En cette fin 2018, c’est avec un profond chagrin que la rédaction d’Intercdi a accueilli la nouvelle du décès de José Francés.
Si quelques lignes ne suffiront jamais à rendre compte de ce que José a apporté à la revue, et encore moins à chacun d’entre nous, lui dédier cet édito qu’il a rédigé à votre attention de nombreuses années durant était une évidence. Les témoignages d’affection qui lui ont été adressés esquissent tous cette même présence au monde et à l’autre, attentive, généreuse, sensible. Avec son sourire si chaleureux, sa prévenance constante, son humanisme, sa bienveillance et sa grande humilité, José était un homme exceptionnellement attachant, qui nous manquera terriblement.
C’est en 1986, sur l’invitation de Roger Cuchin, fondateur du CEDIS, que José rejoint votre revue. Depuis, s’impliquant toujours davantage dans la vie de l’association, il a travaillé sans relâche à faire exister InterCDI à l’aune de son engagement professionnel, sur un chemin de partage, d’ouverture, et de curiosité. Lors de son mandat de président (2000-2010) mais déjà avant, et encore longtemps après, jusqu’à cet automne. Il nous a consacré une grande partie de sa vie, nous offrant, avec discrétion mais sans réserve, son regard précis, sa tempérance, son enthousiasme.
Ce numéro que vous tenez entre vos mains est le premier que nous aurons préparé sans lui. Et pourtant. Mon bureau recèle de mille et une de ses précieuses attentions qui rappellent toutes combien l’efficacité technique offerte par la modernité ne doit jamais faire passer un moyen pour une fin : pas un document de travail sans un petit mot personnel, pas un courrier sans une jolie carte choisie avec soin, pas un BAT sans un coup de fil enthousiaste se terminant invariablement par la même exclamation : ¡ Adelante ! Injonction joyeuse et résolument tournée vers l’avenir dont nous avions fait notre mot d’ordre, une sorte de cri de guerre même, qui scande chaque page de ce nouveau numéro dont le hasard du calendrier a fait qu’il soit le premier de l’année.
Le premier édito rédigé par José en tant que président (Intercdi n°167, sept-oct. 2000) s’intitulait « Continuité », et c’est sans aucun doute le plus bel hommage que nous pourrons lui rendre : continuer. Continuer de faire vivre la revue et le lien avec nos lecteurs en gardant pour cap ses principes, que Julie Mallon, sa compagne, décrit avec tant de justesse : « un partage harmonieux et complet des expériences, une curiosité critique mais sans jugement abrupt, disons une curiosité bienveillante pour ce qui se passe dans les CDI et une vigilance critique (pas forcément hostile…) vis-à-vis de l’Institution, le rappel à la mission d’éducation, c’est-à-dire d’ouverture des jeunes esprits et vers eux, en partant d’eux et du concret, de la vie, mais en les « élevant », pour leur donner des chances de comprendre leur vie personnelle et sociale. » C’est ainsi forts de ces lignes qu’il a défendues tant d’années, accompagnées d’un carré de chocolat (selon sa prescription annuelle) et de son injonction favorite, que nous vous proposons ce numéro pour bien débuter cette nouvelle année, que nous vous souhaitons douce, riche en projets et heureuse.
¡ Adelante !

