Élargir l’expertise des professeurs documentalistes à l’échelle européenne, un enjeu démocratique

Dans un contexte européen de plus en plus sensible aux risques de désinformation, d’ingérence numérique et de manipulation des opinions, le rôle des professeurs documentalistes revêt une importance stratégique, non seulement pour la valorisation du métier, mais aussi face à l’urgence d’une éducation commune à la citoyenneté numérique. Cet article s’appuie sur plusieurs années d’expérience Erasmus+ et met en lumière la nécessité de mutualiser, de reconnaître et de faire émerger la spécificité des compétences info-documentaires dans l’enseignement à l’échelle européenne. Une question s’est imposée au fil des échanges : et si les professeurs documentalistes, forts de leur expertise, apportaient leurs compétences au cœur d’un projet européen commun ?

 L’EMI et l’expérience ERASMUS+ 

Professeure documentaliste en collège, je coordonne le programme ERASMUS+ dans mon établissement depuis 2017. En 2022, nous avons obtenu l’accréditation, valable jusqu’en 2027. Ce cadre me permet de concevoir, de diriger et de mettre en œuvre des projets transnationaux[1] dont l’un des objectifs est de développer chez les élèves une lecture critique des productions médiatiques reçues (les contenus créés et diffusés par tous les médias dans le but de divertir, de commercialiser ou de diffuser un message). Le programme ERASMUS+ constitue également un contexte privilégié pour nous, professeur·e·s documentalistes, afin de faire connaître et valoriser notre métier à l’international. Nos missions suscitent un intérêt particulier auprès de nos collègues européens, tant par leur diversité que par leur ancrage dans les problématiques éducatives actuelles. Ils manifestent également un vif intérêt pour l’apport de l’information-documentation dans la construction des projets et le déroulement des activités. Ainsi, les actions pédagogiques que nous avons conçues et que nous continuons à mettre en œuvre dans ces projets suivent l’approche proposée par Landry et Basque (2015) qui élargit l’analyse au-delà des simples contenus pour y inclure les contextes sociaux, culturels, économiques, technologiques et politiques dans lesquels les messages ont été produits et communiqués. Des projets tels que Citizen 3.0., Nos différences font nos richesses, MEM : Histoire et mémoire, Aliments KM0, Contes et légendes de nos régions, Stéréotypes et identités ont été menés de façon transversale depuis 2017 avec des groupes d’élèves de 4e, de 3e, et de 5e. Ils ont permis la co-construction de séances centrées sur l’EMI, l’analyse critique des médias, les questions d’égalité et d’identité, ainsi que l’usage d’outils numériques collaboratifs. L’expérience de mobilité offre de nouvelles perspectives de partage et d’enrichissement mutuel des pratiques professionnelles. Elle constitue également un cadre propice à l’adaptation des séquences pédagogiques à des contextes nationaux différents, offrant ainsi une véritable ouverture sur le monde, ancrée dans la réalité.

Projets ERASMUS+ et pédagogies transnationales : trois exemples concrets[2]

Je voudrais m’arrêter sur trois projets qui, par leur thématique, ont particulièrement mis en avant la nécessité d’intégrer dans la pédagogie de projet des savoirs et des compétences issues de la littératie médiatique. Je fais de cette manière le lien avec le rapport L’éducation aux médias et l’autonomisation des utilisateurs de l’Observatoire européen de l’audiovisuel (Lacourt, 2024) qui insiste sur la nécessité de l’acquisition par les élèves de compétences qui vont bien au-delà de la simple consommation de contenus et qui s’articulent autour de la pensée critique, de la créativité et de la production médiatique, dans un contexte marqué par les évolutions numériques rapides, notamment l’intelligence artificielle.

Citoyen2.0 (2017–2019)

Ce premier projet s’est structuré autour de la citoyenneté numérique dont l’objet central d’étude était l’EMI. Les élèves ont travaillé sur l’identité numérique, les données personnelles, les algorithmes, le cyberharcèlement et les droits et devoirs du citoyen sur Internet. Les productions collaboratives (vidéos, infographies, podcasts) ont été pensées comme des supports de prévention et de sensibilisation pour leurs pairs. Nous avons également construit un parcours en EMI fondé sur des apports théoriques, des expérimentations et des productions collectives.

Nos différences font nos richesses (2019–2021)

Projet interculturel centré sur l’altérité, la tolérance et les représentations. L’EMI a permis d’apporter une lecture critique des stéréotypes véhiculés par les discours médiatiques. En comparant leurs expériences et productions, les élèves ont découvert comment les cultures nationales façonnent les perceptions. Ils ont réalisé des présentations croisées et échangé sur les différences culturelles, linguistiques et sociales. Des enquêtes ont été menées et les élèves ont créé divers supports collaboratifs (diaporamas, vidéos, affiches) valorisant la diversité et le vivre-ensemble. Leurs observations ont été soumises au Parlement des jeunes européens et ils ont rédigé des textes en intégrant des éléments culturels propres à chaque pays participant.

