renouveau d’un genre. France Culture, 20 novembre 2022. https://www.radiofrance.fr/france
culture/podcasts/affinites-culturelles/la-romance-par-blutch-et-morgane-moncomble-ou-le-renouveau-d-un-genre-6297252

Hamou Aldja, Inas. Le phénomène de la «New Romance» : le genre littéraire qui fait exploser les ventes en France. France Info, 10 novembre 2023. https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/roman/le-phenomene-de-la-new-romance-soit-la-romance-actuelle-le-genre-litteraire-qui-explose-les-ventes-en-france_6167226.html

Houot, Laurence. «Young adult», «Dark romance», «New adult» : littérature ou marketing ? Enquête au salon Livre Paris. France Info, 26 mars 2017. https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/roman/quot-young-adultquot-quot-dark-romancequot-quot-new-adultquot-litterature-ou-marketing-enquete-au-salon-livre-paris_3363159.html

La romance décomplexée (dossier). Lecture Jeune, juin 2017, n° 162. https://ww.lecturejeunesse.org/product/la-romance-decomplexee-n162-juin-2017/

Paradis, Josée-Anne. La « new romance » sous la loupe : un phénomène plus grand que nature. Les libraires, 7 avril 2017. https://revue.leslibraires.ca/articles/litterature-etrangere/la-new-romance-sous-la-loupe-un-phenomene-plus-grand-que-nature/

Pourquoi parler d’amour et de sexualité dans la littérature jeunesse ? France Culture, 27 novembre 2023. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/etre-et-savoir/pourquoi-parler-d-amour-et-de-sexualite-dans-la-litterature-jeunesse-1602609

Rom’com, new romance : le girl power de l’édition ? France Inter, 28 novembre 2017. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-nouveau-rendez-vous/rom-com-new-romance-le-girl-power-de-l-edition-7387017

Seignol, Jeanne. Jeannot se livre : Comment Tiktok bouleverse l’industrie du livre ? Youtube, 25 mars 2023. https://www.youtube.com/watch?v=H13SZ1j3bLM&t=2s

Seignol, Jeanne. Jeannot se livre : envoyée spéciale du booktube game. France Culture, 19 septembre 2023. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lectures-numeriques/jeannot-se-livre-envoyee-speciale-du-booktube-game-9907311

Servos, Marie-Stéphanie & Djoupa, Aïda. Le BookClub Mad : romance et féminisme, un amour impossible ? Youtube, 2 mars 2023. https://youtu.be/JK9rYBwrd_U?si=uRMDV5Ikoei2TFxx

Van der Linden, Sophie. Sexe et ados : que peut la littérature ? Libération, 30 novembre 2021. https://www.liberation.fr/culture/livres/sexe-et-ados-que-peut-la-litterature-20211130_EULQLXUBSFDLFGUFIJTK7CSCRI/

 

 

Références complémentaires

Collection l’Ardeur. Editions Thierry Magnier, s.d. https://www.editions-thierry-magnier.com/collection-l-ardeur-1237.htm

Dansoko Touré, Katia. La littérature érotique fait sa mise à jouir. Libération, 5 février 2023. https://www.liberation.fr/lifestyle/la-litterature-erotique-fait-sa-mise-a-jouir-20230205_JSZDUWSM7
ZH5TNL3IRZLTLFBKE

Durand, Marine. Dossier Romance : le coming out. Livres Hebdo, 5 février 2016. https://www.livreshebdo.fr/article/dossier-romance-le-coming-out

Goldszal, Clémentine. Lire en VO, une tendance en hausse chez les ados. Le Monde, 16 septembre 2023. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/09/16/lire-en-vo-une-tendance-en-hausse-chez-les-ados_6189697_4500055.html

Goldszal, Clémentine. La new romance, filon à l’eau de rose du monde de l’édition. Le Monde, 11 novembre 2023. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/11/11/la-new-romance-filon-a-l-eau-de-rose-du-monde-de-l-edition_6199498_4500055.html

Jiji & Célia. New(s) Romance. L’émission 100 % NR. Youtube. NewRomanceChannel, février 2023. https://www.youtube.com/@NewRomanceChannel

Johannès, Franck. À Tahiti, l’envers sombre du paradis touristique. Le Monde, 17 avril 2023. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/17/a-tahiti-l-envers-sombre-du-paradis-touristi
que_6169799_3232.html

Moreau, Willy. « Il y a des scènes de sexe très explicites » : l’embarras des éditeurs et libraires face au succès des « dark romances », un nouveau genre littéraire. France Info, 19 avril 2023. https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/reportage-il-y-a-des-scenes-de-sexe-tres-explicites-l-embarras-des-editeurs-et-libraires-face-au-succes-des-dark-romances-un-nouveau-genre-litteraire_5778326.html

Oury, Antoine. Jeannot se livre : « On ne lit plus maintenant comme on lisait hier ». Actualitté, Les univers du livre, 21 novembre 2022. https://actualitte.com/article/108789/trouvailles/jeannot-se-livre-on-ne-lit-plus-maintenant-comme-on-lisait-hier

Seignol, Jeanne. Jeannot se livre : Vraiment, les jeunes ne lisent plus ? (Documentaire). Youtube, 19 novembre 2022. https://www.youtube.com/watch?v=FLDuKeKDDZU