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C’est à la suite de mon premier article paru en 2005 que j’ai été convié à participer à un comité de rédaction par Chantal Nicolas, la rédactrice en chef de l’époque. Impressionné d’être invité par cette revue que je lisais depuis vingt ans et qui était, à mes débuts, le seul lien entre documentalistes, j’étais arrivé très en avance et dans mes petits souliers (ce qui est à la fois un zeugma et une litote car je chausse du 47). José, sans doute en raison de l’horaire matinal de son train, était déjà là. Il m’a aussitôt accueilli avec une grande chaleur, enveloppante, qui chassa le trac de me retrouver devant une vingtaine de personnes que je ne connaissais pas. Il me donna immédiatement l’impression que je faisais partie de « la famille », que j’étais adopté. Au fil des réunions, au fil des ans, j’appris à le connaître, à l’aimer.
José était un homme bienveillant. Toujours prêt à monter au créneau pour défendre notre profession, toujours prêt à soutenir un collègue, José était toujours confraternel.
José, grand lecteur de journaux, avait trouvé sa juste place à la tête de notre revue. Sans lui, elle ne serait pas ce qu’elle est.
José avait une autorité apaisante. Lors des échanges parfois vifs entre les membres du Comité de rédaction, il intervenait et tranchait, c’était son rôle, mais en prenant à chaque fois en considération les opinions des uns et des autres pour que personne ne se sente oublié ou blessé.
José était d’une grande rigueur intellectuelle et morale. Pas d’étroitesse, pas de bassesse d’esprit chez cet homme-là.
José était respectueux des autres. Il avait ainsi un respect quasi filial pour Roger Cuchin, le fondateur de notre revue.
José n’a jamais cessé de nous accompagner, et lorsque, parfois, le vent mauvais nous traversait, il était toujours là pour nous conseiller ou annoncer des jours meilleurs.
José donnait l’impression d’être un homme solide, un pied ancré dans sa terre ardéchoise, l’autre en Espagne, du côté de Valence. Même s’il n’a pas gagné son dernier combat, il s’est toujours battu vaillamment.
José était rieur. Je revois son grand sourire, ses yeux qui pétillaient et ses épaules qui se secouaient lorsque je sortais une mauvaise blague (je n’en connais que des mauvaises !).
Comme qui aime bien, châtie bien, je l’avais gentiment chambré dans le début de mon billet « Pour en finir une bonne fois pour tout avec la culture », qui, je sais, l’avait amusé :
« Lorsque le mercredi 14 octobre 2009, au cours du Comité de Rédaction de votre revue préférée José Francés, notre vénéré directeur de la publication, pointa son doigt sur moi en m’interpellant : « Pour le numéro spécial Culture, Jean-Marc, tu nous feras bien un truc rigolo ? », je me suis retrouvé comme le taureau dans l’arène qui, tête baissée alors qu’il admire tranquillement l’élégance des espadrilles du toréador, sent brutalement l’acier glacé de l’épée pénétrer son cou et briser une à une ses vertèbres cervicales.
La métaphore taurine m’est tout de suite venue à l’esprit car je soupçonne José d’avoir des origines hispaniques. D’autant plus qu’il vient aux réunions d’InterCDI habillé de lumière et que quand on lui demande s’il veut un café, il répond toujours : « Olé ! »
Je ne pouvais me défiler devant une commande aussi pressante de celui dont la photo orne chacun des éditos de la revue et qui, tel le Grand Timonier, guide nos pas dans la purée de pois d’un métier injustement méconnu… »

Salut et Fraternité Grand Timonier
Hasta la vista, compa ñero !

Jean-Marc David
Secrétaire général du CEDIS

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Immense peine.
J’ai eu la chance de connaître José, professeur documentaliste infatigable, exerçant en collège dans le Nord, et militant pour la profession et l’éducation à l’information et aux médias pour tou.te.s.
Je me souviens de ce jour de l’année 2003 où il est venu s’attabler dans le salon de mon domicile parental, à Lens, pour travailler avec moi sur un article qu’on me demandait d’écrire à propos de mon travail de recherche effectué dans le cadre de mon mémoire de Maîtrise en Info-Comm. À propos des « travaux croisés », et de leur perception par les élèves. Un échange d’une grande richesse pour l’aspirante professeure documentaliste que j’étais alors.
Je me souviens de ce numéro de la Revue Intercdi, envoyé par José à mon domicile, et reçu juste avant de prendre le TGV pour aller passer les oraux du CAPES Documentation à Marseille. Sur la première page de cette revue, José avait rédigé un petit mot, plein d’encouragements et de confiance à mon égard. J’ai emporté ce numéro avec moi, et l’ai lu dans le train, le mot de José posé bien en évidence, comme un mantra.
Depuis l’obtention du concours, les années ont passé, mais je n’ai jamais oublié José, sa modestie, sa franche sympathie, sa bienveillance, et sa vision du métier et du monde, sa force de conviction. Je n’ai jamais oublié ce que ce regard profondément confiant avait provoqué en moi, en tant que (future) professionnelle mais aussi tout simplement en tant qu’être humain.
De façon régulière, et toujours discrète, José m’adressait, depuis cette première et forte rencontre, des petits signes, des mots, toujours empreints de cette gentillesse. Aujourd’hui, je garde précieusement au fond de moi chaque mot, chaque regard, chaque expression de ce visage si chaleureux. Et regrette de n’avoir pas dit tout cela à José de son vivant. Même si, je le sais déjà, il aurait balayé ce remerciement d’un revers de la main, baissant les yeux modestement, et disant « Je n’y suis pour pas grand-chose, je fais de mon mieux ».
Mais ce mieux était tant, José.

Anne Cordier
Ex-professeure documentaliste (62)
Maîtresse de Conférences en SIC, Espé de Rouen