Stéréotypes et identité (2024–2025)

Ce projet récent a souligné combien l’EMI pouvait s’articuler avec des objectifs d’éducation à la diversité. En s’appuyant sur les outils numériques collaboratifs, les élèves ont déconstruit ensemble des représentations genrées, sociales ou culturelles présentes dans les productions médiatiques : publicités, réseaux sociaux, littérature. Les résultats ont été variés : podcasts, vidéos, jeu de cartes pour déconstruire les stéréotypes liés au genre, à l’origine, et à la culture, débats, réécritures, rencontre avec un auteur et une prise de conscience collective. Pour l’ensemble des projets, la démarche est restée la même : co-construction des savoirs à partir d’enquêtes et d’expériences partagées ; pédagogie de projet et apprentissage collaboratif transnational ; utilisation des outils de l’EMI pour la déconstruction, la contextualisation et l’appropriation des informations recueillies par la production médiatique. Cette approche  a permis aux élèves non seulement d’analyser l’information, mais aussi de participer à son élaboration, afin de comprendre les logiques de production et de diffusion, ainsi que les enjeux sociétaux.

Les activités lors de la mobilité à Metz. Présentation faite par les élèves – Lucia Jalba

Coopérations et mobilités européennes : valorisation du métier de professeur documentaliste

Elèves de 2de du Lycée M. Eminescu, de Bucarest, en cours d’EMI, L. Jalba

Depuis 2017, nous avons collaboré et coopéré avec la Grèce, l’Italie, la Hongrie et la Slovaquie, et développé des partenariats durables avec l’Espagne, la Lituanie et la Roumanie. Bien plus que de simples échanges de pratiques, ces mobilités ont permis de tisser de véritables coopérations pédagogiques entre élèves et enseignants, tout en ouvrant une fenêtre inattendue sur une spécificité française peu connue en Europe : le métier de professeur documentaliste. Dès les premiers échanges, nos collègues partenaires – en particulier espagnols, lituaniens et roumains – ont manifesté une réelle curiosité envers le fonctionnement du Centre de Documentation et d’Information. Très vite, le CDI est devenu un lieu de découverte à travers les espaces proposés : lecture, travail en autonomie, accès libre aux ressources numériques et imprimées, mais aussi grâce aux séances pédagogiques auxquelles ils ont assisté. Le cadre d’échange, de mutualisation et de partage offert par le programme Erasmus+ prend ici tout son sens pour les professeurs documentalistes. Ces projets constituent une véritable opportunité : ils permettent de valoriser notre profession, de l’inscrire dans la dynamique européenne de la littératie médiatique, d’intégrer l’info-documentation comme une composante essentielle de cette dynamique, et d’exporter nos savoirs et pratiques à l’étranger par le biais de formations transnationales.

L’information-documentation et l’EMI : des champs disciplinaires à exporter

 Lors de certaines mobilités, une nouvelle étape s’est naturellement construite. En Roumanie et en Lituanie notamment, les collègues partenaires ont sollicité des séances d’EMI à destination de leurs élèves. Le choix de la langue française comme langue de communication (LV1 en Roumanie, LV2 en Lituanie) a permis d’ancrer ces séances dans la progression linguistique des classes et de développer en même temps une approche critique des médias. Les collègues européens, professeures de français, également présentes lors des séances, intervenaient ponctuellement en langue maternelle pour faciliter la compréhension des élèves. Cette configuration a donné lieu à une co-animation plurilingue particulièrement riche, favorisant les échanges interculturels et renforçant la dynamique pédagogique. Au fil de ces mobilités, et au-delà de mon rôle d’intervenante, j’ai aussi pu observer les pratiques pédagogiques des établissements partenaires. Partout, l’EMI est présente, mais souvent de façon sous-jacente et implicite : elle est disséminée dans les cours de langue, l’éducation artistique, l’histoire ou encore les études sociales. Les approches sont variées et souvent actives : projets d’expression, débats, création audiovisuelle, productions numériques. Cependant, le référentiel EMI comme champ structuré, avec des contenus, des séances, des progressions et des compétences transversales développées de manière explicite, est rarement identifié en tant que tel et l’interdisciplinarité reste timide. Ainsi, l’apport de l’information-documentation et les savoirs informationnels, documentaires et médiatiques, comme domaine autonome de formation se trouve dilué, peut-être faute d’un personnel dédié.

Classe de 5e, Scoala gimnaziala Nicolae Titulescu, Bucuresti 5. L. Jalba, 2023

 

Co-construction et adaptation des séquences pédagogiques

Dans cette perspective de coopération, après concertation avec mes collègues européens et avec l’accord de la direction, j’ai sollicité et obtenu auprès de l’agence Erasmus+ France / Education Formation deux mobilités courtes d’enseignement en EMI à Bucarest (Roumanie) : de janvier à février 2023 (trois semaines) à la Scoala gimnaziala Nicolae Titulescu et au Collège national Mihai Eminescu[3], puis en octobre 2024 (deux semaines) au Collège national Școala Centrală. Les thématiques travaillées ont été définies en commun avec les collègues roumaines : identité numérique[4], égalité filles-garçons[5], rumeurs[6]. Adapter ces séquences pédagogiques récurrentes dans mes progressions annuelles à de nouveaux contextes et les confronter à d’autres publics d’apprenants a représenté un véritable changement de perspective, une forme d’auto-formation. Cela m’a amenée à repenser mes propres pratiques professionnelles, que j’ai réadaptées à mon retour, à travers une approche didactique différente, fondée davantage sur une progression flexible au fil de l’année, sensible aux besoins des élèves et à la fois cohérente dans l’acquisition de savoirs et de compétences. Par ailleurs, en raison du format court des interventions (3 à 4 séances par classe), j’ai conçu mes séances pédagogiques comme des « modules » aux objectifs proches de ceux de l’éducation populaire : favoriser l’accès à la culture médiatique et permettre l’exercice de la citoyenneté par le développement de l’esprit critique.

