Traditionnellement la censure se présente sous deux visages, celle du phénix, cet oiseau mythologique qui renaît sans cesse de ses cendres et celle, plus récente, de « Madame Anastasie » (Figure 1). Croqué par André Gill en 1874, le personnage apparaît sous les traits d’une vieille femme, à moitié sourde et aveugle, préférant les ténèbres au jour et munie d’une énorme paire de ciseaux. Pour bien comprendre cette caricature devenue célèbre, il faut se souvenir que la censure des spectacles n’a été abolie en France qu’à la fin de l’année 1905 et que les derniers inspecteurs et commissaires de la Librairie (la police du livre) n’avaient été mis à la retraite définitivement qu’en 1881. Les murs de nos villes ont conservé sous une forme négative (Défense d’afficher. Loi du 29 juillet 1881) cette libération soudaine et totale de l’imprimé : on pouvait désormais afficher partout où ce n’était pas expressément défendu ! Les ciseaux de Madame Anastasie symbolisent la faculté castratrice du pouvoir qui se réserve le droit de couper, de caviarder, ou d’interdire la publication d’un article, d’un roman, ou d’une pièce de théâtre, d’un film ou d’une vidéo aujourd’hui. Quelques affaires célèbres témoignent de ces mutilations de l’œuvre d’écrivains célèbres : l’interdiction de plusieurs poèmes des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire en 1857, celle de J’irai cracher sur vos tombes de Boris...

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