La bibliothèque de l’École centrale de Bucarest.
Couloir à l’intérieur de l’École centrale. Source : https://nou.cnscb.ro/

 

Particularités du système éducatif roumain : le bilinguisme et le développement des CDI

Manuel de français. L. Jalba

Il est important de souligner ici que la Roumanie fait partie de nos pays partenaires pérennes depuis 2017, à la fois en raison des liens privilégiés que nous avons tissés avec les collègues et de la spécificité de son système éducatif. Selon l’Institut français de Bucarest, la Roumanie compte 25 lycées à sections bilingues francophones, dont 18 ont obtenu le LabelFrancÉducation[7], attribué par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères aux établissements étrangers qui dispensent un enseignement bilingue en français. Lors de l’année scolaire 2024-2025, plus de 190 000 élèves apprenaient le français en LV1 et plus de 970 000 en LV2 (données du ministère roumain de l’enseignement). Bien que les bibliothèques scolaires existent partout en Europe, la fonction pédagogique du CDI, et plus encore, les missions spécifiques du professeur documentaliste, suscitent un vif intérêt. Inspiré par le modèle français, un projet de transformation des bibliothèques scolaires en Centres de Documentation et d’Information (CDI) existe en Roumanie depuis les années 2000. Un texte publié au Journal officiel en octobre 2011[8] encadre l’organisation et le fonctionnement des bibliothèques scolaires et des centres de documentation et d’information.

Sur le terrain : un CDI sans professeur documentaliste

Sur le terrain, la réalité est différente. À l’École centrale de Bucarest, établissement d’environ 1600 élèves, où j’ai effectué ma mission d’enseignement en octobre 2024, il existe une bibliothèque scolaire gérée par une bibliothécaire, ainsi qu’un espace CDI doté d’un tableau blanc interactif (TBI) et de mobilier adapté au travail en groupe, mais aucun professeur documentaliste n’est en poste. En effet, si l’article 26 du cadre de référence précise que

dans un centre de documentation et d’information d’une unité éducative, le professeur documentaliste et le bibliothécaire scolaire peuvent tous deux exercer leurs fonctions, sous réserve d’être inclus dans le nombre de postes approuvés et financés conformément à la loi,

l’article 24 peut dissuader les futurs enseignants de s’orienter vers le métier de professeur documentaliste. Il stipule que

l’activité du professeur documentaliste se déroule sur 40 heures par semaine, réparties comme suit : 18 heures d’activités d’enseignement avec les élèves, individuellement ou en partenariat avec des enseignants. Ces activités comprennent l’initiation à la recherche documentaire, les activités scolaires, les projets d’enseignement disciplinaire et transdisciplinaire, l’éducation à la culture, les animations culturelles, l’orientation scolaire et professionnelle, les activités de soutien aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage, etc. Ces activités sont menées pendant ou en dehors du programme scolaire, en classe complète ou avec des groupes d’élèves[9].

Une circulation des idées pas toujours adaptée au contexte local

Nous sommes là face un exemple concret de ce que Pierre Bourdieu appelait « la circulation internationale des idées » qui risquent d’être mal comprises lorsqu’elles sont transposées dans un autre contexte social, différent de celui qui les a fait naître. Autrement dit, pour que l’idée s’enracine, il est nécessaire d’en expliciter le contexte de production en amont (Bourdieu, 2002). Si le modèle du CDI, en tant que lieu, a inspiré l’institution roumaine, le rôle du professeur documentaliste n’a pas été pensé en conséquence. Notre métier s’inscrit dans une histoire fondée sur la mutualisation et le partage des connaissances, et nous continuons de lutter au quotidien pour la reconnaissance et l’affirmation de notre mission pédagogique. Pour qu’un lieu vive, il lui faut une âme qui l’anime : c’est la deuxième étape qui devrait être envisagée dans le plan de déploiement des CDI dans les établissements scolaires roumains.

État des lieux des structures scolaires d’information et de documentation en Roumanie

Le rapport « État des structures scolaires d’information et de documentation en Roumanie pour l’année scolaire 2019-2020[10] », réalisé conjointement par l’Association des bibliothécaires et la Maison du Corps Enseignant de Roumanie, s’appuie sur une étude de plus de 3 000 structures d’information et de documentation et offre un aperçu des problématiques majeures :

  • – Un manque important d’informatisation des bibliothèques scolaires et autres structures d’information et de documentation ; le patrimoine documentaire est jugé obsolète et inadapté aux programmes scolaires actuels ;
  • – Des ressources humaines insuffisamment formées dans le domaine de la bibliothéconomie et des sciences de l’information ;
  • – Un manque de communication et de collaboration entre bibliothécaires scolaires, professeurs documentalistes et enseignants ;
  • – De nombreux postes de bibliothécaire ou de professeur documentaliste sont occupés par des personnes dépourvues de formation spécialisée ;
  • – Une certaine réticence des enseignants à l’égard de la profession de bibliothécaire et de professeur documentaliste.

De manière générale, le rapport souligne des réalités qui, par certains aspects, rappellent les nôtres : la nécessité de moderniser les infrastructures et de recruter des enseignants formés afin d’améliorer la qualité des enseignements et de l’accueil proposés aux élèves et à la communauté éducative.

Vers une éducation européenne commune à la citoyenneté numérique

La Commission européenne a affirmé sa volonté d’harmoniser les politiques éducatives des États membres autour d’objectifs communs en 2017, en publiant le référentiel européen DigComp 2.1 (Digital Competence Framework for Citizens). Ce cadre s’organise autour de cinq domaines clés de compétences numériques : gestion de l’information, communication et collaboration, création de contenus numériques, sécurité et protection, résolution de problèmes. Ce texte commun a été adapté par les pays membres à leurs contextes éducatifs respectifs et a inspiré des politiques nationales en matière d’éducation à la citoyenneté numérique (ECN) : le Cadre de Référence des Compétences Numériques (CRCN) en France, España Digital 2026 en Espagne, DigCompEdu (formation des enseignants) en Lituanie et Roumanie, pour ne citer que nos pays partenaires Erasmus+. Les 28 et 29 septembre 2023, lors de la 26e session de la Conférence permanente du Conseil de l’Europe des ministres de l’Éducation à Strasbourg, l’année 2025 a été proclamée « Année européenne de l’éducation à la citoyenneté numérique ». Cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par le déclin de la participation démocratique, la persistance de violences et de discriminations, ainsi qu’un manque de reconnaissance institutionnelle des disciplines visant à développer les compétences démocratiques. Pour promouvoir une citoyenneté numérique responsable, critique et participative, en cohérence avec les enjeux européens et locaux, plusieurs axes stratégiques ont été définis : élever l’ECN au rang de priorité politique durable, établir une feuille de route commune pour la période 2027-2031, et faciliter l’accès à des ressources et pratiques pédagogiques innovantes, adaptées à la diversité des contextes éducatifs européens[11]. Si la prise de conscience institutionnelle n’est pas nouvelle, l’affirmation d’une politique européenne concertée en matière d’éducation aux médias et à l’information (EMI) témoigne de l’urgence. Le consensus est désormais acquis : pour garantir l’avenir démocratique de l’Europe, il faut investir dans le présent en préparant les citoyens à faire face aux défis informationnels actuels.

Les enjeux démocratiques à l’ère des plateformes algorithmiques

TikTok et les élections roumaines : chroniques d’une démocratie dans le miroir aurait pu être le titre d’un film du réalisateur roumain Radu Jude. Il s’agit pourtant de la confirmation par le réel de l’ingérence des algorithmes dans le processus démocratique d’un État membre. Pour mémoire, le 24 novembre 2024, la Roumanie organisait le premier tour de ses élections présidentielles. Quatorze candidats étaient en lice, dont cinq considérés comme favoris par les instituts de sondage. L’arrivée en tête du candidat indépendant pro-russe Calin Georgescu, avec 22,9 % des suffrages, a été une surprise-choc. Inconnu des médias traditionnels et absent des débats télévisés, il était en revanche une célébrité sur TikTok, plateforme et source d’information plébiscitée par les jeunes et les moins jeunes. Il faut savoir qu’entre 2023 et 2024, le nombre de comptes TikTok en Roumanie est passé de 7,6 à 9 millions, pour une population de 19,06 millions d’habitants[12]. Mais le véritable coup de théâtre intervient la veille du second tour, deux semaines plus tard : la Cour constitutionnelle décide l’annulation du scrutin, invoquant

la manipulation du vote des électeurs et la distorsion de l’égalité des chances entre les candidats, par l’utilisation non transparente des technologies numériques et de l’intelligence artificielle durant la campagne électorale, en violation de la législation en vigueur, ainsi que par le financement non déclaré de la campagne, y compris en ligne. […] Plus précisément, la liberté des électeurs de se forger une opinion suppose le droit d’accéder à des informations précises sur les candidats et le processus électoral, issues de toutes les sources, y compris numériques, ainsi que la protection contre toute influence indue, résultant d’actes illégaux ou disproportionnés, sur le comportement électoral[13].

La décision sera comprise par la majorité de la population comme une confiscation du vote et renforcera un sentiment anti-européen et de manipulation par la classe dirigeante.

L’EMI : un levier indispensable pour la démocratie

Quod erat demonstrandum. « L’absence d’une politique culturelle et éducative numérique à l’échelle européenne est un facteur de dépendance, voire de décadence civilisationnelle. Une éducation aux médias doit être envisagée comme un levier de souveraineté cognitive » écrivait Divina Frau-Meigs en 2018. En janvier de la même année, lors d’un entretien accordé au média en ligne Thinkervieuw, Bernard Stiegler affirmait

qu’il y a eu en Europe une réelle incapacité de réponse, due en partie à la puissance du lobbying nord-américain et à une forme de naïveté ou d’aveuglement de la part des décideurs européens. On a cru au mythe du ‘tout marché’, alors même que les États-Unis investissaient massivement dans les technologies de l’information à travers l’État fédéral, bien loin du simple laisser-faire (Stiegler, 2018).

Nous le rappelons aujourd’hui, en tant que professionnels et acteurs investis en première ligne dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation : pour que l’Europe demeure un espace démocratique animé par des citoyens éclairés, une éducation commune à la citoyenneté numérique, dotée de moyens adéquats, s’impose. Cette introduction ne se veut pas un plaidoyer, mais un rappel du contexte dans lequel s’inscrivent nos missions, à l’heure où le métier de professeur documentaliste se révèle plus que jamais indispensable à la formation de l’esprit critique et à l’accompagnement des mutations informationnelles.

Élèves de l’École Centrale présentant la manifestation organisée pour la Journée de l’Europe, 9 mai 2025. Photo : L. Jalba

Vers une reconnaissance européenne renforcée du rôle clé des professeurs documentalistes

Avant de conclure, il convient de souligner que ces expériences ont été pour moi d’une grande richesse, notamment grâce aux échanges qu’elles ont suscités. Les élèves et les collègues rencontrés m’ont permis d’élargir mes horizons professionnels, de porter un regard neuf et distancié sur ma pratique, et de mettre en lumière les aspects originaux et positifs de notre métier, parfois oubliés dans la routine quotidienne. À la suite de ces expériences, il m’est apparu naturel, en discutant avec des collègues roumains et des professeurs documentalistes messins, d’envisager l’« exportation » de notre savoir-faire et la valorisation de notre métier à l’échelle européenne, à travers des échanges dont les modalités restent encore à définir. L’expérience ERASMUS+ et les coopérations transnationales ont démontré qu’au-delà des frontières, des cultures et des systèmes éducatifs variés, il est possible de construire une pédagogie commune autour de la citoyenneté numérique. La création d’un « Collectif européen des professeurs documentalistes pour la citoyenneté numérique » permettrait d’élargir notre périmètre d’action en promouvant l’intégration de l’EMI dans l’éducation et la société. Nos missions consisteraient à former, accompagner et assurer la médiation auprès de publics variés, y compris des adultes confrontés à l’illettrisme numérique. Il s’agit là d’une question professionnelle, mais aussi d’un véritable enjeu démocratique.

 

Développer chez les élèves une identité européenne à travers des projets inter-lycées fédérateurs

Les chiffres des dernières élections européennes de 2019 en France démontrent que les jeunes s’intéressent peu à cet instant de décision. Une enquête Ifop-Fiducial réalisée le jour du vote de 12 h à 18 h auprès de 3 018 personnes met en évidence que les primo-électeurs et les jeunes adultes s’abstiennent bien davantage que leurs aînés : seuls 27 % des 18-24 ans et 36 % des 25-34 ans ont voté (contre 51 % en moyenne pour les Français) le 26 mai 2019.
Selon le site du Parlement européen, une hausse est tout de même à noter en termes de participation pour cette tranche d’âge, ce qui pourrait notamment s’expliquer par ses inquiétudes liées au réchauffement climatique.
Malgré tout, c’est un parti plutôt anti-européen qui a remporté les élections en France…
C’est de ce constat que sont partis les enseignants du lycée Paul Gauguin en 2020. Les élèves qui souhaitaient retrouver une dynamique internationale étaient ceux qui allaient pouvoir participer aux prochaines élections européennes de 2024. Et pour leur donner envie de voter, il fallait qu’ils se sentent eux-mêmes européens. Mais une identité européenne, qui se traduit par des valeurs partagées dans la communauté, ne s’acquiert pas sans connaissances sur l’Union européenne, et l’idéal était de développer ces compétences à travers des échanges dans le cadre de projets concrets qui donnent envie aux lycéens, futurs électeurs européens, d’impulser un nouvel élan à l’Europe afin de garantir une société dans laquelle règnent le pluralisme, la tolérance, la justice, la solidarité, la non-discrimination et l’égalité.
C’est de cette manière que sont nés deux projets d’envergure européenne : « Sport et société : la femme au cœur de l’Europe » et « Hissez haut les lycées pro » respectivement pilotés, en partie, par un professeur d’espagnol et une professeure documentaliste.

Deux projets fédérateurs, inscrits dans une dynamique

Le lycée des Métiers Paul Gauguin, qui porte le label « Jeunes Ambassadeurs Européens », et le lycée Jean Zay sont depuis de nombreuses années tournés vers l’Europe. Des élèves ou étudiants partent régulièrement effectuer des stages de formation professionnelle en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne, à Malte ou aux Pays-Bas. Des échanges ont lieu chaque année et des voyages sont organisés dans ces pays afin d’y mener des projets éducatifs et pédagogiques.

Mais la pandémie de la Covid avait subitement coupé tout élan. C’est ainsi qu’en 2021, les lycéens de Paul Gauguin ont eu envie de retrouver une dynamique.
Des enseignants du lycée des Métiers ont pris conscience, à ce moment, que, pour créer une véritable effusion, l’idéal était un grand projet européen qui agrège non seulement toutes les filières de l’établissement, mais aussi tous les lycées professionnels de l’agglomération orléanaise et bien sûr des lycées de différents pays. En dépassant la découverte à travers les livres et les reportages et en allant au-delà d’un partenariat avec un seul pays à la fois, l’idée était de renforcer chez les élèves le sentiment d’appartenance à l’Europe.
C’est ainsi qu’a démarré le premier projet en 2021, « Sport et société : la femme au cœur de l’Europe » qui a consisté en un échange entre six lycées d’enseignement professionnel orléanais et six lycées européens (un italien, deux espagnols, un roumain, un polonais et un allemand) durant une année scolaire. Travailler sur la place de la femme en Europe en y associant la thématique sportive fut le fil conducteur aboutissant à un tournoi de futsal féminin.
Une présentation vidéo du projet est disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=hOWkFl-wl-0

L’enthousiasme chez les élèves et les enseignants fut tel qu’une équipe du lycée Jean Zay a décidé de reprendre le flambeau en poursuivant sur l’année scolaire 2022-2023 avec « Hissez haut les lycées pro », un projet tourné cette fois-ci sur la réussite par la voie professionnelle mais préservant l’importance de centrer l’action sur l’Union européenne et l’égalité hommes-femmes. Huit lycées de l’agglomération orléanaise ont répondu présents ainsi que cinq lycées européens (un portugais, un italien, deux espagnols et un polonais).

Au centre des projets, le développement d’une identité européenne chez les élèves

Si relancer les échanges européens entre lycéens et renforcer chez les élèves le sentiment d’appartenance à l’Europe par une meilleure connaissance de son fonctionnement furent les éléments déclencheurs du premier projet, défendre les droits des femmes en Europe s’est vite imposé comme troisième objectif.
Ces idées, fondamentales, ont été conservées comme leitmotiv pour le second projet mais déclinées cette fois-ci autour de la réussite par la voie professionnelle en mettant en avant la découverte de l’Europe afin d’inciter les élèves à s’ouvrir de façon active au monde de l’entreprise et à l’international. Ce fut également l’occasion de travailler sur l’égalité filles-garçons dans les filières professionnelles et dans un contexte plus général.

Une mise en œuvre exigeante, sur la durée

Se lancer dans des projets d’une telle envergure demande bien évidemment une longue préparation plusieurs mois auparavant. Pour « Sport et société : la femme au cœur de l’Europe », entre la volonté exprimée par les élèves et le démarrage du projet à la rentrée 2021, il a fallu compter 18 mois.
Anticipé, « Hissez haut les lycées pro » a pu se mettre en place plus rapidement car nous avons bénéficié de tout le travail effectué auparavant par le lycée Gauguin et des partenariats déjà engagés.
Pour assurer la réalisation des objectifs, il faut, dans un premier temps, constituer une équipe pédagogique solide au sein de son établissement. Associer les collègues de langues, d’histoire-géographie, d’EMC et les professeurs documentalistes pour un projet européen semble une évidence. Pour les projets cités, les collègues d’EPS étaient bien évidemment moteurs, tout comme ceux des matières professionnelles. Ainsi, n’aurions-nous pu nous passer des professeurs d’arts appliqués.
La deuxième étape consiste ensuite à trouver les établissements partenaires. S’y déplacer et inviter les collègues à une réunion de présentation du projet s’avère bien plus efficace que l’envoi de mails. C’est le contact humain qui crée la cohésion.
Concernant la recherche de partenaires étrangers, nous nous sommes principalement tournés vers les villes jumelées avec Orléans en nous faisant aider par le service des relations internationales de la mairie.
Enfin, la recherche de partenaires financiers s’avère indispensable. Le coût d’un projet impliquant la mobilité d’équipes de plusieurs pays comme ceux mentionnés s’élève vite autour de 10 000 €. La région (les deux projets ont bénéficié d’un soutien dans le cadre d’un 100 % éducation citoyenneté), la mairie, le lycée organisateur (possibilité de demander aux établissements français participants), la MGEN et des partenaires privés (Rotary, entreprises locales) nous ont soutenus. La participation à des concours permet également de récolter des fonds. Le lycée des Métiers Paul Gauguin a ainsi remporté le prix de la préfecture « Liberté égalité mixité » ainsi que le prix Hippocrène1. Ce dernier, prix de l’éducation à l’Europe, est un concours proposé aux établissements scolaires qui récompense les meilleurs projets de partenariat européen élaborés par une classe et ses professeurs.

Pour chacun des projets, les équipes pédagogiques de tous les établissements engagés ont travaillé avec leurs élèves du mois de septembre jusqu’à la rencontre inter-lycées en avril ou mai. Nous avons fait en sorte que la majeure partie des événements soit préparée et réalisée par les élèves afin de mettre en valeur les filières de chaque lycée, pour que les lycéens développent une meilleure estime d’eux-mêmes vis-à-vis de leur scolarité et de leur avenir et pour prouver que les filles ont leur place dans toutes les voies professionnelles.

Quelques exemples :
– AGORA (Assistance à la Gestion des Organisations et de leurs Activités) : communication, organisation, démarches administratives…
– Lycée hôtelier : service et restauration lors des soirées
– Métiers de la sécurité : sécurité lors des événements
– Technicien Constructeur Bois : fabrication d’un podium pour la remise des prix et d’un pont de Léonard pour une épreuve sportive
– Maintenance des véhicules – Transport routier : entretien et transport des vélos
– Option et spécialité musique : concert pour soirée d’accueil
– Mention complémentaire Animation – Gestion de projets dans le secteur sportif : création avec d’autres élèves des épreuves sportives et culturelles sur le thème de l’Europe et des filières professionnelles
En parallèle de ces heures de préparation réalisées dans le cadre des matières professionnelles, pendant 7 mois, les élèves, en classe ou au CDI, avec leurs professeurs de discipline et leur professeure documentaliste, ont régulièrement effectué des recherches, étudié les thématiques en jeu (les enjeux d’égalité entre les hommes et les femmes dans la société, le fonctionnement de la Communauté européenne, l’histoire de la place de la femme dans le sport…) et élaboré des travaux comme une frise sur l’évolution des droits des femmes, des portraits de sportives, une charte défendant le droit des femmes en Europe. Les réalisations ont été partagées sur e-twinning et exposées lors des semaines de rencontre à Orléans.
Ces semaines de rencontre en Centre-Val de Loire avec tous les élèves européens inscrits au projet (la première en mai 2022, la deuxième en avril 2023) ont consisté en des visites culturelles, d’entreprises, des moments de partage autour d’épreuves sportives, la rédaction et la signature de la charte, des échanges avec des professionnels, d’anciens élèves, la représentation des villes jumelées avec Orléans, la présentation des filières professionnelles proposées dans l’agglomération orléanaise à des collégiens… Nos lycéens ont ainsi rencontré des pairs d’autres pays et échangé sur leurs parcours, à échelle européenne.

Zoom sur le rôle qu’a joué la professeure documentaliste au lycée Jean Zay

Pour le projet « Sport et société : la femme au cœur de l’Europe »

• Assurer le lien avec le lycée Paul Gauguin : communication entre les deux établissements, participation aux réunions…
• Coordonner le projet au sein du lycée : constituer une équipe volontaire pluridisciplinaire pour faire participer des élèves au projet, réunions internes, communication des attentes du lycée pilote…
• Mener des séances régulières : de recherches documentaires avec la professeure d’histoire-géographie/lettres sur l’Europe (géographie, éléments culturels), sur l’évolution des droits des femmes en France et en Europe, sur l’évolution de la femme dans le sport ; une séquence sur le droit des femmes en Espagne avec la professeure d’espagnol. Ces séances ont permis d’aboutir à la réalisation d’affiches de sportives de haut niveau, d’une frise sur l’évolution du droit des femmes en Espagne, d’une frise-jeu sur l’évolution du droit des femmes en Europe, à une réflexion personnelle de chaque élève pour la rédaction de la charte.
• Accompagner les élèves lors des rencontres.
• Monter une exposition sur le projet dans le lycée.

Pour le projet « Hissez haut les lycées pro »

• Co-piloter le projet : mener des réunions hebdomadaires au sein du lycée, mener des réunions avec les professeurs engagés des autres lycées de l’agglomération, communiquer avec les différents établissements, assurer la progression pédagogique des élèves dans le cadre du projet, élaborer le programme de la semaine de rencontre…
• Constituer des dossiers de demande de subventions.
• Rechercher des financements.
• Rechercher les partenaires européens.
• Assurer le lien avec les collègues des autres pays.
• Intégrer l’équipe du chef-d’œuvre (cadre dans lequel les élèves ont monté le projet) et mener les séances avec les collègues (recherches, suivi des groupes, constitution de documents…).
• Demander des devis (transports, visites de groupes…).
• Assurer le lien avec les différents lieux culturels ainsi que les réservations.
• Trouver les hébergements pour les élèves européens.
• Organiser des visites d’entreprises.

Mais piloter un projet d’une telle envergure n’est possible qu’avec un véritable travail d’équipe où chacun assure une part importante du travail.

Affiche réalisée par des élèves présentant le tournoi de futsal
Une des affiches réalisées par les élèves présentant la journée phare de la semaine de rencontre

 

Un bilan majoritairement positif

Ces deux projets ont été une véritable réussite sur le plan humain. L’ambiance exceptionnelle lors de la venue des lycéens européens et les rencontres entre élèves et adultes de différents horizons ont permis d’établir des contacts durables et de qualité. On a pu remarquer chez la plupart des élèves une ouverture d’esprit et une envie d’approfondir et de prolonger les échanges (invitations, conversations téléphoniques et via les réseaux sociaux, séjours estivaux, les Italiens sont allés rendre visite aux Espagnols dans le cadre scolaire, des lycéennes de Macerata sont venues en stage à Gauguin pour suivre les cours de nos formations, des élèves d’Orléans ont fait de même à Tarragona…). Une grande unité a vu le jour entre les élèves et les enseignants. Nous en avons tous conclu, adultes et adolescents, que nous avions les mêmes attentes et les mêmes objectifs (les changements souhaités pour la femme lors de la rédaction de la charte se sont avérés être à peu près les mêmes pour tous les pays). Ces projets permettent de mieux se comprendre, d’apprendre à connaître nos différences mais aussi nos similitudes. Ils nous rassemblent.
Les élèves garçons ont été ravis de voir un tournoi féminin d’un tel niveau car ils avaient une mauvaise idée du sport féminin.
Les élèves, écoliers, collégiens et lycéens ont adoré les expositions et ont signé avec conviction la charte. Les stands sur les formations proposées dans les différents lycées professionnels de l’agglomération ont été très sollicités.
Cette ouverture culturelle a également permis une prise de confiance chez les élèves : ils se sont montrés en fin d’année plus à l’aise à l’oral, osaient plus facilement aller vers les autres, ont fait part d’envies de conduire de nouveaux projets mais aussi de défendre leur filière professionnelle en s’investissant pour certains dans des poursuites d’études.
Nous pouvons également constater une réussite en matière d’acquisition des savoirs. Certains élèves n’avaient pratiquement aucune connaissance sur l’Europe, ne s’étaient jamais déplacés dans un autre pays. Les échanges entre lycéens européens ont bien évidemment permis de développer des compétences linguistiques et parfois de prendre plus de plaisir en cours d’espagnol, d’allemand ou de français.

Et pour les équipes pédagogiques, ce type de projets permet d’avoir un fil conducteur tout au long de l’année et amène à un travail en interdisciplinarité. Ce fut l’occasion, en tant que professeure documentaliste, de me rapprocher des collègues de la section professionnelle et de mener des séquences sur un temps long avec les élèves. Le réseau de partenariat entre lycées professionnels de l’agglomération orléanaise ainsi qu’avec les lycées européens est maintenant bien développé. De nouveaux projets ont depuis vu le jour et des conventions inter-établissements ont été mises en place.

Malgré tout, nous avons, bien évidemment, dû surmonter des obstacles.
D’un point de vue organisationnel : trouver les lieux de rassemblement n’est pas chose évidente (autorisations de la mairie, calendrier de réservation qui concorde…). Les réponses peuvent se faire attendre.
L’engagement des partenaires n’est pas toujours certain non plus. Nous avons dû rebondir face à différentes annulations (partenaires étrangers qui ne peuvent poursuivre faute de financement ou de problème de dates ; une entreprise qui nous apprend peu de jours avant notre venue qu’elle ne peut plus nous recevoir à cause d’un audit…).
Par ailleurs, il faut réussir à maintenir chez les élèves une motivation constante sur toute l’année scolaire. Si un projet permet une cohérence entre les disciplines, il faut néanmoins varier les approches pédagogiques afin de soutenir l’attention des lycéens.
Enfin, tous les objectifs ne sont pas toujours atteints. Nous aurions par exemple souhaité que la charte parvienne jusqu’au Parlement européen. Mais malgré une lettre signée de notre députée, elle n’a toujours pas pu être acheminée. L’essentiel est de recentrer ses intentions. Afin que les propositions des élèves restent visibles et lues par d’autres citoyens européens, nous espérons qu’elle sera exposée cette année à Europa Expérience, un nouveau lieu entièrement dédié à l’Europe à Paris.

Pour conclure

De tels projets exigent un investissement important. Mais nous ressortons de ces deux années encore plus convaincus que former des citoyens ouverts sur le monde est un enjeu majeur. Développer chez les élèves une culture européenne et un sentiment d’appartenance à l’Europe y contribue. Échanger avec des collégiens ou des lycéens d’autres pays, les inviter en France ou partir les rencontrer à l’étranger et travailler tous ensemble sur les valeurs de l’Europe ne peut que leur faire prendre conscience de l’importance de s’engager dans la vie démocratique à l’échelle de l’UE. Mieux comprendre l’autre, notamment à travers des projets pédagogiques européens concrets, incite au respect et participe à l’instauration d’une paix durable. D’autant que les établissements scolaires sont de plus en plus amenés à soutenir ce type d’initiative avec l’objectif aujourd’hui que chaque élève puisse vivre au moins une expérience de mobilité durant son parcours scolaire, de l’école jusqu’au lycée, laquelle pourra être valorisée au baccalauréat par la mention « mobilité européenne ou internationale ». D’ici à 2025, 100 % des collèges et lycées devront disposer d’au moins un partenariat avec un homologue étranger.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous contacter aux adresses suivantes :
Pietro.De-Cesare@ac-orleans-tours.fr
sophie.dremeau@ac-orleans-tours.fr

Rédaction commune de la charte
Portraits de sportives réalisés par les élèves
Activités culturelles au Campo Santo à Orléans en avril 2023
Activités sportives au Campo Santo